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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Fais ceci - Fais cela

Auteur Sujet: Fais ceci - Fais cela  (Lu 735 fois)

thaicaen

  • Invité
Fais ceci - Fais cela
« le: 26 janvier 2017 à 01:45:27 »
bonsoir,

hier en rentrant du travail, dans mon train je me suis imaginée un personnage
j'ai écrit ce texte en rentrant, je le dépose ici pour avoir quelques avis
alors merci d'avance pour votre lecture et vos critiques
 
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« Fais ceci, fais cela » me disait-on souvent, me dit-on à chaque fois, et me dira-on encore. Comme si je m’appelais Mademoiselle « Fais ceci de Cela ». Même que la créativité ingénieuse de mes parents en me baptisant Lucie DUCHEVEL, même que les documents officiels authentifiants cette dénomination n’y peuvent rien contre cette imposture, puisque mes proches continuent à me le dire sans que cela ne leur dérange « Fais ceci, fais cela ». Devrais-je être affectée ou révoltée ? étrangement pas le moindre du monde, c’est un surnom comme un autre, et puis c’est pour mon bien, après tout, enfin c’est ce que semble me dire les autres.

Nous sommes vendredi, je cours, je crie « pardon pardon » pour désengorger les foules des couloirs de métro, et pour me frayer un chemin. Mon mini sac de voyage me vaut des insultes de la part des voyageurs grincheux. Mais je m’en fous je continue à les pousser, et à donner des coups de sacs dans leurs tibias. La foule n’avance pas, je m’énerve, et  je me mets, maintenant, à les insulter moi aussi. Mon train de 18h00 en direction de  Rambouillet retentit toujours au moment où j’arrive sur le quai, je saute dans le wagon, au risque de me faire couper un bras par les portières. La bouche pâteuse, la gorge sèche, le souffle coupé et les membres tremblantes, je cherche une place assise pour me remettre des efforts physique endurés dans la salle de gym de la RATP, mais comme toujours ces mêmes places sont occupées par les mêmes visages ingrats des pseudos bourgeois versaillais, et par des travailleurs à la face hideuse, torturée par la fatigue d’une semaine de contribution à plein temps à la croissance économique des entreprises françaises. Je hais les vendredis soir, je hais les interminables couloirs du métro, je hais le train de 18h, je hais passer le week-end chez ma mère. Mais chaque semaine, je réponds toujours présente, je participe toujours aux ennuyeux déjeuners de famille, et j’assiste toujours avec cette même passivité qui m’accompagne depuis 26 ans aux discours moraux sur ce que je dois faire ou pas.

Ah ! Ma dernière cigarette du week-end devant le portail de la maison, ma mère ne veut pas que je fume alors je ne fume pas devant elle. Cette nicotine, superflue à ses yeux, pourtant si indispensable à ma survie me traverse le sang, me transperce les alvéoles pulmonaires et me monte au cerveau comme une douce torpeur bienfaitrice. Il faut être fumeur toxicomane pour comprendre le déferlement de jouissance qu’une bouffée de cigarette peut procurer. Le silence, le bruissement des feuilles, les caresses du vent au visage étaient invitation à reprendre le chemin en sens inverse, à se découtumer de l’inébranlable, mais jamais l’inébranlable ne fut ébranlé, et toujours je franchi ce portail.

Je n’ai pas envie de voir la déprave carbonisée par les lampes à UV de ma mère, ni de sentir l’odeur du cigare incrustée dans les murs, ça me rappelle trop le décès de mon père, encore moins de lui parler de ce qui me préoccupe…je me demande pourquoi elle me supplie à chaque fois de lui raconter ma semaine alors qu’elle s’en fout, elle ne m’écoute pas, elle ne m’a jamais écouté d’ailleurs. Ses hochements de têtes ne sont que convenance. Mes mots arrivent à peine à transpercer l’espace qui nous sépare c'est-à-dire une table de cuisine. Ces week-end m’ennuient mais putain pourquoi je suis là, à fumer ma cigarette en cachette comme une gamine de douze ans, à faire semblant d’être contente de la voir… parce que c’est comme cela me dira-t-on et parce que je déteste troubler l’ordre immuable des choses.

« Les fais ceci et cela » de ma mère ont toujours connu un franc succès sur ma personne. Des analyses d’ordre métaphysique en découlent de chacun de mes agissements et font l’objet du quoi, du comment, du quand, du où….et du pourquoi dans son cerveau avant d’atteindre le mien. La décomposition minutieuse et pédagogique de ma mère sur mes actions et mon obéissance à ses injonctions m’ont valu un « background » sans faute, sans évoquer  la confiance et son estime sur ma personne. Mais qu’est ce que j’en ai à faire de son estime. Pourquoi continue-je à le faire ?  Parce que cela lui fait tellement plaisir. Voilà la réponse à mes pourquoi du « je fais ceci ou cela » de maman. Et moi alors, quand est-ce que je me réponde ? C’est tellement simple pourtant, « mademoiselle, pourquoi faites-vous cela -  parce que je le veux, cher monsieur »…Parce que « JE LE VEUX » monsieur… trois syllabes seulement et ma vie prendrait un tout autre sens…, celui du choix, et celui du risque d’être face à soi. C’est donc cela le fond du problème, j’ai peur du basculement, j’ai peur de prendre des risques. C’est tellement simple d’obéir aux autres. Pourquoi chercher à se compliquer ? Pour le bonheur d’être soi ? Je n’ai jamais su le faire jusqu’à présent, donc j’accepte l’ennui  jusqu’à ce qu’il me crève.
   
   Maman a du mal à se remettre de sa liposuccion de la semaine dernière. Son visage crispé par la douleur,  figé par le botox fait peine à voir. Je ris intérieurement, pour une fois que je trouve quelque chose de drôle dans l’antipathie de ma mère, je peux bien me le permettre. Elle me parle de la flambée de l’immobilier à Paris et elle se réjouit d’avoir investi tout l’héritage de papa dedans. Elle rit elle aussi à présent, heureuse des plus-values qu’elle va empochées. J’ai envie de lui rétorquer,  si c’est pour te faire tirer la peau dans tous les sens, et de ressembler à un caméléon qui aurait trop mal vieilli, ça ne sert à rien, donnes ton argent plus tôt à une association caritative. Mais j’ai préféré me taire, ça serait mal venu et puis je n’aurais jamais le cran de le faire.
   On sonne à la porte, interrompant sa transe jouissive. Tant mieux. Je ne sais pas lui demander de se taire de toute façon.
C’est Hugues. Il vient m’embrasser sans me regarder. Il parle à ma mère en lui léchant les bottes. Il la félicite pour la flambée des prix des appartements à Paris. Ils vont bras dessus, bras dessous dans le salon sur se servir un cognac, et  ils m’oublient. Que dieu soit loué, enfin seule, depuis la cuisine je les regarde s’éloigner et j’ai du mal à croire que cela fait cinq ans que je suis avec ce mec, que je vis avec lui dans un appartement haussmannien du 5eme arrondissement, offert par mes futurs beaux parents, que je couche avec lui tous les soirs sans envie, qu’il me demande de lui donner un enfant, et que je me marie l’an prochain. C’est horrible mais j’ai dit Oui à toutes ces demandes. En même temps, je ne pouvais refuser, mes futurs beaux parents sont les meilleurs amis de ma mère, et que Hugues est un gendre idéal, bon parti. Que demander de mieux selon ma mère. Hugues aussi est de son avis. Souvent, il me regarde, de ses yeux satisfaits et hautains,  il me dit « tu sais que tu en as de la chance ». Je ne relève pas cette phrase vide de sens. La chance de quoi ? La chance de s’encombrer l’existence pour le plaisir de maman d’un bêta pareil. S’il savait ce que je pense de lui, de son allure fière quand il marche dans la rue, de sa coiffe bon chic bon genre, de ses costumes Versace, de sa façon de me faire l’amour. En 2095 galipettes, à raison d’une culbute par soir (plus ou moins longue), excepté le vendredi et le samedi (Hugues préfère rester dormir à Paris) et de deux les jours du seigneur (pour rattraper les soirs où nous ne partagions pas les mêmes draps), je n’ai jamais atteint l’orgasme, le septième ciel aux nuages multicolores reste du haut de mes cinq ans de vie de couple un mystère cosmique, une sorte d’Eldorado à la Voltaire, dont l’existence me laisse perplexe. Mais j’ai la chance comme il le dit si bien d’assister en première loge à ses décollages jouissifs, totalement frustrée, enragée… puis amusée, vaut mieux en rire que d'en pleurer dans ces cas-là !.
 Monsieur pense me faire un don surhumain en déposant ses semences de loosers en moi, en me disant que je suis l’élue pour porter sa future progéniture. Mais quel mufle! Il m’insupporte, il me dégoûte…et je reste avec lui, parce que le plaquer impliquerait trop de changement : trouver un nouvel appartement, une nouvelle voiture, une nouvelle banque, un nouveau boulot (parce que je travaille aussi pour le cabinet de conseil de Hugues), des nouveaux pseudos amis, et probablement une nouvelle maman, bref tout quoi !!! Ma torpeur trouve son explication non pas dans ma lâcheté de femme mais dans la peur du renouveau.

   Les deux compères reviennent de leur balade des faux-culs, ma mère rigole et pleure en même temps parce que les contractions du ventre lui font horriblement mal et explosent ses cicatrices, elle supplie son futur gendre d’arrêter de lui faire tourner la tête avec ses blagues. Elle est bien la seule à avoir la tête étourdie par ses conneries de blagues vaseuses. De la tête, Hugues me fait des signes, je m’approche, il chuchote quelques obscénités à mes oreilles, je n’entends à peine ce qu’il me dit tant que ma mère parlait fort, mais vu l’expression de son visage, j’ai vite compris qu’il veut se vider en moi avant de repartir à Paris ce soir. Quel crétin ! Mais quelle conne aussi, vu que je l’ai suivi et invité dans ma chambre, j’ai écarté les jambes et il a joui en moi. Montre en main, 18 minutes pour que ce gros con soit au septième ciel, et moi je n’ai toujours pas décollée, mais ça il s’en fiche. Tant mieux, je ne veux pas que ça dure plus longtemps. Mes escapades sexuelles sont tellement ennuyeuses, alors plus vites on commence, plus vite on fini.
Nous avons dîné à trois vers huit heures, nous avons mangé de la dinde avec des pommes de terre au four. Hugues adore de la dinde, c’est peut-être pour mon côté dinde que j’ai été choisie, quant à ma mère ça fait déjà 26 ans qu’elle en bouffe de la dinde, elle me bouffe toute crue, à toutes les sauces et elle en veut encore. Quelle belle dinde que je suis !
Ils parlent, parlent, et parlent,  ils ne sont jamais fatigués ces deux là, ils parlent pour eux, à la place des autres et décident pour moi. Hugues veut que je me relooke pour ressembler à une vraie Lady. Il trouve mes cheveux sans volume et m’ordonne de pratiquer un déracinement du cuir chevelure chez son ami Antonin. Ma mère acquiesce, et trinque avec son gendre.
                    -      Antonin, c’est Hugues du cabinet LEGENDRE (ils sont tellement ami qu’il est obligé de lui sortir sa carte de visite). Comment vas-tu. Bien ? Je t’appel pour un rendez-vous. Peux-tu mettre en valeur la crinière de ma fiancée. Bien…d’accord, elle y sera ! Merci et on s’appel pour un déjeuner un de ces quatre ! ha, hah  hah !!! (rire de faux cul)
                   -    Voilà, chérie j’ai arrangé ton problème, tu iras le voir mardi à 5 heures, je te donnerai l’adresse. Me dit ce crétin qui me prend pour une poupée barbie.

La larme à l’œil  ma mère le remercie des attentions qu’il me porte, et des conseils qu’il me donne, j’ignore si elle pleure à cause de ses cicatrices abdominales ou de  son émotion hypocrite. Ses balbutiements grimacés ne font que renforcer l’égocentrisme surdimensionné de ce vaurien, il en jouit presque (vu l’expression de son visage), il est heureux d’être au cœur d’une discussion à deux, il remue sa queue, se ressert à boire, et prend sa voix du bourgeois Versaillais et enchaîne sur un fait intellectuellement divers (car tout ce qu’il prononce relève de l’intellectualisme)…Va péter un coup, cela te fera du bien.
Depuis la mort de papa, il y quatre ans, ma mère considère Hugues comme son nouveau compagnon, elle ne fait rien sans demander ses pronostics, du coup, moi non plus je ne fais rien sans ses consentements, il passe donc du statut petit ami à celui du beau-père-et-petit-ami. C’est l’inceste autorisé et proclamé par ma chère mère, sa dévotion exagérée pour la médiocrité de Hugues me donne envie de dégueuler. Je n’en peux plus. Je m’étouffe. Je m’ennuie. Ma morosité ne semble  leur déranger en aucune manière, pour preuve ils continuent à parler sans remarquer que j’ai quitté la table pour aller m’assoir dans le jardin.

Les brises de l’été viennent me rafraîchir le visage. L’horizon semble se noyer sous la lumière rougeâtre de soleil couchant, des énormes masses nuageuses viennent minute par minute assombrir le ciel, les oiseaux virevoltent maintenant maladroitement entre les arbres, quant aux moustiques, ils ne manquent pas de me marquer la chair. C’est partout pareil, il y a toujours des parasites pour troubler un moment de délice, c’est bien connu. Mais je préfère encore m’offrir à ces sales bêtes assoiffées de sang qu’à ce niais au brushing ridiculement exagéré. Je m’ennuie.

Hors ligne Jane Burland

  • Scribe
  • Messages: 69
Re : Fais ceci - Fais cela
« Réponse #1 le: 26 janvier 2017 à 08:06:57 »
Ah, Lucie, ma pauvre, tu es mal barrée,
Tu devrais vite de barrer…

Bravo, c’est vif, imagé. Comme pour ton autre (long) texte. Ça me plaît beaucoup.

Au niveau du contenu : ce serait quand même pas mal de dégoter un truc positif à ce Hugues, parce que c’est quand même difficile de croire que cette femme si articulée reste vraiment dans cette situation, elle en est tellement loin dans sa répulsion…
Au niveau de l’orthographe/grammaire : j’ai relevé plusieurs cas où tu utilises le pronom « leur » d’une manière erronée. À corriger. De même quelques concordances et subjonctifs. Il y a aussi pas mal de «petites » fautes qui mériteraient d’être corrigées, lettres ou majuscules manquantes, fautes d’accords, ponctuation, typos...
Est ce que la mère est une « déprave » volontairement (le mot n’existe pas, je crois) ou une épave ?
Je trouve qu’une inversion dans cette phrase pourrait bien marcher :
“…mais jamais l’inébranlable ne fut ébranlé, et toujours ce portail je franchis”.

Tes textes m’amusent, j’ai envie de connaître tes personnages.

À bientôt.
Jane Burland

J'écris.

 


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