Permettez-moi de vous soumettre ici un poème datant de février dernier. Avant que ne pleuvent les remarques me reprochant l'absence de rigueur technique dans mes scribouillages (absence que je concède), je tiens à préciser que je n'ai cure des alexandrins, césures et autres carcans littéraires qui font le quotidien des habiles; aussi si de délicats esprits se voient heurtés par ce manque de technicité, je m'en excuse. Je pense que le contenu est primordial par rapport à une forme qui, seule, n'est qu'une coquille vide. Pour ce qui est du contenu, je vous laisse seuls juges.
Qui je suis ? Je suis le prétentieux qui balaye les autres d’un regard hautain, je suis celui qui s’amuse du malheur d’autrui. Je tire mon honneur de l’abjection ignominieuse dans laquelle je me vautre. D’un geste désinvolte j’ignore la misère du monde pour faire un peu plus de place à mon égoïsme surdimensionné. Je me complais à mépriser le mérite de mon prochain. Je hais tout ce qui bouge.
Je suis un salaud.
Qui je suis ? Je suis le clown pathétique, le saltimbanque désabusé trop triste pour s’empêcher de rire de sa condition. Je suis le perdant qui amuse de sa malchance pour se convaincre qu’il peut encore servir à quelque chose. Je suis le guignol qui oublie de se sourire après un bon mot. Je me leurre en cherchant dans la joie des autres de quoi sécher des larmes qui ne viennent pas. Je suis le maladroit. Je suis le minable.
Je suis un salaud.
Qui je suis ? Je suis celui qui t’attend le matin dans le froid. Je suis celui qui sourit quand tu approches. Je suis celui qui renaît lorsque tu ris. Je suis la victime de tes yeux de braises. Fiévreux, je ne peux détacher mon regard de ton être léthéen. Figée, ma bouche ne parvient même pas à t’adresser un compliment. Je suis l’amoureux. Je suis l’incapable.
Je suis un salaud.