C’est en fin de soirée qu’il arrive à l’aéroport de Bangkok, « Suvarnabhumi airport ». Il s’agit d’un aéroport de grande importance, moderne, à l’image de l’impressionnante progression économique de la Thaïlande. Bangkok, Krung Thep, la cité des anges comme l’appel les Thaïlandais ; il en avait toujours rêvé, mais n’en connaissait pas grand-chose. Tout ce qu’il connaissait de Bangkok, c’était sa mauvaise réputation relative à la prostitution, ces buildings monstrueux et ces palais grandioses représentés sur les cartes postales touristiques. Comme tous les Européens, il était tombé sur ces reportages accrocheurs mettant en scène la vie des filles des bars de Bangkok. Il avait lu ces articles vendeurs reprenant les déboires de ces têtes brûlées qui s’étaient fait coincer pour trafic de drogues, condamnés à perpétuité dans les prisons thaïlandaises insalubres. Il tenait également une vision religieuse de la Thaïlande, il savait que le pays était bouddhiste sans trop savoir ce que cela impliquait ; le karma, la réincarnation, les monastères … Ses connaissances à ce sujet étaient très sommaires, stéréotypées.
Il sortit de l’avion, passa l’immigration, se fit tamponner son passeport, attrapa son backpack sur le carrousel à bagages et se retrouva dans le hall extérieur de l’aéroport. Il avait noté les coordonnées de la réservation de son hôtel sur un bout de papier, il sortit le coin de feuille déchirée de sa poche et relu l’adresse, « Iris hostel, 98/1 Soi Rambuttri … khao san road ». À la sortie de l’aéroport, une foule de chauffeurs de taxi se disputent les voyageurs qui veulent se rendre à Bangkok. Julien est abordé par un chauffeur de taxi « Where are you going? » « khao san road » …
Après une heure de route, le taximan débarque Julien dans l’une des rues adjacentes de khao san road. Le quartier est rempli de restaurant et de bars, mais l’ambiance semble plutôt calme ; quelques personnes sirotent leurs bières en terrasses, d’autres finissent de manger leur plat « pad thai » ou autre « club sandwich » … Son hôtel trouvé, après avoir payé la caution et laissé son numéro de passeport à la réception, Julien monte à l’étage et va s’installer dans sa chambre. C’est une pièce aux murs blancs jaunis par le temps et l’humidité de trois mètres carrés avec pour seul mobilier un lit et une table de nuit. La douche est commune et se trouve à l’extérieur, dans le couloir. Au-dessus de son lit, accroché au plafond, un gros ventilateur à palmes rafraîchit l’atmosphère chaude et humide. Julien s’étale de tout son long sur son lit et fixe les palmes du ventilateur qui tournoient lentement au-dessus de sa tête, il ferme les yeux et profite de la douceur de l’air propulsé par le ventilateur. Ce courant d’air le soulage de son long voyage. La chaleur humide et le bruit de ces palmes qui tournoient au-dessus de sa tête lui remettent en mémoire les premières images du classique de Coppola, «Apocalypse now ». Le film débute avec ce plan du capitaine Willard suintant, fixant le ventilateur de plafond de sa chambre, souffrant de la chaleur éreintante de Saigon. Hanté par les démons de son passé, totalement détruit au whisky, le capitaine Willard interprété par Charlie Cheen dans le film ne tarde pas à exploser tous les meubles de sa chambre d’hôtel avant de s’étaler sur le sol, abattu par sa bouteille de whisky. Julien n’en est pas encore là, il est juste fatigué de son voyage. Il ne tarde pas à s’endormir. Le lendemain, une longue journée l’attend. Il avait parcouru son guide touristique dans l’avion et il s’était fixé pour objectif de visiter les principales attractions du centre de Bangkok.
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Julien se lève de bonne heure, dans les environs des sept heures du matin, il sort de son hôtel et va se poser à la terrasse d’un café pour se commander un petit-déjeuner « américano ». Dégustant son omelette-toast avec un jus d’orange et un café, sous un soleil déjà bien présent, il observe l’animation du quartier qui s’était éveillé un peu plus tôt que lui …
Les rues sont animées, des motocyclistes passent surcharger de marchandises sur leurs portes-bagages avant et arrière afin d’approvisionner les restaurants et les bars avoisinants. Des voyageurs, de jeunes backpackeurs pour la plupart, parcourent les rues, en groupe ou seul, on les remarques à leur allure nonchalante, leur t-shirt, leur flip flop et leur visage d’Européen. Les Thaïlandais qui parcourent les ruelles sont pour la plupart des commerçants. Les ruelles autour de khao san road sont petites et étroites, bordées de bars et de restaurants, de vendeurs à la sauvette ou attablés à leurs échoppes, quelques Thaïlandaises en habit traditionnel tentent de rabattre les touristes vers les salons de massage, des marchands ambulants vendent des boissons ou autre bibelot à touriste ; des t-shirts stylisés, des livres, de l’artisanat … Toutes ces petites ruelles donnent sur l’artère principale, khao san road.
A khao san road, les boutiques se multiplient, tout comme les bars et les restaurants ; on y trouve des salons de tatouages, des hôtels de backpackers, des restaurants plus luxueux, des agences de voyages, des charrettes ambulantes « food truck » à brochettes de viandes ou d’insecte …Ce qui impressionne le voyageur qui débarque à khao san road, c’est le nombre de personnes que l’on trouve dans cette rue en permanence, une foule monstre ; des Indiens vous abordent en pleine rue afin de vous vendre des costumes sur mesure, pas besoin de vous balader avec votre costume durant vos vacances, il vous sera envoyé par la poste. Des tuk-tuk, petite motocyclette à laquelle est attachée une banquette surplombée d’un auvent, parcourent les ruelles à la recherche de clients éventuels. Des boutiquiers attirent les touristes à l’intérieur de leur boutique, des masseuses interpellent les passants afin de leur vendre un massage traditionnel, certains essayent même de vous rabattre vers les quartiers chauds de la capitale.
Son déjeuner avalé, Julien se rend dans cette fameuse artère de Bangkok. Il se fait interpeller par un tuk-tuk driver, celui-ci lui baratine qu’il fait partie des tuk-tuk taxis du roi, reconnaissable au petit drapeau thaï accroché au-dessus de son véhicule ; il lui propose un tour gratuit des hauts lieux touristiques de la ville. Julien n’a rien à perdre et ne prends pas garde, il donne son accord et monte à l’arrière du tuk-tuk.
Après quelques pointes de vitesse sur l’asphalte, et la visite de petits temples assez anodins, Julien comprend que les lieux qu’il visite n’ont rien à voir avec les grandes attractions et les grands temples de Bangkok. Le chauffeur finit par amener Julien dans une boutique de joailleries, il presse Julien d’entrer dans le magasin en lui expliquant qu’il touche une commission lorsqu’il y amène des touristes. C’est contre sa volonté que Julien entre dans cette boutique de grand luxe, il trouve la situation pathétique, loufoque… de plus, il est habillé en parfait touriste, flip flop et t-shirt délavé. Il se retrouve face à ces vendeurs habillés en costume trois-pièces décidés à lui vendre des bijoux de luxe. Julien se sent un peu mal à l’aise, c’est par respect qu’il écoute les joailliers qui lui parlent avec enthousiasme, tout en sachant bien qu’il n’a aucune intention d’achat, il ne reste pas longtemps à l’intérieur… « OK, let’s go ! » lance-t-il de manière énervée au chauffeur de tuk-tuk qui s’était installé sur le banc d’une petite échoppe situé à proximité des joailliers, à déguster une brochette de boulettes de viande. Après quelques minutes de routes, le chauffeur de tuk-tuk fait encore un arrêt dans une autre boutique. Cette fois, il s’agit d’un atelier de costume sur mesure tenu par des tailleurs d’origine indienne, le chauffeur ressort la même histoire, Julien s’énerve …
- « The fuck man! I don’t want to buy this shit! Why didn’t you tell me in the first place that you work for those guys? Get me back to “khao san road”, I don’t want this shit anymore! »
- “Calm down man, people don’t behave like this here!”
- “Fuck man, what is this supposes to mean? You make me lose my time! Forget it, just leave me here!”
Julien décide de continuer sa route en taxi, il fait signe à un taxi jaune de s’arrêter et lui demande de le déposer au Palais royal. On ne peut pas dire que ce soit une première bonne expérience de la ville et de ses habitants. Se faire duper son tout premier jour … Soit, Julien passe vite à autre chose. Il reprend son calme le temps du voyage qui le sépare du palais. Arrivé à destination, Julien sort totalement congeler de la voiture. Les chauffeurs thaïlandais sont plus que fan de l’air conditionné « A croire qu’ils aiment voyager dans des igloos, c’est un coup à attraper une grippe en vacances ! » c’est avec l’impression de sortir d’un frigo, le corps tout frais, que Julien se dirige vers le hall d’entrée du site qui mène au palais royal.
Le palais est un temple grandiose avec ses stupas dorés, ses toits rouges et ses grandes fresques représentant des scènes de la vie du bouddha. Le palais est somptueux et composé de plusieurs bâtissent, des chapelles bouddhistes, des petits palais, des cours intérieures … il y a un nombre impressionnant de touristes, des Thaïlandais venus brûler de l’encens en guise de prières, des moines bouddhistes venus flâner … Tout ce monde se croise calmement le long des allées entre les bâtisses du palais. Julien s’y balade paisiblement, profitant du calme et de la sérénité de l’endroit. Malgré le nombre de personnes présentes, il trouve le site calme et apaisant. Les statues bouddhistes et les fresques l’impressionnent par leurs singularités. Il ne connaît pas la philosophie bouddhiste ni les textes sacrés s’y rapportant, mais il trouve les peintures très belles et authentiques. Toute cette nouveauté éveille chez lui de la curiosité. Il aimerait en connaître plus à propos du bouddhisme et de la culture thaïlandaise. Il croise un moine bouddhiste au visage européen, la tête rasée, habillé de sa robe orange, qui s’incline devant un des grands stupas du palais royal ; « un Européen converti au bouddhisme, ce devrait être ce type de moine que je devrais interroger à propos du bouddhisme. » Par pudeur, ou respect, Julien ne l’approche pas et continue sa visite.
Le palais royal est construit en bordure du fleuve Chao Phraya, seigneur des eaux, qui traversent tout Bangkok. Des bateaux-bus le parcourent continuellement, il s’agit d’un moyen de transport plus pratique et plus rapide pour qui veut se rendre à un endroit à proximité du fleuve. Les bateaux-bus sont fort fréquentés et le trajet ne semble pas être trop onéreux. Julien prend le bateau-bus afin de se rendre dans le quartier proche de son hôtel. On retrouve un condensé de la population de Bangkok dans ces bateaux de transit ; la classe moyenne, les moines, les backpackeurs, les touristes … Le fleuve est large et sombre, parcouru par les bateaux de transport, les bateaux-bus et de longues pirogues au moteur impressionnant. Julien profite du panorama lors de son trajet en bateau-bus, le fleuve offre une vue imprenable sur Bangkok …