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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » J'étais souterrain

Auteur Sujet: J'étais souterrain  (Lu 1146 fois)

Hors ligne lobo

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J'étais souterrain
« le: 21 Juillet 2016 à 04:53:33 »
     Elle me prit la main. Elle avait quelques fois fait des remarques à leur sujet. Il a de belles mains, qu'elle disait. Dans le métro, c'est aussi elle qui me hantait, à me demander sans arrêt ce que j'étais devenu. Je n'étais rien, un homme sans ambition, ça dès le début, depuis toujours. On se connaissait depuis des années. Chaque année presque, la même plaisanterie, on se disait. Elle avait des avis tranchés, notamment sur les cruels, les brutes, les robots sans cœur – cette fille faussement sévère qui me maltraitait par semblant d'attachement (qui aurait eu honte), elle était un peu éreintée par la critique, elle aussi. Un long manteau violet horrible (peut-être tout droit sorti des années 90) cachait pauvrement une atèle bleue à gros scratchs. Sa démarche de l'époque montrait son côté mécanique, sa négation méthodique : elle s'accrochait à son image de dure à cuire, quelque part entre Highlander et Robocop. Elle n'a pas de cœur, me disait la fétichiste des mains, avec une tendresse que je devinais autant que je la rejetais, en soupçons. Cette attention me paraissait improbable, ou je ne sais pas ce que j'en aurais fait... je ne sais plus. Je zigzaguais avec préscience dans le grand couloir du métro ; éviter les gens avec souplesse, c'est une spécialité instinctive pour moi. Les matins sthéniques et stoïques dans ce métro – j'avais de l'élan du temps où je dormais avec luxe vers les deux heures. Les soirs d'avril, encore clairs, évidemment... , les passages longeant la muraille, le parc, ... , jusqu'à la gare, grands arbres. J'ai encore un peu d'élan malgré le mélange proscrit, qui me permet de tenir jusqu'au soir, dans un vacarme qui se veut accueillant et familial. La voix à l'intérieur se tait, c'est la grande différence. Je suis piteux, mais tonique, droit. Le train se laisse attendre. Les cent pas me passionnent. Éviter les regards, les clopeurs, ... Dans la foule du wagon, près des portes, je peine à rester droit, à ne pas être étrange, à ne pas m'agiter. C'est dans le métro final après les zigzagues, avachi sur un siège, elle me répète cette question qui m'accuse.

     Aujourd'hui, est-ce à cette femme que je pense ? Cette femme dont je suis tombé amoureux à retardement. Cette femme dont le génie m'a frappé... cette femme complice, qui a un jour cessé de chercher à percer les apparences. Nous étions pris dans une grande machine. Clos différemment : de son côté l'exubérance et les pleurs, les désespoirs en soupirs lourds, les grands gestes, les emballements, la comédie joyeuse entre les abattements d'incompréhension... De mon côté, mort, debout, sthénique, anguleux, inexpressif, affectant l'inexpression, en alternance clownesque avec bribes de mots... , lesquels lui permettaient de deviner : "Mais non, il n'est pas bête..."
     Son cœur s'emballait pour rien. Un simple obstacle la poussait à désespérer sans larmes. Un obstacle obtus digne de la machinerie en place s'obstinait, et elle explosait.

     Sans vagues, depuis des années... inerte bout de bois. Des rares moments d'éveil... Qui s'éveille ? Qui reste-t-il ?

     Elle m'agrippe, se rapproche. Je ne me défais pas de l'absence de moi qui sauve je ne sais quoi. ...Elle finira par abandonner, me demander si je serais pas pédé...

     Des années plus tard, en rêve, je ressens, je sais, je suis à elle. Elle est loin dans la réalité. Mariée, harcelée déjà assez, de droite à gauche.

     Toujours la même fille qui m'a frappé l'imagination et le reste, qui me revient, et me fait office d'idéal du moi.

     Je vis hors de ma réserve. Je sais maintenant Sa réelle préscience.

     Je pense à elle comme dans un rêve. Elle est brisée et merveilleuse depuis que je la connais.
« Modifié: 21 Juillet 2016 à 05:09:47 par lobo »

Hors ligne Aléa

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Re : J'étais souterrain
« Réponse #1 le: 24 Juillet 2016 à 02:23:02 »
Salut lobo

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Je n'étais rien, un homme sans ambition, ça dès le début, depuis toujours.
et ça dès le début, cette virgule casse un peu trop sinon

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Chaque année presque, la même plaisanterie, on se disait.
Pas compris.
Déjà les virgules pour le sens ca hache le sens ici, et si j'ai bien compris chaque année ils se faisaient la même blague c'est ça ? Bin j'aimerai bien la connaitre sinon pourquoi en parler  :-\

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(qui aurait eu honte)
honte de ? Ce comportement ? En aurait eu honte alors

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Les soirs d'avril, encore clairs, évidemment... ,
oups le ... ,
Ah non tu l'as refait après. Je crois pas qu'on puisse accoler des ... et des virgules, ca marche avec les tirets cela dit
(j'aime bien ce passage sur le métro cela dit)

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Je ne me défais pas de l'absence de moi qui sauve je ne sais quoi.
Du moi ? De ce moi ? juste de, bof

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quoi. ...Elle
Il faut choisir  :huhu:

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de droite à gauche.
On va de droite à gauche
à droite à gauche ; de droite et de gauche

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et me fait office d'idéal du moi.
en moi ? (je supprimerai plutôt le me, ca fait beaucoup de moi/me en une phrase  :relou: )

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maintenant Sa réelle préscience.
majuscule perdue ?

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Elle avait des avis tranchés, notamment sur les cruels, les brutes, les robots sans cœur – cette fille faussement sévère qui me maltraitait par semblant d'attachement (qui aurait eu honte), elle était un peu éreintée par la critique, elle aussi.
y'a pas de fermeture de tirets, pourtant après la parenthèse le sens semble rejoindre la première partie de phrase (du coup "car elle était un peu etc" ?)


Hop voilà pour les quelques corrections /suggestions
Sinon pas grand chose à dire, le texte m'as pas transporté ni quoique ce soit (rien provoqué de particulier), c'est une brève de toute façon, un tableau de personnage (presque un extrait), mais j'ai bien aimé : l'écriture est maitrisée et solide et ca dépeint bien ce type de situation, ca marche même si ca n'as pas pour but de faire ressentir au lecteur (ou ca n'a pas marché pour moi).


Au plaisir de te lire, pour savoir en savoir un peu plus sur ton écriture  :P

Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

MillaNox

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Re : J'étais souterrain
« Réponse #2 le: 24 Juillet 2016 à 11:21:04 »
salut !

alors alors... tu m'as perdue... à la fin j'ai conclu qu'on était dans les divagations d'un gars pendant son trajet de métro, mais tout du long j'étais jamais très sure de si la nana était là, de si y avait une seule nana ou deux différentes, et de qui était des androïde ou pas :\? J'ai pas vraiment compris non plus les tenants et aboutissants, ce qu'il s'était vraiment passé entre eux (rien ou qqch ?)...
du coup, j'ai un peu été bloquée au stade d'essayer de capter/visualiser/entre dans le texte...

une prochaine fois !

Milla

Hors ligne Rémi

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Re : J'étais souterrain
« Réponse #3 le: 26 Juillet 2016 à 21:30:53 »
Salut lobo,
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Elle me prit la main. Elle avait quelques fois fait des remarques à leur sujet.
bizarre le "leur" qui renvoie à "la main"

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Chaque année presque, la même plaisanterie, on se disait.
je capte pas  :-[
Le chaque année renvoie à un événement annuel ? La plaisanterie, on est censé deviner de quoi il en retourne ? Il fait la manche dans le métro et la croise tous les ans ?

Pas mal de trucs que je capte pas ensuite aussi, même en deuxième lecture au ralenti : comme Milla, y a-t-il deux femmes ? qu'est-ce que l'élan dans le texte ; la grande différence avec quoi ? (il prend des médocs, des drogues ?) ; c'est quoi la question qui accuse ?

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Aujourd'hui, est-ce à cette femme que je pense ? Cette femme dont je suis tombé amoureux à retardement. Cette femme dont le génie m'a frappé... cette femme complice, qui a un jour cessé de chercher à percer les apparences. Nous étions pris dans une grande machine. Clos différemment : de son côté l'exubérance et les pleurs, les désespoirs en soupirs lourds, les grands gestes, les emballements, la comédie joyeuse entre les abattements d'incompréhension... De mon côté, mort, debout, sthénique, anguleux, inexpressif, affectant l'inexpression, en alternance clownesque avec bribes de mots... , lesquels lui permettaient de deviner : "Mais non, il n'est pas bête..."
     Son cœur s'emballait pour rien. Un simple obstacle la poussait à désespérer sans larmes. Un obstacle obtus digne de la machinerie en place s'obstinait, et elle explosait.

     Sans vagues, depuis des années... inerte bout de bois. Des rares moments d'éveil... Qui s'éveille ? Qui reste-t-il ?

     Elle m'agrippe, se rapproche. Je ne me défais pas de l'absence de moi qui sauve je ne sais quoi. ...Elle finira par abandonner, me demander si je serais pas pédé...

     Des années plus tard, en rêve, je ressens, je sais, je suis à elle. Elle est loin dans la réalité. Mariée, harcelée déjà assez, de droite à gauche.

     Toujours la même fille qui m'a frappé l'imagination et le reste, qui me revient, et me fait office d'idéal du moi.

     Je vis hors de ma réserve. Je sais maintenant Sa réelle préscience.

     Je pense à elle comme dans un rêve. Elle est brisée et merveilleuse depuis que je la connais.
toute cette partie est chouette et je devine des trucs, j'aperçois des possibilités, c'est intéressant, perturbant, mais pas très net non plus. Il est schyzo le mec ?

Bref, un voyage très bizarre dans ce souterrain, mais avec des évocations qui interpellent.

Tchuss,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne lobo

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Re : J'étais souterrain
« Réponse #4 le: 26 Juillet 2016 à 22:30:18 »
Salut à tous :)

Merci d'avoir commenté :)

Comme c'est moi l'auteur, je ne peux pas savoir, mais pourtant je crois qu'il y a assez d'indices pour que ce soit compréhensible, même si ça n'est clairement pas écrit pour être limpide.

Selon moi, tout se devine. C'est délicat à dire, car je me doute que vous n'avez pas lu avec vos pieds...

++

Merci encore ;)

 


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