Au bord de la grande allée sans fond,
on a vu la mer.
Elle n'était pas si belle, cette mer pleine de brouillard,
elle était filandreuse, elle était pleine de poussière,
et pourtant rien n'était plus criant que l'absence de frontière
entre le mazout et ce vide immense.
Avec ma marraine, on s'est tout de suite penchés vers les dunes
qui vivent au crochet des traces de pas,
des vieux abris enfouis dans le sable,
vers les dunes pleines de buissons moroses...
Faut dire que la grisaille n'arrangeait rien.
Ma marraine a un peu râlé,
y avait toutes ces bestioles qui lui bouffaient ses fleurs.
Elle a voulu me les montrer, ces fleurs bouffées,
alors elle a déraciné quelques pétales de ses mains délicates
et puis elle a tout égrainé.
On a regardé les insectes avec un air sérieux,
on a regardé les bourdons, les abeilles et les mouches
qui glandouillaient autour des aubépines,
ça ressemblait à un petit village dans les airs.
Mais le temps était bien trop moche,
alors on est rentrés en faisant semblant de rien,
des bouts de vagues coincés entre les dents.
Ma marraine avait le parfum du sel,
des digues et des chapeaux d'osier.