Cher journal,
En ce dimanche de printemps, je sens que la brume me rend un tantinet triste. Je déteste ce calme qui me livre à moi même. Seul mais pourtant entouré, je me sens d’autant plus seul. L’impression que mon talent est gâché me plonge dans des émotions bleues. Je chavire à l’idée que des bras m’enlacent. J’imagine la poitrine en feu de mon prochain se blottir contre le mien. Je n’y peux rien. Je me laisse à l’amour et à la paraisse. Je n’ai envie d’accomplir ce que l’agenda me réserve. Ne dit-on pas que l’on ne vit qu’une seule fois ? Alors pourquoi je m’obstine à faire les mêmes choses.
J’ai besoin de vivre et pourtant je meurs dans un quotidien ivre. Ainsi, je m’échappe ; je me livre sans retenue, aucune, dans mes livres. Je dévore les histoires, tête dans le guidon. Je ne contrôle plus rien. Les pédales tournent d’elles-mêmes. Le vent donne des claques sur mon visage ramollit. Comme si mère Nature veut que je me réveille. Ma vraie mère ne fait que de rabâcher ces âneries quotidiennes. Change de disque ma pauvre Lucette car à ce rythme tu me parais un peu bête. Ce n’est qu’un ressenti après tout.
Loin d’être Dieu, je suis encore moins génie. Même si, parfois un éclat de génie peut surgir de mon petit esprit. J’aime à imaginer que mes vœux s’exerceront. J’en ai tellement et pourtant je ne fais rien pour. J’espère trouver celui qui sommeil dans la lampe ; frotte, frotte, il apparaît : c’est le Génie. Que mes vœux soient exaucés et que l’éternel m’emmène vers les contrées éloignées. Je partirai rêveur. Ces montagnes surplombées par un soleil orangé. Des conifères semblent se dresser dans ce paysage. Quant aux plus petits sapins, ils se tiennent droits et fiers pour se faire remarquer. Je partirai … Je partirai rêveur. Et en ce moment même, j’ai rêvé.