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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le sourire de Flo

Auteur Sujet: Le sourire de Flo  (Lu 1245 fois)

Hors ligne Frédéric M

  • Aède
  • Messages: 176
Le sourire de Flo
« le: 22 mai 2016 à 19:33:14 »
Le sourire de Flo
Au travers de l’unique fenêtre de son studio, le regard de Florence se perdait dans la grisaille.
Les gouttes de pluie commencèrent à crépiter et à moucheter la vitre d’autant de taches floues que de questions qu’elle se posait. Après quelques secondes, le crépitement devint assourdissant et la vitre ne laissa plus rien transparaitre du monde extérieur.
Grande, élégante, cette superbe jeune femme au regard intense et aux traits parfaits ne souriait jamais, pas même aujourd’hui. Le moment était pourtant venu pour elle de se montrer au monde telle qu’elle était, de se libérer de son carcan. Mais cette rigueur qu’elle avait mis tant d’années à maîtriser pour en faire sa routine quotidienne était désormais gravée en elle.
Tout était pourtant réglé maintenant .L’opération terminée,  Elle allait enfin pouvoir vivre sans aucune retenue, elle pouvait maintenant rire quand elle le souhaitait, elle pouvait enfin être elle-même. Mais qui était-elle vraiment ?
À vingt-huit ans, elle n’avait jamais eu de petit ami et la plupart des personnes qu’elle avait rencontrée ne la trouvaient pas sympathique ou, au mieux, coincée. Elle était seule. Par choix ? Par nécessité ? C’est la réponse qu’elle tentait de trouver tandis que, les yeux toujours figés sur un point imaginaire au travers de la fenêtre, les claquements des gouttes de pluie sur la vitre s’estompaient.
En fin de compte, tel était peut-être le destin qui lui avait été réservé, songea-t-elle. Aurait-elle fait une priorité de ses études sans cela ? Serait-elle parvenue à consacrer toute son énergie à soutenir sa thèse de doctorat sans cela ?
« Cela » avait un nom : la nécrose pulpaire.
À l’âge de quatorze ans, deux de ses molaires étaient tellement endommagées qu’il fallut les lui extraire. Le lendemain de l’intervention, la mère de Florence découvrit sa fille dans une mare de sang alors qu’elle venait la réveiller pour aller à l’école. Près d’un litre de liquide vital s’était écoulé par les deux orifices laissés béants dans ses gencives. C’était un vendredi,  et c’était sans aucun doute pour cette raison que Florence était toujours en vie. Si cela s’était passé le weekend, sa mère lui aurait laissé faire la grasse matinée et l’aurait certainement retrouvée exsangue.
Tout cela pour une simple extraction de dents.
À mesure que la maladie se propageait, le seul traitement envisageable s’était avéré être l’ablation de toute la denture, suivie d’une reconstruction totale. Inimaginable pour Florence. Elle préférait de loin ne plus risquer sa vie, malgré tout ce que cela impliquait. Elle avait eu un avertissement. Elle s’adapterait : plus de dentiste. Jamais !
Les gouttes de pluie avaient cessé de tambouriner sur la vitre. Florence songea un instant au sujet de sa thèse : « Causalité versus corrélation ». Elle se mit alors à réfléchir à sa propre expérience en tant que scientifique : il existait bien évidemment une corrélation entre l’extraction de ses dents et le fait qu’elle avait failli y rester. Mais, d’un autre côté, statistiquement parlant, aucune causalité ne pouvait être établie entre le fait de se faire extraire des dents et de faire une hémorragie tellement sévère qu’elle pouvait vous envoyer ad Patres.
On frappa.
Florence alla ouvrir et découvrit sa meilleure amie, Danielle, armée d’un miroir à main.
- Il est temps, dit-elle, tendant le miroir à Florence. Souris !
Florence s’exécuta avec peine.
Lorsqu’elle vit la réflexion que lui renvoya le miroir, elle se sentit enfin vivre.
Aut Stephen King, aut nihil.

Hors ligne Navilys

  • Scribe
  • Messages: 96
Re : Le sourire de Flo
« Réponse #1 le: 23 mai 2016 à 23:17:13 »
Bonsoir,
une bonne idée de départ pour ce texte (un sourire qui s'en va et ne peut plus se montrer), mais je ne peux pas m'empêcher d'être un peu déçu, tu n'en a pas tiré tout le parti que tu pouvais, tout va si vite (trop à mon goût).
Ne pas pouvoir sourire pendant 14 ans, pire en avoir peur, quelle expérience terrible! Cela demande d'y passer un peu de temps, la libération que tu nous proposes n'en sera que plus attendue (c'est ce dont j'ai l'impression en tout cas).
Quelques remarques de détail:
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Merci en tout cas pour ton texte!
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

Hors ligne Frédéric M

  • Aède
  • Messages: 176
Re : Le sourire de Flo
« Réponse #2 le: 25 mai 2016 à 16:21:08 »
Salut, Navilys,

Merci pour ta lecture et ta critique constructive.
J'ai un peu bâclé ce texte par manque de temps et j'ai dû couper pas mal car il y avait une contrainte de 3500 signes maximum.
Un de mes défauts est la précipitation. Il est vrai que les contraintes dont je parle ne s'appliquent pas ici et j'aurais pu, avant de le poster, le revoir pour en faire quelque chose de plus complet.
La maladie dont je cherchais le nom est "l'amélogenèse imparfaite", une maladie qui fout en l'air l'émail des dents, et dont le nom m'a été communiqué par une amie dentiste après que j'ai publié mon texte... (sur l'autre forum)

Encore merci en tout cas.

Bien à toi.

Fred
Aut Stephen King, aut nihil.

anlor

  • Invité
Re : Le sourire de Flo
« Réponse #3 le: 30 mai 2016 à 23:57:37 »
Bonjour, bonjour, j'ai vu que tu n'avais eu qu'un seul commentateur, je m'en vais remédier à ça  ^^

Au travers de l’unique fenêtre de son studio, le regard de Florence se perdait dans la grisaille.
Y a un souci grammatical dans ta phrase, là. Telle qu'elle est construite, "son" se rapporte à "regard" puisque c'est le sujet. Tu peux peut-être simplement remplacer "son studio" par "du studio" ?


Les gouttes de pluie commencèrent à crépiter et à moucheter la vitre d’autant de taches floues que de questions qu’elle se posait.
L'image est jolie, mais je trouve la formulation un peu lourde.


Grande, élégante, cette superbe jeune femme au regard intense et aux traits parfaits ne souriait jamais, pas même aujourd’hui.
C'est beaucoup, tous ces qualificatifs pour une seule personne, non ? Enfin, je comprends bien l'effet mais je crois que tu pourrais être un peu plus fin dans ta description.

Mais cette rigueur qu’elle avait mis tant d’années à maîtriser pour en faire sa routine quotidienne était désormais gravée en elle.
Je suis pas une grande fan des "Mais" en début de phrase. Je trouve ça un peu gros et rythmiquement pas très joli.


Tout était pourtant réglé maintenant .
espace mal placée


L’opération terminée,  Elle allait enfin pouvoir vivre sans aucune retenue, elle pouvait maintenant rire quand elle le souhaitait, elle pouvait enfin être elle-même.
j'ai l'impression que c'est un effet qui revient souvent dans ton texte : tu prends une idées, et puis tu juxtaposes la même chose en un peu plus appuyé. Genre "le chien était parti, il n'était plus là, il avait fui." Ça peut effectivement bien rendre si tu veux jouer sur l'intensité d'une scène, mais à trop l'utiliser, on y perd beaucoup je trouve.

À vingt-huit ans, elle n’avait jamais eu de petit ami et la plupart des personnes qu’elle avait rencontrée ne la trouvaient pas sympathique ou, au mieux, coincée.
rencontrées
il y a un pb grammatical dans ta phrase, la négation s'applique aussi à coincée -> les gens ne la trouvaient pas sympathiques, ou au mieux, ne la trouvaient pas coincée (et, on est bien d'accord, ça ne veut plus dire grand-chose  :huhu: )

C’est la réponse qu’elle tentait de trouver tandis que, les yeux toujours figés sur un point imaginaire au travers de la fenêtre, les claquements des gouttes de pluie sur la vitre s’estompaient.
pourquoi le "c'est" est au présent ?
Point avant "les claquements" ?

À l’âge de quatorze ans, deux de ses molaires étaient tellement endommagées qu’il fallut les lui extraire.
Ici c'est comme au début, écrit comme ça, le "à 14 ans" se rapporte aux molaires (bon, on comprend bien que c'est pas le cas, mais fais gaffe, c'est pas franchement grammaticalement correct)

Près d’un litre de liquide vital s’était écoulé par les deux orifices laissés béants dans ses gencives.
C'est pas très heureux "liquide vital". Peut-être que tu peux te contenter de "un litre" ? On comprend bien de quoi tu causes, je crois.

C’était un vendredi,  et c’était sans aucun doute pour cette raison que Florence était toujours en vie.
espace en trop après la virgule

Si cela s’était passé le weekend, sa mère lui aurait laissé faire la grasse matinée et l’aurait certainement retrouvée exsangue.
"l'aurait laissé faire" plutôt, non ?

Elle se mit alors à réfléchir à sa propre expérience en tant que scientifique : il existait bien évidemment une corrélation entre l’extraction de ses dents et le fait qu’elle avait failli y rester. Mais, d’un autre côté, statistiquement parlant, aucune causalité ne pouvait être établie entre le fait de se faire extraire des dents et de faire une hémorragie tellement sévère qu’elle pouvait vous envoyer ad Patres.
j'aime bien l'idée, mais je me demande s'il n'y a pas moyen de l'amener un peu plus subtilement sans être obligé de répéter les termes du sujet de thèse. Ce serait chouette  :)


On frappa.
Florence alla ouvrir et découvrit sa meilleure amie, Danielle, armée d’un miroir à main.
- Il est temps, dit-elle, tendant le miroir à Florence. Souris !
Florence s’exécuta avec peine.
Lorsqu’elle vit la réflexion que lui renvoya le miroir, elle se sentit enfin vivre.
Elle est très brutale cette chute, j'ai l'impression de ne pas bien la comprendre.

Un peu moins dans le détail :
Elle est chouette, l'idée de ton texte ! Je viens de lire ta réponse à Navilys, c'est vrai qu'on sent le côté contraint de ton texte et que la fin sonne un peu baclée. Si tu veux prendre le temps de remanier ce texte, ça serait intéressant d'essayer de diluer un peu tout ça. Attention quand même, il me semble, aux effets d'insistance. Je crois que tu peux essayer d'être beaucoup plus "simple" dans tes formulations sans que ton texte perde en intensité, bien au contraire  ^^

Bonne soirée !

Hors ligne Frédéric M

  • Aède
  • Messages: 176
Re : Le sourire de Flo
« Réponse #4 le: 31 mai 2016 à 10:18:18 »
Bonjour Anlor,

Je te remercie pour cette analyse détaillée.
Je vais laisser reposer ce texte quelques semaines avant de le remanier sans contraintes !

Excellente journée !
Aut Stephen King, aut nihil.

 


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