Voila, c'est le premier texte que je poste.
Je l'ai écrit il y a un bon bout de temps, comme ça en un coup, et ne l'ai que très peu modifié par la suite.
Bonne lecture et n'hésitez pas à être sévère!
Je crois percevoir une odeur de fleur. De lilas, ou alors de rose. Un léger parfum sucré qui donne envie d’aimer. Un mince rayon de soleil vient illuminer le plafond. Mon plafond que je connais si bien. Blanc, tirant sur le vert dans le coin supérieur droit, avec le plâtre qui s’effrite un peu sur le bord et deux néons au milieu distribuant une lumière blafarde et maladive. De temps à autre une mouche s’y égare, ou un petit moustique vite chassé par Jocelyne qui a peur d’être piquée. Parfois ma vue change. On me redresse un peu et j’admire alors les murs blancs, immaculés, trop lumineux. Un lit me fait face, repoussant de vétusté avec son drap trop blanc. Au-dessus se trouve Jésus sur sa croix, immobile et impuissant à bouger. Un peu comme moi. La fenêtre est entrouverte et le printemps rentre à flot avec le chant du parc. J’observe l’ombre des fleurs sur la table basse. Quand elle atteint le cadre avec la photo de Marie, Jocelyne entre et me donne à boire, me parle, change ma pochette. Quand elle atteint la radio, c’est Marie qui arrive. Un bruit… La porte… Je pense que quelqu’un vient.
- Bonjour monsieur Dubois !
Bonjour Jocelyne, pile à l’heure comme toujours.
- Comment ça va aujourd’hui ? Votre kiné va passer tantôt. Avez-vous remarqué le soleil ? Le temps sera magnifique, …
Et blablabla. Un monologue, comme toujours. Remarquez, il me serait difficile de répondre. Ou même de bouger. « Il » ne répond plus. Mon corps je veux dire. Ca m’est tombé dessus d’un coup. Je me suis effondré dans mon salon, comme un moustique sous les coups de Jocelyne. Marie a eu très peur. Je pense qu’elle croyait que j’allais mourir. Il faut tout de même dire que ce n’est pas courant de mourir subitement à 40 ans. Mais il y a de l’espoir d’une amélioration de mon état. Il est possible que je réussisse à reparler un jour. Quand, je ne sais pas. Le temps n’a pas de prise dans un hôpital. Il accélère ou diminue, c’est selon. Et puis, chaque jour ressemble au précédent. Mais vous savez, je ne m’ennuie pas. Je regrette juste une chose, c’est de ne pouvoir dire à Marie combien je l’aime.
- Au revoir monsieur, je repasse tout à l’heure.
Maintenant je vais dormir et remettre mes souvenirs en place.
J’ai raté Marie. Elle est tellement délicate qu’elle n’a pas voulu me réveiller. Et moi je lui fais du mal. Pars, Marie. Oublie-moi et vis. Ne t’attache pas à ce corps. Je voudrais parler et le lui dire. Le lui crier, hurler ou même murmurer. Avant de t’abandonner, toi qui n’es déjà plus mien. Je me détache bout à bout de ta lourdeur, j’éteins les connexions et je me faufile par la fenêtre jusque dans le parc. J’écoute la mélodie de la fontaine accompagnée par le bruissement des bourgeons. Un oiseau passe et me cueille. C’est une colombe.
Marie… Pardon.