Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

08 novembre 2026 à 10:34:39
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Contenu explicite] Solitude

Auteur Sujet: [Contenu explicite] Solitude  (Lu 1890 fois)

Hors ligne Warllord

  • Plumelette
  • Messages: 16
[Contenu explicite] Solitude
« le: 29 février 2016 à 20:02:49 »
"Avertissement au lecteur: le texte qui suit porte la mention “contenu explicite” car certaine partie de ses écrits sont de nature à choquer la sensibilité des plus jeunes."

Voici la premier texte que je poste sur le forum. La violence est vraiment minime dans ce texte, mais étant donné que je ne connais pas la limite du [Contenu explicite] j'ai préféré le mettre, au cas où.
Je suis impatient de lire vos avis, j'espère en tout cas que ça vous plaira.
Bonne lecture !



Je me réveillais d'une nuit agitée, un matin tout à fait comme les autres. Ou plutôt, devrais-je préciser, comme tous les autres depuis maintenant trois ans et deux mois. Je me levai tranquillement et me dirigeai vers la machine à café, la tête encore embrumée des rêves qui s'évaporaient peu à peu de mon esprit. Mon regard se posa sur la tasse la plus proche. C'était une petite tasse colorée, parsemée de petites empreintes de pattes de chat. La tasse préférée de ma petite sœur.

* Une petite fille d'environ neuf ans s'amuse à faire des roulades dans le jardin, entourée de ses amies qui bavardent et rient à gorge déployée. Je suis adossé à un arbre en train de lire non loin de là. L'une des filles s'exclame :
- Alors Clem, t'as réussi à convaincre tes parents ou pas ?
La petite fille s'interrompt au milieu de ses roulades et se tourne vers ses amies, la tête baissée et l'air penaud :
- Non, ils disent que ce n'est pas de mon âge ...
- Comme s'il y avait un âge pour ça ! Tout le monde en a, tu es la seule fille de l'école qui ne l'a pas encore, et tu penses vraiment que ce n'est pas de notre âge ? lui répondit son amie d'un ton exaspéré.
- En plus, même les plus petits en ont,  ils ont sortis des modèles pour nourrisson la semaine dernière, alors ne me sors pas ces bêtises d'âge ! renchérit une autre.
La dénommée Clem devient peu à peu rouge de honte :
- C'est pas moi qui pense ça, c'est mes parents et ils veulent plus en entendre parler ...
- Je suis sure que son frère y est pour quelque chose, il parait qu'il est au lycée mais il a choisis de ne pas l'avoir non plus, vous vous rendez compte ? s'écrie la plus petite du groupe d'amies qui éclata de rire.
- Chut ! Moins fort, il est juste à côté ! rappelle l'une d'entre elles en essayant de chuchoter et de calmer les gloussements. Ce qui marche à peu près jusqu'à ce qu'une petite voix rajoute :
- N'empêche ... Au lycée ...
Les éclats de rire reprennent de plus belle. Je fais mine de ne rien entendre.
Seule, au milieu des moqueries, une petite fille n'a pas envie de rire. Elle retient ses larmes et baragouine des excuses à propos de ses devoirs à faire, avant de s'enfuir en courant vers la maison. Les autres filles lui tournent le dos en partant dans la ruelle :
- Laissez la, de toute façon on peut rien faire quand elle est là, maintenant qu'on est entre nous on va pouvoir commencer à s'amuser !
Mes mains se resserrent sur mon livre, mon sang bout dans mes veines et tape dans mes tempes. Ma petite sœur entre dans la maison, claque la porte, et éclate en sanglots.*


Le bip de la machine à café retentit et me sortit de mes pensées. Après tout ce temps, il m'était toujours impossible de rester connecté au présent plus de quelques minutes.
- Et ça restera comme ça ... En tout cas tant que j'aurais décidé de garder cette maison.
J'avais dit cette phrase tout haut, même si elle était adressée à moi même. J'avais pris l'habitude de me parler à haute voix, cela m'aidait à penser et je n'avais plus aucune raison de ne pas le faire.
- Mais je ne suis pas prêt à m'en séparer, et je pense que je ne le serais jamais. A quoi bon toute manière ? Je suis très bien là où je suis.
Je me répétai cette dernière phrase, sans cesse, tous les jours, en buvant mon café et en regardant par la fenêtre le levé du soleil.
Une fois mon café fini, je revins sur mes pas pour poser la tasse vide dans le lavabo, en passant devant le canapé du salon.

* Je cours vers le salon en sortant de ma chambre et en brandissant un petit objet en bois. Une fois arrivé dans le salon, je me place devant mes parents qui sont installés dans le canapé face à la télévision éteinte. Je m'exclame :
- Ca y est je l'ai terminé ! Mon avion miniature ! Il est pile poil comme je l'imaginais, j'ai même fait les gravures sur les ailes et sur le cockpit, et aussi le nom du modèle à l'arrière, regardez !
Je tends le petit avion devant moi, fier de mon exploit. Aucune réaction de la part de mes parents. Ils sont assis le buste et la tête bien droite, le regard dans le vide.
- Maman ? Papa ?
Je passe une main devant eux afin d'attirer leur attention, sans succès. Leurs yeux grands ouverts ne clignent pas et sont habités d'une aura bleue électrique. Je m'approche doucement, en essayant de percevoir un changement dans leur position. Rien, à part une lente et longue respiration. Tout à coup, leur visage s'animent et se déforment : ils éclatent d'un rire fort et unanime. Je sursaute, fais un bond en arrière et atterris sur les fesses pendant que je regarde mes parents continuer à rire. Ils reprennent peu à peu leur sérieux et leur air neutre, le regard dans le vide. Je reste hébété à terre quelques secondes, puis me relève tout à coup et fonce m'enfermer dans ma chambre, terrorisé par l'image inhumaine de mes parents*


Une douleur aigüe au petit orteil me tira de mes pensées.
- P*tain de buffet de m*rde !
Je me prenais le pied dans ce buffet deux jours sur trois, et je l’insultais tout autant. Pourtant, je n'arrivais pas à le détester, même s'il allait finir par me détacher le petit doigt de pied. Je ne détestais rien dans cette maison, de la plus petite babiole au plus grand des meubles. Rien n'avait bougé depuis trois ans et deux mois, et rien ne bougerait plus.
Jamais.
- Bref ! C'est pas le moment de tergiverser, c'est l'heure d'aller chercher à manger !
Je me dirigeai en direction de la porte d'entrée, pris le dernier arc que j'avais fabriqué, mon carquois, et quelques flèches que je pris le temps d'affuter. Je regardais quelques instants les gravures fines qui parcouraient la branche de mon arc.

* Mon père me regarde tailler des morceaux de bois avec minutie, que je prends le temps d'assembler afin de confectionner mes maquettes. L'incompréhension se lit sur son regard.
- Tu sais, je respecte tout à fait la passion que tu portes à tailler du bois, mais tout de même ... Tu sais qu'à notre époque tu n'as plus besoin de faire ça toi même, la technologie nous permet de faire tant de choses ... Tu vois cette figurine que tu as mis deux semaines à construire ? Un robot pourrait te la construire en moins de trente secondes et avec une meilleure finition. Tu pourrais avoir une superbe collection de pièces en bois si tu t'y intéressais !
Je pousse un soupir.
- Je sais Papa. Mais ce qui m'intéresse c'est de créer ces maquettes moi même, ça n'aurait aucun sens de les faire fabriquer par des machines. Et puis, ça m'entraîne à travailler le bois, ça pourrait me servir un jour, je pourrais en faire mon métier et ...
- On a déjà eu cette discussion Max, le travail du bois n'est plus un métier depuis des siècles et "t'entraîner" à faire ça est une perte de temps. Si c'est ce que tu as en tête c'est de vivre de cette passion, tu vas te planter à tous les coups. Je dis ça pour ton bien, tu peux garder ce hobby et faire ce qui t'amuse mais tu ne pourras jamais rien faire d'utile de cette activité. Alors penses-y et essai de trouver un métier qui te plairait mais qui est encore d'actualité, ok ?
- Oui Papa ...
- Allez, je retourne sur Multinet, à tout à l'heure.
Il dépose un baiser sur mon front puis quitte la pièce*


Je revins un peu plus de trois heures après avoir quitté la maison, deux lièvres à la ceinture. Je me réjouissais d'habiter dans la campagne, si près à la fois d'une forêt et d'une grande plaine, ce qui me permettait d'avoir un grand choix de gibier mais également de fruits, que je pouvais varier selon mes envies. Sans attendre je me mis à préparer les lièvres et fis partir un feu à l'endroit habituel au milieu du jardin.
Une fois le pauvre animal cuit à point, je le fis glisser dans une assiette et me mit à table.

* Je mange silencieusement mon steak haché, une ambiance de plomb inonde la pièce.
- Mais Maman si ça continue je vais être la seule de l'école à ne pas l'avoir, de quoi je vais avoir l'air ?
- D'une petite fille tout à fait normale. Ce n'est pas parce que tout le monde l'a que tu devrais l'avoir aussi, répond sèchement ma mère.
- C'est pas juste ! Vous vous l'avez et vous vous amusez tous les soirs dessus ! Vous n’avez pas le droit de m'en priver !
- Clémence ça suffit ! Tu pourras très bien survivre sans ! Regarde ton frère, il y arrive très bien lui, alors je ne veux plus t'en entendre parler ! Tu n'auras pas Multinet tant que nous ne l'aurons pas décidés un point c'est tout ! Maintenant retourne dans ta chambre, et n'en sors pas avant demain matin !
Ma sœur me regarde les yeux larmoyants, en cherchant désespérément du soutien. Elle n'en trouve pas. Elle s'enfuit en courant dans sa chambre.*


Comme chaque jour, une fois le ventre plein, j'allais m'allonger dans mon coin d'herbe favori pour la sieste de l'après midi. Comme chaque jour, je me positionnais de façon optimale pour un sommeil long et profond. Comme chaque jour, je n'arrivais pas à fermer les yeux et j’attendais que le soleil me force à les fermer. Comme chaque jour, je ressassais cette partie de ma vie qui me hantait.

* Je suis terrifié. Je suis en larmes. Je ne comprends pas. La porte de ma chambre s'ouvre.
- Max, mon chéri, qu'est-ce qui se passe ?
C'est la voix de ma mère. Je  relève ma tête et la vois qui m'approche. Je recule précipitamment, paniqué.
- Non ! Ne t’approche pas !
- Mais enfin Max, qu'est-ce qu'il t’arrive ?
Je dévisage ma mère. Elle a l'air d'avoir retrouvé son humanité. Ses traits sont inquiets. Je me méfie toujours. Je bégaye :
- Je ... Je vous ai vus ... avec Papa sur ... sur le canapé ... Je vous ai appelés mais ... vous n’avez pas répondus et ... et vous aviez le regard tout vide et ... et vous vous êtes mis à rire puis à redevenir tout vide ... et vous me voyiez toujours pas ...
Ma mère semble pensive un instant, puis me dit avec douceur :
- Oh ... Tu es venu nous voir ... ? Je n’avais pas remarqué ... Enfin je ne pouvais pas remarquer ... Viens par ici mon chéri je vais t'expliquer d'accord ? Il n'y a pas à avoir peur.
Hésitant, je prends la main que ma mère me tend. Elle m'emmène dans le salon où elle explique toute la situation à mon père.
- Je vois, finit par dire ce dernier. Je vais t'expliquer mais ça va te paraître un peu fou, je te préviens. Quand tu nous as vus tout à l'heure immobile sur le canapé, nous étions sur Multinet.
- Multinet ?
- Tout à fait. C'est une sorte d'Internet amélioré qui se passe entièrement dans ton esprit, ta mère et moi avons été choisis pour tester cette technologie. Ce n'est pas encore au point, mais quand il sera complètement opérationnel, Multinet nous permettra de faire des choses tout à fait inimaginable aujourd'hui, ça va créer une nouvelle ère technologique ! Nous pourrons faire tout ce que nous faisons sur Internet, mais depuis notre esprit. Les pensées de toutes les personnes qui utilisent Multinet se réunissent et nous pouvons alors tout faire comme si nous y étions réellement, étant donné que tout se passe dans notre tête, cela nous à l'air tout à fait réel. Le simple fait de se parler sur Multinet revient à faire de la télépathie, alors tu imagines les possibilités ?
Plus mon père m'en parle, plus son regard s'illumine, et moins je comprends ce dont il s'agit.
- Non je n’imagine pas vraiment ... Et tout ça n’explique pas pourquoi je vous ai retrouvé comme deux légumes sur le canapé à rire si soudainement.
- C'est comme je te le disais ... Ce n'est pas totalement au point. Pour l'instant notre esprit doit être complètement dissocié de notre corps pour que Multinet fonctionne, mais il semble que les plus fortes émotions arrivent à se frayer un chemin, comme la peur, la tristesse, la joie ... Et tout à l'heure nous étions dans une salle de spectacle en train de regarder un humoriste avec ta mère, tu as du tomber à un moment où nous avons éclaté de rire et donc ...
- Mais ça n'a aucun sens ! Pourquoi ne regardiez vous pas le spectacle sur la télévision, ou pourquoi ne pas aller le voir dans une vraie salle au lieu de faire semblant ?
- Ecoutes, calme toi Max tu n’as pas essayé tu ne peux pas encore comprendre ...
- Non vous écoutez ! Tous les deux ! Vous ne vous êtes pas vus sur ce canapé complètement déconnectés de la réalité ! Jamais je n'utiliserai cette chose, c'est complètement contre nature ! Et je ne veux plus jamais vous voir dans cet état là, je ne veux plus jamais vous voir comme ça ...
Je m'écroule au sol en sanglotant, traumatisé par cette image à présent gravée dans ma mémoire. Les regards de mes parents se croisent, emplis d'inquiétude, d'incertitude et d'incompréhension.*

J'ouvrai les yeux lentement. Un frisson parcouru ma peau, et pour cause, le soleil avait presque terminé sa course et baignait l'horizon d'une douce aura orangée. Je restai allongé quelques instants puis me levai doucement en me dirigeant vers la maison. Le feu s'était déjà étouffé par manque de bois. Je m'arrêtai un moment pour observer le long filet de fumée qui s'échappait des cendres onduler dans le vent.
- Allez ! C'est pas le moment de traîner, j'ai déjà dormi plus qu'il ne le faudrait.
Je repartis d'un pas plus énergique vers la porte d'entrée. J'avais pour habitude de nettoyer et dépoussiérer une pièce de la maison par jour de la semaine, et aujourd'hui c'était le jour de la chambre de Clémence. Une fois arrivé devant la porte de la pièce, je l'ouvris lentement.

* J'observe ma petite sœur jouer avec ses poupées dans le fond de la pièce, près de ma mère. Nous sommes attendris par ses histoires mignonnes et son inventivité d'enfant. Ma mère se rapproche de mon oreille et me chuchote :
- Tu sais, elle va bientôt avoir 6 ans, je pensais lui prendre le Multinet pour enfants qu'ils ont sortis l'an passé ...
- Pardon ?
Je la regarde d'un regard mauvais.
- Je savais bien que tu réagirais comme ça ... Mais écoutes moi deux minutes avant d'en dire plus. Multinet n'est plus la même technologie qu'il y a quatre ans quand tu l’as découverte. Ne lève pas les yeux au ciel, est-ce que tu as remarqué que j'ai parlé à ton père depuis le début de notre conversation ? Non, et pourtant je l'ai fait. Tu vois, ça n'a plus rien à voir et puis maintenant c'est plus de la moitié de la population qui ...
- Stop. Je ne veux pas en entendre plus. Je te préviens seulement d'une chose : si jamais tu installe cette chose sur ma petite sœur avant ses quatorze ans et qu'elle puisse le décider elle même en connaissance de cause, n'espère plus me revoir. Je quitterai cette maison et j'irai trouver des gens raisonnables qui veulent encore vivre dans ce monde, et pas dans un autre complètement virtuel !
- Max arrêtes un peu, tu ...
- Non Maman je ne reviendrais pas sur ce que j'ai dit. Fais en ce que tu veux maintenant, le choix t'appartient.
Le ton est monté de quelques décibels. Clémence se retourne, les sourcils levés, interrogatifs, avant de reprendre innocemment son jeu là où elle l'avait laissé. Ma mère me regarde d'un air triste.*


Je me relevai en essuyant la sueur qui coulait de mon front. La chambre était comme neuve. Je quittai la pièce et refermai la porte derrière moi, fier de mon travail.
L'heure fatidique approchait.
J'avais horreur des fins de journée. Cela voulait dire qu'il faudrait aller dormir, et donc qu'il fallait fermer les yeux. J'avais horreur de fermer les yeux.
Je traînai les pieds jusque dans ma chambre, me déshabillai, et me laissai tomber mollement sur mon lit. Sur le dos, je regardais le plafond l'esprit le plus vide possible, en attendant que les ténèbres de mon passé  reviennent une fois de plus me hanter et m'envahir.

* Je regarde mon plafond, allongé sur mon lit. Une détonation accompagnée de cris brefs proviennent du salon. Ensuite, le silence. Je me lève prudemment, ouvre la porte de ma chambre et avance lentement en direction de la où devaient se trouver mes parents.
- Maman ? Papa ?
Je les vois, affalés face contre terre, baignant dans une flaque de sang qui s'étend un peu plus chaque seconde. Je retiens un haut le cœur. Je me précipite sur eux. J'aperçois un trou béant juste au dessus de leur nuque, à la base de leur crâne, l'emplacement exacte de la puce Multinet. Des larmes coulent le long de mes joues.
- Non ... Non ce n'est pas possible ...
La télévision s'allume toute seule et diffuse un message qui passe en boucle.
" LA PUCE MULTINET A RENCONTRÉ UN DYSFONCTIONNEMENT. SA SURCHAUFFE A ENTRAINÉ LA MORT DE TOUS SES UTILISATEURS QUI ÉTAIENT ESTIMÉS À PLUS DE 98% DE LA POPULATION MONDIALE. TOUS LES SERVICES DE RESEAUX DE COMMUNICATION ET DE GRANDE DISTRIBUTION NE POURRONT PLUS ETRE ASSURÉS. A TOUTE PERSONNE LISANT CE MESSAGE : NE RESTEZ PAS SEUL. REGROUPEZ-VOUS. NE PERDEZ PAS ESPOIR. NOUS SURMONTERONS CETTE EPREUVE. ENSEMBLE. LA PUCE MULTINET A RENCONTRÉ UN DYSFONCTIONNEMENT. SA SURCHAUFFE A ENTRAINÉ LA MORT DE TOUS SES UTILISATEURS ..."
Flash. Mon cœur cesse de battre. Ma respiration s'arrête net. La peur me compresse. Un seul mot sort :
- Clémence !*


J'étais en sueurs. Mes doigts se crispaient sur les draps. Ma tête bougeait sans cesse de gauche à droite et de droite à gauche, les traits du visage déformés par une douleur insoutenable. Des murmures s'échappaient de temps à autres de mes lèvres :
- Non ... Je ne veux plus ... Je ne veux plus voir ça ...

* La porte de ma chambre s'ouvre en fracas.
- Tout est de ta faute !
Ma petite sœur se tient dans l'encadrement de ma porte, le regard furieux et un doigt accusateur pointé vers moi.
- Clémence ? Qu'est-ce qu'il t'arrive?
- Ne fais pas l'innocent ! C'est de ta faute si Papa et Maman ne voulaient pas que j'ai Multinet, c'est de ta faute si je suis la risée de l'école, et c'est de ta faute si je suis la seule pommée de mon âge qui ne pouvait pas m'amuser comme tous les autres !
- Attends Clémence calmes toi, j'ai fais ça pour ton bien et ...
- Mais tu ne sais pas ce qui est pour bien ou pas ! Tu ne sais rien ! D'ailleurs tu n’es plus rien pour moi, tu as gâché trop d'années de ma vie pour que je te pardonne ! Alors ne m’adresse plus jamais la parole !
Elle s'apprête à repartir mais s'arrête dans son élan, son air furieux se transformant en air joyeusement sadique que je n'avais jamais vu sur son visage.
- Au fait ! Tu aimerais peut être savoir pourquoi Maman m'a tout balancé ? C'est quand je lui ai montré ça !
Elle se retourne et soulève sa grande chevelure, dévoilant un M à la racine de ses cheveux, marque indélébile la pose d'une puce Multinet. Sans ajouter un mot, elle s'élance à grands pas dans le couloir, laissant mon cœur meurtri derrière elle.*

Le cauchemar lucide continuait, comme à son habitude, à me torturer au plus profond de mon âme. Et il n'allait pas s'arrêter là.

*Je me précipite dans la chambre de Clémence pour la trouver assise contre le mur en face de moi, ses grands yeux bleus plongés dans les miens. Plus jamais ils ne me verront. La grande éclaboussure écarlate au niveau de son cou ainsi que la marée rouge qui se répand tristement au sol ne laissent aucun doute à ce sujet.
Je m'effondre en hurlant toute ma haine, ma peine et ma détresse. Seul*


A jamais.

Hors ligne Ichtar

  • Tabellion
  • Messages: 24
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #1 le: 01 mars 2016 à 10:23:17 »
Wouaé, c'est trop classe !
Les passages en italique, surtout
et cette fin.
Je dois avouer que les passages en écriture normale m'ont laissé un peu plus indifférente. Ils sont important mais ils m'ont coupés la lecture, parce que j'ai trouvé un peu cliché le côté "je refuse le monde virtuel et je pars dépecer des zèbres". Je pense que tu pourrais amener le contraste avec plus de finesse. Par contre, ce que j'ai trouvé extrêmement intéressant, c'est l'absence total de sentiment du personnage pendant la vraie vie, alors qu'il en est bourré dans ses souvenirs.
J'ai trouvé la fin ultra intéressante, elle m'a prise aux tripes, mais je l'ai quand même trouvé un peu grosse... 98% de la population mondiale ? Il doit plus rester personne à la télé pour en parler... Je pensais que seule la petite soeur allait mourir, pour cause d'incompatibilité ou autre...
Très bonne lecture, cela dit ;)
-La décadence me fascine plus.
- Que pensez-vous de l'art ?
- C'est une maladie.
- L'amour ?
- Une illusion.
- La religion ?
- Un substitut élégant pour la foi.
- Vous êtes un sceptique.
- Nullement ! Le scepticisme est un début de croyance.
- Qu'êtes-vous donc ?
- Définir, c'est limiter.

O. Wilde

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 565
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #2 le: 01 mars 2016 à 14:01:16 »
Les abus de la Toile, sa potentielle dérive, la décadence du high-tech ! Un thème classique de la SF revisité de manière cynique et élégante à travers les yeux de l'enfance. Cette prospective n'est pas si loin que ça, une bonne partie de la Silicon Valley s'échine déjà dessus.
Bref, un texte bien mené, très bien écrit, qui monte en puissance.
Que demande le peuple !
Tu dis avoir vingt et un an en plus et que tu commences à écrire. Alors, un bon conseil, ne lâche pas le stylo. C'est pas cher un stylo, et certains sont même capables d'emporter les gens très loin, sans qu'ils aient à se sertir une puce en silicium entre les deux oreilles !

Bien à toi !

Hors ligne Warllord

  • Plumelette
  • Messages: 16
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #3 le: 01 mars 2016 à 16:50:55 »
Merci pour ces premiers retour, ça fait chaud au cœur !

Ichtar : A la base, je voulais raconter uniquement l'histoire qui se passe en italique mais pas dans un ordre chronologique, alors j'ai trouvé cette "astuce"  des flash-back pour le faire. Du coup, je pense que ça se ressens que je n'avais absolument rien à raconter sur son présent  ^^
Pour ce qui est des 98%, j'ai pas mal hésité. Je voulais vraiment un chiffre énorme, tellement énorme que l'humanité aurait vraiment du mal à s'en remettre, qu'aucun service ou réseau ne puisse continuer à fonctionner et qu'ils soient obligés de retourner à la vie sauvage pour vivre. Alors je me suis dit autant y aller à fond, 99%, avant de redevenir raisonnable et de mettre un petit 98%  :P Mais j'avoue me poser encore la question du chiffre idéal ^^
Ravi que ça t'ai plu en tout cas  ;D

kokox : Merci beaucoup, ça m'encourage à continuer ! :)
J'avoue que je ne savais pas vraiment si ça valait le coup de me lancer, me voilà rassuré ^^

Tout ceci m'a motivé, je me lance de ce pas vers mon prochain texte  ;D

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 565
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #4 le: 01 mars 2016 à 19:56:53 »
98% est mastodonte, il est vrai. Tu t'es un peu enflammé, à mon sens !

Hors ligne Tokoonz

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #5 le: 01 mars 2016 à 22:49:58 »
Bon texte ! J'ai bien aimé la montée en puissance du suspens. On se demande tous dès le début ce qui a pu arriver à cette famille pour que ce jeune homme se retrouve seul dans sa maison familiale.
De plus tu soulignes bien un des dangers de la généralisation des nouvelles technologies : quels sont leurs impacts sur la santé ?

Par contre on sent peu la sensation de solitude du protagoniste je trouve. Enfin il a l'air de bien s'en accommoder.

Enfin, j'ai adoré la fin. La transition entre les souvenirs et le présent est excellente, bravo !

Hors ligne Warllord

  • Plumelette
  • Messages: 16
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #6 le: 02 mars 2016 à 13:28:12 »
kokox : Je vais vraiment finir par étudier et analyser le cas en profondeur si ça continue  :D

Tokoonz : Merci pour ton retour, ça fait vraiment plaisir !   :)
Comme je l'ai dit dans mon dernier post, c'est vrai que je n'ai pas du tout développé le présent du personnage car ce n'est pas ce que j'ai voulu raconter et je me suis rendu compte après coup que ça faisais un peu "bâclé" ou en tout cas incomplet. Il faudra que je fasse attention à l'avenir de ne négliger aucune partie de mon texte ^^

Hors ligne Ichtar

  • Tabellion
  • Messages: 24
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #7 le: 02 mars 2016 à 18:00:53 »
Du mal à s'en remmettre ? Tu sais que si on perd déj) 45% de la population ça va devenir compliqué ? surtout que dans ton cas, c'est des grandes personnalité sans doute... Retravaille l'annonce de la mort, et vraiment, table dur du 78% ou quelque chose comme ça, c'est déjà titanesque !

Je te souhaite une belle continuation :)
-La décadence me fascine plus.
- Que pensez-vous de l'art ?
- C'est une maladie.
- L'amour ?
- Une illusion.
- La religion ?
- Un substitut élégant pour la foi.
- Vous êtes un sceptique.
- Nullement ! Le scepticisme est un début de croyance.
- Qu'êtes-vous donc ?
- Définir, c'est limiter.

O. Wilde

Hors ligne Cambrien

  • Aède
  • Messages: 175
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #8 le: 02 mars 2016 à 21:05:27 »
Bon texte, en ce sens qu'il est bien écrit et intéressant à lire. Le mélange de science-fiction et de sentimentalisme contribue à faire de cette chronique familiale une oeuvre relativement originale dans le genre.

Quelques grossières erreurs toutefois. Par exemple la petite soeur se dit "pommée" au lieu de paumée. Etablir la mortalité à 98% de la population est effectivement beaucoup exagéré. User et abuser des retours en arrière peut créer la confusion tandis que d'autres verront là une faute de goût. Utilise le procédé avec parcimonie, surtout dans le cadre d'un texte aussi court.

Pour un coup d'essai, ce n'est pas un coup de maître mais le résultat est tout de même très positif. Je t'encourage à continuer sur cette voie. Tu possèdes un réel potentiel.

Hors ligne Warllord

  • Plumelette
  • Messages: 16
Re : [Contenu explicite] Solitude
« Réponse #9 le: 02 mars 2016 à 23:01:18 »
Ichtar : Vous m'avez convaincus, un chiffre aux alentours des 75% me semble maintenant plus approprié. Je n'edit pas mon post mais le modifie de mon côté !  ;)
Merci pour ton soutien  ^^

Cambrien : Merci pour ton retour !  :)
Pour l'orthographe de "paumée" je n'en savais rien, je corrige.
Au final je commence par croire que la "méthode des flash-back" n'était pas la meilleure idée qui soit. J’essaierai de retravailler le texte pour le mettre en version "journal intime", en mettant une date et une heure avant chaque scène pour les garder dans le désordre et en supprimant les parties sur le présent qui sont moins intéressantes et moins intenses que le reste du texte.
En tout cas merci pour les encouragements !  ;D

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.015 secondes avec 16 requêtes.