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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [AT n°7 | T19] La vie en rose (V3)

Auteur Sujet: [AT n°7 | T19] La vie en rose (V3)  (Lu 5378 fois)

Hors ligne Kathya

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Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #15 le: 15 Mars 2016 à 20:09:38 »
J'aime bien l'écriture, j'ai plus de mal à aborder le fond. J'avais sauté le dernier paragraphe dans ma première lecture et je dois dire qu'il fait un peu pièce rapporté. Il atténue pas le côté happyend du gars, ca lui donne plutôt un côté cru et égoïste. Genre "il m'arrivait des trucs chelous, je vais mieux et a priori j'ai pas de cancer"... Bref, je vois pas trop ou tu veux nous emmener et c'est dommage, car j'étais prête à te suivre dans la lecture.  :o

Bonne continuation Mout' !
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne Elk

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Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #16 le: 15 Mars 2016 à 23:28:44 »
Citer
Bref, je vois pas trop ou tu veux nous emmener
Toujours pas ? :-\ Décidément, toutes mes tentatives ont été vaines !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Citer
J'avais sauté le dernier paragraphe dans ma première lecture et je dois dire qu'il fait un peu pièce rapporté.
C'est parce qu'il n'était pas là à la base et que je l'ai justement rajouté en cours de route.

Bon, malheureusement je n'ai plus la possibilité tout de suite de reprendre le texte, mais cette fin qui ne fonctionne pas comme je le voudrais m'embête, donc je reprendrai tout ça de toute façon !

Merci encore pour vos commentaires :)

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
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Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #17 le: 16 Mars 2016 à 22:13:37 »
Coucou !

Tout d'abord, merci pour ce texte ! Le style est propre, soigné et joli, je trouve, le texte se déroule bien. Il y a plein d'idées chouettes, et la musicalité me semble bien mise en place. J'ai juste bugué sur la fin, je l'avoue  :mrgreen: détails ci-dessous, à la suite de mes remarques au fil du texte ^^


Citer
Je sursaute quand le bus s’arrête avec un crissement de freins qui me vrille les tympans.
Les informations n'arrivent peut-être pas dans le meilleur ordre ? (sursauter puis le crissement de frein puis le bruit douloureux). Je pinaille un peu ^^

Citer
et déjà un coup de coude de ma voisine de droite m’écrase généreusement le foie.
Le foie est quand même pas mal sous les côtes, non ?

Citer
Au coin de la rue, je bouscule une vieille en prenant mon virage trop serré.
Le virage serré évoque une voiture, je trouve ; peut-être parler du coin/de l'angle d'une maison/d'un immeuble, de raser les murs,... ?

Citer
Je n’entends pas ses protestations à travers le filtre de ma musique mitée.
Peut-être inverser les informations de la phrase ? (C'est à cause de la musique qui fait un filtre, qu'elle n'entend pas les protestations) Mais c'est du détail ^^

Citer
Elle ne comprend pas que ce n’est pas un problème d’audition.
Comment le narrateur en est-il sûr ?

Citer
Louise n’est plus là.
Louise est partie sans rien ajouter ? La question que je me pose, c'est : est-ce que c'est normal qu'elle soit partie avant le narrateur (son travail qui commence plus tôt, par exemple), ou bien est-ce qu'elle se comporte de façon inhabituelle ?

Citer
Louise n’est plus là. L’appartement vide ne m’a jamais semblé aussi paisible.
Avec la juxtaposition des phrases, le narrateur semble content que Louise soit sortie ; est-ce bien le cas ?

Citer
Quittant le spectacle du ciel pixellisé,
Pourquoi est-il pixellisé ? Est-ce la buée, ou le narrateur qui ne voit plus très bien ? Dans ce cas, il devrait mal voir tout autour de lui aussi, et s'inquiéter.
A ce stade, je me dis que soit il devrait s'inquiéter (d'ailleurs, son réveil n'a pas sonné, et puis il est resté chez lui ; a-t-il manqué le travail ?) soit il est au courant qu'il a un problème et il l'assume. Dans le premier cas il faudrait le montrer plus, je pense, et dans le deuxième, il pourrait être stratégique, à mon avis, de le suggérer un peu plus fermement, voire de le dire carrément ^^

Citer
Sous leurs regards bienveillants, j'esquisse quelques pas de danse. Mains écartées, je tournoie doucement, mes bras nus baignés de lumière.
Il danse dans la rue ? A quel endroit ? (sur un trottoir, sur une place ?...) Quelle taille fait à peu près la ville ?

Citer
Louise, immobile, regarde la lettre. La lettre ne bouge pas non plus. Elle trône là depuis plusieurs jours, sur la table de la cuisine, sans que personne n'ose y toucher. Et maintenant, Alban a disparu et Louise se retrouve toute seule avec la lettre. Elle a déchiré l'enveloppe, mais elle n'a pas osé s'attaquer aux jolis scanners plastifiés ni au diagnostic du médecin, dactylographié noir sur blanc. Tumeur. Métastase. Évolution rapide. Elle n'a plus que quelques semaines.
Concernant la dernière phrase, j'ai l'impression qu'il manque quelque chose, soit "à vivre/devant elle" à la fin, soit "Il ne lui reste plus que..", par exemple ^^
Concernant le cancer de Louise, s'il ne lui reste plus que quelque semaine, ne devrait-elle pas être très affaiblie ?

J'avoue que la fin me laisse dubitative. J'ai bien réfléchi. Je me suis dit : est-ce que Louise avait disparu depuis le début, et que c'est pour ça qu'Alban déraille un peu ? Je ne crois pas (il lui parle).
Est-ce que l'idée, c'est qu'on s'inquiète pour Alban, et qu'on s'aperçoit finalement que c'est Louise qui est en danger immédiat et pas lui ? Mais alors, pourquoi aller aussi loin du côté d'Alban, pourquoi est-ce au point qu'il "disparait" ? D'ailleurs, où disparait-il et pourquoi ?
Je m'attendais à ce qu'on ait l'impression qu'Alban ne soit pas au mieux de sa forme (mais que ça allait quand même), et puis qu'on découvre qu'il a une maladie grave. ^^

Je vais lire les commentaires ! -> Bon, ça y est, j'ai tout lu ^^ J'avoue que je n'aurais pas trouvé.
La fin avec Louise qui est malade, l'idée que le narrateur s'éloigne d'elle, se focalise sur lui, pour finalement l'abandonner, se tient bien, je trouve. Maintenant, je dirais que ça aurait besoin de prendre un peu plus sa place dans le récit, en donnant plus de place à Louise au long de l'histoire par exemple (avec potentiellement, si ça tente, un paragraphe du point de vue de Louise). Si le narrateur dérape à cause d'elle, je pense que ça devrait se sentir (il pense à elle, ou essaie de ne pas penser à elle,...). De plus, tu pourrais peut-être lier d'avantage sa perte de l'ouïe à Louise (il pourrait avec un "lien sonore" avec elle qui ait de l'importance pour lui (par exemple, elle criait, ou elle lui chantait des chansons le soir, ou lui murmurait des choses à l'oreille le matin, ou bien il l'a rencontrée parce qu'elle est cantatrice, ou que sais-je  :mrgreen:).
Enfin, une transition avec la fin, qui laisserait un peu moins la situation d'Alban "en suspens" pourrait permettre de donner des pistes supplémentaires au lecteur sur le fait qu'il ne reviendra pas chez lui. (D'ailleurs, il est parti sans rien emporter ? Louise a-t-elle essayé de lui téléphoner, de le faire rechercher par la police ? Et enfin, Louise sait qu'elle va mourir, mais elle reste toute seule chez elle ?)

Bon courage pour la suite, le texte a du potentiel !  :)

Edit : autre possibilité, oublier Louise et te concentrer sur la structure avec Alban.. Mais je pense que Louise a du potentiel ^^
« Modifié: 16 Mars 2016 à 22:35:02 par Spes »

Hors ligne Rémi

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Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #18 le: 16 Mars 2016 à 22:24:28 »
Salut Mout !
Bon, sur la V1, je ne comprenais pas l'histoire des problèmes auditifs. Sur cette V3, je ne les comprends pas mieux et s'ajoute en plus une fin horrible dont le lien avec ce qui précède ne m'apparaît pas.
C'est dommage, parce que la lecture est agréable...
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Chouc

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Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #19 le: 18 Mars 2016 à 17:28:22 »
Salut Mout !

Une histoire qui repose sur de la musique, on est sur mon terrain de prédilection là  :coeur:
Je tiens à te signaler que j'ai délibérément marqué des pauses dans le récit pour aller à chaque fois écouter la chanson que tu évoquais, je les ai toutes reconnues  :coeur:
Une remarque là dessus :


 la voix miaulante du chanteur

Je m'insurge ! Thom Yorke ne miaule pas, il pleure doucement...

Enfin bref, j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé ton texte.
C'est officiel, tu es mon coup de coeur.
Alors je n'ai lu que sa V3, donc au départ j'ai supposé que c'était ton narrateur qui commençait doucement à vriller, et quand arrive là chute, BAM ! Violent uppercut à l'estomac, on réalise que
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Je ne sais pas si j'ai bon, si c'est ce que tu essayais de faire passer. J'ai cru comprendre que bon nombre de lecteurs avaient été passablement paumé et qu'il y a à peu près autant d’interprétation de ton récit que de commentateurs. Mais dans le fond, est-ce qu'on s'en fout pas un peu ?

Une écriture fluide, un style impeccable et des goûts musicaux que j'approuve.
j'en redemande.

Merci pour cette lecture Mout, au plaisir.
Tel esprit qui croyait se pendre.

MillaNox

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Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #20 le: 19 Mars 2016 à 15:21:30 »
yo !

alors alors, cette v3...

 :'( :'( :'( :'(
j'ai toujours pas compris :(
alors, pour clarifier :
-Ton narrateur, c'est bien Alban ?
-Tu sous entends qu'il a en fait un cancer neuro, enfin cérébral ou truc du genre qui lui modifie ses perceptions, qu'il n'a pas voulu le dire à sa copine, et que quand ça dégénère, il accueille el truc en mode "bon ben allez c'est la vie (enfin la mort) c'est le moment" ?
auquel cas ceci :
Citer
Elle n'a plus que quelques semaines.
prête à penser que c'est Louise qui est malade, et rend le truc incompréhensible.
Par ailleurs, si c'est vraiment ça, il me semble que ce n'est pas très réaliste pcq les cancer  en phase terminale ne permettent pas au gens de garde rune bonne condition physique, de sautiller dans la rue   >< C'est plutôt alité, avec des douleurs, tout ça tout ça  :-[
Donc je suppose que je n'ai encore rien compris, et je suis trèèèèès embêtée pour le vote  :( :( :(

Alors, j'ai relu les commentaires et réponses :\?
Et euuuh je sais pas  :-\ ya pas vraiment de déclencheur à sa prise de conscience que la vie peut-être vue avec optimisme (puisque que les altération auditives et visuelles sont des symptômes, et ça arrive à un moment pas cool (Lousie va mourir donc ? ), à la limite je captais mieux sans la problème de santé de sa copine :\? Et du coup, hmmm, pourquoi pas, un texte qui parle de la vie comme d'une grande image qu'on voit bien avec le filtre qu'on veut, mais il me faudrait une conclusion qui me l'explique, que je capte vraiment l'intention du texte je crois (c'est peut-être propre à moi hein)

Je suis embêtéééééééééée pour le vote  :'(




Hors ligne Elk

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Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #21 le: 20 Mars 2016 à 16:14:51 »
Salut,

Merci à tous pour vos retours !

Rémi, Spes, Milla, décidément je trouve ça frustrant de voir que l'écriture vous plaît mais que le fond ne passe pas ou mal ><

Citer
-Ton narrateur, c'est bien Alban ?
-Tu sous entends qu'il a en fait un cancer neuro, enfin cérébral ou truc du genre qui lui modifie ses perceptions, qu'il n'a pas voulu le dire à sa copine, et que quand ça dégénère, il accueille el truc en mode "bon ben allez c'est la vie (enfin la mort) c'est le moment" ?
C'est bien Alban le narrateur, mais c'est Louise qui est malade.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Choucroute, je suis vraiment contente que le texte t'ait plu :-[ (et la musique !)
Citer
Alors je n'ai lu que sa V3, donc au départ j'ai supposé que c'était ton narrateur qui commençait doucement à vriller, et quand arrive là chute, BAM ! Violent uppercut à l'estomac, on réalise que
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
D'autant plus que c'est tout à fait ce que j'essayais de faire passer, oui ! (Bon, apparemment ça ne marche qu'une fois sur dix ^^')


Suite à toutes vos remarques, je pense que je reprendrai mon texte
- en ajoutant un élément "déclencheur" plus visible au début
- en donnant plus de place à Louise au fil de l'histoire
- en terminant l'histoire du point de vue d'Alban plutôt que de celui de Louise : sa bulle éclate (merci Choucroute pour la suggestion (peut-être involontaire) ^^), il revient à la réalité et doit faire face à la maladie

MillaNox

  • Invité
Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #22 le: 20 Mars 2016 à 16:50:15 »
Alors entre temps Choucroute m'a tout bien expliqué et effectivement je n'avais donc pas capté qu'Alban faisait un déni, avec des manifestations physiologiques.
Je trouve l'idée super intéressante, tu écris vraiment bien, et j'ai l'impression qu'il manque vraiment pas grand chose pour qu'on capte tout à la chute et qu'on ressente ce "violent uppercut à l'estomac" qu'évoque Choucroute. D'ailleurs, elle, elle a capté tout de suite, donc est-ce que la V1 m'a parasité ?

au plaisir !

Milla


Hors ligne Yöda

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  • Il a une serviette ! Replions-nous !
Re : T19 - La vie en rose (V3)
« Réponse #23 le: 21 Mars 2016 à 22:00:09 »
Bonsoir cher Mout !  ^^

Bon, déjà, j'ai adoré l'écriture ! Ça glisse tout seul, on est immergé dans l'histoire, y a aucun accroc ou aucune maladresse, c'est vraiment très plaisant à lire !
Par contre, comme beaucoup de mes petits camarades, j'ai eu du mal à comprendre le sens. Je pensais que c'était le narrateur qui était malade, et je pensais du coup qu'il y avait erreur sur le pronom dans la toute dernière phrase.  :-[
En fait, je pense que le problème peut venir du fait qu'on a pas beaucoup d'infos sur Louise. D'après ce qu'on voit, elle va très bien, donc la fin est assez déstabilisante. Tu peux peut-être semer quelques indices par-ci par-là, par exemple quand le narrateur est au boulot, quelqu'un peut lui demander comment va Louise, ou d'autres choses dans le genre  ^^

Merci beaucoup pour cette lecture, et bonne chance pour la suite !  :D
Damn

Hors ligne Elk

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T19 - La vie en rose (V4)
« Réponse #24 le: 22 Mars 2016 à 00:39:04 »
La vie en rose (V4)

Je n’ai pas dormi de la nuit.
Je n’ai pas envie d’aller bosser.
Je voudrais claquer la porte en sortant, mais Louise est encore endormie. Sur la table de la cuisine, la lettre n’a pas bougé depuis hier soir. Elle semble me narguer. Je n’ai pas envie d’y penser.
J’installe mon casque sur mes oreilles, lance la musique, fort, et je descends les escaliers quatre à quatre.

Ça commence avec Karma Police.
Je suis appuyé contre le poteau de l’abribus, les yeux dans le vague. Une pluie glacée détrempe la foule massée autour de l’arrêt. Les parapluies me coulent dessus. Les voitures font un bruit pas possible. Je me concentre sur le bout de ciel gris qui se trouve encore dans mon champ de vision, et je m’isole derrière la musique. La mélancolie de Radiohead fait écho à mon humeur. Des images d'enveloppes déchirées et de photos en noir et blanc flottent sur ma rétine, mais je ne les laisse pas s'installer.
Il me semble, bizarrement, que la chanson n’est pas tout à fait la même que d'habitude. Par réflexe, j’augmente le volume. Mes oreilles bourdonnent un peu, sans que la sensation étrange disparaisse. Je n’arrive pas à déterminer ce qui sonne faux. C’est comme si… Comme si la musique avait perdu de son relief.
Je ferme les yeux pour mieux écouter. Le rythme sourd, le piano lancinant, la guitare, la voix miaulante du chanteur : tout y est, et pourtant il manque quelque chose.
Je sursaute quand le bus s’arrête avec un crissement de freins qui me vrille les tympans. C’est là que je réalise : la musique n’a plus d’aigus. Je n'ai pas le temps de m'attarder sur cette découverte. J’ai pris du retard dans la ruée vers les portes, et déjà un coup de coude de ma voisine de droite m’écrase généreusement le flanc.

Le mystère de la musique me suit toute la journée. Je garde mon casque, même au boulot – ce n’est pas comme si je parlais beaucoup à mes collègues, de toute façon. Mon voisin de bureau tente d'engager la conversation à la pause-café, mais je l'ignore. Je passe mon répertoire en revue tandis que mes heures d’inactivité défilent. Il n’y a rapidement plus de doute : dans tous les morceaux, des notes manquent. Seulement ce n’est pas régulier. Ça fait comme des trous dans la musique, du grignotage aléatoire de sons. Superposées au crépitement de la pluie, il me semble que mes chansons ont perdu de leur timbre plutôt que de leurs notes. Moi qui apprécie les mélodies brutales et les voix torturées, j'ai l'impression que la force de la musique m'échappe aujourd'hui. J’écoute et je réécoute, je compare, je cherche des motifs récurrents. L’après-midi touche à sa fin, un mal de tête teinté de vertiges me fait gonfler le crâne, et je n’ai toujours pas de réponse. Mon ordinateur m'indique que j'ai reçu un mail de mon chef. L'écran se trouble quand j'essaie de le lire. Alors je soupire et je quitte mon poste. J'ai l'impression d'oublier quelque chose, mais je n'arrive pas à savoir quoi.
Je décide de rentrer à pied pour me rafraîchir les idées. Au coin de la rue, je bouscule une vieille en prenant mon virage trop serré. Je n’entends pas ses protestations à travers le filtre de ma musique mitée. Je regarde pendant un quart de seconde ses lèvres s’agiter sans bruit au milieu de son visage tout froncé, et puis je poursuis mon chemin.

Quand Louise rentre, je suis allongé sur le canapé, en train de fixer le plafond et de chanter. C’est fou, même ma propre voix semble m’échapper par moments. Ça me fait rire. Mon rire, lui, je l’entends bien.
— Ça va ? elle me demande.
La voix de Louise est toute douce. J’aime beaucoup sa voix.
Je lui explique : Karma Police, le bus, les trous dans la musique. Elle me suggère d’aller voir un médecin. Je refuse. Elle ne comprend pas que ce n’est pas un problème d’audition. Moi, j’ai envie d’attendre pour savoir ce qui va se passer ensuite.
— Mais enfin, … tu peux pas … comme …
— Hein ?
Elle répète, l’air agacé – ça forme deux petits plis très nets entre ses sourcils, je trouve ça mignon – mais je ne saisis toujours pas, ça crachote sur la ligne. Du coup, je souris et je hausse les épaules.
— Tu veux qu’on commande une pizza ?
Je vois bien qu’elle hésite à accepter mon changement de sujet. Elle ouvre la bouche comme pour dire quelque chose d'important. Son regard est sérieux (... triste ?). Finalement, elle capitule.
— Si ça te fait plaisir.
Nous mangeons en silence. Lorsqu'elle essaye à nouveau de me dire quelque chose, j'esquive en vantant les qualités du pizzaïolo. Je n'ai pas très envie de parler ce soir.
À vingt heures trente, Louise part se coucher. Je regarde la neige tomber en écoutant de la musique.

Pas de sonnerie stridente le lendemain matin. C’est Louise qui me tire du sommeil en me secouant doucement par l’épaule.
— Tu n’as pas entendu le réveil ?
Je marmonne une réponse confuse et elle lâche l’affaire. Ou peut-être qu’elle me dit quelque chose et que je ne l’entends pas. Je n'arrive pas à m'en inquiéter : assis au bord du lit, je suis trop occupé à regarder par la fenêtre. Je me lève et m'approche, hypnotisé. Sur le ciel écharpé de gris, la lumière semble jaillir par un milliard de petites ouvertures. Comme si le soleil, pour traverser la barrière des nuages, s’était scindé en un flot de pixels brillants. Les points lumineux s’éteignent et se déplacent avec le vent, suivant le rythme d’une danse mystérieuse.
« J’y vais » dit doucement Louise. Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé. Je m’arrache à ma contemplation et lui adresse un hochement de tête. Elle attrape son sac à dos, referme tout doucement la porte derrière elle. Où va-t-elle, déjà… ?
Moi, il faudrait que j’aille travailler, mais je n’en ai pas vraiment envie.
L’appartement vide ne m’a jamais semblé aussi paisible. Je suis bien, là, avec mon ouïe déformée et mes visions célestes. Je me sens beaucoup mieux qu’avant. Pourquoi est-ce que j’irais travailler ? À la place, j’étouffe un bâillement de satisfaction, et m'installe sur le rebord de la fenêtre. Mon souffle dessine un nuage de buée sur le carreau. La vitre est fraîche contre ma peau nue. Voir, écouter, sentir. J'ai la vague sensation d'avoir trouvé la solution à un vieux problème.
Après quelques minutes de contemplation, j'ai envie de rompre le silence. Quittant le spectacle du ciel pixellisé, j’allume la radio avant de me servir un verre de jus d’orange. C’est l’heure du journal. Le présentateur annonce un contenu peu original, composé de politique, de terrorisme et de faits divers… Le réseau semble en avoir décidé autrement. L’annonce du dernier évènement meurtrier de la semaine se perd dans un concert de postillons radiophoniques. Je change de station à plusieurs reprises, sans succès. À la cinquième tentative, il me semble capter quelques notes. J'attends. Péniblement, la voix d’Aretha Franklin s’extrait du crachotement des haut-parleurs, pour devenir enfin de plus en plus claire.
Oh Happy Day…
Je ferme les yeux, me laissant happer par la chanson.

Lorsque je les rouvre, la pièce est baignée de lumière chaude. Le ciel n'est plus pixellisé mais tout entier lumineux. L'extérieur m'appelle. J'éteins la radio et quitte l'appartement.
Dehors, l'air a un parfum de fleurs. Je marche au hasard des trottoirs. Les passants me sourient. Comme moi, ils ont les cheveux doucement soulevés par la brise tiède qui balaye les rues. Sous leurs regards bienveillants, j'esquisse quelques pas de danse. Mains écartées, je tournoie doucement, mes bras nus baignés de lumière. Une mélodie flotte autour de moi, entraînante.
The dog days are done
The bright days are here

Je prends un bus au hasard et je descends au terminus. Me voilà à la lisière de la ville, du côté de la décharge municipale. Plus de bâtiments entre moi et l'horizon : le ciel immense scintille au-dessus des collines d'ordures, que la neige a recouvertes d'une mince pellicule blanche.
La chanson m'est revenue. Je la fredonne tandis que mes pieds me guident là où ils le souhaitent.
Sunny! Yesterday my life
Was filled with rain
Sunny! Thank you for the truth
You've let me see

Les arbres, les voitures, les panneaux publicitaires ont endossé leurs véritables couleurs. Je ne me lasse pas de contempler leurs camaïeux de rose. Sur les branches, les oiseaux sifflent des airs d’Édith Piaf.
Je me sens léger.

Devant moi, il y a un grand parking et quatre bâtiments blancs, avec sur l’entrée un grand H, comme Hôpital.
Je m’immobilise sur le trottoir. La chanson devient dissonante. Je cligne des yeux plusieurs fois. Quelque chose dérape. Brusquement, j’ai froid.
Un homme me contourne : je suis sur son chemin. Il me regarde mais pas d’un œil bienveillant. Non, il me trouve bizarre parce que je suis immobile sur le trottoir, en t-shirt et survêtement, au milieu du mois de janvier. Je ne me suis pas changé ce matin. Voilà pourquoi j’ai froid.
Les dernières vapeurs roses qui m’embrumaient le cerveau se dissipent. Les souvenirs reviennent. J’ai l’impression qu’on m’a traîné sur un ring de boxe pour me les ré-enfoncer un à un dans le crâne. Boum. Boum. Boum. Je vacille. Knock-Out.
Ce matin, je devais aller au travail, puis rejoindre Louise. Rejoindre Louise à l’hôpital.
Je sens que la panique commence à monter. J’ai déconné. Louise a besoin de moi. Je suis en pyjama. Je ne peux pas y aller comme ça. Il faut que je rentre d’abord.

L’appartement vide n’est pas paisible, il est oppressant. Sur la table de chevet, mon portable clignote. Mon chef a essayé de m’appeler. J’écoute son message en m’habillant. Il ne me fait même pas de reproche. Il s’inquiète par contre de savoir si Louise va bien. Je le rappellerai plus tard.
Louise a laissé sa valise dans l’entrée pour que je la lui amène. Elle a insisté pour aller seule à l’hôpital, mais elle n’a pas le droit de porter de charge lourde.
L’enveloppe déchirée trône toujours sur la table de la cuisine. Son contenu, en revanche, a disparu. Louise a emporté avec elle les jolis scanners plastifiés et les tableaux d’analyse. Diagnostic tardif. Évolution rapide. Il y a peu d’espoir qu’elle s’en sorte.
« Modifié: 28 Mars 2016 à 12:09:24 par Mout »

Hors ligne Elk

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Re : T19 - La vie en rose (V4)
« Réponse #26 le: 24 Mars 2016 à 19:06:01 »
Bonsoir !

Merci aux lecteurs d'avoir amené mon texte au deuxième tour :)

Suite aux commentaires qui ont été faits à la phase précédente, j'ai tenté une quatrième version (en rajoutant surtout des choses au début et à la fin).

J'espère qu'elle vous plaira !
Bonne lecture :)
« Modifié: 24 Mars 2016 à 19:08:06 par Mout »

Hors ligne Rémi

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Re : T19 - La vie en rose (V4)
« Réponse #27 le: 24 Mars 2016 à 20:17:44 »
Salut Mout,
Le texte est clairement plus compréhensible maintenant et a, du coup, beaucoup plus d'impact. Pas évident d'avoir un oeil neuf cela dit quand on a déjà lu les version antérieures.

Chipotage :
Citer
Je n'ai pas le temps de m'attarder sur cette découverte. J’ai pris du retard dans la ruée vers les portes, et déjà un coup de coude de ma voisine de droite m’écrase généreusement le foie.
Une seule phrase (point remplacé par virgule) ?
Le "écrase généreusement le foie" est pas trop (un coup ça écrase pas vraiment, et le "généreusement" est assez décalé), ce passage me fait tiquer depuis la V1.

Citer
C’est fou, même ma propre voix semble m’échapper par moments. Ça me fait rire. Mon rire, lui, je l’entends bien.
— Ça va ? elle me demande.
La voix de Louise est toute douce. J’aime beaucoup sa voix.
3x voix, mais c'est pas forcément gênant (désolé  :-[)

Citer
Je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas très envie de parler ce soir.
se pose-t-il vraiment la question ?

Citer
Devant moi, il y a un grand parking et quatre bâtiments blancs, avec sur l’entrée un grand H, comme Hôpital.
comment arrive-t-il devant l'hôpital ? Il a pris un bus au hasard et était à côté de la déchetterie, non ?

Voilà pour quelques éléments de détail, mais j'aime bien cette version, après cette dernière lecture, je confirme que la fin est forte, ça secoue.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : T19 - La vie en rose (V4)
« Réponse #28 le: 26 Mars 2016 à 15:45:49 »
Le texte s’est grandement amélioré depuis la première version.
Il me plait, je n’ai rien d’autres à dire.

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Re : T19 - La vie en rose (V4)
« Réponse #29 le: 26 Mars 2016 à 18:34:11 »
Salut Mout :)

J'avais lu la première version sans commenter et j'ai maintenant lu la dernière. Je suis curieux : est-ce que tu dirais que le sens a changé au fil des versions ? Il me semble qu'il est devenu plus spécifique. Ça a perdu en ambiguïté, mais gagné en force.
J'ai eu un petit point d'accroche dans mes deux lectures autour de l'image du pixel. Je suis peut-être juste un peu vieux jeu, mais c'est aussi que les altérations sonores sont introduites via un appareil électronique, donc quand elles prennent des manifestations correspondantes ça fait sens ; mais il n'y a pas d'équivalent pour le visuel. Ça commence directement par une fenêtre, pas par un ordi ou une télé ; il n'y a pas non plus cette idée de l'habitude d'une bulle visuelle comme il y a celle d'une bulle audio.
Je n'ai pas de grande alternative à proposer, et ça ne m'a jamais arrêté définitivement, mais je le signale.
Sinon, la dernière phrase n'est peut-être pas la dernière phrase parfaite (l'idée est la bonne mais le "ils" jamais présent auparavant me dérange, je serais tenté de la réduire encore plus sur le pronostic).
Et dernière petite chose, je suis d'accord avec Rémi sur "Je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas très envie de parler ce soir.", la première partie de la phrase ne colle pas trop à mon sens.
Je n'ai rien à redire sur le reste, ça a toujours été très joli et comme je l'ai dit, ça a gagné en force. Joli boulot, sur le texte de base comme dans les efforts mis pour le retravailler.
« Modifié: 26 Mars 2016 à 18:35:56 par barnacle »

 


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