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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La Pyramide

Auteur Sujet: La Pyramide  (Lu 934 fois)

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La Pyramide
« le: 22 Février 2016 à 05:19:26 »
Mécanique était affairé à sa tâche. Petit à petit, la rouille disparaissait de l'engrenage, et celui-ci reprenait progressivement son éclat originel.
« Pour la dernière fois, énonça-t-il à un de ses compagnons tout en continuant son œuvre, que tu éprouves le besoin de faire cela dans ton quart ne me dérange pas le moins du monde, mais tu n'as pas à venir le faire dans le mien. »
A l'opposé, derrière lui, affalé sur sa pelouse, au pied de son arbre, Biologique le regardait travailler. Il ne le voyait pas, mais il le savait : cela se passait tout le temps ainsi. Mécanique n'avait jamais compris ce besoin de s'accaparer toute la surface. Chacun avait son quart, et cela était bien satisfaisant. Seul Biologique n'était guère de cet avis.
Une fois que l'engrenage brilla à nouveau, Mécanique rangea le bras nettoyeur à l'intérieur de son corps de métal, bien à sa place, et relança le système. Aussitôt, dans un bref grincement, tout les rouages s'imbriquèrent et s'entrainèrent les uns les autres. Il leva ses modules visuels vers le sommet, regardant tout son coin se mouvoir dans l'infinie précision qui était la sienne.
« Ce n'est pas ma faute, répliqua Biologique, tu me connais. Je suis obligé de faire ainsi, c'est mon instinct qui parle à travers moi. J'en suis l'esclave tout comme tu es l'esclave de tes microprocesseurs et de leurs programmations. »
Mécanique tourna la tête à cent quatre-vingt degrés pour regarder la boule de poils puante avachie dans son herbe. L'air de rien, Biologique se détourna, et commença à lécher généreusement ses testicules pour couper court à tout répartie. L'équivalent d'un haussement d'épaule et d'un soupir émergea dans les circuits électroniques de Mécanique, et il s'envola grâce au module d'antigravitation intégré sans ses fonctionnalités, pour surveiller l'ensemble de son installation.

« Ah, l'âme, l'âme, cette belle âme, entonna rêveusement Magique. Cette chose si belle et si cruelle, donnant la vie pour qu'elle nous soit ensuite ravie, nous permettant de sentir la joie et la tristesse, la douceur de l'existence et sa dureté, qui nous donne la liberté et nous plie à sa volonté. C'est une chose que tu ne peux comprendre, Mécanique, une chose que seul Biologique peut comprendre, puisqu'il est le seul à en posséder une. »
A ces mots, Logique se mit à frémir. Quelle bêtise de croire vrai ce qui n'est démontré !
« Peut-être un jour, continua Magique, peut-être un jour en aurons nous tous une, qui sait ? Tant de choses sont sibyllines, susceptibles de nous surprendre, inaccessibles à nos consciences ! Pourquoi le monde est, continue d'être, persiste à être ? Il est des choses que nous ne pouvons comprendre.
- Si, riposta Mécanique, Lui peut-être le comprend.
- Oui... Lui... C'est vrai, Lui. »
Tout leurs yeux se levèrent. Au sommet de la pyramide, ancré dans la pointe, Homme se maintenait en l'air. Chacun de ses membres prenaient appui sur une des parois, la tête positionné en direction de l'angle de Logique. Il regardait en silence les quatre êtres peuplant la base carrée, et ceux-ci le regardaient en retour. C'était un être mystérieux, cet Homme : ils n'en savaient que le nom et l'apparence.

Les yeux se rebaissèrent, et chacun se remit à vaquer à ses occupations. Mécanique continua de sonder inlassablement ses engrenages. Biologique leva la patte pour marquer une énième fois son arbre. Logique retourna à ses murs d'ardoise. Magique longea dans tout les sens son mur aux mille reflets de minéraux précieux marqués d'une infinité de symboles énigmatiques en marmonnant des paroles pour lui-même.
Silencieusement, chacun faisait ce qu'il avait à faire. Les silences peuvent parfois être longs, et rien ne permettait, dans cette pyramide, d'en estimer la longueur. Bien longtemps après, puisque plus de précision était impossible, ce silence fut brisé par Logique.
« Je pense que j'y suis.
- Tu es où ? Demanda Biologique.
- Je suis à la fin de mes calculs.
- Quels en sont les résultats ? Questionna Mécanique, l'intérêt aussitôt accaparé.
- Je calculais ce que j'étais, et j'ai maintenant une réponse formelle. Je suis un tesseract.
- Un quoi ? S'exclama la boule de poils.
- Un tesseract. Un hypercube à quatre dimensions si tu préfères. Mon apparence n'est qu'une projection de ma réelle identité dans les trois dimensions accessibles à notre perception. Pour être plus précis, je suis les arêtes d'un hypercube, arêtes formées dans une roche sédimentaire composée essentiellement de carbonate de calcium, appelée communément « craie ». C'est grâce à ce matériau constituant mon être que je peux, par ailleurs, utiliser efficacement mon tableau pour mes calculs. »
En guise d'exemple, Logique tordit un de ses sommets en direction des parois de son coin, pour marquer la sombre ardoise d'un trait blanc.
« La belle affaire, rétorqua Magique. Tu es un tesseract, certes, loin de moi l'idée de remettre en question ton raisonnement. Mais quelle importance ? Tu es ce que tu es, qu'importe ce que tu sois. Est-il vraiment important de tout comprendre, même l'incompréhensible ? Regarde-moi, on me dirait fait d'un entremêlement tournoyant de vents lumineux, et j'ignore ce que je suis. Est-ce que je vis moins bien que toi ? Il n'est pas important de comprendre mathématiquement l'ensemble de toute chose. N'est-il pas plus important de se connaître soi-même ? Je ne sais pas ce que je suis, je ne porte pas de nom, et pourtant, au fond de moi, je sais que je suis « moi », et je sais qui est « moi ». Est-il nécessaire de vouloir mettre un nom sur toute chose ?
- L'ignorance n'est pas un savoir, Magique ! L'obscurantisme de la conviction ne remplace pas la rigueur de la réflexion objective ! Tu me proposes l'inculture et l'amour de l'inculture ; tu me proposes de me laisser balloter par des faits inconnus qui auraient pu être étudiés, et par là-même prévus, évités, modifiés, contrôlés. Nulle part dans mes calculs n'existent ni cet être supérieur dont tu nous parles parfois, ni la fatalité, ni le destin que tu soupçonnes. Tu nous proposes de nous laisser porter par des choses dont l'existence est incertaine ? Cela n'est pas satisfaisant.
- Pourquoi pas ? Mon instinct n'est-il pas l'expression de ce dessein à travers moi ?
- Et les rigoureuses programmations de mes circuits internes ?
- Ton cerveau, Biologique, est l'un des grands mystères que je n'ai su percer, jusqu'à présent. Tu parles d'instinct, encore faut-il connaître l'exacte étendue de son influence sur ton comportement. La psychologie est chose ardue, elle mélange si bien l'inné avec l'acquis qu'ils sont difficiles à distinguer l'un de l'autre. Il en est de même pour ton processeur quantique. La physique des particules recèle encore bien des énigmes à élucider avant de pouvoir parler d'un dessein, ou du simple résultat d'une causalité.
- C'est inquiétant, reprit Biologique. Il y a trop de questions sans réponses, si le destin n'est plus. Il est bien plus simple de se fier à ce qu'on ressent au fond de nous, à ce chemin qui nous semble prédestiné. C'est plus aisé, et cela paraît bien plus vrai.
- L'évident n'est pas toujours le vrai. Le simple non plus. Rien ne permet de démontrer leur identité, et il me semble que des trois, le vrai est le plus important de tous. A quoi bon suivre un chemin simple s'il faudra y trouver une erreur ?
- Rien ne te démontre rigoureusement que le vrai est plus important que l'évident ou le simple, constata Magique.
- En effet. C'est l'un de mes postulats.
- Cette question me paraît, quant à moi, bien superflue, annonça Mécanique. Tout fonctionne selon un ordre bien précis, les engrenages s'imbriquent les uns dans les autres, et toute la machinerie tourne. Que cet ordre ait une finalité ou non, nous y sommes inclus. Qu'il reste ainsi, soit, rien ne changera. Qu'il change, eh bien, nous changerons avec lui. Comprendre ou ignorer cet ordre ne nous en sortira pas. Tout au plus, cela le modifiera, et nous ignorons de quelle manière. Faisons ce qui nous semble bon, le résultat nous apparaitra bien assez tôt.
- Mais connaître cet ordre permet, à mon sens, de discerner avec plus de justesse ce qu'il est bon de faire, car ce qui est bon et ce qui est mauvais dépend probablement de ce qui les contient tout deux.
- C'est fort possible, en effet, admit en retour Mécanique.
- Logique, Logique, Logique... et Mécanique aussi. Il ne nous est pas donné de révéler les mystères du monde, car ils dépassent les simples êtres limités que nous sommes. Il est vaste, il s'étend peut-être au-delà de la pyramide...
- Rien ne démontre que quelque chose existe au-delà de nos murs, coupa Logique.
- Il s'étend peut-être au-delà de la pyramide, et nous n'en saurions rien. Que peut-il y avoir ? Le vide ? Le néant ? D'innombrables choses que nous ne pouvons pas même imaginer ? Comment développer un modèle fiable de l'Univers sans posséder des informations à jamais interdites ?
- Un modèle est un modèle. C'est une approximation de la réalité étayée par des observations reproductibles. La seule chose qu'attend un modèle, c'est d'être remplacé par un modèle plus précis encore, étayé par de nouvelles observations.
- Le seul d'entre nous capable d'entrevoir la réalité, vitupéra Magique, c'est Lui ! Et encore, ce n'est pas sûr. »

A nouveau, tout leurs yeux se levèrent vers Homme, et un éclat fugitif attira leurs regards. Quelque chose était en train de tomber. Pile entre eux tous, un minuscule fragment de mystère vint s'écraser au sol, à la limite exacte des quatre quarts. Au milieu précis de la base, où la pelouse laissait place à la résidence de Magique ; où l'obsidienne s'estompait face au plancher de Mécanique ; où le métal côtoyait la surface de Logique ; où l'ardoise abdiquait contre le territoire de Biologique, une petite bille de fluide transparent siégeait, impassible.
Tout quatre eurent la même réaction : celle de ne pas savoir quoi faire, pétrifié par l'imprévu. Le silence retomba. Cette fois-ci, il fut brisé par Magique :
« Qu'est ce que c'est ?
- Je... Je l'ignore. »
Et pour combler cette lacune, Logique s'approcha prudemment.
« Mais ! Mais hé, fais attention ! Lui cria Biologique.
- Je fais attention, dit-il pour le rassurer. »
La boule de poils était partie se réfugier derrière son arbre, tapie au sol, comme si l'herbe pouvait le dissimuler. De son côté, Magique retourna à son mur et le parcourut frénétiquement en scandant des propos erratiques. Mécanique, quant à lui, restait figé sur place : il regardait faire Logique.
Mais le tesseract ne s'en souciait guère : son esprit était en tête à tête avec le globe cristallin.
« Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est ? Demandait convulsivement Biologique.
- Je... Cela semble être du monoxyde de dihydrogène. Lactate, sodium, potassium, calcium, et traces d'autres minéraux en guise de solutés.
- Quoi ?
- C'est une solution aqueuse de divers éléments, de l'eau contenant un sel et des minéraux. Je suppose que ça a été excrété par Lui.
- Mais... pourquoi aurait-il fait ça ?
- Nous en parlions pas plus tard que tout à l'heure, réagit enfin Mécanique. C'est un mystère que nous n'avions pas pu imaginer.
- Mais... C'est dangereux ou pas ?
- Rien ne le laisse penser, pour toi en tout cas, rassura Logique. Aucun de ses composants n'est toxique. Par contre, cela peut faire rouiller Mécanique. »
Par réflexe de défense, ce dernier recula d'un bon mètre.
« Tu en parles comme d'une chose inanimée, fit remarquer Magique en revenant de ses divagations. Pourquoi cela n'aurait pas une conscience, une volonté ? Un dessein, bon ou mauvais ?
- Magique, c'est juste une goutte d'eau salée chargée en minéraux...
- C'est un signe ! C'est le signe annonciateur d'un changement, d'un bouleversement ! De la fin !
- Mais non, c'est juste un phénomène dont nous n'avons jamais été les témoins, rien de plus.
- Tu supprimes des éventualités, comme ça, doctement, sans preuves ! N'est-ce-pas toi qui nous disait qu'il ne faut jamais mésestimer les éventualités ?
- Justement, je ne les mésestime pas. Intuitivement, il me semble peu probable – je ne dis pas impossible, remarque-le – il me semble peu probable que nous ayons affaire à un nouvel être vivant.
- Tu manques cruellement d'ouverture d'esprit, Logique.
- Alors vas-y ! Je t'écoute : explique-moi comment une goutte d'eau peut vivre !
- Explique-moi comment un tesseract ou une poignée de vent tournant peuvent vivre ! Pire encore : explique-moi comment un amas de cellules ou de composés électroniques disposés aléatoirement peuvent vivre !
- Ce n'est pas …!
- Stop ! rugit soudainement Mécanique. Ça suffit ! Taisez-vous ! »
Les deux polémiqueurs cessèrent aussi sec, et se tournèrent vers leur compagnon. Celui-ci les toisait en silence. Puis, soupirant électroniquement, il activa son module antigravitation et s'éleva vers le sommet de la pyramide.
Logique comprit aussitôt où il voulait en venir. Il s'éleva à son tour, aussitôt suivi de Magique. Seul Biologique resta cloué au plancher, incapable de s'envoler. Magique, en se retournant vers le sol, se souvint de cette inaptitude, et fit demi-tour pour ne pas laisser seul son compagnon. Logique le vit faire, hésita un instant, puis jugea qu'il serait plus utile aux côtés de Mécanique.

Les deux partenaires parvinrent rapidement auprès d'Homme. Ils sentirent grandir en eux la crainte et le respect et, arrivés à destination, ils osaient à peine Le regarder.
« Euh... Bonjour, Homme. Vous souvenez-vous de nous ? Je m'appelle Mécanique, et voici Logique. »
Ce dernier frémit en entendant cela. Ils savaient pourtant tout deux qu'Homme n'avait jamais répondu à qui que ce soit, et il y avait peu de chance de voir un changement à ce sujet. Toutefois, un autre changement avait eu lieu. Homme avait effectivement excrété la goute d'eau salée tombée en contre-bas : une myriade d'autres identiques recouvraient la surface de Son corps. Leurs compositions moléculaires étaient bien trop proche pour n'être qu'une coïncidence.
« Tu en penses quoi ? Demanda Mécanique.
- Pas grand chose pour l'instant, avoua Logique. Nous observons un fait jusque là inconnu, sans pouvoir encore l'expliquer. Toutefois, il semblerait que ces gouttes aient un rôle dans un processus thermodynamique faisant parti du métabolisme d'Homme.
- Pour le réchauffer ou pour le réfrigérer ?
- Pour le réfrigérer. Mais j'ignore encore ce qui rend nécessaire cette réfrigération. »
Logique refit une analyse intégrale d'Homme, mais rien d'autre n'avait changé. Des quatre, Biologique était le plus proche de Lui. Il était toujours solidement fixé au sommet par de long membres s'appuyant sur les quatre parois. Des tremblements secouaient toujours son corps pour une raison inconnue, mais cela n'était pas nouveau. Peut-être avaient-ils augmenté en amplitude, ce qui rendrait nécessaire un tel processus de réfrigération.

Un bruit déconcentra Logique, un bruit inconnu, comme un soupir expiré par Biologique. Sauf que ce dernier ne pouvait être présent à ses côtés. Il se tourna dans tout les sens pour traquer la source de ce bruit, et constata que Mécanique faisait de même.
« Tu as entendu ? Lui demanda ce dernier.
- Oui. »
Un autre soupir. Cette fois-ci, ils purent en repérer la provenance. C'était Homme en personne !
« Il peut …?
- Chut, lui intima Logique. »
Homme continuait de soupirer. Son visage était pris de spasmes, sa bouche s'ouvrait et se refermait. Magique avait-il eu raison ? Assistait-il à un bouleversement du monde connu ? Logique s'approcha autant qu'il le put, ne voulant rien perdre de cet évènement, et Mécanique, à ses côtés, faisait de même. Il songea un instant à prévenir Magique, mais il aurait alors prit le risque de manquer l'instant fatidique. Par ailleurs, il était mieux placé que l'amas de vent pour analyser ce phénomène. En conséquence, il ne le prévint pas.
« Allez-y, Homme, encouragea Mécanique. Parlez-nous. Nous vous écoutons. »
Quant à Logique, il ne disait rien, ne voulant pas perturber son observation.
Homme continuait de souffler et d'inspirer bruyamment, tremblant de tout son corps, excrétant de plus en plus d'eau. Il était étonnant, pensa soudainement le tesseract, qu'ils n'aient vu qu'une seule d'entre elles, en contrebas. Il envisagea leur évaporation totale effectuée avant leur arrivée au sol, et mit de côté cette hypothèse pour revenir au présent et aux faits exceptionnels se présentant à lui. Un bouleversement allait peut-être arriver, et il serait là, à l'observer. Il attendait.

Soudainement, Homme se mit à parler :
« P-peux... plus... dit-il. »
Et Homme tomba.

Un cri déchira l'espace, percuta les surfaces, atteints les arrêtes, parvint jusqu'aux sommets, envahit toute la pyramide. C'était Homme.
Le cri cessa quand Il percuta le sol. Il y resta allongé, les membres désarticulés, entouré d'un halo rouge peint sur la surface. Logique identifia immédiatement du sang : un fluide identique coulait en Biologique.
Celui-ci, accompagné de Magique, accourut aux côtés du blessé. Ils l'examinèrent, se parlèrent, mais ils étaient trop loin pour être entendus par leurs deux compagnons encore au sommet. Magique, au bout d'un moment, se tourna vers eux et observa leur descente.
Logique voulut écarter immédiatement un doute :
« Tu le savais, qu'Homme était capable de parler ?
- Non, pas du tout, lui répondit Mécanique.
- Pourquoi lui avais-tu demandé de parler, dans ce cas ?
- Pour... Je ne sais pas. »
Et ils se turent jusqu'à parvenir au sol. Magique continuait de les regarder descendre, Biologique était en train de renifler ce qui semblait n'être plus que le cadavre d'Homme.

« Il est mort, confirma Magique d'un ton récriminateur.
- Il est tombé, répondit Mécanique. Seul. Nous ne l'avons pas touché un seul instant.
- Votre seule présence l'a fait chuter, et voilà le résultat, voilà la conséquence de votre insatisfaction !
- Nous sommes montés maintes et maintes fois par le passé, contre-argumenta Logique. Toi-même, tu es allé le voir par moments.
- Mais cette fois-là n'était pas un moment propice ! Vous auriez dû le savoir ! Peut-être même le saviez-vous !
- C'était une coïncidence !
- La goutte vous avait prévenu !
- Tu avais compris son message, peut-être ?
- J'en ai conçu de la prudence, moi, au moins. Ce n'est pas le cas de tout le monde !
- De la prudence ?! Je tiens à te rappeler que tu as été sur le point de nous accompagner là-haut !
- Et j'aurais dû le faire. Cela m'aurait permis de vous empêcher de parvenir à cette catastrophe. Car c'est de ta faute ! Oui, c'est de ta faute ! Tout a commencé quand tu as voulu percer les secrets du monde, quand tu as découvert que tu es un tesseract ! »
Logique regarda Magique. Il ne parvenait pas à concevoir qu'il puisse dire cela sérieusement.
« Le... moment est peut-être mal choisi, se hasarda Biologique. »
Et le silence retomba. Un lourd silence. Le silence d'un bruit absent, d'un bruit si présent habituellement qu'on ne le remarque qu'une fois disparu. Ils se tournèrent d'un seul mouvement vers le quart de Mécanique, et ils virent. Les engrenages s'étaient arrêtés. Un voile lourd d'isolement s'était déposé sur la conscience des quatre. Aucun ne bougea, aucun ne songea bouger.

Puis au silence succéda le vacarme, ahurissant, assourdissant, anéantissant. La pyramide trembla sur ses fondements, la lumière s'évadait par les pores des parois. La raison de Logique s'évaporait, Magique perdait foi, Mécanique et Biologique se sentaient s'effriter en leur for intérieur. Levant les yeux, ils virent tous des failles s'ouvrir en lieu et place des arrêtes de leur forme géométrique familière. L'ombre et la folie se diffusaient par les ouvertures. Un mouvement d'air violent envahit le vide de leur pensée, ébranlant leurs convictions. Les parois s'éloignaient d'eux. Peu à peu. Peu à peu. Et soudainement, un grand déclic se fit entendre. La crainte muette et immobile se commua en terreur bruyante et remuante.
Logique se précipita sur ses ardoises, traçant à la va-vite des symboles tremblotant avant de les effacer aussitôt, alignant des lignes de calculs grotesques, des erreurs humiliantes, murmurant des équations sans réponse.
Mécanique se rua sur ses rouages, des bras lui sortant par toute les articulations de son individu. Il voulait tantôt nettoyer les engrenages, tantôt tirer et pousser dessus pour les débloquer, tantôt les démonter pour réparer la défaillance, parfois les détruire dans un accès de rage, et finalement ne faisait rien.
Biologique tourna, encore et encore, autour de son arbre, s'aplatissant, courant, grognant et gémissant, tournant et tournant toujours, cherchant désespérément à se protéger de toute les directions à la fois derrière son arbre si minuscule, et finit par vouloir déchirer ce dernier en deux.
Magique, quant à lui, hurla contre le vent pour le faire fuir.
La pyramide s'ouvrit.

Aux parois succédèrent un réseau inextricables de câbles blancs s'étirant en tout sens, comme des trajectoires analytiques de paraboles sibyllines, des poils d'une créature pour qui chaque point de l'espace était un fragment d'épiderme. Parmi eux grouillaient des atomes macroscopiques, se déplaçant par effet tunnel dans l'aléatoire des observations extérieures, répondant au doux appel du mystère indéchiffrable. Au pied de cet éblouissant panel de futiles disproportions, la pyramide n'était plus que le patron d'elle-même, aplatie sur un sol envahi par l'extatique démence d'une danse de pigments colorés entrainés dans une chorégraphie anarchique. Et à la limite de la blancheur et de la couleur, un oeil aux dimensions nulles les dévisageait de toute part, les défiait à venir le voir de plus près. Rien ne semblait pouvoir l'atteindre, rien ne semblait pouvoir le percer et le traverser. Il se déplaçait en même temps que toute chose, et toute chose était extérieure à lui et au point exact de son centre. Mais cela, aucun des quatre ne l'aperçut.
Magique regardait autour de lui et ne voyait plus rien.
Biologique, en s'acharnant sur son arbre, s'était retrouvé la tête coincée dans les débris du tronc.
Mécanique se voyait interdit par ses circuit internes d'analyser autre chose que la base de la pyramide.
Logique implosa en une myriade de balayures de craie.
Et la conscience disparut d'eux tous.

Le temps passa. Le monde bougea autour d'eux, et l'oeil continuait de les fixer, immobile. Le temps passa, lentement et rapidement, telle une éternité réduite à un simple instant.

Longtemps, bien longtemps après, une étincelle revint faire briller les vents de Magique. Il vit le ciel, le sol, l'oeil, et il ne vit là rien d'anormal. Les processeurs de Mécanique redémarrèrent, et il put enfin lever la tête. Un frison de vie anima Biologique, ce qui le délivra de sa prison. Tout trois ne virent rien d'étonnant, mais n'observèrent que la nouveauté.
Ils se réunirent au centre de la projection bi-dimensionnelle d'une pyramide, et firent connaissance autour d'un cadavre qu'ils ne purent voir, car il était parti en cendre depuis longtemps déjà. L'un deux disait s'appeler Organique, un autre Synthétique, et le dernier Onirique. Ce dernier leur proposa de partir explorer la cornée de l'oeil. Les deux autres le suivirent dans son périple, enthousiastes.
Durant tout leur voyage, ils furent le centre de rotation d'un milliards de satellites minuscules, de petits grains infimes de craie à peine perceptibles, et peu à peu, peu à peu, au fil de leur progression, la poussière s'aggloméra en une forme complexe qu'ils reconnurent être un hyper-cube à cinq dimensions.
La culture, c'est comme la confiture : ça se partage.

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Re : La Pyramide
« Réponse #1 le: 22 Février 2016 à 12:19:31 »

 
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Biologique se détourna, et commença à lécher généreusement ses testicules pour couper court à tout répartie.
toute

Citer
peut-être un jour en aurons nous tous une, qui sait ?
aurons-nous

Citer
Chacun de ses membres prenaient appui sur une des parois,
c'est "chacun" qui domine le groupe nominal donc il te faut un accord au singulier

Citer
la tête positionné en direction de l'angle de Logique.

positionnée

Citer

- Tu es où ? Demanda Biologique.
demanda Biologique

Citer
- Un quoi ? S'exclama la boule de poils.
même chose, la majuscule est inutile pour le verbe de parole

Citer
« Mais ! Mais hé, fais attention ! Lui cria Biologique.
idem pour "Lui"


Citer
La boule de poils était partie se réfugier derrière son arbre, tapie au sol, comme si l'herbe pouvait le dissimuler
"la" plutôt que le "le" vu que le référent reste dans la phrase "la boule de poils"


Citer
« Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est ? Demandait convulsivement Biologique.
:-¬?

Citer
« Tu en penses quoi ? Demanda Mécanique.
|-|


Citer
« Tu as entendu ? Lui demanda ce dernier.
><

Citer
- La goutte vous avait prévenu !
prévenus


Bon alors j'ai pas accroché mais ce n'est pas ta faute, c'est juste que je suis allergique à la SF. Et comme j'aime pas abandonner un texte dès le début, j'ai préféré continuer. Je pense que l'histoire est intéressante mais je n'ai pas compris grand-chose avec cet Homme et cet oeil. Il faut aussi avouer que mon vocabulaire technique et scientifique est assez réduit donc j'ai dû louper quelques explications disséminées dans le texte.
Bref, attends d'avoir l'avis d'une personne plus apte que moi !
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : La Pyramide
« Réponse #2 le: 26 Février 2016 à 21:02:38 »
Bonsoir,

je viens de lire ton texte et j'ai trouvé dommage qu'il ait si peu de commentaires. Je ne suis pas vraiment d'accord avec Ernya sur le fait que c'est de la SF,  l'univers est plus autre (je veux dire par là étrange, d'une autre nature, allégorique en quelque sorte) que futuriste. Mais, comme elle, je trouve qu'il y a des parties difficiles à comprendre dans ton texte.

Voilà ce que j'y ai vu et compris : c'est un récit de la multiplicité de l'Homme raconté à travers l'opposition entre les différentes parts de sa nature : les parts logique (la raison/la philosophie), magique (la foi/l'enthousiasme/la conviction), biologique (l'âme/l'instinct) et mécanique (le mouvement/la construction/la fabrication). Les différentes parts se disputent et l'homme meurt (on ne sait pas trop pourquoi sinon qu'il a l'air de suer à mort) : les morceaux de la pyramide (les quatre parts citées plus haut) commencent à dysfonctionner.

Arrive le passage le plus difficile à comprendre, celui avec l'oeil, qui est vraiment un "mystère indéchiffrable" : beaucoup de termes techniques tarabiscotés pour en fait dire que ça explose de partout et qu'un oeil est au milieu et les regarde. C'est très symbolique et ça m'a évoqué la légendes des siècles "l'oeil était dans la tombe et regardait caen" : est-ce que l'oeil est là aussi la présence d'une volonté créatrice? Ca reste mystérieux
Puis Logique est réduit en poussière et naissent trois nouveaux personnages: Organique, Synthétique et Onirique, qui rentrent dans l'oeil.

J'ai un peu du mal à comprendre la fin: Logique parlait d'un hypercube à 4 dimensions, et je pensais que les dimensions se rattachaient au 4 personnages initiaux. A la fin il y a un hypercube à 5 dimensions, pour cette fois 6 personnages (un de trop). De plus, Organique et Synthétique représentent difficilement une partie du comportement humain comme les autres personnages (je te passe Onirique, qui peux passer pour la représentation et l'idéalisation de soi)

Ton texte m'a un peu rappelé le film Inside out dans le principe : on se ballade à l'intérieur de l'Homme pour voir les 4 forces à l'équilibre. Le début m'a beaucoup plu, je trouvais ça original comme principe de scinder la tête d'un Homme en 4 pour voir ce qu'il se passait à l'intérieur. La fin m'a un peu laissé sur ma faim (sans jeu de mots) parce que j'ai pas compris grand chose et que j'ai eu du mal à le raccorder au début du texte.

J'attends la suite s'il y en a une ou une explication avec impatience! Merci pour la lecture!
C'est parfois en faisant des étincelles que les problèmes s'éclairent.

Hors ligne L Arbre

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Re : La Pyramide
« Réponse #3 le: 26 Février 2016 à 23:10:29 »
   Merci pour vos commentaires. :)

   Déjà, personnellement, ne sachant pas trop où classer ce genre de nouvelles (j'en ai d'autres du même genre), je les met dans la case surréalisme sans grande conviction.

   Ensuite, oui, c'est bien un humain divisé en 4, même si, personnellement, j'aurai dit l'inné pour Biologique et l'acquis et le construit pour Mécanique.

   Ce que j'ai voulu dire par la suite, c'est que la vision actuelle de l'humain, voire sa nature même, va « mourir » pour ressusciter, va évoluer en passant par une période chaotique, cela en découvrant toujours plus (l'ouverture de la pyramide). Ses quatre aspects de sa nature vont être chamboulés. Le décor qui se trouve en dehors de la pyramide faisait référence à des connaissances sur l'univers qu'on a acquis (l'oeil qui regarde de partout à la fois est par exemple le Big Bang, qui peut être observé par les cosmologistes dans toutes les directions de l'Univers, c'est une origine qui contemple ce qu'il est devenu et qui est encore aujourd'hui un mystère).

   Puis, après avoir été anéanti par ces révélations (nous ne sommes qu'un grain de poussière dans l'infini de l'Univers), l'Homme renait. Ce que tu n'as pas compris, ou peut-être ce que je n'ai pas sû faire comprendre, c'est que Biologique devient, après cette étape, Organique, Mécanique devient Synthétique et Magique devient Onirique. C'est l'évolution de la nature humaine face aux découvertes scientifiques. Et Logique, lui, hyper-cube à 4 dimensions, finira par évoluer lui aussi en un hyper-cube plus complexe, à 5 dimensions, car la logique de l'homme finira par apprendre à s'appuyer sur les connaissances plus poussées qu'il vient d'acquérir.
La culture, c'est comme la confiture : ça se partage.

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