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19 Avril 2026 à 09:44:53
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Auteur Sujet: Versicolore  (Lu 6423 fois)

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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Versicolore
« le: 18 Janvier 2016 à 09:56:34 »
Ma vieille 205 rouge ronronne au soleil pâle, sur la Nationale 19. Les Red Hot s'époumonent dans la ventilation du chauffage qu'il a bien fallu que je mette à fond. Sur les talus, la neige réverbère la lumière du matin.
Pas grand monde sur la route, il est encore tôt... et trop tard pour les courageux qui sont déjà au boulot.
Quelques corbeaux désœuvrés parsèment les labours givrés, et des bosquets poudreux ponctuent le paysage de loin en loin. Les tracteurs soufflent leur buée dans la cour des fermes, la camionnette d'un boulanger stationne devant une maison. L'envie d'un croissant-café-au-lait m'effleure.


À quelques centaines de mètres, une tache vermillon attire mon attention. En approchant je devine un auto-stoppeur. Je ralentis, puis m'arrête. C'est un assez jeune homme au visage presque aussi rubicond que sa doudoune et son bonnet de laine assorti qui se penche à la vitre :
— Tu vas où ?
— À Troyes ! souffle-t-il, la mâchoire tétanisée de froid.
— Je vais jusqu'à Chaumont, ça te rapprochera ! Monte vite, tu m'as l'air congelé... drôle de saison pour faire du stop !
Son regard clair se fait reconnaissant et il s'engouffre à mes côtés, poussant un soupir de soulagement en fermant les yeux.
— Merci ! Pourtant il y a du soleil... mais il doit faire moins dix, et il y a un peu de vent, je ne sens plus mon visage, achève-t-il en souriant.
— Ça devrait aller mieux très vite, comment tu t'appelles ?
— Julien, merci encore !
— Moi c'est Christophe.
Il se contorsionne pour se débarrasser de sa veste matelassée, qui rejoint le sac à dos qu'il a projeté à l'arrière. Le pull qu'il porte est tricoté main et d'un rouge vif presque agressif.
— C'est le cadeau de Noël de ma grand-mère... dit-il comme pour s'excuser.
— Tu as bien de la chance d'avoir encore une grand-mère pour te gâter !
— Je l'adore... Je reviens d'aller la voir, justement, elle vit dans une maison de retraite à Montbéliard et je suis allé lui souhaiter la bonne année.
Son regard brille d'une émotion de petit garçon. Je cale l'autoradio sur la FM, et demande à mon passager s'il veut me parler de sa mamie.
Sur fond de Simply Red il s'enfonce dans son siège et, ses mains fines frottant son jean, il commence son récit d'une voix au timbre agréable. Très vite son ton posé et son vocabulaire choisi me font baisser la ventilation pour mieux l'écouter :




§§§§§




Je suis allé passer l'après-midi d'hier avec elle. Enfin, la fin d'après-midi, parce qu'elle fait la sieste après son feuilleton...

Mon jeune voisin se passe une main dans sa tignasse blonde, que le bonnet arraché a laissée en friche désordonnée.

Nous avons bavardé dans sa chambre où ses vieux meubles en pitchpin l'ont accompagnée. Je lui avais apporté des mandarines qui, disposées dans un compotier de cristal de Venise, sentaient bon Noël.  Elle était installée dans son petit fauteuil Voltaire, toute menue dans un tailleur de couleur orange, les oreilles ornées de boucles assorties à sa tenue. Ma grand-mère a toujours été coquette.
Quand elle me parle, j'aime tenir sa main dans les miennes. Je joue de mon pouce avec ses veines bleues qui roulent, et sa peau si fine plisse sous mes doigts. Elle me parle en souriant, et au coin de ses yeux sa peau se plisse aussi, comme sous un pouce invisible. Sa tête dodeline à peine, et c'est plutôt pour souligner ce qu'elle dit. Je pourrais l'écouter des journées entières, assis à ses pieds comme quand j'étais petit et qu'elle me tricotait déjà un pull par hiver.
   
Elle était d'humeur nostalgique, hier, et c'est en sirotant du thé aux agrumes où elle trempait des petits-beurre, qu'elle m'a raconté un souvenir qu'elle gardait pour elle depuis des années. Les variations Goldberg en sourdine sur son lecteur CD, son regard s'est perdu dans les lointains de sa mémoire et sa main égrenait les franges orangées du napperon pendant qu'elle évoquait cet épisode de sa jeunesse  :


Je profite d'un ralentissement pour jeter un coup d’œil à mon passager. Il est décidément très joli. Son visage a retrouvé un teint plus clair. Ses cheveux bouclent légèrement sur sa nuque. Il tapote parfois ses doigts sur son menton lisse, quand il cherche un mot précis en fronçant les sourcils, ou essaie d'évoquer une image plus nette. Seules ses oreilles sont restées rouges, le chauffage est en train de les ranimer.



§§§§§




J'avais juste dix-sept ans cet été-là !
J'étais une petite oie assez mignonne, et les garçons me tournaient autour, à Saint-Raphaël où nous étions descendus passer le mois d'août. Il faisait un temps magnifique et une chaleur presque insoutenable qui contraignait les adultes au confinement. Moi, je prenais ma bicyclette dès le déjeuner fini, et je partais à la plage retrouver mon aréopage de prétendants, tous plus jolis les uns que les autres. J'étais une oie, te dis-je, et leurs bras bronzés, leurs épaules robustes, leurs jambes velues et leurs regards brillants me retournaient, sans que je sache trop quoi faire de cette émotion qu'ils suscitaient en moi. Nous jouions sur la plage, nous nagions, nous nous promenions à l'ombre des rochers, et il arrivait dans ces jeux que mes mains touchent leur peau, et c'était aussi doux sous mes doigts que la vision de leurs corps à mes yeux.
Un jour où nous jouions dans les vagues s'est joint à notre bande un jeune estivant allemand. Son teint et ses cheveux clairs contrastaient avec le physique de mes compagnons qui, en garçons du sud, étaient noirs de poil et déjà très hâlés. Je l'ai trouvé immédiatement magnifique... et mes amis se virent réduits au rang de figurants dès son apparition.
Ils furent très vite jaloux de lui, d'ailleurs. Son accent et ses manières raffinées leur déplaisaient, ils l'appelaient « l'aristo ». Moi j'étais sous le charme, et son air douloureux et parfois égaré m'évoquait un jeune Werther en villégiature, un Hamlet à la plage. D'ailleurs il n'était pas vraiment en vacances mais accompagnait son père en France pour affaires. Il était très cultivé et nos promenades le long des vagues étaient l'occasion de discussions sur les livres que nous avions lus, les tableaux qui nous plaisaient, puis sur sa vie en Bavière et la mienne en Lorraine. Mon intérêt pour ce très beau jeune homme croissait de jour en jour, et je sais que c'était réciproque.

Une après-midi où j'avais laissé mes compagnons partir faire du bateau, nous nous sommes retrouvés tous les deux sur un bout de plage désert où nos pas nous avaient menés.
Une grand-mère ne devrait pas raconter ce genre d'histoires à son petit-fils, mon Julien, mais j'en ai envie ! s'exclama-t-elle dans un rire joyeux, en renversant un peu de son thé.
J'aurais voulu qu'il ne dise rien, parce que je lui faisais confiance, mais il a tenu à être honnête avec moi avant même que nos lèvres se rencontrent. Il m'a prévenu qu'il rentrait bientôt dans son pays, qu'entre nous il ne pouvait être question d'autre chose que d'une amourette de vacances. Je le savais déjà et je l'ai fait taire en l'embrassant. Nous nous sommes allongés sur ma serviette jaune, à l'ombre d'une barque canari qui nous dérobait aux regards et... comme ce fut doux, comme sa peau lisse était souple sous mes mains, comme ses lèvres surent m'apprivoiser, et comme il fut tendre, Mon Dieu. Je peux encore distinctement entendre le bruit des menues vagues sur le sable et les cris d'enfants qui résonnaient au loin, évoquer sous mes doigts la courbe de son épaule...
(Le regard de ma grand-mère vacilla à peine, elle ferma brièvement les yeux et reprit.)


Nous n’eûmes l'occasion de nous étreindre que cinq fois précisément avant qu'il ne reparte pour l'Allemagne, et le souvenir de ces moments a été pour moi un grand bonheur durant toute ma vie. Sans douleur ni nostalgie. Nous avions été heureux quelques jours, c'est plus que n'en vivent certains au cours de toute leur existence. La veille de son départ, peut-être parce que l'ambiance était à la tristesse, ou bien parce qu'il savait qu'il n'aurait pas d'autre occasion de me le dire, il me parla de sa jeune sœur. Je compris alors qu'elle occupait son esprit constamment et que ces pensées étaient la cause de la mélancolie qu'il m'avait bien semblé deviner en lui depuis son arrivée :



Il me demande s'il ne m'ennuie pas avec ses histoires, et moi je bafouille que non bien sûr, alors que ce qui me trouble c'est son bras au fin duvet très clair, que sa manche remontée a dévoilé jusqu'au coude. Son poignet est étroit, sa peau pâle et lisse révèle un lacis de veines presque mauves. Je résiste à y passer les doigts... De toute manière la route glisse et il me faut les deux mains pour tenir mon volant... J'adore le petit sourire intermittent qui tord un peu sa bouche quand il me regarde.




§§§§





Tu sais, Yvonne (ma grand-mère s'appelle Yvonne), mein Liebling, je suis tellement désolé de partir, tellement désolé de te quitter... mais il faut que j'aille retrouver ma sœur Ilse. Je ne t'ai pas encore parlé d'elle parce que ça m'est douloureux, mais comme elle est une grande part de moi, je veux me soulager en te racontant son histoire.
avec Ilse nous avons toujours été très proches, elle est d'un an ma cadette. Au début de l'automne dernier elle est partie rejoindre un couvent sur une île de la mer du Nord, pas très loin de Hambourg. Elle voulait entrer dans les ordres. Ça avait été une grande douleur qu'elle veuille quitter la demeure familiale pour devenir carmélite, mais je respectais son choix. Elle avait toujours été très pieuse et ce destin paraissait celui qui lui convenait le mieux, même si j’eus préféré qu'elle fonde une famille. « Mais je suis aussi heureuse que si je me mariais, Klaus, c'est exactement la même chose ! » m'assurait-elle, un grand sourire de bonheur illuminant son visage. Elle ne m'avait pas vraiment convaincu. Je la vois encore à la gare avec sa petite malle, dans la fumée charbonneuse et le vent de septembre.
Et puis cette année, juste avant l'été, après plusieurs mois de claustration dans sa chartreuse insulaire, elle a demandé à rentrer au domaine. Elle a coupé court à mes interrogations et celles de mes parents en prétendant qu'un doute l'avait prise quant à sa vocation. Je la connais si bien, meine Ilse, je sentais sourdement qu'elle nous cachait quelque chose.
Elle qui n'avait jamais eu aucun secret pour moi...
Un matin où j'étais sorti à l'aube pour une promenade à cheval dans le parc, je l'aperçus glissant rapidement derrière un buisson de berces,  alors que quittant les écuries je rentrais me laver. Je ne voulais pas la surveiller, mais juste la rejoindre, petite silhouette avançant à travers la verte opulence des osmondes royales et des lauriers. Elle marchait d'un bon pas et je peinais à la rattraper. Tu devines avec quelle stupeur je la vis s'approcher de l'étang, entrer dans l'eau stagnante et continuer d'avancer du même pas volontaire, à peine entravée par le lacis des lentilles d'eau et la vase qui devait engluer ses pieds. Je me suis mis à courir en l'appelant, mais elle avançait toujours, de l'eau jusqu'aux épaules. Puis sa tête a disparu...
(Tu sais Julien, Klaus pleurait en me racontant tout ça, et je le berçais, impuissante, pendant qu'il continuait son récit) :
J'ai plongé dans l'eau croupie, mais nager dans les herbes et les branches mortes n'était pas facile. J'ai finalement atteint Ilse, et l'eau n'étant pas profonde, je n'ai pas eu de mal à l'attraper. Je l'ai saisie sous les bras et ramenée à la rive en glissant dans la boue. Elle était inconsciente, son visage exsangue taché de terre, et Mon Dieu, j'ai cru qu'elle était morte... Mais alors que je la serrai convulsivement dans mes bras elle a vomi de l'eau, beaucoup toussé et repris connaissance.

À sa demande, je n'ai dit à personne que cet accident était volontaire. Plus tard dans l'après-midi, je l'ai rejointe dans sa chambre.
Il y avait du feu dans la cheminée, une fumée au léger parfum d'eucalyptus s'élevait d'un mortier de malachite posé sur le parquet. Je me suis approché de son lit, tendu de grandes et épaisses tentures vert sombre qui tombaient du dais de part et d'autre de son traversin. Sur l'oreiller son visage était pâle, et ses joues couvertes de larmes... Je me suis assis à son chevet, et j'ai pris sa main fluette dans les miennes.
Je n'ai pas eu besoin de l'interroger. Après quelques secondes de silence, elle a tourné son visage de porcelaine vers moi et a commencé à parler :



Mon charmant passager, interrompant son récit, pose son doigt sur mon poignet droit en me demandant avec un sérieux d'enfant si un jour, on m'a greffé une main. Il faut dire que la cicatrice qui l'orne est impressionnante. Intérieurement je me fais la remarque qu'elle n'a pourtant jamais été aussi sensible qu'aujourd'hui, alors que mon voisin en apprécie le relief du bout des doigts et que je sens mon cœur changer de régime. Je bredouille en souriant que je lui raconterai tout à l'heure à qui appartenait cette main (qui a bien du mal à tenir le volant à ce moment précis), avant.



§§§§§




Klaus ! Tu te souviens comme j'étais enthousiaste en partant l'année dernière. Tu te souviens ce vrai bonheur qui me submergeait, celui que l'on a quand on a enfin trouvé sa voie, un but auquel se consacrer corps et âme.
Les premières semaines au couvent furent parfaites : mon arrivée à Blaufelsen fut un réel émerveillement.
Le ciel de cette magnifique journée d'automne était immensément bleu, et la mer autour de l'île y répondait par ses teintes profondes. Les bâtiments conventuels, de pierre blanche, rayonnaient dans un écrin de roches gris-bleutées. Ça m'a rappelé un tableau du Greco, une ville d'Italie, je crois...
Comme la Bavière – oh, pardonne-moi Klaus – me semblait soudain lointaine et insignifiante.
J'étais arrivée chez moi.
Nous étions 45 novices destinées à prendre le voile après douze mois. Nous étions sœurs et bientôt nos cheveux courts et notre aube bleue pâle accentuèrent notre ressemblance.
Mais nos différences transparaissaient aussi de temps à autre. Le visage que certaines postulantes présentaient toute la journée durant devait ressembler au mien : quasi-extatique et nimbé de félicité béate. D'autres en revanche ne pouvaient cacher qu'un malheur seul était responsable de leur entrée dans les ordres. Elles en portaient de mornes stigmates.
Klaus, l'hiver a été très froid. Le couvent était mal chauffé et l'humidité de la mer poissait tout et nous gelait dans nos pauvres coules. Les couloirs véhiculaient des courants d'air qui mugissaient les jours de gros temps. Quelques jeunes filles tombèrent malades et nous avons mis en terre les deux plus fragiles dès décembre.
Quand tu es habitée par la foi, tu te dis que tu es mise à l'épreuve, que Dieu sait ce qu'il fait, et que tout ce que nous vivons ici-bas ne sert qu'à nous préparer à la vie éternelle ; et puis tu pries.
Nos journées étaient rythmées par les prières et le silence.
Mais les nuits...
Les nuits étaient si froides que l'on entendait distinctement dans le dortoir claquer des dents. Une nuit de tempête où l'île était malmenée par les éléments, où l'on pouvait croire le rocher lui-même ébranlé dans ses fondations, et que la pluie se frayait un passage à travers les carreaux, j'ai entendu ma voisine sangloter.
Anelie...
Anelie pleurait de peur, de froid et de désarroi. Son corps était secoué de tremblements violents et elle ne parvenait plus à réprimer ses larmes. Je me suis levée discrètement pour la réconforter, et, la serrant dans mes bras, je constatai qu'elle était vraiment glacée. « Viens te réchauffer dans mon lit... », chuchotai-je, « Il nous reste du temps avant les laudes... »
Elle était tellement anéantie qu'elle se laissa faire. Nos lits étaient fort étroits, mais il aurait tenu deux Anelie de plus à mes côtés tant elle était menue. Elle était très jeune, seize ans, maigre comme un adolescent, et les minces rations du réfectoire ne risquaient pas de l'engraisser.
La chaleur de mon lit ou la bienveillance de ma démarche calmèrent presque aussitôt son chagrin ; elle se tourna vers moi et m'étreignit si fort qu'elle m'en coupa le souffle. Ses pieds étaient glacés contre mes chevilles, et son corps bien anguleux contre le mien, mais je la serrai néanmoins, ébranlée par une détresse aussi profonde.
Anelie...
Elle s'est endormie très vite, cette nuit-là. Ensuite elle a pris l'habitude de partager mon lit chaque nuit, et pour tout te dire, je dormais moi-même bien mieux désormais, jusqu'à...
Jusqu'à...
Oh mon Dieu, Klaus ! Mon Dieu ! Que suis-je donc ? Et Ilse se mit à sangloter sans plus pouvoir s'arrêter, son visage hanté par un regard si angoissé, que je me sentis complètement désarmé.
Je serrai sa main aussi fort que je le pouvais, la portant à mes lèvres, et elle finit par se calmer :
Oh, Klaus, nous nous sommes aimées, il n'y a rien de plus à dire. C'est très simple, et si monstrueusement compliqué.
Klaus, je n'arrive pas à me faire horreur, vois-tu ! Klaus, Anelie est un être si doux, si tendre, si fragile... Est-ce une épreuve que Dieu m'envoie ? Et d'ailleurs, que suis-je pour Dieu à présent ?
Oh, Mon Dieu, que suis-je ? Elle se remit à sangloter, et, impuissant, je gardai sa main dans les miennes.
Klaus, Anelie sait très bien dans quels tourments je suis plongée, et elle les partage... c'est elle-même qui m'a suppliée de quitter Blaufelsen, arguant que l'éloignement et la prière nous permettraient peut-être d'oublier, et d'envisager de reprendre sereinement notre chemin de foi. Je l'ai écoutée, sans doute fut-elle très convaincante : je l'ai crue et me suis résignée à quitter le couvent où je ne me sentais désormais qu'imposture et fausseté.
Mais Klaus ! Je pense à elle tout le temps !
Klaus, je l'aime, je l'aime et elle me manque tant !
Ilse fut prise d'une telle crise nerveuse qu'il nous fallut faire venir un médecin qui lui administra un calmant.


Nous avons fait étape à Langres, le Carcassonne de poche. Histoire de se dégourdir les jambes, et surtout parce que Julien ne s'y était jamais arrêté. Le petit bourg a beaucoup de charme, et nous avons entamé le tour des remparts... et interrompu aussitôt cette équipée : mes yeux pleuraient de froid et Julien reprenait à une vitesse alarmante son teint écarlate. Le vent glacial nous cinglait et nous poussa de force dans le premier bistrot. Nous nous y réfugiâmes en riant, réjouis par cette lâche retraite.
— Tu devrais revenir en été, Langres est une petite ville très sympa, crois-moi !
— Je n'en doute pas, mais là c'est au-dessus de mes forces !
— Je crois que c'est le meilleur café de ma vie, soufflai-je en réchauffant mes doigts à ma tasse.
— À propos, cette cicatrice, alors ?
D'habitude je rechigne à expliquer mon « accident » ; retracer les circonstances qui me poussèrent à me défenestrer d'un deuxième étage m'est toujours pénible, voire strictement impossible. Mais Julien tendait vers moi un visage si concentré, aux sourcils froncés par tant d'intérêt et d'attention que je me suis épanché... Et puis Julien ébouriffé, le front barré de la marque du bonnet, tenant son mug de chocolat de ses deux mains comme un enfant. Julien soufflant sur la crème et ne me quittant pas de son regard clair. Julien était vraiment très beau, et j'aurais pu lui parler pendant une année entière, dans la chaleur de ce bistrot désert, alors que dehors commençaient à tomber quelques flocons derrière les vitres. À la fin de mon récit, il n'a rien dit, mais posé sa main sur la mienne en flattant du bout des doigts ma cicatrice que je voyais à présent d'un nouvel œil.
Nous avons repris la voiture, et il a enchaîné.




§§§§§




Le lendemain, la matinée était déjà bien avancée, Yvonne, quand pénétrant discrètement dans la chambre de ma sœur, je gagnai son chevet. Elle avait les yeux grands ouverts et cessa de contempler son baldaquin vert pour les tourner vers moi, secs mais vides d'expression. Je me suis assis sur son lit, prenant délicatement sa tête entre mes mains, caressant ses tempes de mes pouces.
Ilse, Ilse, mein Liebling, meine Ilse, j'ai pris une décision. Tu sais que je pars pour la France dans deux semaines avec Père, pour cette histoire de chemins de fer. Ilse, à mon retour, nous accueillerons Anelie ici. J'y ai pensé toute la nuit, Ilse, kleine Schwester. Je me charge de convaincre nos parents. Tu sais combien ils me font confiance, combien Mère nous aime et combien Père sous ses dehors rigides est l'être le plus compréhensif qui soit. Nous voulons tous ton bonheur, Ilse, et si ce bonheur c'est Anelie, eh bien Anelie fera partie de la famille.
Ah, Yvonne, Ilse devant moi a ouvert la bouche, ses grands yeux se sont retournés et elle s'est évanouie. Yvonne ! Je n'avais jamais vu un amour si fort, un amour dont on puisse constater des effets aussi tangibles rien qu'en regardant un visage...




§§§§§



Julien, je le revois mon jeune et beau Klaus, au corps élancé et athlétique, à la peau claire et aux mains douces et caressantes... Les yeux grands ouverts sur les mystères de l'amour.
« Il y avait du soleil sur son front, qui mettait dans ses cheveux blonds, de la lumière... », ces paroles auraient pu être écrites pour lui...

— Tu n'as jamais essayé de le revoir, mamie ?
— Non mon Julien, non. J'ai rencontré assez vite ton grand-père, et ma vie a ensuite été colorée de bien d'autres manières. Je te l'ai dit, le souvenir de Klaus a embelli ma vie, et je pense souvent à lui, et à Ilse et Anelie et à leur amour si intense, mais je n'ai jamais rien su de lui ensuite.
— Tu te souviens de son nom, j'imagine ?
— Mais bien sûr mon Julien, comment pourrais-je l'oublier ? Je ne perds pas encore la tête mon chéri ! « Herr Klaus Günther Von Grünenthal ».
— Tu sais quoi, Mamie, eh bien je peux essayer de te le retrouver sur internet, ton amoureux allemand ! Ça te dit ? Tu veux y réfléchir ?
Ma grand-mère est restée muette un moment, et je devinais derrière son front concentré le cliquetis de maints rouages. Ces rouages qui vont du « À quoi bon ?» à « Qu'est-il devenu ? », de « Il m'a sans doute oubliée » à « Il faudrait qu'il sache que je ne l'ai jamais oublié » de « Est-ce que cela pourrait me faire souffrir ? » à « Est-ce que cela peut me faire plaisir ? »
Au bout d'un moment elle s'est levée, guère plus grande que moi à genoux, et elle m'a répondu :
— Oui mon Julien, oui, je veux bien que tu essaies. Oui, je crois que ça me ferait très plaisir mon grand !
— Je vais essayer Mamie !
Je me suis levé aussi et, dans les rayons orange du couchant, je l'ai serrée très fort contre moi, si gracile, si fragile, souriante et confiante. J'en avais les larmes aux yeux.


Julien a le regard qui brille en finissant son récit. Julien qui aime si fort sa grand-mère que deux larmes coulent sur ses joues et qu'il les essuie du dos de la main en disant : « J'suis con... », tout en souriant un peu malgré tout.



§§§§§





Nous avons atteint Chaumont.
Dans mon appartement surchauffé, Julien a retiré son pull vermillon. Son t-shirt blanc est parsemé de peluches rouges qui nous font éclater de rire, et que je commence, par jeu, à tenter de retirer une à une.
Il me dit que ça le chatouille, d'une voix légèrement altérée, alors je m'entête, pinçant très délicatement, « par accident » l'un de ses tétons à travers le tissus.
Un soupir imperceptible lui échappe, alors je prends doucement son visage entre mes mains et j'embrasse ses lèvres.
Ses yeux bleu clair se ferment et il me serre très fort dans ses bras, si fort que c'est moi qui soupire à présent.


Il est allongé sur mon couvre-lit bariolé.
Je relève lentement son t-shirt, dévoilant son torse nu,
et je pose tendrement mes lèvres ici, et là...
« Modifié: 13 Mars 2016 à 11:22:09 par gage »
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 204
Re : Versicolore
« Réponse #1 le: 18 Janvier 2016 à 21:13:01 »
Citer
— À Troyes ! Souffle-t-il (...) mais j'en ai envie !  S'exclama-t-elle (...) « Mais je suis aussi heureuse que si je me mariais, Karl, c'est exactement la même chose ! » M'assurait-elle
Problèmes de majuscule.

Citer
Un jour où nous jouions dans les vagues s'est joint à notre bande un jeune estivant allemand.
Pas fan de l'inversion. Elle ne renforce pas vraiment ce qui n'a pas besoin d'être plus renforcé.

Citer
et mes amis se virent réduits au rang de figurants dès son apparition.
Le "se virent" dans un contexte où beaucoup de choses sont affaires de regards et d'apparence, je ne sais pas.

Citer
il l'appelaient
ils

Citer
Mon intérêt pour ce très beau jeune homme croissait de jour en jour, et je sais que c'était réciproque.
Je souligne juste pour vérifier, des fois que l'usage du présent soit involontaire.
(la lecture de la suite semble indiquer que oui)

Citer
sont petit-fils
son

Citer
il a tenu a être honnête
à être

Citer
(Le regard de ma grand-mère vacilla à peine, elle ferma brièvement les yeux et reprit).
Le point irait plutôt dans la parenthèse, pour le coup. Sinon c'est basiquement un point sans phrase.
(j'ai le même avis quand ça revient plus loin)

Citer
au court de toute leur existence
au cours

Citer
Elle a coupé court à mes interrogations et celles de mes parents
"et à celles" me semble plus correct.

Citer
son lit, tendu de grandes et épaisses tentures
J'avoue ne pas être très familier avec et donc pas fan de "tendu de".

Citer
profondes.Les bâtiments
Manque l'espace après le point.

Citer
l'humidité de la mer poissait tout
poisser me semble un peu trop fort.

Citer
Une nuit de tempête où l'île était malmenée par les éléments, où l'on pouvait croire le rocher lui-même ébranlé dans ses fondations et que la pluie se frayait un passage à travers les carreaux,
Il faudrait dire "croire que le rocher était", là on pourrait attendre un "et où".

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la réconforter,et
Manque l'espace après la virgule.

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étroits,  mais
Double espace.

Citer
Nos lits étaient fort étroits,  mais il aurait tenu
ils auraient (ça ne peut pas vraiment être "mon lit", c'est trop lointain)

Citer
La chaleur de mon lit, ou la bienveillance de ma démarche, calmèrent presque aussitôt son chagrin ; elle se tourna vers moi et m'étreignit si fort, qu'elle m'en coupa le souffle.
J'ai des doutes sur toutes les virgules, mais surtout la dernière (", qu'elle m'en") que je trouve maladroite.

Citer
je gardai sa main dans les miennes.
Peut-être l'imparfait ?

Citer
«Qu'est-il
Manque l'espace après le guillemet.

Citer
« j'suis con... »
Majuscule ?

Citer
commence , par jeu
Espace en trop avant la virgule.

Sinon : tu mets quasiment toujours des virgules avant les "et", mais je suppose que tu en as conscience. J'avoue que je ne suis pas toujours d'accord dessus au niveau du rythme que ça crée, mais c'est à toi de voir.

Je me suis assez peu attardé sur les question de style dans mon relevé, sur un texte aussi long c'est un peu difficile. Il y a des tournures élégantes, de jolies descriptions, qui trébuchent peut-être parfois à mon goût précisément dans leur souci de faire joli. Je trouve toujours difficile de rendre naturel, même en prenant en compte les époques, l'usage de "fort + adjectif", "maints + nom" (celui-là est dans le présent : maints rouages) etc ; il y a cette ambiguïté de récit parlé qui n'est pas écrit comme s'il était parlé. Ça tient dans l'ensemble ; il y a peut-être juste des pointes où c'est trop précieux ? C'est une vague impression.
J'aime sinon le jeu des imbrications, tu emportes toujours un peu plus loin mais toujours autour du même besoin d'affection/d'amour, sous différentes variantes (couleurs, je suppose). C'est joliment fait.
Au début j'avais l'impression qu'il y avait un jeu sur les couleurs, chaque souvenir une couleur (vu l'omniprésence du rouge dans le présent), mais j'en ai un peu perdu la trace. Et je ne sais pas si l'histoire de la main est une référence à autre chose ?
C'était une lecture plaisante, au final.
« Modifié: 18 Janvier 2016 à 21:15:24 par barnacle »

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
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Re : Versicolore
« Réponse #2 le: 18 Janvier 2016 à 23:49:40 »
Hey, j'ai bien apprécié ces histoires imbriquées, même si c'est un peu frustrant qu'on ne sache pas tout au final  :huhu:
Euh, que dire.... ? J'ai rien relevé (pas mon genre en ce moment si la lecture est fluide, on dirait).

A plus  :)
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

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Re : Versicolore
« Réponse #3 le: 19 Janvier 2016 à 14:58:44 »
@ Barnacle !
merci beaucoup, d'abord pour ton passage en éclaireur, et ton travail de défrichage des fautes imperceptibles.
J'ai tenu compte de beaucoup de tes remarques, mais pas toutes...
Citer
tu mets quasiment toujours des virgules avant les "et", mais je suppose que tu en as conscience. J'avoue que je ne suis pas toujours d'accord dessus au niveau du rythme que ça crée
Ça, ça vient de mes phrases réputées trop longues, que je m'astreins à saucissonner pour les rendre digestes. Les avis restent partagés là-dessus, je ne sais jamais quoi faire...  :(
Citer
Il y a des tournures élégantes, de jolies descriptions, qui trébuchent peut-être parfois à mon goût précisément dans leur souci de faire joli
Aïe ! J'ai sans doute le souci de "faire" joli, mais on n'est pas censé le voir, j'imagine. :-[
Citer
il y a cette ambiguïté de récit parlé qui n'est pas écrit comme s'il était parlé
Ça c'est un gros problème que j'ai eu. Mais mon texte aurait été fade, et ennuyeux à écrire, si j'avais vraiment dû le raconter comme Julien l'aurait réellement fait dans la voiture. Reste que ce n'est pas réaliste. On pourrait peut-être assimiler cette technique de narration avec ce qui se fait dans l'audiovisuel, quand un personnage commence à raconter une histoire et que le cinéaste, plutôt que de le laisser aller au bout, en monologue, remplace ce discours par des images de la vraie scène telle qu'elle a eu lieu.
Citer
il y a peut-être juste des pointes où c'est trop précieux
Des moments où j'en fais trop au niveau vocabulaire ? Il faudrait que tu me pointes ça, parce que je ne les vois pas. Je croyais innocemment parvenir à demeurer dans le même niveau d'écriture.
Citer
Au début j'avais l'impression qu'il y avait un jeu sur les couleurs, chaque souvenir une couleur, mais j'en ai un peu perdu la trace
Ça c'est très dommage, et ça veut dire que j'ai vraiment raté quelque chose.
J'ai effectivement mis un "code couleur"dans l'idée qu'il aiderait peut-être les lecteurs à se situer dans les anecdotes, qui se sont en fait avérées trop brèves pour qu'il y ait un risque de se perdre. C'est dans le souvenir de St Raphaël qu'il est quasiment absent, et c'est sans doute là que je t'ai perdu. Ailleurs j'ai essayé d'installer une couleur distincte pour chaque souvenir... d'où le titre, à prendre au sens propre et au figuré.
Citer
C'était une lecture plaisante, au final.
Ouf !!  :D
Et merci encore, Barnacle !
@ Ambriel !
Merci pour ton passage, et ravi que le procédé t'aie plu. Ah, on ne sait pas tout... ça me plaît que ça te frustre, parce que ça veut dire que les histoires individuelles t'ont assez intéressé pour vouloir en savoir plus !  :) À bientôt !
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Re : Versicolore
« Réponse #4 le: 19 Janvier 2016 à 15:47:18 »
Bonjour Gage,

J'ai trouvé ce texte très réussi. C'est un texte humain, très riche. J'ai trouvé la construction du texte très innovante. Je ferai cependant la remarque que le fil conducteur du texte manque de force. Cette rencontre entre les deux personnages principaux a un ton assez peu souligné. On aimerait comprendre ce qui rapproche les deux personnages. Les scènes de description du fantasme nous renseigne sur le thème abordé : l'amour ; or je pense que tu peux encore approfondir le sujet, apporter plus de consistance à l'échange entre les deux personnages.

Voilà, sinon je pense qu'on pourrait en tirer une forme de morale qui dise : il faut vivre ses histoires d'amour, il faut être audacieux, que je trouve humaine mais peut-être un peu confuse. Ceci dit, ça vaut vraiment la peine d'aborder un tel sujet ! On ne s’ennuie pas.

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Re : Versicolore
« Réponse #5 le: 19 Janvier 2016 à 16:39:31 »
@ Alan !

merci beaucoup pour ta lecture attentive et attentionnée, intéressée et intéressante.
Tu as raison, la rencontre entre les deux principaux protagonistes n'est qu'une ébauche, sans doute.

Mais, craignant déjà de perdre des lecteurs en route, je me suis contenté de "symboliser" cette rencontre qui aurait certainement mérité d'être approfondie. Cependant, en dire plus me condamnait à en dire beaucoup plus, et j'avais peur de déséquilibrer tout le texte.
Ce n'est pas facile d'écrire un texte court et de respecter ce paramètre. Du coup, peut-être que tout cela est un peu trop elliptique, et induit le genre de frustration évoquée par Ambriel.

J'en retiendrai que tu as apprécié la construction ;  et le fait que spontanément tu aies envie de tirer une morale de tout cela me réconforte, parce que c'est bien comme ça que le concevais, comme une sorte de parabole intime sur l'affection des êtres.
Je ne l'ai pas clairement formalisée dans mon esprit, ce qui provoque sans doute ta sensation de confusion.
Merci encore, en tout cas, Alan ! 
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Hors ligne Kath

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Re : Versicolore
« Réponse #6 le: 20 Janvier 2016 à 17:44:16 »
 J'ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé ton texte, gage! Je l'ai trouvé extrêmement poétique, chaque narrateur dégageant une impression différente : Julien, une grande tendresse envers sa grand-mère, Yvonne, une bonne dose de nostalgie heureuse, Klaus l'inquiétude pour sa soeur et la nostalgie d'une enfance heureuse et sans souci, peut-être, et Ilse un profond chagrin.
Je n'ai pas vraiment remarqué l'utilisation des couleurs, sauf le rouge et le gris-bleuté, mais c'est plus l'ambiance qui m'a marquée.
J'étais d'abord sceptique sur le style très écrit et pas du tout oral de la narration, mais a posteriori, ça passe très bien. Je trouve juste que ce serait plus sympa de plus marquer la différence de narrateurs, surtout pour mettre en valeur ta construction qui est intéressante. Par là, j'entends un artifice de mise en page ou de typo, pour ne pas dénaturer ton superbe texte!



Citer
Pas grand monde sur la route, il est encore tôt... et trop tard pour les courageux qui sont déjà au boulot.
Je rajouterais bien un « trop » devant « tôt », pour faire pendant au « trop tard »
Citer
Quelques corbeaux désœuvrés parsèment les labours givrés, et des bosquets poudreux ponctuent le paysage de loin en loin.
Les tracteurs soufflent leur buée dans la cour des fermes, la camionnette d’un boulanger klaxonne devant une maison. L’envie d’un croissant-café-au-lait m’effleure.
Pourquoi ne pas avoir fait un seul paragraphe de tout ce passage ?
Citer
dans la cours des fermes
cour, sans « s »
Citer
C’est un assez jeune homme au visage presque aussi rubicond que sa doudoune et son bonnet de laine assorti, qui se penche à la vitre :
Il faut enlever la virgule, ou alors en ajouter une avant « au visage », pour mettre la description en incise.
Citer
l’autoradio

autoradio
Citer
Je suis allé passer l’après-midi d’hier avec elle. Enfin, la fin d’après-midi, parce qu’elle fait la sieste après son feuilleton...
Je me disais qu’il faudrait peut-être mettre des guillemets, mais en ayant tout lu, je ne suis plus sûre. Mais je verrais bien un moyen de marquer plus les différents narrateurs.
Citer
pitch-pin
Pitchpin
Citer
voltaire
Fauteuil Voltaire (avec la majuscule)
Citer
des
Citer
petits beurres
Ah, le pluriel de « petit beurre »… Alors en fait, c’est « des touyous ». Mais en fait non, ça c’est une vieille blague pourrie :P
En vrai, si tu parles du vrai Petit Beurre, ça s’écrit avec des majuscules, et le pluriel est Petit(s) Beurre (a priori, je n’ai pas trouvé confirmation), si tu parles du biscuit en général, c’est petit-beurre, le pluriel petits-beurre. Et après, tu as aussi les petits beurs, mais je ne te conseille pas d’essayer de les manger, c’est pas très légal !
Citer
épisode de sa jeunesse  :
Mets juste un point, pas un double-point, puisque tu changes ensuite de narrateur et de paragraphe.
Citer
cette été-là
!
cet
Citer
J’étais un petite oie
une
Citer
c’était aussi doux sous mes doigts que la vision de leurs corps l’était à mes yeux.
J’enlèverais bien « l’était ». Je trouve qu’il alourdit inutilement la phrase qui est déjà bien longue.
Citer
Un jour où nous jouions dans les vagues s’est joint

Je mettrais bien une virgule après « vagues »
Citer
halés
.
Hâlés – sans le circonflexe, ça veut dire qu’on les tire !
Citer
et je sais que c’était réciproque
.
Un doute sur l’utilisation du présent, mais Barnacle te l’a déjà signalé.
Citer
cinq fois précisément, avant qu’il ne

Je n’aurais pas mis la virgule, elle n’est pas indispensable et hache un peut trop le rythme à mon goût.
 
Citer
Je résiste à y passer les doigts...

La tournure de phrase me paraît étrange. À vérifier.
Citer
Tu sais, Yvonne (ma grand-mère s’appelle Yvonne), mein Liebling
Un peu difficile de savoir qui est le narrateur ici, surtout avec la parenthèse (est-elle vraiment utile ?
Citer
Ça avait été

Je suis gênée par ce plus-que-parfait, un passé simple me semble suffisant et plus en accord avec la concordance des temps.
Citer
nous avons mises en terre les deux plus fragiles

Mis en terre
Citer
Les nuits étaient si froides que l’on entendait distinctement dans le dortoir claquer des dents.

Y’a un truc qui cloche avec la fin de la phrase, « claquer des dents ».
Citer
les minces rations au réfectoire
« Du » réfectoire, plutôt que « au » ?
 
Citer
cette nuit là
cette nuit-là
Citer
calmer :
Pourquoi ces deux points ?
Citer
Je l’ai écoutée, peut-être fut-elle très convaincante

Ici, mets plutôt « sans doute », car après tout Ilse est bien partie. Et ça évitera la répétition avec le « peut-être » de la phrase précédente.
Citer
voir strictement impossible
voire
Citer
tenant son mug de chocolat
plutôt une tasse, si c’est dans un café. À la limite un bol.
Citer
Elle avait les yeux grands ouverts et cessa de contempler son baldaquin vert pour les tourner vers moi
,
C’est la fin de la phrase « pour les tourner vers moi », qui ne va pas. « les yeux » est trop loin pour qu’on comprenne de suite que « les » y réfère.
Citer
avec père
Une majuscule à « Père », ça me semble plus adapté au milieu social.
Citer
à peine plus grande que moi à genoux
,
Oh, ça fait vraiment très petit, ça !
Citer
les rayons oranges
Orange : tous les adjectifs de couleur venant d’un fruit (orange, marron…) sont invariables.
 
Citer
à tenter de retirer une à une.
Il me semble qu’il manque un « les ».
 

edit : j'ai oublié de préciser que je n'ai pas relevé les pbes de typo, mais si tu veux présenter ce texte à un AT/ le publier, je m'en occuperai avec joie!
« Modifié: 20 Janvier 2016 à 18:34:08 par Kath »
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Re : Versicolore
« Réponse #7 le: 20 Janvier 2016 à 21:05:41 »
@Kath !
Merci, merci beaucoup !
Merci d'abord pour ta correction scrupuleuse, merci pour ces coquilles récoltées, et pour tes propositions de modification.

J'ai tenu compte de beaucoup de tes remarques, mais pas de toutes. Disons qu'à priori, ce qui reste et qui pourrait encore te troubler, est volontaire.
Comme :
   
Citer
Mon intérêt pour ce très beau jeune homme croissait de jour en jour, et je sais que c'était réciproque.
Je considère qu'elle ne le savait pas forcément à l'époque, au moment précis qu'elle évoque, mais que depuis elle le sait : il partageait ses sentiments.

Pour ce qui est des couleurs, ben sniff, j'en ferai mon deuil, mais de toute façon je voulais que ce soit subtil, et pas un gros placard annonçant à l'entrée d'un paragraphe : "attention, souvenir en vert !"

Enfin, tu mets le doigt sur un souci que j'ai eu en rédigeant, et que je n'ai pas résolu :
comment clairement établir qui est en train de parler. Je me suis donc contenté du léger subterfuge de l'italique pour ce qui se passe dans la voiture, histoire de bien le différencier du reste, mais je suis comme toi, je ne suis pas convaincu, mais je ne sais pas comment m'y prendre.

Voilà, merci encore, et merci pour tes compliments  :-[, et merci pour ta proposition pour la typo.
À bientôt Kath !!
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Re : Versicolore
« Réponse #8 le: 20 Janvier 2016 à 22:08:23 »
Salut Gage,
Très délicat ce texte.

Citer
mais comme elle est une grande part de moi, je veux me soulager en te racontant son histoire.
Ilse et moi nous sommes très proches, elle a juste un an de moins que moi. Au début de l'automne dernier elle est partie rejoindre un couvent sur une île de la mer du Nord, pas très loin de Hambourg. Elle voulait entrer dans les ordres. Ça avait été une grande douleur pour moi qu'elle veuille quitter la demeure familiale
pas très joli (mais c'est mon avis)

Citer
Je bredouille en souriant que je lui raconterai tout à l'heure à qui appartenait cette main (qui a bien du mal à tenir le volant à ce moment précis), avant.
je pense que tu peux enlever les parenthèses et le ", avant" à la fin.

Citer
celui que l'on a lorsque l'on a enfin trouvé sa voie,
peut-être un "quand" pour lorsque ?

Citer
J'en avais les larmes aux yeux..
deux points à la fin

Très joli, très poétique ce texte. Les variations de couleur sont assez délicates (le rouge et le orange étant plus présents je trouve). La construction est chouette, mais délicate à maîtriser :

Un élément qui me chagrine : Ta narratrice raconte l'histoire que Julien lui raconte, qui est  l'histoire que sa grand-mère lui raconte de l'histoire racontée par Klaus, qui à un moment raconte l'histoire narrée par sa soeur. Et bien malgré ce jeu de téléphone arabe, on se retrouve à chaque fois avec la "voix" de celui qui a raconté initialement (Ilse par exemple), sans retranscription. Avec les mots du départ comme s'ils avaient été enregistrés. Ce qui au final est peu crédible (mais je suis un affreux rationaliste...).

Après lecture des commentaires, je rejoins Kath sur :
Citer
chaque narrateur dégageant une impression différente

J'étais d'abord sceptique sur le style très écrit et pas du tout oral de la narration, mais a posteriori, ça passe très bien. Je trouve juste que ce serait plus sympa de plus marquer la différence de narrateurs, surtout pour mettre en valeur ta construction qui est intéressante.

Bref, cela me semble peu crédible que Julien raconte ces histoires avec ces mots là. Mais c'est aussi ce qui fait l'aspect très poétique et parabolique du texte.

La fin m'a un peu déçu je dois dire. D'une part, on reste en suspend sur la révélation ou pas qui se fera après recherche sur internet ; d'autre part, ça finit en câlin que l'on voyait venir gros comme une maison. (mais je ne suis pas romantique pour deux sous : je me suis forcé pour finir les souffrances du jeune Werther que tu évoques, par exemple).

Bon, beaucoup de mots pour expliquer la critique, ce qui n'empêche que j'ai bien aimé ce texte. Pas autant que ton violoniste ou ton être invisible (je suis nul pour mémoriser les titres...), ni bien sûr que "je préfère arriver par le jardin" qui m'avait marqué aussi.
Ecriture poétique, construction originale, rythme adapté à la taille du texte... plein de qualités !

Au plaisir,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Re : Versicolore
« Réponse #9 le: 20 Janvier 2016 à 22:13:18 »
Enfin, tu mets le doigt sur un souci que j'ai eu en rédigeant, et que je n'ai pas résolu :
comment clairement établir qui est en train de parler. Je me suis donc contenté du léger subterfuge de l'italique pour ce qui se passe dans la voiture, histoire de bien le différencier du reste, mais je suis comme toi, je ne suis pas convaincu, mais je ne sais pas comment m'y prendre.

Ça ne m'a pas semblé un problème à la lecture. Chaque personnage s'adresse à un autre (donc on sait qui parle lorsqu'il dit à qui il parle, ou simplement très vite via le contexte) et on va dans un sens puis dans l'autre ; la structure est assez simple, élégante.
Il y a uniquement la narration principale qui échappe à cette structure simple (et dans une très moindre mesure, les interventions entre parenthèses d'Yvonne), et l'italique suffit amplement.
Je ne crois pas qu'il y ait une grande tracasserie à se faire. Ça coule naturellement.

Et pour te répondre sur le point de :
Citer
Citer
il y a cette ambiguïté de récit parlé qui n'est pas écrit comme s'il était parlé
Ça c'est un gros problème que j'ai eu. Mais mon texte aurait été fade, et ennuyeux à écrire, si j'avais vraiment dû le raconter comme Julien l'aurait réellement fait dans la voiture. Reste que ce n'est pas réaliste. On pourrait peut-être assimiler cette technique de narration avec ce qui se fait dans l'audiovisuel, quand un personnage commence à raconter une histoire et que le cinéaste, plutôt que de le laisser aller au bout, en monologue, remplace ce discours par des images de la vraie scène telle qu'elle a eu lieu.

C'est une balance un peu difficile, mais comme je l'avais dit, dans l'ensemble ça marche. Je l'avais lu un petit peu dans la logique que tu décris, l'ambiguïté ressort surtout quand on prend du recul. Il y a peut-être sur la fin, quand il y a beaucoup de "Ah, Yvonne", "Oh, Klaus" (que j'écrirais sans la virgule entre l'interjection et le prénom d'ailleurs, pas sûr s'il y a une règle) où le fait que ce sont des récits parlés ressort plus ; mais on sort des récits un à un, donc ça fait sens.

Tout ça pour dire que je ne pense pas qu'il y a de problèmes de structure, ou de besoin de faire plus. C'est l'aspect le mieux maîtrisé, à mon sens.

(Pour la question des pointes de style qui me déplaisaient, il me faudrait relire pour être plus précis, et je n'ai pas trop le temps pour - mais d'autres ont déjà relevé des trucs, et c'est en partie mes goûts qui sont peut-être différents de ce que tu voulais faire, de toutes façons)

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Re : Versicolore
« Réponse #10 le: 20 Janvier 2016 à 22:18:49 »
Je n'avais pas vu :
Citer
Ça c'est un gros problème que j'ai eu. Mais mon texte aurait été fade, et ennuyeux à écrire, si j'avais vraiment dû le raconter comme Julien l'aurait réellement fait dans la voiture. Reste que ce n'est pas réaliste. On pourrait peut-être assimiler cette technique de narration avec ce qui se fait dans l'audiovisuel, quand un personnage commence à raconter une histoire et que le cinéaste, plutôt que de le laisser aller au bout, en monologue, remplace ce discours par des images de la vraie scène telle qu'elle a eu lieu.
Vu comme ça, d'accord, c'est en fait l'impression qu'on a quand on lit le truc, sauf si on est trop coincé-rationnel comme moi...
Mais comment montrer la transition de celui qui raconte vers les images de la vraie scène dans le texte... pas simple !

Mais encore une fois, le texte est chouette en l'état.
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Versicolore
« Réponse #11 le: 21 Janvier 2016 à 09:04:50 »
@Rémi !
Merci pour ton passage, et ton avis sur certains détails, dont j'ai tenu compte, notamment les "moi" un peu too much.
Merci aussi pour cette question de style sur laquelle tu reviens. Je ne sais vraiment pas comment me dépatouiller de ce truc, et puisque ça a l'air de fonctionner quand même, je vais attendre et voir si des idées apparaissent.
Merci pour les compliments aussi, et venant d'un non-romantique, ils ont d'autant plus de valeur. L'une de mes craintes était que tout cela paraisse très mièvre, en fait.

Au fait, et au risque de changer un peu l'aspect que tout avait pour toi, c'est un narrateur nommé Christophe qui raconte tout, pas une narratrice  ;)

Merci encore en tout cas !

@ Barnacle !
Merci de ton repassage ! Et merci de valider le fonctionnement du récit tel qu'il est écrit. Je pense que pour un puriste (ou une) comme Cessdu par exemple, il manque des tas de tirets quadratins, ou de guillemets, mais je rechigne à les mettre tous, j'aurais peur de perdre en fluidité, voire même en clarté.
Puis que tu me confirmes que ça peut fonctionner comme ça, on ne va rien toucher, merci ! :)
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Hors ligne Rémi

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Re : Re : Versicolore
« Réponse #12 le: 21 Janvier 2016 à 11:22:02 »

Au fait, et au risque de changer un peu l'aspect que tout avait pour toi, c'est un narrateur nommé Christophe qui raconte tout, pas une narratrice  ;)

Ah oui ! Non, ça ne change rien pour moi. Je viens de survoler le texte, et le fait que ce soit un narrateur n'est visible qu'une fois, lorsque son prénom est donné au tout début. J'ai gentiment transformé l'info au fil de la lecture, avec toute cette imbrication de narrateur je me suis paumé ! Mais non, ça ne change rien.

Et non, ce n'est pas trop mièvre (pour moi), le rythme, les changements de narrateur font bien passer le fond brut de ces 3 histoires d'amour (contrairement au jeune Werther où le mot "coeur" doit apparaître 257 fois en 300 pages et où on a trop peu d'évolution de l'histoire à mon goût).
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Versicolore
« Réponse #13 le: 31 Janvier 2016 à 18:23:05 »
Salut gage !

Citer
Quelques corbeaux désœuvrés parsèment les labours givrés, et des bosquets poudreux ponctuent le paysage de loin en loin. Les tracteurs soufflent leur buée dans la cour des fermes, la camionnette d'un boulanger klaxonne devant une maison. L'envie d'un croissant-café-au-lait m'effleure.
Je trouve ce début vraiment superbe. Les corbeaux qui parsèment, les bosquets qui ponctuent, les tracteurs qui soufflent, la camionnette qui klaxonne, et l'envie qui effleure, magnifique :)
Je ne sais pas trop quel nom ça porte cette figure de style, de mettre en quelque sorte l'envie sur le niveau des choses concrètes, mais je répète, c'est superbe. (Ceci dit, je déplore un peu le verbe klaxonner qui ne laisse pas de place à l'imagination comme les autres).

...

Fini.
Euh, je voulais faire des relevés et tout, mais j'ai préféré ne pas interrompre ma lecture au final :)
Juste ça que j'ai retrouvé (c'est la seule "faute" que j'ai détectée, d'ailleurs :) )
Citer
Quelques jeunes filles tombèrent malades et nous avons mis en terre les deux plus fragiles dès décembre .
Espace en trop avant le point.

Il y a toujours cette écriture magnifique (tu sais ce que j'en pense, inutile de m'étaler ^^) que je retrouve ; et il y a toujours cette narration qui nous plonge dans ces souvenirs qui semblent résumer tout un bout de vie comme dans La tireuse de cartes ; j'ai adoré. Ici, tu pousses le procédé plus loin avec un enchaînement de souvenirs, et je trouve ça cool. Ai-je été dérouté par le fait que le ton narratif employé soit le même pour tous les personnages ? Je ne sais pas. D'un côté, un vieux réflexe de pensée me fait remarquer que ça n'est peut-être (je dis bien peut-être) pas tout à fait cohérent ; mais au fond ça ne me dérange pas et une autre partie de moi me murmure que c'est une bonne chose. Je choisis de croire cette dernière :)
Je suis d'accord avec Rémi, le texte n'est pas mièvre pour un sou. Peut-être qu'écrit autrement, c'aurait été bien le cas, mais ici, dès les premières lignes, le ton, le vocabulaire, le style, ne laissent pas de place à une telle impression. C'est comme lorsqu'on lit un roman de science-fiction par exemple : la couleur est annoncée des le départ, il n'y a pas à la justifier, et il serait absurde de reprocher à un tel roman de n'être pas réaliste. Je ne sais pas si je m'explique bien, mais ce que je veux dire, c'est que dès le début, on sait que le texte parlera d'amour, et on le sait si bien, les mots le disent si bien, qu'il n'est pas possible d'y voir de la mièvrerie.
Bon, je m'enlise :D

La seule chose que je déplore, c'est qu'en effet on ne saura pas si Julien retrouvera Klaus. Pourquoi le lui avoir fait proposer à Yvonne, dans ce cas ? J'avoue que ça m'échappe ^^
Je suis d'accord avec Rémi, la fin était très prévisible, mais en même temps, je ne pense pas que cette fin avait vocation à faire une "chute". Du coup, comme je ne m'attendais pas à une chute, je peux l'accepter, bien que je trouve ça un peu dommage : tu sais faire de très bonnes chutes :)

Voilà, ce sera tout pour moi ^^
Très belle lecture, comme toujours.
 
« Modifié: 31 Janvier 2016 à 18:25:21 par extasy »

Hors ligne gage

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Re : Versicolore
« Réponse #14 le: 06 Février 2016 à 17:28:09 »
Bonjour Exta, et merci beaucoup pour ton passage !

Alors, d'abord j'ai fait sauter le klaxonne, il ne me plaisait pas non plus.  :D

Alors, alors.
Pour écrire ce texte je m'étais donné différentes contraintes.
Il y avait l'envie des récits gigognes pour voir si l'on peut y parvenir sans perdre le lecteur, (ça a l'air d'aller).
J'avais néanmoins ajouté une légère contrainte de couleurs pour le guider, mais comme je la voulais discrète elle ne saute pas aux yeux.
Une autre contrainte était de parler de l'amour au pluriel, ça ça a fonctionné.
La dernière était que pour une fois mon texte soit optimiste et se finisse bien. J'ai donc écrit des récits ouverts.
Mais même s'ils ne se finissent pas, ils s'ouvrent tous sur une possibilité de bonheur.

Je suis désolé que finalement ce soit frustrant pour le lecteur.
Je peux enfoncer le clou : Anelie viendra-t-elle vivre en Bavière ?
Christophe et Julien échangeront-ils plus d'une étreinte ?
Rien n'est sûr finalement, mais pourquoi l'écriteur doit-il tout finaliser ?

Pour le lecteur optimiste, Anelie retrouvera Ilse, et oui, Klaus resurgira du passé auréolé de cheveux blancs. C'est à vous de jouer après tout.
Moi je sais, mais suis-je vraiment obligé de tout dire ?

Merci en tout cas Exta pour tes compliments, et ravi que mon style continue à te plaire.
Pour les récits, ben y a des hauts et des bas... je ferai peut-être mieux la prochaine fois ! :)

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