Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 Septembre 2026 à 18:05:42
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les myosotis

Auteur Sujet: Les myosotis  (Lu 2835 fois)

Hors ligne Cosette

  • Tabellion
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Les myosotis
« le: 09 Janvier 2016 à 12:31:59 »
         
  J'ai écrit cette (toute) petite nouvelle très vite. Le style en est volontairement minimaliste autant pour la syntaxe que pour le choix du lexique.  Je ne sais pas du tout ce que ça vaut, ne m'épargnez pas, je vous prie. Merci d'avance.

Les myosotis

   Je suis un écorché. Un pantin solitaire. Un être difforme et différent qui s'accroche  désespérément . Et mon cœur est à nu. Je suis celui que l'on malmène, celui que l'on toise avec désinvolture, celui que l'on bouscule, celui que l'on dépossède de lui-même. Simplement peut-être parce qu'il rappelle aux autres combien ils sont vils, combien ils sont futiles. Les autres sont pleins de vie, de cris et d'arrogance. Les autres sont plusieurs, ils chahutent ensemble. Moi, je ne suis personne et n'ai personne à moi. Ma vie est en morceaux.
   C'est la rentrée des classes. Ils hurlent et gesticulent, ils sentent les vacances et la résolution. Ils sentent l'espérance et la dissipation. Je sais que désormais l'enfer est à mes trousses. Une année toute entière à subir leurs sarcasmes. Je sais bien qu'ils m'exècrent, je sens qu'ils me tolèrent. Moi, l'attardé, le maladroit, qui ne répond jamais.
   Mais cette année pourtant quelque chose a changé, quelqu'un me considère avec aménité. Elle est douce, elle est belle. Elle a vu ma faiblesse. Quand un grand m'a poussé, elle s'est courroucée. Ses petites tresses ont dansé de révolte. Elle m'a regardé, m'a souri, m'a conduit à ma place. Et depuis, j'attends, j'attends chaque jour de la revoir. J'attends l'instant où elle va me sourire. Elle est un peu rêveuse, un rien mélancolique. Elle met souvent des robes à fleurs. Des robes de soleil et de myosotis. Et moi aussi je rêve, je nous vois tous les deux dans un grand parc joyeux. Celui qui est sur  l'affiche. Oh, je vois bien moi que les autres l'agacent, avec leurs réponses stupides et leurs jeux dégoûtants ! Parfois elle soupire. Quand elle se retourne, elle me regarde moi, moi qui suis relégué dans le fond de la classe, dos au mur.
   Aujourd'hui, c'était le grand jour. Je l'ai tant attendu ce jour ! D'un pas résolu, elle s'est avancée vers moi, m'a regardé avec insistance. Moi, immobile et muet, j'avais l'air bien stupide. D'une voix douce, posée, elle a murmuré quelques mots, et je me suis senti transporté, j'ai manqué chavirer. Oui, elle a pris mon cœur. Elle l'a tenu un instant dans ses deux mains aimables. Et j'ai bien vu que j'étais tout à elle, à elle tout entier. Elle peut tout me prendre, fouiller au plus profond de moi, me dépouiller de tout mon être, me vider, me désosser, me manipuler, me mélanger, me retourner, me malmener, et puis  m'éparpiller comme pétales au vent. Elle a tout pris, J'en suis demeuré tout remué, pantois mais soulagé de mon inconsistance. J'étais enfin quelqu'un d'autre, quelqu'un que l'on considérait avec curiosité. Et puis, comme dans un rêve, tout s'est remis en place. Le cours était fini, les autres étaient partis et je me suis retrouvé dans ma solitude. Tout s'est éteint autour de moi.
   Mais je sais bien qu'un jour, elle s'avancera à nouveau et qu'elle m'emportera pour de bon, qu'elle me décrochera de ma prison d'acier, qu'elle m'emmènera hors du labo de sciences. Les petites fleurs  sages de sa robe d'enseignante glisseront doucement sur l'herbe dans le parc.
   Je suis un écorché et j'attends en silence.
« Modifié: 09 Janvier 2016 à 12:48:25 par Cosette »

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Les myosotis
« Réponse #1 le: 09 Janvier 2016 à 12:44:37 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Sinon, j'aime. Je n'ai pas le temps pour un commentaire détaillé (je voulais surtout te donner ce conseil de changer ton intro), mais ça glisse bien, c'est joli.
Le "Et mon coeur" me semble un peu un point d'achoppement dans le premier paragraphe, au sens où il brise le rythme sans créer un effet suffisant (mon avis spontané).
Je ne suis pas sûr de l'usage direct de "attardé" non plus, sous-entendre que c'est le sous-entendu serait peut-être mieux ; et puis ça colle assez mal à l'écorché.
Il y a aussi des espaces en trop : "s'accroche  désespérément" et à un autre endroit que je ne retrouve plus.
« Modifié: 09 Janvier 2016 à 13:29:44 par barnacle »

Hors ligne Cosette

  • Tabellion
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Re : Les myosotis
« Réponse #2 le: 09 Janvier 2016 à 12:50:08 »
Merci Barnacle pour ton commentaire rapide, j'ai modifié en conséquence. Pour la ponctuation (les espaces ) et le reste, je ferai une correction. Pour "attardé" tu as sans doute raison : "le reclus"?  je vais y réfléchir. Merci encore.
« Modifié: 09 Janvier 2016 à 12:54:05 par Cosette »

Hors ligne Megadonut

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Re : Les myosotis
« Réponse #3 le: 09 Janvier 2016 à 13:24:36 »
Salut !
J'adore le thème de ton texte ! J'ai essayé d'écrire sur le même thème mais je n'ai pas réussi...
Donc, j'aime beaucoup le fond, et c'est réussi dans la forme car il y a peu voire pas de fautes, l'écriture est de qualité et est stylisée... Juste, je te conseillerai (car je lis ton texte sur téléphone, je ne sais pas ce que ça donne sur ordi) d'enlever la justification de ton texte (au niveau du ce tragédie du texte)
Bref, j'aime beaucoup et pour le premier texte que je lis de toi, c'est une réussite !
Bonne continuation à toi !
Méga'
« Modifié: 09 Janvier 2016 à 15:40:21 par Megadonut »
"Souviens-toi d'oublier"
Friedrich Nietzsche

"Dis-moi quels livres contient ta bibliothèque, et je te dirai qui tu es"
De moi ^^

Hors ligne barnacle

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Re : Re : Les myosotis
« Réponse #4 le: 09 Janvier 2016 à 13:30:55 »
Merci Barnacle pour ton commentaire rapide, j'ai modifié en conséquence. Pour la ponctuation (les espaces ) et le reste, je ferai une correction. Pour "attardé" tu as sans doute raison : "le reclus"?  je vais y réfléchir. Merci encore.

De rien.
(j'ai édité mon message aussi)

Hors ligne Megadonut

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Re : Les myosotis
« Réponse #5 le: 09 Janvier 2016 à 15:40:39 »
Ok, j'ai fait de même ! Merci  ;)
"Souviens-toi d'oublier"
Friedrich Nietzsche

"Dis-moi quels livres contient ta bibliothèque, et je te dirai qui tu es"
De moi ^^

Hors ligne Cosette

  • Tabellion
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Re : Les myosotis
« Réponse #6 le: 10 Janvier 2016 à 13:10:47 »
Merci pour ton commentaire Megadonut (cela me fait extrêmement plaisir) et pour avoir pris la peine de rééditer le tien Barnacle. Je regarde pour les corrections.
Une question: Il faut tout reposter à la suite ou bien juste modifier le premier post ? :/

Hors ligne Megadonut

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Re : Les myosotis
« Réponse #7 le: 10 Janvier 2016 à 14:03:25 »
Comme tu veux !
Si tu veux garder trace de tes essais, reposte, si tu veux faire un sujet mieux présenté, édite.
"Souviens-toi d'oublier"
Friedrich Nietzsche

"Dis-moi quels livres contient ta bibliothèque, et je te dirai qui tu es"
De moi ^^

Hors ligne Cosette

  • Tabellion
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Re : Les myosotis
« Réponse #8 le: 10 Janvier 2016 à 15:16:40 »
Merci Megadonut.
J'ai donc repris le texte en fonction de vos conseils. Je n'ai pas retrouvé l'autre espace en trop.  :(

Les myosotis
         Je suis un écorché. Un pantin solitaire. Un être difforme et différent qui s'accroche  désespérément. Mon cœur est à nu. Je suis celui que l'on malmène, celui que l'on toise avec désinvolture, celui que l'on bouscule, celui que l'on dépossède de lui-même. Simplement peut-être parce qu'il rappelle aux autres combien ils sont vils, combien ils sont futiles. Les autres sont pleins de vie, de cris et d'arrogance. Les autres sont plusieurs, ils chahutent ensemble. Moi, je ne suis personne et n'ai personne à moi. Ma vie est en morceaux.
        C'est la rentrée des classes. Ils hurlent et gesticulent, ils sentent les vacances et la résolution. Ils sentent l'espérance et la dissipation. Je sais que désormais l'enfer est à mes trousses. Une année toute entière à subir leurs sarcasmes. Je sais bien qu'ils m'exècrent, je sens qu'ils me tolèrent. Moi, le reclus, le maladroit, qui ne répond jamais.
        Mais cette année pourtant quelque chose a changé, quelqu'un me considère avec aménité. Elle est douce, elle est belle. Elle a vu ma faiblesse. Quand un grand m'a poussé, elle s'est courroucée. Ses petites tresses ont dansé de révolte. Elle m'a regardé, m'a souri, m'a conduit à ma place. Et depuis, j'attends, j'attends chaque jour de la revoir. J'attends l'instant où elle va me sourire. Elle est un peu rêveuse, un rien mélancolique. Elle met souvent des robes à fleurs. Des robes de soleil et de myosotis. Et moi aussi je rêve, je nous vois tous les deux dans un grand parc joyeux. Celui qui est sur  l'affiche.
        Oh, je vois bien moi que les autres l'agacent, avec leurs réponses stupides et leurs jeux dégoûtants ! Parfois elle soupire. Quand elle se retourne, elle me regarde moi, moi qui suis relégué dans le fond de la classe, dos au mur.
        Aujourd'hui, c'était le grand jour. Je l'ai tant attendu ce jour ! D'un pas résolu, elle s'est avancée vers moi, m'a regardé avec insistance. Moi, immobile et muet, j'avais l'air bien stupide. D'une voix douce, posée, elle a murmuré quelques mots, et je me suis senti transporté, j'ai manqué chavirer. Oui, elle a pris mon cœur. Elle l'a tenu un instant dans ses deux mains aimables. Et j'ai bien vu que j'étais tout à elle, à elle tout entier. Elle peut tout me prendre, fouiller au plus profond de moi, me dépouiller de tout mon être, me vider, me désosser, me manipuler, me mélanger, me retourner, me malmener, et puis  m'éparpiller comme pétales au vent. Elle a tout pris, J'en suis demeuré tout remué, pantois mais soulagé de mon inconsistance. J'étais enfin quelqu'un d'autre, quelqu'un que l'on considérait avec curiosité. Et puis, comme dans un rêve, tout s'est remis en place. Le cours était fini, les autres étaient partis et je me suis retrouvé dans ma solitude. Tout s'est éteint autour de moi.
        Mais je sais bien qu'un jour, elle s'avancera à nouveau et qu'elle m'emportera pour de bon, qu'elle me décrochera de ma prison d'acier, qu'elle m'emmènera hors du labo de sciences. Les petites fleurs  sages de sa robe d'enseignante glisseront doucement sur l'herbe dans le parc.
        Je suis un écorché et j'attends en silence.
« Modifié: 10 Janvier 2016 à 15:21:26 par Cosette »

Hors ligne Goémine

  • Aède
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Re : Les myosotis
« Réponse #9 le: 10 Janvier 2016 à 15:43:09 »
un bien joli texte...tout en douceur et en retenue...
un des rares qui "chante" à la lecture, qui sonne, qui cadence, et l'explication est donnée par le commentaire précédent.
En fait c'est un petit poème déguisé ! un coquinou qui se cache dans la cour des maternelles et regarde de loin les autres parader !
Bravo !
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 204
Re : Les myosotis
« Réponse #10 le: 10 Janvier 2016 à 16:57:47 »
Les doubles espaces : "s'accroche  désespérément" "sur  l'affiche."  "puis  m'éparpiller" "fleurs  sages".

J'ai le temps de me poser pour une deuxième lecture, donc des points de détail qui me font réagir (tu corriges après comme tu le sens) :

Citer
Un être difforme et différent
Je suppose l’assonance/allitération volontaire mais je la trouve un poil gênante parce qu'en l'état, c'est "édif" qui est répété (être diff... et diff...).
Le rythme en serait un peu changé, mais je pense que "Un être difforme, différent" (où l’allitération est la liaison, dont un remplacement naturel du "et" supprimé) passerait mieux.

Citer
Mon cœur est à nu.
Je sais que j'avais critiqué le "et" qui ouvrait cette phrase, donc je vais paraître pénible. Mais je la trouve un petit peu solitaire, du coup - du point de vue du sens, elle n'est que faiblement liée aux autres phrases ; elle fait un peu "posée là".
Elle pourrait se raccrocher à "différent" si la phrase précédente était organisé différemment, ou s'intégrer à la phrase suivante avec un "Parce que (mon cœur est à nu, je suis...)".

Citer
Simplement peut-être parce qu'il rappelle
Ça n'est pas une faute, mais je note le "il" au lieu du "je" juste après le "celui que l'on dépossède de lui-même". Approprié.

Citer
Les autres sont pleins (...). Les autres sont plusieurs,
Je ne suis pas fan de "plusieurs". Je note bien la répétition de "les autres sont pl", mais ça me semble un peu maladroit.

Citer
ils sentent les vacances et la résolution. Ils sentent l'espérance et la dissipation.
Pas certains de l'usage de "sentir" ici. "Ils respirent" peut-être ? Même idée, mêmes connotations, mais plus naturel ?

Citer
Je sais que désormais l'enfer est à mes trousses.
L'image n'est pas parfaite si on est trop littéral : "Je sais que désormais un lieu me poursuit." Les deux formules (enfer, aux trousses) ne se conjuguent pas parfaitement.

Citer
Quand elle se retourne, elle me regarde moi, moi qui suis relégué dans le fond de la classe, dos au mur.
Pas de critique là-dessus, juste pour noter que la dissimulation y est magistrale. "elle se retourne", "dans le fond de la classe" : ça colle parfaitement autant à la tromperie qu'à la révélation.

Citer
Aujourd'hui, c'était le grand jour.
L'usage de l'imparfait m'a fait tilté. Je réalise qu'en fait les temps sont assez compliqués dans le texte : il y a le présent de généralité, mais la rentrée est aussi décrite au présent, et les jours qui suivent aussi. Mais cette journée-là est racontée au passé.
(et je ne suis pas sûr de la répétition de "ce jour" dans le "Je l'ai tant attendu ce jour !" qui suit ; ça me semble superflu, un peu lourd)

Citer
Elle a tout pris, J'en suis demeuré
Là c'est juste une faute de frappe. (virgule puis majuscule)

(une autre suggestion : signale dans le premier message du sujet qu'il y a une nouvelle version un peu plus bas, si tu préfères que les nouveaux lecteurs lisent directement la version la plus récente - en voici le lien direct http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,19499.msg315453.html#msg315453 )

Comme j'ai dit, ce sont des points de détail (à part peut-être la question des temps). J'ai tendance à chipoter.
Les autres ont bien dit combien c'était un joli texte, avec l'atout d'être charmant dans son sens premier comme dans son sens dissimulé. Beau travail.
« Modifié: 10 Janvier 2016 à 17:06:03 par barnacle »

MillaNox

  • Invité
Re : Re : Les myosotis
« Réponse #11 le: 10 Janvier 2016 à 18:12:24 »
Salut :)

au fil de la lecture...
Citer
   Elle a tout pris, J'en suis demeuré tout remué, pantois mais soulagé de mon inconsistance.
pb de ponctuation, tu as une majuscule après une virgule là
par ailleurs, "j'en suis demeuré" sonne mal je trouve, c'est pas super joli

hop là tout lu !
hmmmm j'avais l'hypothèse de la chute en tête sans savoir si ce serait ça ou pas.
Du coup c'est un texte très triste je trouve :( Ton personnage se sent rejeté par tout le monde et cherche une porte de sortie vers un monde adulte, qui n'est pas un vrai possible, du moins il lui faudra attendre de grandir.

Sur la forme, j'ai trouvé que c'était plutôt fluide, ça se lit bien :)

au plaisir !

Milla


Hors ligne JigoKu Kokoro

  • Prophète
  • Messages: 688
  • Quiche fourréé tapant n'importe quoi
Re : Les myosotis
« Réponse #12 le: 10 Janvier 2016 à 23:43:59 »
Je vais commencer par deux choses :

La première c'est que la réorganisation de l'intro est bien meilleure que la version d'origine. ^^

la deuxième c'est que ce passage :
Citer
Elle peut tout me prendre, fouiller au plus profond de moi, me dépouiller de tout mon être, me vider, me désosser, me manipuler, me mélanger, me retourner, me malmener, et puis  m'éparpiller comme pétales au vent.
J'aime l'idée mais c'est un poil long à la lecture à mon goût. :)

Sinon, j'ai beaucoup aimé ton texte. La première raison c'est que se sujet me touche particulièrement. La situation que tu décris (la mise à l'écart en milieu scolaire, la mise de coté pour différence et pas pour des critères physiques) est une situation que je connais très bien. Le milieu scolaire est un petit monde régit souvent par la cruauté des enfants dont la mémoire est bien éphémère (sauf pour les victimes). C'est aussi un sujet que j'ai traité dans mon premier (et unique  ^^) roman et ton texte m'a beaucoup rappelé ce que j'ai écris.  Une sorte de resonance fortement agréable en découvrant tes écris dont j'aime beaucoup le style et la façon d'amener cette petit histoire.

J'ai eu un soucis vers la fin car j'ai cru un moment que le personnage n'était pas un être humain. Mais la "blondittude" étant ce qu'elle est, j'ai du relire et là j'ai mieux compris. Je viens de le poster ailleurs, parfois faut m'expliquer deux fois  :D

Je n'ai pas envie de "t'écorcher" mais plutôt de t'encourager car j'ai beaucoup aimé ce que m'a proposé ici  :)
Ningen soto, bakemono naka....
"L'amour et la haine sont les deux faces d'une même pièce qu'il est bien trop aisé de retourner..." - JK

Hors ligne Cosette

  • Tabellion
  • Messages: 59
Re : Les myosotis
« Réponse #13 le: 11 Janvier 2016 à 00:08:29 »
Champdefaye :
Le rythme est volontaire (mais je n'ai pas compté). Il m'a guidée tout au long de ce texte que je souhaitais, par ailleurs, un peu naïf et sans artifices (phrases courtes) comme un monologue intérieur, celui d'un « pantin » sans l'expérience du vivant. Merci pour ton compliment qui m'a beaucoup touchée.
Goémine :
Oui, c'est un poème, une musique, un genre de litanie murmurée dans le noir (celui du labo de sciences). Je prends le terme « coquinou » dans sa double acception. Merci pour ton chouette commentaire.
Barnacle :
Je prends note de tes corrections et t'en suis vraiment reconnaissante car tu as passé du temps pour tout relever, merci encore. Je n'ai rien trouvé pour l'instant pour remplacer « plusieurs ». Tes éloges me touchent beaucoup.
MillaNox :
Merci pour tes conseils et tes compliments.
Mon personnage ne grandira jamais. Je crois, du coup, que j'ai loupé le coche. Mes syllepses sont sans doute mal trouvées. Il faut que j'améliore ma prose, c'est sûr.
A bientôt.
Jigoku Kokoro :
Merci pour ton gentil commentaire. Le monde des vivants est bien cruel en effet. Ta première lecture était cependant la bonne, même si le thème que tu as évoqué reste un axe de lecture valide. Non non, tu n'as pas attrapé la « blondituderie » !
Au plaisir de te lire.

Je reposte ce texte ci-dessous avec quelques corrections (dues à vos excellents conseils).

Hors ligne Cosette

  • Tabellion
  • Messages: 59
Re : Les myosotis
« Réponse #14 le: 11 Janvier 2016 à 00:09:41 »
Les myosotis

      Je suis un écorché. Un pantin solitaire. Un être difforme, différent qui s'accroche  désespérément. Parce que mon cœur est à nu, je suis celui que l'on malmène, celui que l'on toise avec désinvolture, celui que l'on bouscule, celui que l'on dépossède de lui-même. Simplement peut-être parce qu'il rappelle aux autres combien ils sont vils, combien ils sont futiles. Les autres sont pleins de vie, de cris et d'arrogance. Les autres sont plusieurs, ils chahutent ensemble. Moi, je ne suis personne et n'ai personne à moi. Ma vie est en morceaux.
      C'est la rentrée des classes. Ils hurlent et gesticulent, ils sentent les vacances et la résolution. Ils sentent l'espérance et la dissipation. Je sais que désormais l'enfer est à mes trousses. Une année toute entière à subir leurs sarcasmes. Je sais bien qu'ils m'exècrent, je sens qu'ils me tolèrent. Moi, le reclus, le maladroit, qui ne répond jamais.
      Mais cette année pourtant quelque chose a changé, quelqu'un me considère avec aménité. Elle est douce, elle est belle. Elle a vu ma faiblesse. Quand un grand m'a poussé, elle s'est courroucée. Ses petites tresses ont dansé de révolte. Elle m'a regardé, m'a souri, m'a conduit à ma place. Et depuis, j'attends, j'attends chaque jour de la revoir. J'attends l'instant où elle va me sourire. Elle est un peu rêveuse, un rien mélancolique. Elle met souvent des robes à fleurs. Des robes de soleil et de myosotis. Et moi aussi je rêve, je nous vois tous les deux dans un grand parc joyeux. Celui qui est sur l'affiche.
      Oh, je vois bien moi que les autres l'agacent, avec leurs réponses stupides et leurs jeux dégoûtants ! Parfois elle soupire. Quand elle se retourne, elle me regarde moi, moi qui suis relégué dans le fond de la classe, dos au mur.
      Aujourd'hui, c'était le grand jour. Je l'ai tant attendu ! D'un pas résolu, elle s'est avancée vers moi, m'a regardé avec insistance. Moi, immobile et muet, j'avais l'air bien stupide. D'une voix douce, posée, elle a murmuré quelques mots, et je me suis senti transporté, j'ai manqué chavirer. Oui, elle a pris mon cœur. Elle l'a tenu un instant dans ses deux mains aimables. Et j'ai bien vu que j'étais tout à elle, à elle tout entier. Elle peut tout me prendre, fouiller au plus profond de moi, me dépouiller de tout mon être, me vider, me désosser, me manipuler, me mélanger, me retourner, me malmener, et puis m'éparpiller comme pétales au vent. Elle a tout pris, j'en ai été tout remué, j'en suis resté pantois mais soulagé de mon inconsistance. J'étais enfin quelqu'un d'autre, quelqu'un que l'on considérait avec curiosité. Et puis, comme dans un rêve, tout s'est remis en place. Le cours était fini, les autres étaient partis et je me suis retrouvé dans ma solitude. Tout s'est éteint autour de moi.
      Mais je sais bien qu'un jour, elle s'avancera à nouveau et qu'elle m'emportera pour de bon, qu'elle me décrochera de ma prison d'acier, qu'elle m'emmènera hors du labo de sciences. Les petites fleurs sages de sa robe d'enseignante glisseront doucement sur l'herbe dans le parc.
      Je suis un écorché et j'attends en silence.

 


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