XXXVII - Le Fantôme assis sur le fauteuil de cire
Des nervures de la feuille d'arbre, il ne reste plus que des spirales sans avenir. Du parfum de l'eau, on n'entend plus qu'un rythme étouffé, un peu comme les battements d'un coeur désemparé. Sur le lit de pierre où tant d'êtres se sont aimés, deux mésanges sifflent des souvenirs douloureux. Le jour s'est levé, avec peine, sur le monde transparent.
Le poète s'est emparé de l'histoire universelle. Il a laissé fondre ses idéaux au soleil, comme la cire d'une bougie se décompose, goutte après goutte, pour renaître lorsque la lumière s'éteint. Les ténèbres incendient l'espace absent. Une atmosphère de cathédrale, un silence de forêt, un artiste obsédé par la dangereuse mécanique d'un Verbe qui ne lui appartient plus...
Il dérive sur un océan de feu, vaincu, injurié...
XXXI - Hollywood
La libellule prit son envol, à la manière d'une étoile filant vers un point imaginaire. L'appel des hauteurs s'était fait entendre, de plus en plus fort, depuis les douze ou treize dernières minutes de ce temps éclaté, balbutiant, que la nature avait daigné accorder à la pauvre créature. Elle quitta donc le marécage pestilentiel où elle avait vu le jour et se mit à escalader les parois de l'air affolé du matin.
L'ivresse des sommets s'empressa de la consumer. Puis, dans un élan douloureux et fugace, la belle cessa de remuer ses ailes de fée pour venir embrasser l'impitoyable peau de la terre.
XXVI - Grondement
La brûlure précède le drame. Demain, l'averse ouvrira sa parole à la nuit pour qu'elle dissèque ses mots sales. Qu'a-t-elle murmuré au crépuscule, devant le ciel en feu, pour que les ombres se mettent à geindre comme des oiseaux dénichés ?
XIV - La Pleureuse
Agenouillée devant la stèle, la Pleureuse a oublié la raison pour laquelle elle s'est rendue dans la nécropole endormie. Le murmure de la verticalité s'est dissipé depuis fort longtemps déjà.
... une présence, un regard, des mots prononcés à voix basse, des échos réfractés par la pierre, la lune qui sème son chaos le long de la destinée accomplie... et tous ces corps couchés, honorés, oubliés...
La vie n'est plus ce qu'elle est, à l'heure où la Pleureuse contemple l'état de son chagrin dans le miroir éblouissant de la nuit.
... en quête d'un instant de silence, devançant les sépulcres venimeux, pour briser le joug de la durée, alléger le poids d'un hier perdu...
Mélange glacé de la mémoire et de l'absolution. Dans un monde où tout est beaucoup trop grand.