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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Entreprendre

Auteur Sujet: Entreprendre  (Lu 2032 fois)

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Entreprendre
« le: 29 Novembre 2015 à 19:22:45 »
   Salut lecteur !

   Totalement retravaillé alors que je n'ai pas la tête à être joyeuse et avec plusieurs mois de recul. Mon impression reste la même mais mes mots sont plus mitigés et mes idées sûrement mieux exprimées. D'ailleurs, je crois que mon amour pour les machines ressort un peu plus.
   Pour comprendre le titre, il faut vraiment comprendre le texte à mon avis. Lors de l'écriture, plusieurs fois, le mot "entreprendre" m'est venu, que ce soit "entreprendre pour soi, pour les autres, entreprendre seul ou ensemble".

   Les années passent (nous sommes en 2025) et je ne reviendrai plus sur ce texte. Cette réflexion, pour garder toute sa force, doit rester telle qu'elle est. Je l'ai écrite il y a bientôt dix ans ; j'ai vieilli, mes expériences se sont accumulées, et je ne me retrouve plus dans ce texte.

   Une bonne lecture à toi !


Dernière réécriture : 2016.09.08



ENTREPRENDRE

   Il fait encore nuit, tandis que je m’avance vers le bâtiment gris où s’activent déjà divers groupes de travailleurs. C’est un endroit morne, peu attrayant et pourtant, tous s’y engouffrent comme si leur vie en dépendait, avec malgré tout une certaine lourdeur dans le pas. Et moi, je les observe sans qu’ils me voient, une petite nouvelle parmi tant d’autres, une tête parmi eux l’espace de quelques semaines, bien vite oubliée. Cela me convient. Je n’aime pas les gens.
   Alors je me dirige vers le vestiaire, m’enfuie presque. J’entends déjà les rires moqueurs sur moi. Ceux de mon passé qui m’assaillent jour après jour, comme une vérité que je n’aurais pas encore acceptée. Il faut que je me ressaisisse. Je suis capable d’être polie, aimable et souriante. Je dois en être capable. Devenir plus aimable par le contact des gens. Il me faut continuer sur cette voie. J’arriverai à quelque chose.
   Je m’habille de cette horrible tenue criarde qui offre même mon nom à ces inconnus que je dois servir. Puis, je me dirige vers cet espace où sont réunies les différentes caisses du magasin. Et plus précisément vers cette machine, trop vieille pour se soucier d’autre chose que sa santé. Pourquoi se soucierait-elle de ce qui l’entoure ? Après tout, les hommes ne se soucient pas d’elle se contentant de lui ordonner la même tâche plusieurs fois par jour. Que se passerait-il si elle décidait un jour de s’arrêter de faire cette même tâche continuellement sans se plaindre ? Ils la remplaceraient sûrement.
   Je m’approche d’elle tout doucement, un sourire timide aux lèvres. J’ai parfois envie de lui parler, mais la caméra nous surveille, obligeant chacun à rester à sa place. Bien sûr, les initiatives ne sont pas interdites, mais qui irait cautionner une caissière qui s’adresse à une pointeuse ? Personne, sûrement. Alors, je soupire et me contente de lui présenter ma carte. Cette carte qui me définit : tu n’es plus ou plus vraiment toi, tu n’es qu’une suite de données, une parmi tant d’autres, un rouage dans cet extraordinaire mécanisme. Ils y ont mis mon nom, mais je n’ignore pas que c’est uniquement pour que je me reconnaisse, que je ne me sente pas exclue de ce système.
   La machine analyse et reconnait. Sur son écran usé est écrit un nom -le mien-, une date et une heure. Maintenant, ils savent que je suis arrivée en avance encore ce matin. Qu’est-ce que j’y peux si je suis pointilleuse sur le fait d’arriver en avance ? Attendre me permet de réfléchir, de prendre du temps pour mon esprit, sans bouger, parfois pendant des heures. Mais aujourd’hui, je n’ai que quinze minutes avant d’être envahie par l’humanité et ses stupidités. Elle arrive d’abord sous la forme d’une vieille bique, grincheuse, toujours à se plaindre qu’elle court partout alors qu’en fait, si on l’observe bien, elle court surtout pour éviter le travail et parler avec les copains. Elle me dit bonjour et je lui réponds. Mais c’est tout. Elle ne m’aime pas. Je ne suis qu’une jeunette à qui elle doit apprendre les ficelles du métier, une petite empotée qui a constamment besoin d’aide.
   Est-ce de ma faute si les caisses sont vieilles, elles aussi et qu’elles ne marchent pas systématiquement ? Je parle beaucoup aux machines et certaines me répondent. Le moindre couinement est à écouter, mais les gens se contentent de s’en plaindre cinq minutes et d’oublier. C’est tellement plus simple. Pourquoi ne font-ils rien pour en changer ? Alors, moi j’en parle, je m’interroge et je renvoie ces questions aux autres. Mais la vieille bique se contente de me dire de me taire et de continuer. Quel intérêt ? Je ne suis pas conte l’idée de travailler en silence, mais il s’agit là d’améliorer mon outil de travail, ce qui aura comme répercussions possibles d’améliorer la qualité de travail des caissiers au quotidien et donc, pourquoi pas, d’améliorer les autres aspects de leur fonction et notamment la relation qu’ils entretiennent avec le client.
   Car c’est une chose que l’on m’a reproché plus d’une fois : je ne suis pas assez souriante avec le client. Mon chef me l’a dit, mais observe-t-il seulement mes collègues qui se trouvent être aussi les siens ? Aucun ne sourit vraiment, la plupart d’entre eux se contentant d’une mimique rapide vers le client déjà pressé de sortir d’ici. Moi-même en tant que cliente, je ne leur trouvais pas un sourire des plus grands, ni des plus honnêtes. Et pourtant, je venais chez eux régulièrement avant qu’ils m’acceptent en tant qu’employée. Mais mon sourire ne plait pas. Mais qui aurait envie de sourire en sachant que la machine avec laquelle il doit passer la journée, sa collègue de fortune, a une chance sur deux de l’abandonner ? Et des vieilles machines, il n’y a pas que nous qui nous en plaignons.
   Les clients aussi trouvent à y redire. L’un d’eux m’a dit une fois : « Je viens à chaque fois chez vous avec de la monnaie. Votre machine, elle ne veut pas de ma carte bancaire. ». Que voulez-vous répondre à cela ? On m’a dit que j’étais le dernier contact du client, qu’il fallait que la fin de son passage soit agréable. Mais comment voulez-vous qu’il le soit quand chaque client arrive avec une remarque ou un regard mauvais. Alors, je leur propose de faire remonter l’information à mes supérieurs : « Faites, faites ! » qu’ils me répondent souvent, avec cet espoir qui me donne l’impression que je suis la seule à m’intéresser à cela alors qu’il s’agit de l’un de nos objectifs. Et je le fais.
   Et quand l’information passe, elle étonne. Mais elle me semble vite oubliée. Contrairement à l’horaire de la pause déjeuner. Celle-là, personne ne l’oublie. Parce que c’est important de partir à l’heure et de revenir à l’heure. Une grand-mère qui trimballe son caddie et voit toutes les files qui s’agrandissent sur deux caisses et une troisième libre, mais sur le point de partir ? Pas grave ! Peut-être que j’exagère un peu, mais c’est l’impression que tout cela me donne. Mais tant pis, c’est ma pause déjeuner. Je dois aller au vestiaire, me changer et manger quelque chose. Mais manger ne m’intéresse pas. Je n’aime pas vraiment le déjeuner. Ni le petit-déjeuner. Même le dîner, qui reste mon privilégié, me semble parfois de trop. Je me substance, mais je ne profite pas.
   Alors, je traîne dans les divers rayons, un sandwich à la main, et observe et écoute. Il y a ce rayon, par exemple : les clients devraient y trouver un vendeur avant de se diriger vers la caisse. Mais aucun vendeur n’y est. Bien sûr, la pause déjeuner fait tout, mais le problème, c’est que même en pleine journée il n’y a personne pour accueillir. Alors le client prend et part. Et nous, en caisse, nous devons appeler l’employé du service correspondant qui se trouve être dans un autre rayon à discuter avec les collègues, au bruit de fond. « Dis au client qu’il y aura quelqu’un. ». Je lui dis et le client repart, mécontent.
   Et les minutes passent, puis les heures. Avant que j’aie le temps d’y penser, la pause de l’après-midi arrive, puis le soir. C’est amusant le soir : il faut que je compte ma caisse. Mais pour compter ma caisse, il faut d’abord que je la ferme. Ah non, attends ! Ça c’est pour l’ouvrir, le matin. Donc, pour l’ouvrir, je dois l’ouvrir, puis la fermer pour la compter et puis finalement la rouvrir. Pour avoir un parent programmeur, je dois avouer que ce genre de tâche me semble inutilement fastidieuse. Chronophage dirait mon parent. Et il aurait raison. Mais ce sont ces machines qui sont vieilles et peut-être même obsolètes.
   L’autre jour, ma machine ne fonctionnait pas. Il faut savoir que pour en allumer une, c’est dix minutes. Sauf que j’apprends qu’elle ne marche pas au moment où le client va pour payer. Donc, on doit passer sur l’autre caisse, et il attend dix minutes supplémentaires. Mais le problème avec ces problèmes, c’est sûrement de se rendre compte que l’information stagne. Les gens, ceux qui travaillent, ne semblent pas se rendre compte de la valeur d’une information bien diffusée.
   Ceci est un exemple : « Ces machines sont obsolètes et nous font perdre à la fois du temps, la bonne humeur des clients, mais aussi celle des employés. ». Bien sûr, les moyens ne sont pas toujours mis en œuvre pour renouveler le matériel, mais si on faisait remonter cette information non pas une fois, ni deux fois, mais dix fois, peut-être serait-elle prise en considération. On ne peut être sûr de rien, mais ce n’est pas en parlant de la gastro de son fils qu’on le saura. Car c’est là le seul centre de conversation des salariés : leur vie en dehors du travail. Ce n’est pas un mal, loin de là, cela permet de décompresser pendant le travail, mais quand je sais -de par ma très courte expérience- qu’une information mise à la portée de la bonne oreille peut faire évoluer une situation et qu’à chaque fois, cette information s’enfuie au profit d’une autre bien moins intéressante -question de point de vue, mais c’est le mien-, je trouve cela décevant.
   Mais, je ne peux malheureusement pas lutter pour ce meilleur fonctionnement. Je ne suis qu’un rouage temporaire, aussitôt rencontré, aussitôt oublié. Alors, je garde pour moi ces observations, car elles ne trouveraient pas d’oreille attentive. Je ne suis qu’une jeunette qui débute. Peut-être qu’un ancien aurait plus d’effets que moi. Comme pour les médecins : on se tourne toujours vers celui qui a le plus de rides -ceci n’est pas forcément une vérité vraie, mais je l’ai entendue quelque part et je la trouve jolie. Lorsque j’en discute avec celui qui m’a appris à observer, à écouter et à analyser ainsi, il me dit sur le ton de la rigolade « Tu devrais me les amener, je te ferais du ménage là-dedans ! », mais je me dis qu’il n’a pas tort. Il devrait se proposer. Peut-être que lui apprendrait pourquoi c’est à moi, la caissière, de vérifier pour chaque article le prix étiqueté, parce que l’étiquetage n’est pas bon. Et lorsque je lui dis que j’en vois une dizaine par jour, il me répond « Et tu en rates certainement une cinquantaine. ». Mais s’il a raison, le problème n’est plus simplement interne, mais devient financier et donc général, quand il ne s’agit pas d’une petite boîte indépendante. Les grandes chaînes ont des comptes à rendre. Et si dès le bas de l’échelle, on croise ce genre de problème, comment peuvent-ils le gérer là-haut ?
   J’en suis peut-être sortie, mais toutes ces questions continuent de me tourmenter parfois. Peut-être me suis-je trouvé une vocation avec cette expérience, et peut-être que cela me permettra d’entreprendre à un métier plus proche de qui je suis. J’ai beaucoup aimé travailler en caisse, ce fut une expérience enrichissante, ne serait-ce que pour mon épanouissement personnel et il m’aide aussi bien à cerner qui je suis que qui je voudrais être. Mais je suis encore trop jeune et trop curieuse pour me fixer l’objectif d’une carrière fixe. Alors, j’expérimente. Et j’apprends.
   J’ai tiré une ride de cet enseignement là-bas. Et c’est la meilleure conclusion que je puisse en faire.
« Modifié: 17 Mai 2025 à 10:20:32 par Luna Psylle »
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Re : Marre des cons !
« Réponse #1 le: 29 Novembre 2015 à 19:59:38 »
Est-ce que c'est ok si je suis en désaccord avec la, hum, narratrice ? Si je me dis que des employés ont le droit de se préoccuper d'autre chose que de leur boulot ? Que ça n'en fait pas des cons ? Que de vouloir mieux huiler la machine où elle se sent prise n'est au fond qu'une autre façon d'essayer de faire de son mieux avec ce qui nous est donné ?
Tu laisses chacun interpréter et ça m'ennuie un peu parce que j'aimerais savoir à quel point je m'adresse directement à toi... Parce qu'une des choses que j’y lis, c'est que la narratrice met un peu trop améliorer la productivité (version positive : réduire l'absurdité)  sur le même plan que "soigner la société". Ça me taquine un peu.
Je comprends l'énervement de la -hum- narratrice, hein, tout à fait. Et ça finit sur de très belles intentions. Mais une partie de la colère me semble juste... omnidirectionnelle.

Sinon, au niveau du style. C'est difficile d'aller dans le détail. Mais :

Citer
Mais c’est trop tard. Pour moi, le mal est fait.
Pour moi, surtout dans l'ouverture du texte, l'idée est d'être brutale, tranchante. Et sur cette portion de phrase (un peu prise au hasard), je peux faire deux remarques.
Le "pour moi" est un peu de trop. Il apporte une information, mais à la marge, et puis il force une virgule ce qui adoucit.
Ensuite, une bonne façon d'être tranchant est de faire une incise (littéralement : inciser, couper) : "Mais c'est trop tard – le mal est fait."

Et il faut que je note ce bout que je trouve assez mal dit :
Citer
Mais là où moi je suis, cela n’existe pas. Quelqu’un comme ça me parait inconcevable ici. Car, rien n’est ordonné.

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Re : Marre des cons !
« Réponse #2 le: 29 Novembre 2015 à 20:27:39 »
Est-ce que c'est ok si je suis en désaccord avec la, hum, narratrice ?

Totalement autorisé d'être en désaccord :) ! C'est aussi comme cela que naissent certains dialogues (enfin je crois).

Je dois avouer avoir écrit ce texte un peu sous le coup d'une colère dirigée. D'où certaines choses qui peuvent paraître tranchées et agressives.

En fait, si je reprends chaque détail de ton commentaire je peux dire :
-je suis totalement d'accord que les gens préfèrent se préoccuper d'autre chose que du boulot ;
-améliorer la productivité revient à soigner une société (ici, vraiment à prendre comme une entreprise -j'ai hésité à le préciser, car j'ai moi-même pensé à la Société sur le moment-), enfin, ça c'est mon point de vue personnel de la chose ;
-euh, là, comme ça, je vois que ça. Mon esprit me dit qu'il y a autre chose, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.
Ah si ! Je peux comprendre l'individualisme, mais quand je suis dans une structure, je m'intéresse à son fonctionnement, ses forces, ses faiblesses et ses failles. Je me pose des questions qui pourraient aider si elles arrivent dans les bonnes oreilles. Et je me dis que si chacun le fait, cela pourrait améliorer pas mal de choses -notamment la condition de mon propre travail, ce qui revient à m'alléger un peu-.
Sinon, pour la forme, je vais me pencher dessus (je dois dire que je sèche complètement avec mes Phoenix >< ).
« Modifié: 29 Novembre 2015 à 21:28:17 par Luna Psylle »
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Re : Marre des cons !
« Réponse #3 le: 29 Novembre 2015 à 21:32:38 »
Il me semblait vraiment que tu parlais de la société en général, dans son sens par défaut. Donc si ça n'est vraiment pas le cas - d'un point de vue purement technique - c'est probablement une grosse ambiguïté que tu veux lever dans le texte.
Et améliorer la productivité aide une entreprise capitaliste à accomplir ses buts, yup. Mais bon, aider l'ensemble (la machine) et aider les parties (les rouages) ce sont deux choses différentes.
Après, oui, tu peux tirer une plus grande satisfaction de ton travail et réduire les agacements en cherchant à y réduire les absurdités. C'est une façon de faire avec.
« Modifié: 29 Novembre 2015 à 21:37:51 par barnacle »

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Re : Marre des cons !
« Réponse #4 le: 01 Décembre 2015 à 21:39:25 »
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« Modifié: 30 Janvier 2024 à 19:43:18 par Luna Psylle »
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Re : Re : Marre des cons !
« Réponse #5 le: 02 Décembre 2015 à 11:46:07 »
Quoi qu'il arrive, je pense garder la première partie, car cette relation entre l'homme -qui devient machine- et la machine -qui rappelle qu'il est homme- me marque vraiment, donc si vous avez des remarques pour l'améliorer afin d'être mieux comprise (sans profondément la modifier), je suis preneuse (si besoin est).
Pour moi, c'est la meilleure partie du texte. Je n'ai pas de conseils spécifiques dessus, mais une de ses forces est qu'à ce stade de la lecture, on en ignore le contexte. On pourrait presque être dans de la SF, on ignore encore le genre exact du texte.
Enfin, le titre est un indice. Mais tu as beaucoup coupé et adouci, donc tu as probablement raison de penser qu'il ne convient plus - à la limite, considère cette nouvelle version comme un nouveau texte à part entière. Garde le titre pour la première version, et donne-en un autre à la plus récente. C'est ce que je ferais.

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Re : Entreprendre
« Réponse #6 le: 23 Avril 2016 à 23:20:37 »
Je remonte le sujet.

J'ai retravaillé le texte à la suite d'un énorme coup de blues (et avant une journée qui sera éprouvante). Je voulais écrire pour oublier, mais je ne voulais pas écrire sur quelque chose qui m'est cher. Donc, j'ai été chercher l'oubli dans les souvenirs en me concentrant sur d'autres que ceux qui m'assaillent.

Sur ce, bonne lecture (sur le premier post).
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Hors ligne Fried

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Re : Entreprendre
« Réponse #7 le: 24 Avril 2016 à 08:39:22 »
Bonjour Luna,
C'est un récit et un point de vu intéressant sur le travail de caissière. L'interaction avec la machine, les collègues, la clientèle, la hiérarchie. L'information qui circule ou pas, la société qui investie ou pas... l'experience de tout job est enrichissante. On sent que tu n'es pas dans le moule, et a un autre regard sur le travail. Le passage que j'ai aimé, c'est: je parle beaucoup aux machines et elles me répondent.

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Re : Entreprendre
« Réponse #8 le: 25 Avril 2016 à 19:51:12 »
Bonjour Fried et merci pour ton passage :),

C'est un récit et un point de vu intéressant sur le travail de caissière. L'interaction avec la machine, les collègues, la clientèle, la hiérarchie. L'information qui circule ou pas, la société qui investie ou pas... l'experience de tout job est enrichissante. On sent que tu n'es pas dans le moule, et a un autre regard sur le travail.
Mon père a été DSI pendant longtemps et donc s'est essentiellement intéressé à l'information qui circule, à la communication entre humains/humains, humains/machines et autres. C'est lui qui m'a appris à faire ce que j'explique dans mon texte.
Et il est vrai que je ne suis pas dans le moule, en fait, je n'ai jamais aimé ça, les moules. C'est pour cela que j'ai insisté auprès de mes parents pour commencer par de la caisse. Caisse et autres métiers qui pourront m'aider à mieux comprendre une boîte de l'intérieur et de tous les niveaux avant de me fixer.

Le passage que j'ai aimé, c'est: je parle beaucoup aux machines et elles me répondent.
C'est un contact que j'ai toujours aimé. Lorsque je parle à une machine, j'ai plus réellement l'impression d'être écoutée qu'avec un humain. Et lorsqu'elle me parle, cela me semble si limpide et si naturel. Et je suis contente qu'il soit compris et qu'il plaise.
Cela me tenait à cœur de mettre en évidence cette relation quotidienne pour ainsi dire oubliée par beaucoup. Lorsqu'on râle parce que la machine ne marche pas, on lui parle. Et j'ai cette impression qu'elles nous comprennent.
Une relation semblable à celle que certains entretiennent avec leurs plantes. On peut la penser à sens unique, mais si on voit au-delà, on peut sentir cette connexion. Mais je vais m'arrêter là avant de tomber dans une image poétique et niaise ^^.

En tout cas, merci de ton passage et de ta lecture :)
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Hors ligne Rain

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Re : Entreprendre
« Réponse #9 le: 02 Mai 2016 à 14:03:53 »
Lu la deuxième version ! Je sais pas si je vais avoir le temps de commenter en entier, alors je vais commencer par mon avis général (pour une fois).

J'ai eu du mal à rentrer dans le texte, en grande partie parce que j'ai eu l'impression d'être loiiiiiin très très loin de la scène, comme si tu nous décrivais un tableau ou que tu nous lisais un compte rendu. C'est dû à plusieurs choses :
- Quelques lourdeurs et globalement pas mal de répétitions, aussi (que j'ai pas toutes relevées, j'avoue) ;
- L'impression que tu survoles certains détails qui mériteraient peut-être un peu plus de profondeur (souvent ça tient à pas grand chose ce genre de ressenti), genre peut-être la relation avec les collègues ;
- Et l'impression que la narratrice elle-même flotte en dehors de tout ça, comme complètement apathique. C'est peut-être le but recherché, hein, et ce n'est pas forcément quelque chose à corriger, mais si ce n'est pas voulu je pense qu'il y a quelques passages où tu dois pouvoir jouer sur des résidus de colère qui s'attise avant de retomber ou des morceaux d'empathie dans la relation avec les machines (que tu esquisses déjà, mais qui manquent peut-être un poil de profondeur), histoire de donner un peu de relief au personnage.

En dehors de ça, c'est un texte que je trouve intéressant, dans la mesure où on le sent authentique et où il dit des choses sur un boulot pas très glamour sur lequel on ne se pose pas trop de questions, mais qui est pourtant omniprésent (et puis, plus généralement en fait, sur l'état de nos relations et attitudes au travail). Du coup, je pense qu'il mérite encore un peu de re-travail pour le polir et le rendre tout beau !

Bon, je passe au détail.
(Petite note : je mets souvent des propositions de correction quand je fais des remarques. Je sais que certains n'aiment pas trop ça, donc tu en fais ce que tu veux. Tu n'es bien sûr pas obligée de les suivre, c'est juste des indications sur ce que j'ai en tête, pour te donner un exemple plus concret de ce qui m'embête dans une phrase (c'est de toute façon rarement une solution idéale pour corriger un problème, mais ça m'aide à être plus clair dans mon propos :D). Bien entendu c'est toujours très subjectif et tu as le droit de ne pas être d'accord.)   

C'est parti !

Il fait encore nuit, tandis que je m’avance vers le bâtiment gris où s’activent déjà divers groupes de travailleurs.
Il n'y a pas besoin de virgule avant "tandis que", ça hache le rythme de la phrase et donc de la lecture.

C’est un endroit morne, peu attrayant et pourtant, tous s’y engouffrent comme si leur vie en dépendait, avec malgré tout une certaine lourdeur dans le pas.
Pour le coup, la dernière partie de la phrase est effectivement un peu lourde. Je pense que tu peux la simplifier un peu. Un truc dans le genre "le pas lourd et le regard éteint" peut-être ? Mais je pense que c'est la phrase dans sa globalité qui mériterait d'être reformulée.

Et moi, je les observe sans qu’ils me voient, une petite nouvelle parmi tant d’autres, une tête parmi eux l’espace de quelques semaines, bien vite oubliée.
Répétition de "parmi". De manière générale, je pense que la répétition de l'idée "une tête parmi eux l’espace de quelques semaines" n'est pas forcément nécessaire. Si tu veux garder l'idée des quelques semaines, je pense que la phrase gagnerait en légèreté si tu la reformulais autrement.

   Alors je me dirige vers le vestiaire, m’enfuie presque.
M'enfuis.
Sinon, pourquoi "Alors" ? Je pense pas qu'il soit nécessaire.


J’entends déjà les rires moqueurs sur moi. Ceux de mon passé qui m’assaillent jour après jour, comme une vérité que je n’aurais pas encore acceptée.
Du coup, de quelle vérité tu parles ? Je ne crois pas que ce soit quelque chose que tu évoques à nouveau par la suite, du coup c'est assez nébuleux. On s'attend à avoir des révélations sur la narratrice par la suite, et il me semble que ce n'est pas le cas (ou alors j'ai raté un truc).

Il faut que je me ressaisisse. Je suis capable d’être polie, aimable et souriante. Je dois en être capable. Devenir plus aimable par le contact des gens.
Au contact des gens, plutôt, non ?

Puis, je me dirige vers cet espace où sont réunies les différentes caisses du magasin.
Pas de virgule après "puis".
Je pense que tu peux simplifier avec "je me dirige vers les différentes caisses du magasin. Et plus précisément..."

Et plus précisément vers cette machine, trop vieille pour se soucier d’autre chose que sa santé.
La machine se soucie de sa propre santé ? A ce stade, j'acceptais sans bronché d'être dans de la SF avec des machines sentientes, mais finalement ce n'est pas le cas plus loin dans le texte. Du coup, je trouve que cette phrase n'est pas très claire.

Pourquoi se soucierait-elle de ce qui l’entoure ? Après tout, les hommes ne se soucient pas d’elle se contentant de lui ordonner la même tâche plusieurs fois par jour.
Là par contre il faut une virgule avant "se contentant".

Que se passerait-il si elle décidait un jour de s’arrêter de faire cette même tâche continuellement sans se plaindre ? Ils la remplaceraient sûrement.
Répétition de jour dans la phrase juste avant. Et de "même tâche" aussi. Je pense que tu peux alléger/simplifier cette phrase. (Par exemple : "Que se passerait-il si tout d'un coup, elle décidait de cesser le travail ?")

   Cette carte qui me définit : tu n’es plus ou plus vraiment toi, tu n’es qu’une suite de données, une parmi tant d’autres, un rouage dans cet extraordinaire mécanisme.
"Cette carte qui me définit : tu n'es plus vraiment toi..." Je trouve le changement de pronom peut-être un peu bizarre. Il peut se justifier pour plein de raisons, mais j'ai du mal avec.
(Sinon, je pense que tu peux alléger la phrase en enlevant la répétition de "plus", qui ralentit la lecture et perturbe la compréhension plus qu'elle ne fait l'emphase sur la perte d'identité)

Ils y ont mis mon nom, mais je n’ignore pas que c’est uniquement pour que je me reconnaisse, que je ne me sente pas exclue de ce système.
C'est intéressant que garder son nom dénote de l'appartenance (enfin, la non-exclusion) au système alors que c'est justement le dernier bastion de l'individualité. Avoir un nom marque marque le fait de faire partie d'un groupe ?

   La machine analyse et reconnait. Sur son écran usé est écrit un nom -le mien-, une date et une heure.
Il y a des espaces de chaque côté des tirets dans ce genre de cas - c'est en anglais qu'on n'en met pas  :mrgreen:
Sinon, reconnaît tout seul, ça fait bizarre, je trouve qu'il manque un truc derrière (elle reconnaît quoi ?).
Et le fait de dire "il est écrit un nom - le mien" sonne comme une répétition un peu lourde. Ca fait plusieurs phrases que tu nous parles de nom, du coup cette tournure qui insiste encore plus sonne très redondante. Je pense que tu peux simplifier (par exemple : "Mon nom apparait sur son écrit, suivi d'une date et d'une heure.")

Qu’est-ce que j’y peux si je suis pointilleuse sur le fait d’arriver en avance ?
C'est rigolo d'être pointilleux sur le fait d'arriver en avance. J'ai l'impression qu'on peut être pointilleux sur le fait d'arriver à l'heure, mais en avance c'est plus rare.


Je ne suis pas conte l’idée de travailler en silence, mais il s’agit là d’améliorer mon outil de travail, ce qui aura comme répercussions possibles d’améliorer la qualité de travail des caissiers au quotidien et donc, pourquoi pas, d’améliorer les autres aspects de leur fonction et notamment la relation qu’ils entretiennent avec le client.
Cette phrase est un peu longue et laborieuse. Je pense que tu peux la découper en plusieurs phrases et reformuler certains bouts (genre la partie en gras) pour gagner en fluidité.

   
Mais mon sourire ne plait pas. Mais qui aurait envie de sourire en sachant que la machine avec laquelle il doit passer la journée, sa collègue de fortune, a une chance sur deux de l’abandonner ?
Mais/Mais (je pense que tu peux en reformuler un des deux).

Mais comment voulez-vous qu’il le soit quand chaque client arrive avec une remarque ou un regard mauvais.
Point d'interrogation, plutôt ?

 
Une grand-mère qui trimballe son caddie et voit toutes les files qui s’agrandissent sur deux caisses et une troisième libre, mais sur le point de partir ?
C'est la caisse qui est sur le point de partir ? (Je trolle, mais ce passage est pas très clair et mériterait une reformulation, je pense.)

 
Peut-être que j’exagère un peu, mais c’est l’impression que tout cela me donne. Mais tant pis, c’est ma pause déjeuner.
Mais/mais encore. Et un troisième deux phrases plus loin.

Je me substance, mais je ne profite pas.
Je me sustente, plutôt.

   Et les minutes passent, puis les heures.
Les phrases qui commencent par "et" c'est pas très joli, en fait. Je pense que le "Et" ici n'est pas nécessaire et que la phrase sera plus légère sans. C'est globalement vrai pour les autres cas où ça arrive (j'en ai croisé quelques-uns).
(Oui, c'est un peu l'hopital qui se fout de la charité, je fais ça tout le temps aussi, mais en vrai je me soigne parce qu'à la longue ça nuit vraiment au rythme de lecture et ça vire facilement à la répétition. Une fois de temps en temps c'est bien, mais pas trop souvent.)

C’est amusant le soir : il faut que je compte ma caisse. Mais pour compter ma caisse, il faut d’abord que je la ferme. Ah non, attends ! Ça c’est pour l’ouvrir, le matin. Donc, pour l’ouvrir, je dois l’ouvrir, puis la fermer pour la compter et puis finalement la rouvrir.
J'ai eu un peu de mal avec ce passage, que j'ai trouvé pas très clair.

Ce n’est pas un mal, loin de là, cela permet de décompresser pendant le travail, mais quand je sais -de par ma très courte expérience- qu’une information mise à la portée de la bonne oreille peut faire évoluer une situation et qu’à chaque fois, cette information s’enfuie au profit d’une autre bien moins intéressante -question de point de vue, mais c’est le mien-
S'enfuit, et répétition de "information".
Sinon, je suis pas sûr que la dernière partie entre tirets soit très importante. Je trouve qu'elle ralentit la lecture et gêne un peu la compréhension. On est dans la tête de ton personnage, ce n'est pas la peine de préciser que c'est ce qu'elle pense, on le sait. Par contre, si tu veux reformuler quelque chose, je pense que c'est le mot "intéressant" qu'il faut que tu vises. Soit trouver un terme plus adapté à la situation (par exemple "importante" ou "utile" - parce que intéressant, je l'emploierais plutôt pour quelque chose qui intéresse personnellement ta narratrice) ; soit tu reformules carrément ce morceau de phrase pour intégrer un peu plus clairement le ressenti personnel de ta narratrice.


je trouve cela décevant.
En fait, c'est un peu ce qui m'éloigne du texte : tu dis qu'elle trouve cela décevant, mais on ne le sent jamais dans sa manière de s'exprimer, de décrire la situation qu'elle vit. Si, on le sens un peu dans le passage sur les machines, parce que tu arrives à créer une relation entre elles et à faire passer ce que ressens ta narratrice pour ses "collègues de fortune". Mais voilà, ce n'est pas la majorité du temps et c'est cette distance qui m'a empêché de vraiment rentrer dans sa tête.

Comme pour les médecins : on se tourne toujours vers celui qui a le plus de rides -ceci n’est pas forcément une vérité vraie, mais je l’ai entendue quelque part et je la trouve jolie.
J'aurais pas dit "jolie". Qu'elle sonne juste, peut-être, mais qu'elle trouve cette vérité "jolie" me semble justement à l'antithèse de ce qu'elle ressent. Au contraire, c'est une vérité tout ce qu'il y a de plus moche. Mais elle sonne juste.

Peut-être me suis-je trouvé une vocation avec cette expérience, et peut-être que cela me permettra d’entreprendre à un métier plus proche de qui je suis.
Entreprendre un métier tout court (pas de à).

J’ai beaucoup aimé travailler en caisse, ce fut une expérience enrichissante, ne serait-ce que pour mon épanouissement personnel et il m’aide aussi bien à cerner qui je suis que qui je voudrais être.
Ça, c'est en contradiction avec tout le reste du texte. Tu viens de nous brosser un tableau déprimant à mille lieues de tout épanouissement possible (tu dis même qu'elle a du mal à sourire !). Du coup, soit ça tombe comme un cheveu sur la soupe, soit il manque toute cette dimension à ton texte (qui pourrait lui donner un peu plus de relief, et renforcer le côté dramatique du quotidien).

   J’ai tiré une ride de cet enseignement là-bas. Et c’est la meilleure conclusion que je puisse en faire.
Tiens, je connaissais pas l'expression "tirer une ride". Elle veut dire quoi ? (et là comme ça en tentant de l'analyser, je me dis que c'est pas très positif et ça entre encore en contradiction avec la phrase que j'ai relevé juste avant).


Voilàààà j'ai fini ! Désolé c'est long  :-[ Merci pour la lecture !
« Modifié: 03 Mai 2016 à 01:04:22 par Rain »
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Re : Entreprendre
« Réponse #10 le: 03 Mai 2016 à 08:12:05 »
Ouah :o je suis impressionnée par ton passage :-[ !

Merci beaucoup ^^

Citer
Lu la deuxième version ! Je sais pas si je vais avoir le temps de commenter en entier, alors je vais commencer par mon avis général (pour une fois).

Ne lis pas la première, elle est beaucoup trop... je ne sais pas, peut-être un peu trop trash (remarque, tu y verrais sûrement beaucoup plus de sentiments) ^^ je l'ai laissée pour les gens vraiment curieux, mais je n'en suis pas forcément fière.

Je relirais chaque citation et correction dans la journée (au réveil, c'est encore un peut délicat), mais je tiens à te rassurer de suite : je n'ai aucun problème avec les reformulations d'autrui ^^ au contraire, ça m'aide et me permet de comprendre où mon texte pêche.

Citer
J'ai eu du mal à rentrer dans le texte, en grande partie parce que j'ai eu l'impression d'être loiiiiiin très très loin de la scène, comme si tu nous décrivais un tableau ou que tu nous lisais un compte rendu. C'est dû à plusieurs choses :
- Quelques lourdeurs et globalement pas mal de répétitions, aussi (que j'ai pas toutes relevées, j'avoue) ;
- L'impression que tu survoles certains détails qui mériteraient peut-être un peu plus de profondeur (souvent ça tient à pas grand chose ce genre de ressenti), genre peut-être la relation avec les collègues ;
- Et l'impression que la narratrice elle-même flotte en dehors de tout ça, comme complètement apathique. C'est peut-être le but recherché, hein, et ce n'est pas forcément quelque chose à corriger, mais si ce n'est pas voulu je pense qu'il y a quelques passages où tu dois pouvoir jouer sur des résidus de colère qui s'attise avant de retomber ou des morceaux d'empathie dans la relation avec les machines (que tu esquisses déjà, mais qui manquent peut-être un poil de profondeur), histoire de donner un peu de relief au personnage.

Pour les lourdeurs, je ne suis pas étonnée, j'avais fait une relecture avant de le poster, mais il y a certaines choses (virgules en trop, par exemple) que je ne repère pas bien, voire pas du tout.

Pour ce qui est des détails survolés, il peut y avoir deux raisons : soit le fait que je me base maintenant sur un souvenir (même s'il n'est que de Décembre) et que donc, mon ressenti est un peu changé, soit le fait que physiquement sur place, je survolais déjà ces détails.

Pour la narratrice apathique, c'est un peu compliqué. Sans l'être vraiment, j'ai ce détachement par rapport à la société humaine qui m'entoure. Donc, il est possible que ce sentiment ressorte dans le texte. A ce niveau, je risque d'avoir le choix entre accentuer les sentiments qui me sont vraiment venus, mais qui sont plus axés sur moi ou les machines (je suis triste pour une caisse qui toussote pour continuer à marcher, mais pas du tout pour une nana qui n'arrête pas de se plaindre -à tort ou à raison-) ou d'édulcorer en parlant des quelques sympathies que j'ai pu avoir (mais qui n'ont pas forcément grand intérêt).

Citer
En dehors de ça, c'est un texte que je trouve intéressant, dans la mesure où on le sent authentique et où il dit des choses sur un boulot pas très glamour sur lequel on ne se pose pas trop de questions, mais qui est pourtant omniprésent (et puis, plus généralement en fait, sur l'état de nos relations et attitudes au travail). Du coup, je pense qu'il mérite encore un peu de re-travail pour le polir et le rendre tout beau !

Ce qui m'intéresse dans ce travail, c'est qu'il met en parallèle deux aspects que j'aime/hais :

- j'observe beaucoup les choses et je me suis rendue compte, au fur et à mesure de mes sorties, que certains métiers mettent l'humain au même niveau que la machine. Les gens qui m'entourent disent souvent avoir besoin du contact humain (ici, la caissière), mais lorsqu'ils sont mis en situation, c'est à peine s'ils voient une caissière. J'ai plutôt l'impression qu'ils sont face à une machine rassurante car à forme humaine. Si demain, on remplaçait sans le dire ces caissiers par des robots humanoïdes très réalistes, combien de clients s'en rendraient compte ? A mon avis, beaucoup moins que ce qu'on pourrait penser.
Je crois que j'avais envie de devenir une machine et donc, cela m'attirait. J'adore les machines pour ce qu'elles m'offrent.

- mais à côté de ça, eh bien, en tant que caissière, je n'avais pas le droit (comme le font certains clients) de considérer ceux qui venaient me voir comme des machines. J'étais comme une machine à leurs yeux, mais finalement, je devais paraître humaine au maximum. Bon, je n'aime pas les interactions humaines, j'ai beaucoup de mal avec ça. La vie en société ne me captive pas. Et pourtant, je suis curieuse, donc je veux savoir, donc je sors, je regarde les gens et je me dis que j'aimerai bien faire quelque chose qui me permettrait d'apprendre les différents stades de relations (ici clients, collègues, chefs,...).

Et donc je trouvais intéressant d'analyser tout ça à la fois, mais il est vrai que, même si cette expérience fut enrichissante, elle ne m'a pas vraiment aidé à approfondir : j'ai repéré tout un tas de problèmes, mais je n'en ai pas parlé, parce que je me suis rendue compte que personne ne semblait vraiment s'intéresser à tout ça, qu'ils préféraient arriver cinq minutes en avance, lancer les machines, parler de leur vie et basta. Alors que moi, j'aurai bien aimé discuter du fait que telle machine ne marche pas, essayer de savoir pourquoi il faut que je vérifie tel truc alors que ce n'est pas mon travail, et tout plein de choses comme ça. Mais quand on lance ce genre de sujets, les gens soufflent.

Et je crois que je viens de faire une deuxième mini-dissert sur ce boulot ^^.

Encore merci pour la lecture et les corrections. Je relis, je note, je rerelis, je corrige et je reposte. Peut-être dans pas longtemps ou peut-être un peu plus tard, mais ça reste dans un coin de ma tête, promis.
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

 


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