Il est facile de juger. Il est facile de se montrer dur; de traiter quelqu'un de tous les noms sans savoir. J'avais tendance à le faire régulièrement. J'avais toujours un avis tranché sur tout, et ça m'allait. Mais je me suis rendu compte que tout cela n'était que du vent. Ah j'étais jeune, à l'époque. Même pas la vingtaine, si mes souvenirs sont bons. Je changeais de fille comme de chemise. Je profitais de ma jeunesse de la plus belle façon qu'il soit possible de le faire. La liberté sexuelle était une chose tout à fait nouvelle. Et tout le monde en a bien profité, moi y comprit. Et quand je suis tombée sur cette nana, j'avoue que je n'avais pas qu'un simple rendez-vous au cinéma en tête. Mais elle m'a fait découvrir de nouvelles couleurs, elle m'a rendu la vue.
Elle m'a transformé.
Ma vie a radicalement changé. J'étais désespérément amoureux. Et de jours en jours, son ventre s'arrondissait. Cette nouvelle produisait en moi des sensations que toutes les drogues de la terre n'auraient pu égaler. Les jours s'écoulaient. Et dans l'attente, nous commencions les préparatifs.
Ce soir là, j'avais bu plus que de raison. Ma petite femme s'était plaint de nombreuses fois de la douleur. Elle allait accoucher sous peu. Sans réfléchir, je l'avais emmené dans la voiture. Je roulait vite. Je ne voulais pas que ce moment se déroule sur la banquette arrière. Il pleuvait des cordes et les roues glissaient sur la route tortueuse. Le véhicule devint incontrôlable. Nous filions à vive allure et les freins ne répondaient pas. Mon esprit embué par l'alcool mettait un certain temps à réagir et je n'eus pas le temps de crier. Quand mes paupières s'ouvrirent, j’eus un haut-le-cœur. Le sang se mélangeait aux larmes sur mes joues. Ma poitrine se soulevait avec difficulté. Son corps, étendu à l'arrière, ne bougeait plus. Son beau visage blanc était maculé d'un liquide poisseux de couleur sombre. Ses yeux me fixaient. M'accusaient. J'avais bu plus que de raison.
Je n'aurais jamais dû.