Je brûle pour deux grands yeux ardents, je fonds pour Lucie. Je tourne bien, je vire humaniste, j’attrape la foi lorsque je la vois… Sa présence ne me change pas, car enfin je suis moi-même !... enfin je prends ma pleine mesure !... enfin putain… enfin. Lucie ne voit pas l’extraordinaire, l’extraordinaire que je vois en elle. Elle distille sa lumière en moi, elle éclaircit mon âme qu’obscurcit cet enfer, sans cesse…
Lucie a un corps noir, elle capte toute la lumière… Elle distribue trop, elle dilapide, elle est martyr… C’est une passion offerte au monde, qui n’est interdite qu’à moi. Bien malgré moi, je jouis d’elle en dipsomane, par petites gouttes de lumière, et moi je crève, je crève… je crève de soif, je crève d’amour… putain, je crève… Le peu d’amour qu’elle a pour moi me maintient en vie, ainsi je vis pour me consumer dans ses yeux, et puis pour jouir du peu qu’elle me laisse… pour souvivre.
Lucie, ça n’est pas une virtuose, ça n’est pas une experte, c’est une artiste du sourire !... Dès qu’elle daigne découvrir un peu de ses dents, l’émotion est palpable, elle jaillit telle une poésie, c’est une douce musique intérieure s’écoulant dans mes veines… Ses notes de quenottes forment un frisson parallèle qui électrise tout mon corps, conduit par l’humidité de ma peau amoureuse… L’œuvre de son sourire, immense, croît en moi depuis la première fois que je l’ai vue, c’est pour cela je crois que j’en suis tombé amoureux. Depuis ce jour, mon corps est debout et mon cœur à genoux. Je fais le beau devant Lucie, j’aime tellement me mirer dans le miroir de ses dents qu’à trop la contempler je crèverais et me métamorphoserais en jolie fleur blanche, en aimable narcisse. Ce qui me plaît chez elle, c’est ça. Je m’y retrouve, enfin, je me trouve enfin. Je peux m’aimer maintenant que je l’aime, la belle âme… mais je refuse de faire peser mes angoisses sur elle, alors je me tais. Je suis le gardien jaloux de son extraordinaire beauté, le tabernacle de sa poésie secrète.
Son corps aussi est poésie, il ne cesse d’exprimer un état intérieur par un agencement de mouvements simples et épurés… mouvements et formes lui donnent une étrange beauté, comme si elle épousait la chorégraphie du monde… Les délicates variations de son visage, cette adorable symphonie, s’entrelacent avec le fandango de son corps oriental… pressant puis poussant l’émotion dans mes bras… faisant de mes bras deux grands bras de poète…