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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Avant les ruines

Auteur Sujet: Avant les ruines  (Lu 1090 fois)

Hors ligne Mésange

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  • Une plume légère enfante les maux les plus lourds
Avant les ruines
« le: 26 Octobre 2015 à 23:44:14 »
  Il y a ton visage qui attire mon regard sans y être invité. Ta photo accrochée au mur qui me nargue sans que je puisse me résoudre à la retirer. Tes yeux à eux seuls me rappellent tout ce dont je manque maintenant que tu n'es plus à moi. Je suis seule, à l'étroit dans le petit lit, et je me surprends pourtant à y regretter ta chaleur. Qu'est-ce qu'on a pu mal dormir ici! Par manque de place on y était souvent l'un sur l'autre, endoloris et abattus par la chaleur. Malgré tout, la vérité, c'est que je n'y dors pas mieux sans toi.
 C'est fou comme le temps passe vite. Huit mois déjà. Huit mois sans tes films bizarres et sans tes blagues de gamin. Huit mois sans jeux vidéos et sans sauter dans les flaques. Plus de lèvre mordillée et plus de secrets à se raconter. Plus d'amour.
 Je regarde l'horloge et son tic-tac infernal envahit mes tympans. Plus le temps avance et plus il t'éloigne de moi. Tu vas bientôt te marier. Parce qu'elle est belle, pleine d'esprit et de gentillesse. Parce qu'elle est parfaite et que je n'ai pas su l'être pour toi. On ne demande pas en mariage une fille comme moi. Je ne suis pas quelqu'un de stable, je ne veux pas vieillir et j'ai peur des responsabilités. Et pourtant. Tu l'aimais bien la gamine qui parsemait des tresses dans ta tignasse, se blottissait comme un chat contre toi en te disant des mots doux.
 Savoir que c'est elle qui effleure ta peau, que c'est elle qui entend les mots que tu susurres, ça me rend malade. Je donnerai tout pour combler ton absence. Je renifle pour la énième fois le tee-shirt que tu as oublié chez moi. A force de le serrer contre ma poitrine, il a perdu toute trace de ton odeur. Voilà qui me donne envie de pleurer. Est-ce que c'est vraiment possible de vivre sans quelqu'un pour qui on a ressenti autant de choses? Toi tu avances, et moi je reste prisonnière du passé. Je repense à nous et tout me fait douter. Est-ce que ton regard, est-ce que tes promesses étaient sincères ? Comment savoir que ce n'était pas juste du faux, du vent, du rien?
 Je sanglote tellement que mes joues brûlent sous mes larmes. Ça me bouffe de ne pas savoir, ça me tue de t'aimer encore si fort et si mal. Moi je voudrais être heureuse pour toi mais je n'y arrive pas, parce que c'est trop tôt et que je ne veux pas souffrir toute seule.
 Ce n'est pas de ma faute si on était beau, si on était bien. Je voudrais croire encore que ça n'était pas la fin ; seulement mon espoir se meurt aussi vite que ton amour s'allume pour une autre.

 J'ai mal à la tête à force de pleurer ; le besoin de me rafraîchir s'installe. Lentement, je me lève, me traîne jusqu'à la salle de bain. Là, dans le miroir, j'observe mon visage rougi et tuméfié, emprunt d'une profonde tristesse. Mon vieux, si tu me voyais, je fais peine à voir. "Allez, change-toi les idées, ça ira mieux" souffle une voix dans ma tête.
 Alors je me dirige vers l'étagère poussiéreuse, dans l'espoir d'y dénicher un film capable d'apaiser le nœud de mon estomac. Hélas, c'est peine perdue. Que de drames et de tragédies! Ma petite collection semble bien déterminée à me voir pendouiller au bout d'une corde.
 C'est alors que l'un des boîtiers attire mon attention. Il est tout blanc, sans aucune inscription sur la tranche. Il ne m'évoque aucun souvenir. Prise de curiosité, je m'en saisis donc. Sur la partie antérieure, il est écrit "Joyeux anniversaire! Souvenirs pour ma meilleure amie". Un cœur y a été dessiné au feutre rouge. C'est ton écriture. Mon cœur manque un battement.
 J'ouvre alors précipitamment l'étui, prends le disque et l'insère dans mon ordinateur. Le film, du genre bricolé et mal cadré, commence. Je vois ta frimousse. Pas celle d'aujourd'hui mais celle de nos quinze ans. Une grande vague d'émotion s'abat sur moi : tout me revient. C'est comme un saut dans le temps. J'avais oublié tes cheveux longs et tes grosses joues. J'avais oublié qu'on avait été amis, avant d'être nous deux.
 Les images m'hypnotisent, je bois tes paroles juvéniles et maladroites, tes souhaits de bonheur à l'adolescente naïve que j'étais. Il y a des vidéos de toi et moi en train de faire les cons, une piètre reprise à la guitare suivie de gloussements enfantins. Et puis il y a des photos de nous, au temps du collège, époque où mes yeux étaient encore cachés par une énorme mèche ; évidemment, elles sont accompagnés des musiques mièvres qu'alors, on aimait tant écouter.
 On nous entend nous dire "je t'aime", de ces "je t'aime" légers et simples de l'amitié, de ceux qu'il n'y aura jamais plus entre nous. Et on rit, on se promet l'éternité, et puis on s'étreint tendrement, sans aucune passion, sans aucune douleur. On se roule dans le feuilles mortes, on fait des blagues stupides et immatures, et on a l'air heureux comme jamais.
 "Tu vois, ça on s'en rappellera toute notre vie, c'est rien qu'à nous. On restera comme ça pour toujours, promis?" Et on promet, en croisant les petits doigts. Meilleurs amis pour la vie.
 Moi, roulée en boule sur mon lit, ton tee-shirt entre les doigts, je verse quelques larmes de nostalgie ; mais cette fois, un sourire illumine mes traits.
« Modifié: 29 Octobre 2015 à 14:11:35 par Mésange »
La connerie humaine n'a d'égal que le manque de neurones des principaux concernés.

Hors ligne Megadonut

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Critique "Avant les ruines"
« Réponse #1 le: 28 Octobre 2015 à 13:58:17 »
Salut !
J'ai beaucoup apprécié ton texte, il a un côté poétique qui est bien rédigé, et il est d'une sombre beauté.
Citer
Savoir que c'est elle qui effleure ta peau, que c'est elle qui entend les mots que tu susurres, ça me rend malade. Je donnerai tout pour combler ton absence. Je renifle pour la énième fois le tee-shirt que tu as oublié chez moi. A force de le serrer contre ma poitrine, il a perdu toute trace de ton odeur. Voilà qui me donne envie de pleurer. Est-ce que c'est vraiment possible de vivre sans quelqu'un pour qui on a ressenti autant de choses? Toi tu avances, et moi je reste prisonnière du passé. Je repense à nous et tout me fait douter. Est-ce que ton regard, est-ce que tes promesses étaient sincères ? Comment savoir que ce n'était pas juste du faux, du vent, du rien?
Mon passage préféré  :coeur:

Quelques maladresses :
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Tu va bientôt te marier.
vas
Citer
Le film, du genre bricolée et mal cadrée, commence
bricolé et mal cadré

Bref, ton texte est très bien écrit, je t'encourage à continuer  ;)
Au plaisir de te relire,
Megadonut
"Souviens-toi d'oublier"
Friedrich Nietzsche

"Dis-moi quels livres contient ta bibliothèque, et je te dirai qui tu es"
De moi ^^

Hors ligne Mésange

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Re : Avant les ruines
« Réponse #2 le: 29 Octobre 2015 à 14:10:35 »

 Ooooops, erreurs inattention honteuses, mea culpa! Je m'en vais corriger ça tout de suite, merci!
Je te remercie de m'avoir fait partager ton avis, qui me fait chaud au cœur  :D 
La connerie humaine n'a d'égal que le manque de neurones des principaux concernés.

Hors ligne Megadonut

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Re : Re : Avant les ruines
« Réponse #3 le: 29 Octobre 2015 à 18:05:57 »

 Ooooops, erreurs inattention honteuses, mea culpa! Je m'en vais corriger ça tout de suite, merci!
Je te remercie de m'avoir fait partager ton avis, qui me fait chaud au cœur  :D

De rien, c'est naturel...  :coeur:
"Souviens-toi d'oublier"
Friedrich Nietzsche

"Dis-moi quels livres contient ta bibliothèque, et je te dirai qui tu es"
De moi ^^

 


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