Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

14 Juin 2026 à 19:14:35
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]

Auteur Sujet: La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]  (Lu 1436 fois)

Invité

  • Invité
La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]
« le: 25 Septembre 2015 à 08:14:08 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


La drogue et l'oiseau
\!/ Contenu explicite, drogue et farfadet !

« Des follets brillent dans l’ombre,
    Et la voix que j’entendais
    Se mêle aux cris d’un grand nombre
    De lutins, de farfadets.
    Au bruit d’une aigre trompette
    Le sabbat a commencé »
Pierre-Jean de Béranger, Chansons (1829)

***

Ce qu'il y a d'atroce chez Wiz', c'est qu'il capte rien à l'intérêt réel d'une putain de perche bien gérée. Il va toujours taper tout ce qui passe sous son blair ou devant ses poumons. J'lui ai répété vingt fois que la cocaïne contrait les effets du LSD, que la kétamine était ingérable avec trop d'alcool, il n'y a jamais rien entrav'. Wiz', c'est le pote qui est assis du côté conducteur de la vago en ce moment et qui tient la teuboi du skeud pour y tracer des lignes comme si c'était des poteaux. Naturellement, comme à son habitude, vu qu'on est quatre dans la voiture, il en prépare cinq.

Les fenêtres de l'opel sont aussi bien ouvertes que les portes, donc le mur de son de la teuf nous pète directement aux oreilles. Six heures du mat', le jour ne s'est pas encore levé, et les orgas passent du Speedcore. Le genre de son ultra-violent qui tape sans trop de mélodie aux environs de 180 battements par minute. Devant le mur, une armée de danseurs, de teufeurs vacillants, et parfois même de zombies est en train de phaser sur la lumière noire, les lasers, le son, ou sur les trois en même temps. C'est pas vraiment le délire trance psyché avec les fresques et les couleurs à faire vriller le cerveau comme un indien : en cette fin de nuit, nous en sommes le cramage de neurones.

Et pour le cramage de neurones, sans trop que je sache pourquoi, j'ai toujours ma fine équipe. Wiz' en fait partie. Sauf que Wiz', ce soir, il a déjà pris la moitié de son meuj de kétamine, il a tapé un buvard de LSD, puis il s'est foutu trois lignes de C dans la gueule. Résultat : il est presque normal. Juste un peu véner. C'est con, il s'en rend même pas compte. Certes, ça doit flouter, phaser, dézoomer et ralentir : ses synapses sont au travail. De là à dire qu'il prend pleinement ce que chaque drogue pourrait lui apporter comme nouvelle sensations, y'a un pas. Et donc, entre deux boom-boom, ou plutôt entre douze vu que l'instant dure quelques secondes depuis que j'ai commencé cette ellipse narrative un peu chelou, Wiz' tape son poteau. Pif, paf, d'un trait, comme si c'était le geste le plus naturel du monde. Comme un pochtron qui se sert un verre. Comme un mec qui se roule son splif'. D'un geste méticuleux, précis, logique, et répété des dizaines de fois jusqu'à ce qu'inconsciemment il ne devienne parfait.  Comme l'ouvrier devant le process de l'usine d'embrayage pour laquelle il travaille à en crever. Comme une machine. Wiz me tend son boitier.
— Non merci, gros.
— Quoi ? Mec, c'est de la putain de C végétale, un truc issu du naturel, pas une vieille coke de labo synthé !
— Ca n'existe pas ta connerie de végé ou de synthé. C'est de la C, c'est tout.
— Ptin t'es reparti en mode dico...
— Je t'explique ce que j'ai lu, vu que tu lis pas, Wiz', et que tu gobes toutes les putains de légendes urbaines. La synthé ou la végé ça n'existe pas : c'est de la coke, plus ou moins bonne, c'est la même molécule. Et encore, t'as même pas que la molécule toi : la grande majorité des panels qui circulent en France contiennent moins de dix pourcent de C.
- Dix pourcent ? Genre !
- Le reste, c'est lidocaïne pour son effet anesthésiant, sucre, caféine, paracétamol, codéine, sucre, sucre, et autres produits fins. La coke pure qui sent le kérozène comme si elle venait d'être malaxée dans les collines colombiennes, tu connaitras jamais.
Il me regarde, vexé.
— Bon, et tu la veux ta trace de sucre ou pas ?
— Nan.

Forcément, il file le boitier à Spank, qui lui non plus ne refuse jamais rien, et donc, tape sa trace. En disant qu'il en reste trois de toute façon, Wiz retape un deuxième poteau instantanément. Puis il tend le boitier à la quatrième personne de la voiture :
— Mila, t'en veux ?
— Nan, merci, j'ai mieux que ça.
Wiz refile le boitier à Spank et "Snnnnfffflll !"
— Mieux ?
— Fin j'ai pas envie de ça. J'ai envie d'explorer, pas de tout contrôler.
Je saisis la perche - c'est le cas de le dire - au vol.
— LSD, Mila ?
— LSD-Ké, même. J'veux que tout s'étiole, s'arrête, et zoomer dézoomer en même temps. Du psyché !
— J'te suis.
Spank rend le boitier à Wiz et commence à rouler son bédo.

Double perche qui s'annonce, donc, avec deux produits complémentaires. Le LSD - si l'esprit est suffisamment bon et vaillant pour ne pas partir en bad trip - rend confus, révèle les couleurs, et explose la notion de temps, brièvement. La kétamine - anesthésiant vétérinaire à usage récréatif détourné - rend insensible à la douleur, baise l'équilibre, et vous colle des zooms dézooms - temporels, sonores ou visuels - dans la gueule à vous en demander si le monde va se remettre en route un jour. Les deux, j'ai pas vu grand monde l'encaisser sans broncher.

— J'ai la ké, Mila, si tu veux. Enfin j'ai mon demi.
— Parfait, j'ai mes gouttes ! dit Mila façon vieille retraitée.

Parce que le LSD en buvard ça nous a jamais vraiment fait marcher. Enfin, si, bien sûr : mais rien n'indique vraiment que ce n'est pas du 2CP, ou qu'il ne sera pas micro dosé. Et vu comme on cartouche depuis un an, si on tombe sur un buvard à 50μg, ça va nous faire l'effet rigolo d'un verre de Sky. Du coup, Mila a géré son truc. Elle vend du LSD. Dans une petite fiole, en goutte : c'est le moyen de conservation le plus fiable. Dosé à 400μg. Accroche-toi.

Ce que j'aime chez cette fille, en plus de son physique et de son incroyable faculté à rendre tout ce qui l'entoure absolument merveilleux, c'est son éthique. Mila, quand elle bicrave des psychés, elle sait ce qu'elle fait, elle sait ce qu'elle prend. A qui elle vend, et comment elle le vend. Pas de contre-emploi, de prise de drogues qui s'annuleraient.

A nous voir comme ça à taper et à fumer mon gros buzz les portes ouvertes,  comme c'est un mécanisme courant en teuf, y'a un pélo qui s'approche de la voiture.
— Oh, les mecs, vous avez pas de la beuh à vendre ?
— Si, ouais. J'ai des vingt balles.
— Cool !
Le type gueule comme un putois, et cinq de ses potes se ramènent. Comme c'est de mise - mais pas toujours respecté - dans le milieu de la teuf, on s'échange des smiles, des bonjour, on parle un peu, comme frères. C'est ça la teuf : On est là pour la musique, pour la musique forte, très forte, pour dépasser les limites de nos esprits, de nos visions, de nos auditions, et de nos corps. Danser douze heures, voir des fractales à la place du ciel. Du coup, sans trop que je ne l'explique, y'a une fraternité inhérente au milieu. Un peu comme des taulards devant une évasion potentielle. Ou des SDF qui parleraient révolution.

— Et du coup vous voulez quoi ?
— Beh il nous faudrait cinq vingt balles, s'teuplé.
— Un chacun ? que je demande
— Nan, trois pour moi, et deux pour mes potes.
Je rigole.
— Azy, tiens, c'est de l'inter, elle fracasse pas mal.
Le mec semble content après l'avoir senti et me sort les cent balles.
— Cimer les mecs, à tout à l'heure devant le son !
— nan attends tant qu'à faire.. vous avez pas du LSD ?
— Ouais, si, j'crois bien. Mila ?
— Nan, désolé, les gars, j'en ai plus assez. C'est raide. Allez voir le type là-bas, ses buvards sont sympas. Pas trop forts, sympas, quoi.
— Merci quand même, bonne soirée à vous les gens !
Et les cinq mecs se natchavent. Wiz', qui est en train d'arracher nerveusement le revêtement de son volant en se mordant les lèvres à cause de la C, se tourne tout à coup vers Mila.

— Tu viens pas de dire que t'avais des gouttes ?
— Si. Mais pas pour eux.
— Hein ?
— Regarde les, mec. L'éléctro, ça devient un putain de phénomène de mode. Du coup y'a un paquet de narvallos qui se pointent en teuf, et qui prennent - un peu comme toi mais sans trop tanker - tout ce qu'ils trouvent. Regarde : Ils sortent de la voiture grise, là. T'en connais beaucoup des mecs de cet âge-là qui viennent en teuf en xsara break ?
—  Euh... Nan ?
— Beh c'est parce que c'est celle du daron, mon gros. Ca vient d'avoir le permis, ça. Si je lui fais mes...
Interruption inopportune.
— Salut, vous avez pas du LSD ?
Une p'tite meuf en sarwell vient de se pointer devant ma portière. Je réponds pas. Derrière moi, je sens que Mila la jauge.
— Si, ouais, carrément. T'en prends souvent ?
— Trop...
— Azy, elles sont à 400, accroche toi.
Mila ouvre sa fiole, la fille tend sa main, et une goutte se dépose dans l'interstice de son pouce et de son index, délicatement posée par ma pote. Rapidement, la main se porte à la bouche, un bruit de succion, et dix balles sortent d'une poche pour aller dans l'autre.
— Cimer !

Spank reprend direct :
— Awé ! Donc en fait si tu veux prendre du lsd, faut foutre des sarwell, être bonne, et pas venir avec la voitures des rondas ?
— T'es un abruti, Spank, que je fais. Regarde : la meuf elle colle beaucoup plus à l'esprit. Grand sarwell, écarteurs, elle vient avec un pur smile, elle se démonte pas, elle reconnait qu'en prendre trop ça rend fou... J'capte. Mila a juste vachement d'éthique. T'as déjà vu un bad - j'parle pas du bad de ton pote qui est parti s'enfermer sous sa couette -, un vrai ?
— Ouais... Le type il était arraché, torse nu, en calecon, et il hurlait comme si l'enfant qui était en lui avait vu la diable. On l'entendait par dessus le son... Il a fallu trois pompiers pour le maitriser. Il est en HP j'crois.
— Alors comprends-là. File moi ton boitier, steuplé.

Il tape sa dernière trace et me tend le skeud. Je prends ma bombonne, je fous sur le boitier, et je tape deux grandes traces qui doivent atteindre pas loin de la diagonale du support. Je l'envoie à Mila. Elle tape, je tape. J'ouvre la bouche et je tends la langue, elle dépose une grosse goutte - Mila m'aime bien - directement dessus. Les pertes sont moindres. Elle me file la fiole, et me tend sa langue.
— Doucement, hein ? Une pichnette, une goutte sort. Plus, je pars trop loin.
— T'inquiètes.

Je lui dis t'inquiètes mais en fait je crois que j'appuie un peu fort. Une goutte tombe. Basta.

Ici arrive le moment à la con. Celui où tu te retrouves sans trop parler avec tes potes à attendre les effets comme un enfant attend Noël. Le LSD ça met entre vingt minutes et deux heures pour monter - dans les cas extrême - la ké, vu qu'elle est prise en nasale, ça met moins de dix minutes.

Mais dix minutes, c'est long. Du coup j'entreprends de rouler un joint en scotchant le son. Wiz' et Spank parlent de caisson : Spank est menuisier et il est capable de faire lui même ses propres caissons de son. Bientôt, on aura notre propre sound-système. Un bon gros truc qui te fait trembler le sol comme si la basse devenait un tremblement de terre. Mais là je roule avec difficulté, puis je scotche, donc je décroche de leur conversation.

En fait c'est la conversation qui me décroche, parce que le revêtement du volant qu'arrachait Wiz auparavant m'arrive dans la gueule. J'esquive... et je calcule. Je suis en pleine montée. Mes muscles s'engourdissent, je sens comme un remou marin au fin fond de mon cerveau... et c'est parti. Un peu trop fort, même. En k-hole, quoi.

D'habitude, la ké me donne l'impression d'être complètement bourré - mais vraiment -, plus fort, plus vite. Sans la gerbe. Elle me fait mal prononcer les phrases, elle me bloque des informations, ok. Là, faut croire que c'est pire.

Parce qu'en fait, je sens comme des bulles dans mon corps. Comme si mon sang devenait de la limonade. En fait, je sens tellement de bulles dans mon corps que je le quitte. Voilà. J'crois qu'ils appellent ça un phénoméne dissociatif, les médecins psys et tous ces fans de Réduction des Risques. Voilà, en fait, c'est sûr, maintenant - et c'est complètement baisé - je m'envole. Enfin pas tout à fait. Mon corps est assis sur le siège de la voiture, je vois toujours Spank et Wiz' bouger leurs lèvres, mais je suis au dessus de nous. Mon esprit, mon âme, ma force vitale, mes chakras, appelez ça comme vous voulez, sont au-dessus de moi. J'tape pas le délire mystique du type qui part pour katmandou en esprit en volant par dessus les mers... Nan. Là, je ne contrôle rien. Je vois juste que je m'élève, et que je passe par dessus le toit de la voiture - en voyant à travers. Autour de moi, tout est devenu ethéré, liquide, fantomatique : les arbres sont des ombres. Le son est une ligne. Les gens sont comme des esprits transparents. Si j'étais pas déjà à moitié bargeot, je pense que j'aurais paniqué.

C'est marrant d'ailleurs cette similitude entre la cosmogonie des rose-croix, le bouddhisme, enfin le truc qui dit qu'en crevant on voit toute sa vie défiler et qu'ensuite on erre quelques temps - jours, mois, je suis pas moine, je sais pas - dans le monde des vivants pour comprendre sa mort avant de se réincarner en rentrant dans un couple qui baise. Parce que là, c'est ça : je suis "petit-mort". Je me vois du dessus, j'erre sans pouvoir me diriger, et faut le dire : j'entends maintenant Wiz. Je pense plus vite. Je ne peux plus parler, je ne sais même pas si je suis capable de rejoindre mon corps - l'ai-je vraiment quitté ou sont-ce mes synapses qui me jouent un tour et me filent une vision ?. J'ai jamais cru à toutes ces conneries jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce que je me retrouve en mode "Enter The Void" version teuf personnelle. Et là ça m'arrive en pleine gueule comme un 12 tonnes lancé à pleine vitesse sur l'A10. Je note dans mon cerveau "Putain quand on fait un K-hole, ça fait à peu près le même processus que décrivent un tas de religion, faudra que j'en fasse quelque chose. Une nouvelle, peut-être." Mais je sais qu'à la fin du trip j'aurais déjà oublié le fond de cette idée-là. Toute tentative de l'écrire sérieusement ne fera que la ternir, la perdre, la corrompre.

Mila, je la vois du dessus, aussi. Comme un con, je cherche son âme autour de moi. Beh oui ! Si je m'éthère, elle doit bien s'éthérer aussi quelque part, la meuf ! Mais que dalle. Autour de moi, ombres, arbres fantômatiques, vision surréaliste, mais pas de Mila. Elle doit être éthéré dans son esprit à elle qui lui retransmet le même effet que moi. En fait, Mila, elle est au dessus de la voiture qui est dans sa tête, et moi je suis au dessus de la voiture qui est dans ma tête. Donc, même effet, même processus, même trip, mais pas au même endroit. Je suis dans mon cerve...

Avant que je ne finisse cette pensée, ce n'est plus une sensation de montée ou de remous qui me perfore les neurones. C'est un tsunami. Une déferlante qui fait complètement vaciller mon crane et ce qu'il y a dedans - en emportant mes nerfs, mes os, et tout le reste. Comme si votre cerveau se mettait à faire du ping-pong. Je crois que ma bouche s'ouvre de stupeur. Un seul truc me vient en tête, vu la trace de Ké que je viens de me prendre, c'est "Putain le LSD. Là ça va faire...

***

... mal."

Je suis debout. Et dans mon corps. Enfin je crois. Je n'ai plus les sensations de ralentissement de la ké, plus la dissociation, je n'ai plus que la vivacité des couleurs du LSD, . J'ignore parfaitement quelle heure il est. J'ignore tout aussi bien où je suis. Le son de la teuf ne parvient plus à mes oreilles. Je suis dans un chemin boueux, au beau milieu de la forêt - qui ressemble pourtant à celle où nous étions. Pas un chat aux alentours. Alors je suis où ?

Avant de paniquer, la première chose qui m'apparait vu la puissance de la goutte, c'est la vivacité des couleurs de la nature. Prendre du LSD en pleine matinée - le mieux c'est au lever du jour -, c'est se rendre compte de la force de la vie. Autour de vous, tout respire, tout reluit, tout brille, et vous, comme un espèce de méga connard happé par un monde consumériste narcissique, vous viviez presque sans vous en rendre compte. Oh, bien sûr, vous avez kiffé ce panorama soufflant lors de vos dernières vacances, ou vous avez joué l'émerveillé devant une cascade torrentielle. Or, le LSD, il vous fait voir l'âme des choses. Comme les indiens qui considéraient que tout avait une âme, similaire à la notre, et devait être traité en égal, dans un grand souci de respect et d'équilibre. Parce que vous n'avez jamais entendu rire une rivière. Vous n'avez jamais vu s'étendre le ciel comme pour une accolade divine, vous n'avez jamais senti avec un toucher exacerbé ce qu'est la terre porteuse de vie. Vous n'avez jamais considéré l'environnement que comme un moyen plus que comme un vivant. Le LSD, il vous fait embrasser ça, et au début, c'est dur de l'encaisser. Vous vous haïssez de ne pas avoir vu toutes ces couleurs, toutes ces frasques, d'avoir ressenti ces ondes. De vous être laissé berner par cette fausse réalité sociétale. Vous comprenez K-dick, vous comprenez Geronimo. Vous comprenez les histoire de revenir à la simplicité, à la base, et au sens des réalités altérées. Ensuite, une fois habitué à cette idée et le trip intégré - on ne redescend jamais vraiment d'un gros trip au LSD : on s'y adapte -, vous vous mettez à haïr le monde de ne pas voir comme vous et de vous prendre pour un illuminé façon hippie.

Donc là, primo, c'est ce qui revient en pleine gueule. Les arbres, la boue, le ciel bleu - il fait jour maintenant, depuis combien de temps ? -, la fraicheur d'une rosée qui s'envole doucement pour laisser la place au soleil. Tout ça m'émerveille bien plus que Spank et Wiz'. Putain, et Mila ? Dans quel état elle doit-être, elle ?

J'ai du triper très fort. Perte de mémoire, ou je sais pas quoi. Aller devant le son, taper un énorme délire, et perdre mes potes. Marcher perché, tout droit, enfin, je sais pas. J'ai du partir en couille. Le problème, réel maintenant, c'est que, d'une, je n'entends plus le son donc impossible de me diriger vers la tawa - pour peu qu'elle soit encore là ! - et de deux, que je ne sais pas par où je suis arrivé. Tout droit, en arrière ? Et puis comme par une douce ironie de la vie - t'en as trop pris mon vieux t'en as trop pris ! - y'a aussi des chemins qui partent sur les côtés. Un genre d'enchainements de carrefour de vieux chemins de boue et de séparations coupe-feu inhérentes aux forêts du blayais.

Je fouille mes poches. Des tas de papiers divers en sortent. Mon tabac tombe par terre. Je récupère les papiers, et je bascule en avant. Sur le sol. OK. Je récupère les papiers, mon tabac, je me relève. Les feuilles sont tombées du paquet... je me rebaisse. Le contact avec l'humus est une merveille. Je scotche un moment, et je percute que je suis tordu à moitié sur mes jambes et désarticulé comme un autiste. Que ma motricité n'est plus vraiment cohérente. Tout est flou, confus, et chaque geste entraine une maladresse que je fige, ne rattrape pas, et me fait me sentir ridicule.

Je jette tout par terre. " Putain ! " Et là, encore pire : je percute que tout le reste est dans la voiture. Quand je dis tout, c'est tout : mon portefeuille, mon téléphone - impossible donc de rejoindre ou de prévenir les autres que je suis perdu et taré - mes clés, tout. Je suis là, à moitié autiste, sans rien d'autre que du tabac, impossible à rouler de toute façon vu l'état de ma synchronisation gestuelle.

....


Je scotchais. Ca a duré... longtemps, je crois. Une minute ? Une heure ? Je sais même pas ce qui m'a...

Un mouvement imperceptible vient de se faire sur la droite. Goutte de pluie sur une feuille, petit animal, monstre sanguinaire ? La peur m'envahit : je me relève, me tourne, et observe. Rien. Alors je ramasse mon barda, et tant pis, le tout pour le tout : je pars à l'opposé de la direction vers laquelle j'étais tourné en "reprenant conscience".

Au fur et à mesure que je marche, j'ai la désagréable impression d'être suivi. Psychose ou réalité ? Il peut arriver des tas de trucs en teuf. Je vais quand même pas me faire voler, agresser, eviscérer, ou je sais pas quoi comme dinguerie qui pourrait se passer ?

Et, en fait, c'est un farfadet qui sort des buissons. Je me mets une claque. Nan, ok, les hallus, j'ai connu, je connais et je connaitrai : j'ai jamais vu de vaisseau spatial envahir mon champ de vision, j'ai jamais vu de lutin, de sirène, ou de délire à la con. Mes hallus c'est toujours de la distorsion, de la couleur qui change, à la limite, de la couleur à la place de la musique quand vraiment j'y vais... mais là... un farfadet. Putain mais c'est quoi ce délire ?

— Salut, mec ! Ca va ?
... Putain il parle le farfadet en plus. Ouah j'suis cherp putain...
— Beh oui je parle, tu voulais quoi ?
...putain il télépathise le farfadet en plus.. Carrément chéper !
— Chéper ?
— beh ouais, chéper, perché, quoi. J'me tape le vieux délire du sale teufeur à la con qui voit des lutins qui se droguent et qui dansent dans la forêt.

Trip interne ou pas, faut avouer qu'il a de la gueule, le farfadet. Il a beau avoisiner le mètre vingt, porter des chaussures vertes d'une taille similaire, un pantalon de coton marron, être torse nu et plutôt bien dessiné, avoir un champignon en guise de chapeau et un baton pour tout sceptre, je trouve qu'il a de la gueule. Si j'avais voulu imaginer un farfadet, j'aurais souhaité qu'il soit comme aç.
— Merci beaucoup ! C'est pas la peine de parler, je lis en toi. Tu te drogues ?
— Beh ouais, sinon je te verrai pas... Oui, j'me drogue.
— C'est pas bon ça. La drogue, c'est mal.
— Beh disons que normalement c'est plutôt l'inverse que vous êtes censés dire, dans la mythologie des teufeurs. Les farfadets c'est le peuple au fond des bois qui danse comme un peuple heureux,
— Beh c'est ce qu'on fait. Mais on se drogue pas.
— On ?
— Beh moi et ma tribu !

Ouh putain là y'a du gros niveau quand même. Je veux bien, moi, triper, et tout ce que vous voulez, mais se retrouver face au plus gros cliché des teknoïdes et taper la convers' avec, ça tient de la pathologie plus que du trip... Faut que je me reprenne. Oublie cette hallu. Marche.

Donc, je me remets à marcher. Tranquille. Détendu. Je souffle. C'est sûr, je vais vers la teuf. C'est sûr, y'a encore la teuf. C'est sûr, mes potes ne m'ont pas oublié. C'est sûr, y'a aucun farfadet qui me suit...

Tandis que j'avance toujours, son gros nez arrive à ma hauteur, et, en plaçant son visage devant moi et en reculant sans une once de difficulté, le farfadet me demande :
— T'as l'air stressé, ça va pas ?
— J'suis un peu flippé, là, et t'y es pas pour rien.
— Faire peur aux gens ? Mais non ! Les gens ont toujours peur de nous, alors on se cache, mais on les aime bien, nous, les gens ! On veut que les aider.
— Les aider ? Putain... Arrache-toi !
— Tu vois ? qu'il me fait de sa petite voix aigue clichée. Toi non plus, tu veux pas.
— Tu veux m'aider à quoi ?
— Je suis un farfadet. Je peux faire plein de tours, des blagues, je connais la nature, la forêt... Je peux t'aider pour plein de choses ! De quoi as-tu besoin ?
— De retrouver ma route, là.
— Pourquoi ?
— Pour retrouver mes potes.
— Pourquoi ?
— Beh pour retrouver la voiture, finir la teuf, et rentrer avec eux.
— Pourquoi ?
— Beh pour rien, quoi, merde, je vais pas rester ici comme un con !
— Et pourquoi pas ?
— ...
— Pas la peine de parler, je t'ai dit. J'entends le silence dans ta tête.

Bon, bon, bon. Je dois m'arrêter de parler. Au fur et à mesure que j'avance, les choses se mettent en place : nous sommes encore en début de matinée. Je sens le soleil qui chauffe de plus en plus ma peau.. et je percute que j'ai pas d'eau.
— Sinon, il est le tiers-après-la-lune. Et y'a une rivière là-bas.
— Une rivière ?
— Beh, pour boire, quoi  !
— Boire de l'eau non potable... laisse béton, farfa - je peux t'appeler farfa ? - t'es dans ma tête, t'as pas besoin de boire, toi.
— De l'eau non potable, une rivière ! rigole t-il. Vous êtes fous !
— Qui, on ?
— Beh, les humains, quoi ?
— Je veux bien les rejoindre, mes fous, moi !
— Pourquoi ?
— Putain mais ça devient complètement barré : je te parle ! Pour retrouver mes potes. Mes sous. Mes clés. La coke de Wiz dont j'ai bien besoin et qui te fera surement disparaitre pour de bon.
— Disparaitre ? Pour de bon ? Moi ?
— Ouais.
— Tu veux me tuer ?

Je vacille. Jusque là parfaitement inoffensif, un aura bleueté s'échappe maintenant des yeux du farfadet et il me fixe intensément, toujours en reculant sans la moindre difficulté. Son sourire n'est plus. Sa main serre plus fort le baton.

— Non, je veux pas te tuer, c'est pas ce que je voulais dire...
— Penser...
—... C'est pas ce que je voulais penser. Non je veux pas te tuer, je veux juste me rassurer. Retrouver ma réa... Euh. Mon monde. Bref, tu sais rouler, farfadet ?
— Oui, je sais rouler.
— Bon. Tu peux me rouler une clope ? Je suis incapable de coordonner un mouvement autre que la marche.
— Une clop..? Bwhaaa ! Tiens, prends plutôt un calumet !
Il me tend une longue tige de bois dans laquelle est insérée un genre de tabac humide.
- Un calumet ? C'est du tabac ?
— Nan, le tabac c'est pas bon. C'est humain. Non, c'est de l'herbe vive. C'est bon, ça.
Je fume son truc. Ca a un gout de gazon. Un truc dégueulasse qui fume trop blanc. Je tousse.
— C'est comme le thé, enchaine Farfa'. C'est pas si nocif, et ça fait un coup de boost. Je tourne qu'à ça quand on se décide à danser, ma tribu et moi !
— Farfa', t'as une bonne audition, toi ?
— Un peu mon n'veu !
— t'entends pas un rythme là ? Un boom boom ? De la musique ?
— Si, j'entends de la musique ! Et je l'adore !
— Ah ? Vers où ?!
— Là !

Son bras se tend et il me montre un arbre sur le côté.  Enfin, plus précisément, la branche d'un arbre. Je l'interroge :
— Là-haut, là ?
— Beh oui, la musique, tu l'entends pas ? Tu le vois pas ?
— Nan... Carrément pas.
Le farfadet porte ses mains jointes et rondes à sa bouche, et il pépie. Le pépiement arrondi s'envole... et un oiseau lui répond.
— Tu vois ! La musique !
— Mais.. Mais c'est pas de la musique, ça ! C'est un putain d'oiseau !
Un truc me tombe sur la tête, violemment. Je me protège. Subitement, un rouge-gorge apparait devant mes yeux, et sans que je ne sache comment, je sens qu'il est chaud véner.


Farfa' pépie magnifiquement à son tour lui aussi, parle à l'oiseau, qui se pose sur son épaule, et lui adresse un geste tendre de la tête. Il poursuit vers moi :
— Tu vois, je t'ai un peu menti tout à l'heure. Je m'en veux. Je dois te dire la vérité. J'ai dit qu'on aimait bien les gens. Mais ça devient de plus en plus faux. A cause de toi, un peu.
— Fwhalala.. ramenez moi chez moi putain...
— Je te parle de musique et tu me dis que l'oiseau n'en est pas. On vous parle de vie et l'arbre n'en est pas. On vous parle de rivière et vous parlez d'eau potable. On vous parle de la Lune et vous parlez de fusée...
— Comment ça ?
— Vous pourrissez tout. Alors on se cache. On a remarqué que la plupart des gens comme toi continuaient à danser comme le faisaient vos ancêtre, la nuit, en pleine nature. Eux, ils comprenaient. Ils dansaient, ils restaient simples... Ils venaient pas ici pour arracher la moitié de la forêt pour faire des feuilles avec des arbres ! On se force à vous aimer mais ça devient de plus en plus difficile !
— Putain un trip avec un farfadet écolo... C'est énorme. Mila va jamais me croire !
— Rien ne vous semble réel autrement que dans votre prisme. Rien ne vous émerveille plus d'autre que vous, votre progrès. Une rivière est un amas de molécule. Moi je suis un trip.Vous expliquez tout, vous analysez tout, mais vous ne comprenez rien. Hein, RG ?
L'oiseau sur son épaule pépie. Je remarque alors plus de choses : Farfa a l'air d'un vieux sage indien. Il marche toujours un peu vouté, et a le visage un peu ridé. Ses yeux renvoient une aura bleu qui m'attire inlassablement...
— T'as quel âge, Farfa ?
— Oh, je suis encore tout jeune, j'ai à peine mille trois cent ans. RG est bien plus vieux, sur son échelle : il a déjà trois ans !

Bon, là c'est du grand délire, et l'angoisse me prend tout à coup. Je décide de prendre le contrepied, d'accepter mon énorme trip, et de le laisser couler, me guider, de ne plus le retenir dans la peur. Au lieu de fuir l'obstacle,  comprenons-le...

- Je lis dans tes pensées.. je suis un obstacle ?
- Nan, j'ai pensé trop vite. Tu chamboules toute ma conception de la réalité. C'est.. pas possible à accepter.
— Et pourtant, je suis là !
Comme pour prouver sa bonne foi, il me griffe la main. Du sang s'écoule de la légère coupure.
— Et ça, c'est dur à croire ?
Estomaqué, je reste bloqué sur ma main un bon moment. Stupidement, je vais même jusqu'à gouter mon sang. Tout est normal. Sauf mes sens qui sont décuplés. J'admets, plus en espérant une sortie de ce délire qu'en pensant vraiment les mots qui arrivent :
— C'est ouf, Farfa'. J'avais jamais pensé que vous pouviez exister. J'avais même, jusqu'à y'a trente secondes, même pas conscience que tu puisses penser, ressentir. Que c'était mon cerveau.
— Tu vois, encore l'analyse, le cerveau, la science. Ca se passe, ou pas, ce qu'on vit là ?
Non sans une certaine appréhension déguisée, je lui touche l'épaule.
— Non seulement ça se passe, Farfa, mais ça me fait pas mal cogiter.
— Et c'est bien, parce qu'il faut, que vous cogitiez. Pourquoi tu veux rentrer chez toi ? Tu es chez toi ! C'est ta maison, ce ciel. Cette forêt, c'est ta soeur. Cette rivière c'est aussi ta vie. Tu es interdépendant. Et ce rouge-gorge, c'est un ami : un ami musicien !
— Je veux rentrer chez moi pour retrouver les miens !
— Ils sont tous tiens, et tu es entièrement leur, Kwak' !
— Tu connais mon blaz' ?
 Le rouge gorge rigole.

Il me faut me rendre à l'évidence : je peux le toucher. Je ressens le soleil. Je peux marcher. Parler. penser... S'il avait raison ? Si une part de notre mythologie était réelle et ne s'était occultée qu'avec l'apparition terrible d'un progrès bien trop débridé ?

Farfa' m'apparait maintenant comme un soleil. Il dégage une force incroyable mêlée à une sérénité impeccable. Mille trois cent ans... Tu m'étonnes ! Il parle aux oiseaux, boit dans les rivières, réfute le progrès, et pense à l'arbre à côté de lui comme il penserait à lui même. Avec amour et compassion. Il n'est rien, donc il est tout. S'il n'est pas, qui suis-je alors pour le voir ?
— Farfa, je crois que si je retourne chez moi, je vais mettre un moment à sortir tout ça de ma tête !
— Surtout pas ! Ne sors rien : Garde. C'est la leçon de la vie. Parles-en à tes amis danseurs, qui aiment aussi la forêt, la nuit et la nature presque autant que nous. Ce sont les plus aptes à comprendre ! Ensuite, parles-en aux autres ! A tous ! Il faut que tous sache que vous détruisez la vie au lieu de la préserver !
Au moment où j'allais répéter qu'il fallait pour ça que je rentre, Rouge-Gorge parle.
— Putain ils passent de la trance là où quoi ?
— Bwhaa, de la trance ! a reprit Farfadet d'un air dégouté.
— Ah non, moi j'adore ça !
Je saute sur l'occaz' :
— Il entend le son, ou quoi, l'oiseau ?
— L'oiseau il s'appelle RG et il t'emmerde, l'humain, me dit RG.
— Il a une ouïe et une voix enviable, c'est clair ! C'est un oiseau !
Et là, sans plus de frein, sans plus de moi, de monde, ni rien, je regarde Rouge-Gorge, et je lui dis :
— Allez, viens, mon gros, on va taper du pied ! Amène moi à la trance, je te suis.
Le Rouge-gorge pépie longuement de joie, puis il s'est misse met en vol stationnaire.

— Farfa... je crois pas t'oublier de sitôt. A bientôt, je ferai attention à tout ça !
— A bientôt, gentil petit drogué !

Et Rouge-Gorge commence à tracer en volant dans mon dos. J'allais du mauvais côté depuis le début ! Je me retourne, et je cours comme un dératé pour suivre RG. Mais arrivé au troisième pas... Le sol s'enfonce sous mes pieds.

***

— Ow ! Ow ! Ca va putain ? Meeec !
J'ouvre les yeux. En fait, je les dé-révulse. Je suis toujours dans la voiture. Sur le siège avant-droit.
— Putain mec tu commençais limite à convulser ! Ca va t'es sûr ?
— Fwaa j'ai fait un trip de bataaaaaaaard là ! Je...
Je regarde Wiz', Mila, Spank. Je réfléchis. Je me demande franchement si je leur raconte..
— T'as vu quoi, Psykonaute ? me demande Mila
— Je.. rien. J'étais... au dessus de moi. Au-dessus de mon corps. C'est tout.
— C'est tout, sûr ?
— Ouais, mais j'arrivais plus à revenir. Enfin, j'étais.. bloqué dans mon trip. Il a fallu que je joue avec pour en sortir vraiment.
— Faut calmer un peu la prochaine fois, vieux, ajoute Mila.
Je la fixe. Elle a prit une aussi grosse goutte que moi... Je l'interroge :
— Et toi ?
— Moi ? Rien. Fin, si, quand même, quoi. K-hole, euphorie. J'suis allé faire un tour au son pendant que Wiz te surveillait. Fin ca va, quoi.
— Putain mais...
— Mais quoi ?
— Nan rien... Ptin j'ai chaud dans cette voiture de merde là.
Je regarde ma main. Une petite coupure récente trône au milieu de ma paume. J'attrape le spliff que j'ai roulé avant ma montée de Ké. J'ajoute, angoissé :
— Azy, j'suis pas bien, là. Défoncé, engourdi : je sors prendre l'air, là. J'vais pas au son ni voir les gens, je suis pas loin : je vais faire un tour, marcher un peu...
J'ai claqué la portière.
Dans la voiture, Wiz demande à Mila :
- Putain heureusement que j'ai pris les buvards de l'autre... Elle a l'air forte ta goutte. Pourquoi il se barre comme un con seul tout dans la forêt, Kwak ?
- Rien, rien... il va juste jouer de la musique avec les oiseaux.
« Modifié: 25 Septembre 2015 à 18:08:33 par Psykokwak »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]
« Réponse #1 le: 26 Septembre 2015 à 00:27:25 »
Salut,

Je vais t'écrire un genre de commentaire qui me gêne un peu, parce qu'il n'y aura rien de constructif dedans :-[

Donc en gros, passées les premières lignes un peu destabilisantes car assez inhabituelles,  mais vachement sympa quand même, j'ai simplement arrêté de penser. Je me suis contenté de triper aussi grâce à ce texte. Il y a eu quelques fautes je crois bien, mais rien de grave et le reste était juste magnifique.
Je sais pas trop quel genre de commentaire tu peux bien attendre. J'ignore la part d'autobiographie dans ce récit, mais en tout cas l'ensemble fait très expérience vécue (soit c'est le cas, soit c'est juste très bien rendu), et en tant que telle, j'ai l'impression que c'est le genre de texte qu'on prend en entier ou qu'on jette, sans compromis, sans j'ai bien aimé ici mais je trouve que tu devrais changer là. Et moi je prends, carrément, j'accepte ce gros délire psychédélique philosophique.
Bref, j'ai presque que des éloges à te proposer et tu vois, ça me gêne. J'ai adoré comment c'est bien ficelé et tout naturel en même temps, sans trace des points de suture. Et c'est assez impressionnant car en fin de compte, on va de rebondissement en rebondissement, bien nets et distincts. On commence avec une scène ordinaire dans le milieu, comme tu dis ; on y reste suffisamment longtemps pour  planter solidement le décor et c'est là que ton perso s'envole. Puis alors qu'en temps normal, après la montée vient la descente, le LSD vient briser toutes les règles et on a au contraire droit à un décollage au carré. Et c'est là, au moment où il ne nous reste plus aucun repère, à l'image de ton perso perdu dans les bois et qui rencontre un farfadet, que vient la leçon humaniste, et qu'on assiste à la partie la plus sensée du texte. Et le tout, je le répète, me paraît très naturel et sans coupure, comme si tout ça était une unité d'histoire indissociable.

Bref, je sais pas trop ce que je pourrais trouver à redire.
Peut-être trouver une autre chute ? J'ai l'impression que je peux ne pas être d'accord avec celle-ci, car le côté autobio intouchable dont je parlais est écarté vers les deux répliques finales avec l'arrivée de ce qui semble être un narrateur omniscient ( à moins que le perso les ait entendus de loin ?) ; et parce que je n'ai pas été spécialement touché par cette fin.
Et trouver un autre titre je pense, celui-là n'est vraiment pas terrible à mon avis.

Mais entre ces deux extrémités, ça a été une lecture absolument fascinante  :)
« Modifié: 26 Septembre 2015 à 00:37:21 par extasy »

Hors ligne Baptiste

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 616
  • Pingouin de Patagonie
    • Rêves de comptoir
Re : La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]
« Réponse #2 le: 26 Septembre 2015 à 12:37:39 »
Yop

Alors les deux trois truc relevé :
Citer
Et les cinq mecs se natchavent
Je sais que c'est de l'argot, et que y a pas d'orthographe précise, mais j'aurais écrit "nachavent"
Citer
t tous ces fans de Réduction des Risques.
Pourquoi les majuscules ?
Citer
pour katmandou
La pour le coup majuscule non ?
Citer
"Putain quand on fait un K-hole, ça fait à peu près le même processus que décrivent un tas de religion, faudra que j'en fasse quelque chose. Une nouvelle, peut-être.
J'aime bien cette mise en abime, avec le "un jour j'en parlerais, mais de toute façon je n'y arriverais pas, alors que c'est ce que tu fais
Citer
eh oui ! Si je m'éthère, elle doit bien s'éthérer aussi quelque part, la meuf !
ça aussi c'est rigolo, la logique du mec perché
Citer
- Rien, rien... il va juste jouer de la musique avec les oiseaux.
Jolie chute.


Bon je sais pas trop comment commenter. C'est bien écrit bien perché. Peut être un peu long. Y a pas mal de répétition quand le kwak est en train de parler avec le farfadet et qu'il dit qu'ils veut rejoindre les siens.
En soi, je trouve la scène plutôt bien mené, y a des chose qui m'ont fait sourire. Les réflexions sur le fait qu'on ne sait plus se droguer me plaise bien aussi. Après ben euuuh, comme tu le dis, c'est un jogging, ça ne sera sans doute pas mon texte révélateur, ni rien, mais c'est plutôt bien réussi et j'ai passé un bon moment à la lecture.

Merci pour ce texte

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 775
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]
« Réponse #3 le: 26 Septembre 2015 à 18:44:37 »
Bonjour Psyko,

C'est un texte très personnel que tu nous offres, c'est plein de sincérité. Le sujet est clair, la forme est cohérente. Je pense que c'est le genre de texte qui a vraiment sa place sur le forum car il est plein de renouveau, il prend des risques, il se donne les moyens de parler vrai.
Deux éléments nuancés :
  • j'ai eu l'impression que ce texte n'était pas totalement abouti, comme s'il était important que tu fasses un pas de plus dans ta démarche d'auteur, avant de donner à la lecture un sentiment total de révélation. Autrement dit : j'ai ressenti ce texte comme étant l'écrit d'un visionnaire à qui il manque une étape de plus dans l'accession à l'équilibre
  • j'ai carrément adoré ma lecture, comme emporté dans l'inexistant, dans la promesse. Moi aussi, j'ai eu ce genre de trip philosophiquotorturé pendant ma jeunesse, plutôt à cause de l'alcool, mais très semblable à ceux de ton personnage. Ça m'a rappelé une lecture, celle de Sur la route de Jack Kerouac, même si je reconnais que l'intention n'est pas exactement la même. Je dois ajouter que les différents thèmes abordés ne me laissent pas indifférent, m'ont même passionné !!

Comme c'est de mise - mais pas toujours respecté - dans le milieu de la teuf, on s'échange des smiles, des bonjour, on parle un peu, comme frères. C'est ça la teuf : On est là pour la musique, pour la musique forte, très forte, pour dépasser les limites de nos esprits, de nos visions, de nos auditions, et de nos corps. Danser douze heures, voir des fractales à la place du ciel. Du coup, sans trop que je ne l'explique, y'a une fraternité inhérente au milieu. Un peu comme des taulards devant une évasion potentielle. Ou des SDF qui parleraient révolution.
Cette affirmation m'a particulièrement parlé. On peut l'interpréter de différentes manières. Il y a comme une fraternité dans la volonté d'évasion qui force à la réflexion et à la réaction. Je repense à la "compagnie du chat noir" de Rodolphe Salis, une réunion de fêtards littéraires que l'on avait vu naître pendant une époque de crise terrible, suite à la guerre Franco-Allemande de 1870... C'est le rêve d'un nouveau monde à travers l'ivresse et la volonté de vivre.

Je pense que ce texte est vraiment plein de sens.

Par ailleurs, tu reviens beaucoup sur la volonté du personnage à se raccrocher à la réalité. Très souvent, les vérités sont évoquées, martyrisées, redéfinies, questionnées...  J'ai eu le sentiment de suivre ton personnage dans sa quête du retour à la raison, comme si on pouvait être "raisonnable" dans de telles excentricités !
Ce serait comme d'affirmer que les extra-terrestres nous manipulent depuis la Lune...
Tu nous invites à croire qu'il ne s'agit pas d'une fiction en nous citant ton propre blaz', et tu accompagnes le texte de beaucoup de pistes sur un questionnement sur ce qui t'a poussé à écrire ce texte, sur ce qu'il dit.
On est sensible à la rêverie de ton personnage, on voudrait comprendre ce qui le hante.
C'est un texte qui a vraiment sa place sur le forum ; c'est innovant ; c'est plein d'ouvertures !

Tu sais faire vivre les mots.

Hors ligne TinkerBell

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]
« Réponse #4 le: 27 Septembre 2015 à 14:29:59 »
Je ne saurai faire de commentaire aussi constructif que les autres,
mais saches que ta nouvelle, je l'ai vraiment appréciée...
Elle a quelque chose de personnel et sincère.
La sorte morale est vraiment puissante et je ne pensais pas qu'un trip de "drogués" pouvait mener littérairement à ça.
Je tiens à te féliciter car j'ai vraiment beaucoup aimé  :huhu:
█ Trust █

TinkerBell, à votre service •••

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 950
Re : La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]
« Réponse #5 le: 29 Septembre 2015 à 20:58:18 »
Yo Kwakou !

Citer
nous en sommes le cramage de neurones.
nous en sommes au cramage de neurones.

Citer
et me filent une vision ?.
point en trop

Citer
je n'ai plus que la vivacité des couleurs du LSD, .
bug

Citer
Il a beau avoisiner le mètre vingt, porter des chaussures vertes d'une taille similaire,
similaire ?

Citer
On a remarqué que la plupart des gens comme toi continuaient à danser comme le faisaient vos ancêtre
s

Citer
Il faut que tous sache que vous détruisez la vie
sachent

Citer
Le Rouge-gorge pépie longuement de joie, puis il s'est misse met en vol stationnaire.
bug

Pour un jogging, c'est costaud ! Quelques longueurs (au début notamment) mais à part ça, ça claque.
Tu gères ton style, c'est super dynamique et vivant ; ça tourne au conte sur la fin sans qu'on le voit venir, ce qui te permet de philosopher avec force contraste par rapport au début. J'aime bien la fin avec l'idée que Mila a capté le trip.
Les dialogues sont réalistes, y a de la poésie dans la forêt et tout... Faudrait peut-être lisser et peaufiner un poil, mais sérieux, en premier jet, c'est grande classe je trouve. J'ai vécu quelques levé de soleil mémorables (moins perché quand même !) et là l'ambiance est vraiment bien rendue.
Elle t'inspire la Mila, faut vraiment que tu passes au texte long. Et n'hésite pas à nous balancer tes textes plutôt que les balancer à la poubelle.

La bise à RG de ma part,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

MillaNox

  • Invité
Re : La drogue et l'oiseau [Contenu explicite]
« Réponse #6 le: 29 Septembre 2015 à 22:32:15 »
Yo !

c'est partiiiii !
Citer
C'est pas vraiment le délire trance psyché avec les fresques et les couleurs à faire vriller le cerveau comme un indien : en cette fin de nuit, nous en sommes le cramage de neurones.
je comprends pas la dernière partie enfin si mais pas son lien au reste :\? ce serait pas  "au cramage" ?

Citer
De là à dire qu'il prend pleinement ce que chaque drogue pourrait lui apporter comme nouvelle sensations
nouvelles

Citer
— Alors comprends-là. File moi ton boitier, steuplé.
la

Citer
Enfin je crois. Je n'ai plus les sensations de ralentissement de la ké, plus la dissociation, je n'ai plus que la vivacité des couleurs du LSD, .
merdouillage sur la ponctu finale

Citer
Vous comprenez les histoire de revenir à la simplicité, à la base, et au sens des réalités altérées.
histoires, mais je trouve ça mal dit comme terme

Citer
Et puis comme par une douce ironie de la vie - t'en as trop pris mon vieux t'en as trop pris ! - y'a aussi des chemins qui partent sur les côtés. Un genre d'enchainements de carrefour de vieux chemins de boue et de séparations coupe-feu inhérentes aux forêts du blayais.
ahah ça me fait trop penser à alice au pays des merveilles ^^

Citer
Jusque là parfaitement inoffensif, un aura bleueté s'échappe maintenant des yeux du farfadet et il me fixe intensément,
une aura bleutée (féminin)

Citer
Subitement, un rouge-gorge apparait devant mes yeux, et sans que je ne sache comment, je sens qu'il est chaud véner.
:D :D

Citer
On a remarqué que la plupart des gens comme toi continuaient à danser comme le faisaient vos ancêtre, la nuit, en pleine nature
ancêtres

Citer
Le Rouge-gorge pépie longuement de joie, puis il s'est misse met en vol stationnaire.
bug

wop là !
Grosse fable psyché cosmique  :D :D c'est bien cool ce mélange, avec des infos limite technique (mais qui passe en toute fluidité), un délire onirique bien perché, le tout avec des réfléxions sur le monde, la drogue, la vie, la nature... Ya aussi le fait que les trips des deux drogues impulsent un rythme au narrateur qu'on retrouve dans le texte, (zooms dézooms montées descentes...) C'est vachement intéressant en tout cas d'entrer dans cet univers et d'en découvrir le décor d'un point de vue interne.
Pour ce qui fonctionne pas ou pourrait être améliorer :\? beh surtout que ça puisse s'inscrire dans un truc + vaste en fait. on sent les persos esquissé comme si on devait déjà les connaitre (ce qui est le cas :p)

voili voilou, c'était une lecture cool (bien que ça montre des aspects hard/négatifs aussi hein), assez inattendu de artir en live avec le farfa ^^ j'ai ri à pas mal de moment sur des répliques ou blagues (tendre la perche  :D)

merci pour ce texte

Milla


 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.014 secondes avec 16 requêtes.