Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

06 novembre 2026 à 20:04:25
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le cycle des dernières fois

Auteur Sujet: Le cycle des dernières fois  (Lu 1650 fois)

Hors ligne Edma

  • Aède
  • Messages: 207
Le cycle des dernières fois
« le: 05 septembre 2015 à 18:46:19 »
Bonsoir tout le monde,

Je reviens après deux mois de vacances assez chargés.
Avez-vous déjà souffert du fait que le commencement de la fin d'un cycle débute ?

EDMA

---


   Aujourd'hui, c'est la rentrée. Je sors de la voiture de ma mère en trombe. Un dernier regard en arrière et je dis adieu à mon été. Plus aucune sortie en semaine, les escapades nocturnes sont à bannir. Je lâche un soupir : l'année de terminale ne me dit rien qui vaille. Je remets convenablement mon sac sur mon épaule droite, puis je m'arrête en plein milieu de la rue, à quelques mètres de mon lycée. Et je réalise tout à coup que le cycle des dernières fois vient de se mettre en marche.
   
   C'est la dernière fois que j'entre dans cet établissement et que je marche la boule au ventre. Je me revois sept ans en arrière, toute petite et mal habillée. Je tenais la main de mon père et j'avançais lentement vers ce qui est,depuis ce jour ensoleillé, ma nouvelle maison. A cette époque, je ne savais pas que le temps filait aussi vite, qu'il était impossible de l'attraper et de l'arrêter. Je ne me doutais pas que j'allais croiser des personnes incroyables à Jean-Paul II. A l'évocation de ce souvenir, je lâche un soupir.Je consulte ma montre et me remets en route. Mes pas lourds battent le sol : ils savent qu'il est impossible de remonter le temps.

   Au loin, j'aperçois ma bande d'amis. J'entends leur rire, leurs éclats de voix. Dire que c'est la dernière fois que nous vivons une rentrée tous ensemble. Je m'avance vers eux en souriant. A mes yeux, ils composent tous ma deuxième famille. Nous discutons de tout et de rien, ressassant nos périples estivaux. Emma, comme à son habitude, arrive à la dernière minute. Même si je l'ai vue tout l'été, je suis heureuse de la revoir devant ce lycée, à notre endroit habituel. Nous sommes de plus en plus nombreux sur le parking. Les voitures avancent lentement, les chauffeurs arborent tous un regard agacé. Il est temps de rentrer.
   
   Nos pieds franchissent pour la dernière fois la porte de l'ensemble scolaire, ancien monastère, avec cet appréhension que tout écolier a un jour connue. Vladimir se demande si nous allons tous être séparé tandis que Nathan espère avoir un bon emploi du temps. Je les regarde amusée car je sais très bien que le proviseur adore composer des classes éclectiques. De toute façon,  tout le monde se connaît à Jean-Paul II. Les nouveaux arrivant ont d'ailleurs souvent du mal à s'intégrer. Mes amis et moi arpentons la cour et apercevons immédiatement la foule qui s'immobilise au fur et à mesure devant la salle de réunion. Une nuée de visages familiers s'affichent devant mon regard blasé. Tout cela ne m'impressionne plus. La porte du bâtiment s'ouvre, permettant ainsi aux futurs bacheliers de s'engouffrer à l'intérieur et de prendre place sur d'inconfortables chaises en bois.

   Comme à son habitude, le proviseur prononce un discours long et ennuyeux. Tous les ans, c'est la même chose. Ce quinquagénaire fier de sa personne parade devant la scène en déballant diverses anecdotes sur le baccalauréat ou même ses vacances. Puis, sans trouver de chute à sa tirade, il s'arrête de parler et commence à composer les classes. Je le regarde d'un air mauvais et croise le regard de Julie. Je peux lire de l'angoisse dans son regard, mais aussi de la curiosité. Chaque rentrée ressemble à une loterie. Le proviseur s'éclaircit la voix. Une toux grasse s'échappe de sa gorge. Tous les élèves se taisent. Néanmoins, leurs coeurs battent en osmose.

   Les minutes défilent, la salle se vide. La plupart de mes amis sont appelés. Des jambes s'agitent, certaines mains tremblent, le suspens est insoutenable. Emma est encore là, Nathan et Victor aussi. D'un coup, je réalise que ce que j'avais crains tout l'été est sur le point de se réaliser. Je regarde furtivement les élèves autour de moi. Le proviseur ouvre la bouche et avant qu'un seul autre son en sorte, je comprends. Mon nom est appelé, celui de mes quelques amis restants aussi. Il est trop tard : les latinistes nous dévisagent déjà avec un air supérieur.

   Je secoue la tête. Où est passée ma classe de l'année dernière ? Je la cherche mais rien à l'horizon. Cette dernière rentrée est vraiment différente des autres. Je plisse le nez, fait une grimace à Emma et suit le groupe. Nous traînons derrière, croyant à un mauvais rêve. J'ai l'impression d'être une intrus. Ma place n'est pas ici. Le troupeau s'aventure dans un des nombreux bâtiments de l'ensemble scolaire. Il monte une dizaine de marches, tourne à droite, et s'arrête subitement. Dix mètres en arrière, je l'observe avec une moue désapprobatrice. Cette année, vêtue d'une aura mystérieuse, me donne la chaire de poule. J'ai envie de prendre mes acolytes par le bras et de m'enfuir. De remonter le temps. De revivre les plus précieux de mes souvenirs.

   Le professeur principal, avec pour matière de prédilection la biologie, sort un trousseau de clés de sa poche. Impeccablement habillé, cet homme inquiète et impressionne à la fois. Il ouvre la porte. Je m'apprête à marcher rapidement, bravant les autres pour me trouver une place au fond. Mais Monsieur Florensiensis m'arrête d'un regard incendiaire. Celui-ci sort un papier de sa poche. Je comprends que c'est à cause de ce papier que je me trouve ici, devant cette porte, à maudire tout le monde. Les lèvres du professeur étire un sourire : nous allons être placé par ordre alphabétique. Bonjour le retour au CP. Et encore, même des élèves de primaire peuvent s'asseoir où ils veulent.

   Mes nouveaux camarades de classe se rangent sagement le long du mur. Il ne manque plus qu'ils se tiennent par la main. Je hausse les sourcils. De toute ma vie, je ne me suis jamais sentie aussi mal à l'aise. Ce n'est pas le fait qu'ils forment l'élite intellectuel du lycée qui me dérange, ni qu'ils fassent tous plus d'options qu'il ne faut pour avoir le bac avec mention. Non, ce n'est pas ça. Ce sont leurs manières et leur façon de penser qui me tracassent. Ceux-ci sont formatés. Ils pensent comme leurs parents, comme leurs enseignants et n'ont jamais appris à chercher plus loin. Si maman a dit qu'avorter c'était mal, alors je la crois, je ne vais pas mener de recherches et si papa pense que les mots « pénis » et « vagin » sont dangereux, c'est qu'il a sûrement raison. Puis, si un enseignant me dit que je suis doué, il ne faut surtout pas que je cache ma modestie.Voilà pourquoi ces personnes me dérangent. Je range ma confusion dans un coin de ma tête et j'attends que le professeur de biologie nous place.

   Celui-ci m'indique la place maudite, c'est-à-dire, tout devant. Ma meilleure amie, quant à elle, est envoyée à l'arrière de la classe. Pourquoi est-ce que le nom de famille d'Emma est si différent du mien ? Que je m'appelle Georg et qu'elle se nomme Rolande ne devrait pas affecter le choix de nos places. Je pose violemment ma trousse sur ma table. Ce n'est pas la place que je souhaitais avoir pour ma dernière année au lycée. Il est trop tard pour changer de classe et je ne veux pas laisser mes amis seuls dans ce monde hostile.

   Je regarde mes nouveaux camarades. L'espace de quelques secondes, je revis les années précédentes. Un pincement s'empare de ma poitrine. Je déteste ce sentiment. Désormais tout est derrière moi. Pourtant, les souvenirs s'amoncellent sous mes yeux. Vladimir et Thomas qui me jettent dans la Loire, nos repas animés, les querelles avec mon meilleur ami, les plans foireux avec Emma, tout défile dans ma tête sans que je puisse faire une pause. Soudain, la porte se referme. Le professeur avance d'un pas conquérant vers l'estrade tandis que je reviens à la réalité. Mon visage se tend et je sens le regard désespéré d'Emma se planter dans mon dos. L'année commence officiellement et j'entends au loin le rire de Vladimir qui se perd dans les couloirs...

   
« Modifié: 26 novembre 2015 à 23:04:59 par Edma »

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 295
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #1 le: 05 septembre 2015 à 23:03:10 »
Un sujet d'actualité qui résonne tout particulièrement en moi. Fluide, malgré quelques phrase "bateau", un récit agréable ;)
Utopisme

Hors ligne Edma

  • Aède
  • Messages: 207
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #2 le: 05 septembre 2015 à 23:26:38 »
Merci beaucoup. Ton commentaire me fait plaisir.
Je fais essayer de faire évoluer certaines phrases, il est vrai qu'elles sonnent d'une façon assez banale.

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 295
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #3 le: 06 septembre 2015 à 11:34:51 »
Mais je t'en prie  ;D fais moi signe quand tu auras arrangé ce que tu souhaites
Utopisme

Hors ligne Solene

  • Tabellion
  • Messages: 22
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #4 le: 06 septembre 2015 à 11:44:41 »
J'aime bien comme tu décris la nostalgie et le changement  :)

Citer
L'année commence officiellement et j'entends au loin le rire de Vladimir qui se perd dans les couloirs...
C'est quand même joli de finir comme ça   ::)

Le mépris de la narratrice dans le paragraphe 9 me la rend un peu antipathique, même si je comprends ce qu'elle ressent
Et puis bien-sur la narratrice ne doit pas être forcément "sympathique"! 
Dès qu'on parle du lycée on classifie les gens :-[

Citer
et si papa pense que les mots « pénis » et « vagin » sont dangereux, c'est qu'il a sûrement raison.
haha c'est un peu caricatural :???:
C'est vraiment "les gros bourges coincés du cul" quoi
C'est peut-être fait exprès

Citer
La plupart de mes amis est appelée.
sont appelés

Voilà  :)
« Modifié: 06 septembre 2015 à 11:55:41 par Solene »

Hors ligne Edma

  • Aède
  • Messages: 207
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #5 le: 06 septembre 2015 à 14:41:38 »
J'aime bien comme tu décris la nostalgie et le changement  :)

Citer
L'année commence officiellement et j'entends au loin le rire de Vladimir qui se perd dans les couloirs...
C'est quand même joli de finir comme ça   ::)

Le mépris de la narratrice dans le paragraphe 9 me la rend un peu antipathique, même si je comprends ce qu'elle ressent
Et puis bien-sur la narratrice ne doit pas être forcément "sympathique"! 
Dès qu'on parle du lycée on classifie les gens :-[

Citer
et si papa pense que les mots « pénis » et « vagin » sont dangereux, c'est qu'il a sûrement raison.
haha c'est un peu caricatural :???:
C'est vraiment "les gros bourges coincés du cul" quoi
C'est peut-être fait exprès

Citer
La plupart de mes amis est appelée.
sont appelés

Voilà  :)


Bonjour à toi,

Tout d'abord, sache que ton commentaire m'a fait énormément plaisir. J'aime bien qu'on me remette en questin, ça me permet d'améliorer mon texte.
Ensuite, merci pour ta correction. J'efface cette faute dès que cette réponse sera postée !   :noange:
Et enfin, j'aimerai te dire que les personnes décrites dans ce texte existent, réellement. Ce n'est pas une caricature. Dans le passé, lorsque j'étais au lycée, j'ai cotoyé pendant ce genre d'élèves. Ceux-ci m'effaraient car j'en croisais souvent qui portaient des pulls reniant le mariage pour tous, l'avortement. Si mon personnage se montre si méprisante envers eux, c'est juste parce qu'elle sait que toute l'année, elle sera confrontée à des camarades qui n'ont pas du tout les mêmes convictions qu'elle.

Voilà, voilà ! Merci beaucoup  :coeur:

Hors ligne CoraL

  • Tabellion
  • Messages: 37
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #6 le: 06 septembre 2015 à 17:33:32 »
Bonjour Edma,

J'ai beaucoup apprécié ton texte. Il est bien écrit et la lecture est fluide, c'est très agréable à lire. Je l'ai aussi apprécié car je me suis revue au lycée, ton texte a fait ressortir des souvenirs. Le pari de la nostalgie est donc pour moi entièrement gagné :-)

J'ai comme seul bémol la même "critique" que Solene. Le paragraphe 9 me semble un peu "brutal" (c'est peut être un grand mot lol). D'un côté, il peut être très compréhensible dans la bouche d'une lycéenne et plus généralement des ados qui ont souvent des jugements très tranchés. D'un autre côté, pour le lecteur adute ces jugements ne sont pas forcément facile à "avaler" car le jugement adulte est supposé être plus subtil et non pas caricatural (mais ça c'est en théorie car en pratique beaucoup d'adultes ont des jugements stéréotypés et caricaturaux , sans réel argumentaire  >:D )
En fait ce qui me rebute un peu dans ce paragraphe c'est que la lycéenne fait ce qu'elle reproche aux autres : elle devient subitement hautaine et pense que SON opinion est forcément la meilleure. Elle est dans le jugement de valeur, tout comme ses pairs. Elle est contradictoire (mais là encore ça peut tenir puisque c'est une ado ;-) )

Personnellement, si je rencontrais ton personnage, j'aimerais parler avec elle pour sa maturité à comprendre la rapidité de la vie et pour son côté nostalgique qui traduit une grande maturité. Mais si elle me parlait comme dans  le paragraphe 9, je pense que je décrocherais. Mais je ne lui en voudrait pas car je mettrais ça sur le compte de l'âge :-)
Au niveau littéraire, ça passe parce qu'elle montre aussi toute son ambivalence donc ça peut faire un personnage intéressant qui étonne par certains côtés et agace par d'autres.

J'espère que je te t'ai pas froissé en "disséquant" ton personnage, c'est juste que j'aime particulièrement discuter de la construction des personnages   :P
« Modifié: 06 septembre 2015 à 17:36:17 par CoraL »

Hors ligne Edma

  • Aède
  • Messages: 207
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #7 le: 06 septembre 2015 à 18:13:30 »
Bonjour Edma,

J'ai beaucoup apprécié ton texte. Il est bien écrit et la lecture est fluide, c'est très agréable à lire. Je l'ai aussi apprécié car je me suis revue au lycée, ton texte a fait ressortir des souvenirs. Le pari de la nostalgie est donc pour moi entièrement gagné :-)

J'ai comme seul bémol la même "critique" que Solene. Le paragraphe 9 me semble un peu "brutal" (c'est peut être un grand mot lol). D'un côté, il peut être très compréhensible dans la bouche d'une lycéenne et plus généralement des ados qui ont souvent des jugements très tranchés. D'un autre côté, pour le lecteur adute ces jugements ne sont pas forcément facile à "avaler" car le jugement adulte est supposé être plus subtil et non pas caricatural (mais ça c'est en théorie car en pratique beaucoup d'adultes ont des jugements stéréotypés et caricaturaux , sans réel argumentaire  >:D )
En fait ce qui me rebute un peu dans ce paragraphe c'est que la lycéenne fait ce qu'elle reproche aux autres : elle devient subitement hautaine et pense que SON opinion est forcément la meilleure. Elle est dans le jugement de valeur, tout comme ses pairs. Elle est contradictoire (mais là encore ça peut tenir puisque c'est une ado ;-) )

Personnellement, si je rencontrais ton personnage, j'aimerais parler avec elle pour sa maturité à comprendre la rapidité de la vie et pour son côté nostalgique qui traduit une grande maturité. Mais si elle me parlait comme dans  le paragraphe 9, je pense que je décrocherais. Mais je ne lui en voudrait pas car je mettrais ça sur le compte de l'âge :-)
Au niveau littéraire, ça passe parce qu'elle montre aussi toute son ambivalence donc ça peut faire un personnage intéressant qui étonne par certains côtés et agace par d'autres.

J'espère que je te t'ai pas froissé en "disséquant" ton personnage, c'est juste que j'aime particulièrement discuter de la construction des personnages   :P

Oh non, ton commentaire ne me froisse pas du tout. Au contraire. J'adore parler de mes personnages et débattre à propos de leur caractère, cela me permet de leur donner une autre dimension.

En fait, j'ai essayé de me mettre dans la peau d'une adolescente basique. Tu sais, ce genre de prépubères qui pense que le monde leur appartient et qu'ils valent un peu mieux que les autres tout en ayant un tas de valeurs à défendre. C'est vrai, elle a un certain agaçant mais je pense que cela est dû à la déception. Elle ne s'attendait pas à vivre sa dernière année au lycée ainsi. La jeune femme pensait que cette année serait au-dessus des autres, car c'est la "dernière".

Je ne sais pas si je suis assez compréhensible ou cohérente mais en tout cas merci beaucoup pour ton commentaire. Je vais essayer de retravailler un peu le paragraphe neuf.  :noange:

Hors ligne CoraL

  • Tabellion
  • Messages: 37
Re : Le cycle des dernières fois
« Réponse #8 le: 06 septembre 2015 à 18:23:08 »
Recoucou Edma,

Oui je comprends tout à fait ton idée et elle se tient tout à fait aussi . Le personnage peut avoir un accès de colère qui lui fait dire n'importe quoi selon les circonstances qu'il vit. C'est tout à fait plausible et ça aura, à mon sens, encore plus d'impact s'il n'a pas justement, tout au long du récit, ce type de raisonnement ou cette façon de s'emporter.

Bonne continuation en tout cas et hâte de te lire de nouveau :-)

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.015 secondes avec 15 requêtes.