C'est quand souffle le froid qui glisse sur les recoins de la roche.
La poussière charriée par le vent est ce que, sur ses prétentieuses jambes, l'homme appelle histoire. Elle roule, minuscules grains de matières. Elle se cogne et s'entrechoque dans un chaos de formes et de tailles. De l'atome à la molécule, du grain de pollen au squam, de la goutelette au débris de feuille... Le flot d'inerte porte ce qu'il reste d'évènements, les pleurs d'un enfant, le relent d'une fin, une main douce de promesse.
C'est de ce monde aussi que naissent des choses et que d'autres voyagent en sommeil. Ainsi je suis né, moi la mousse sur le rocher, petite chose toute nue dans le vent, coincée dans un tout petit trou, fermement accrochée à la vie, au dessus de milliers de mètres. De mon trône aérien je ne vois jamais l'astre à qui je dois en partie ma vie. Mais je perçois tout ce bruit de fragments, je le vis et je m'en nourris. Tenez voici une peau morte, qui viens de chez vous car il y'en a de plus en plus, puisque vos êtes trop nombreux. Elle va se dégradée doucement dans mon girond, découpée par un ballet de bactéries arrivées d'un vol précédent. Ho le bel isotope! Celà aussi vient de chez vous. Je crois qu'il vient de guerres très loin au delà de la mer, au delà du désert. Il y'a aussi ce poil de sanglier et le squelette d'un minuscule insecte. Ha oui vous ai-je parlé des acariens... Ils sont un peu comme la plupart des humains, minuscules, seulement intérressés par ce qui les entourent et incapables de communiquer avec autre chose que leur espèce.
Voilà ma vie, en partie... Je vous fais grâce de mes moments difficiles et je suis trop pudique pour les beaux. Mais voici que viens le moment où vous vous rappellez que comme moi vous n'êtes rien qu'une petite chose fragile et terrifiée, que je vous aime bien, qu'ensemble nous étions heureux et que c'est ce que je vous chuchote quand dans vos cheveux... souffle le vent.