Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

28 octobre 2026 à 11:35:45
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Zootrope

Auteur Sujet: Zootrope  (Lu 1166 fois)

Hors ligne Baroquer

  • Tabellion
  • Messages: 27
  • Memento mori
Zootrope
« le: 09 août 2015 à 14:08:05 »
A la surface de ma peau, quelques gouttes de sueur s’évaporent, emportées par le vent ; souffle doux d’une nature en paix. Alors que mes jambes se balancent dans le vide, assis au bord du précipice, mes bras un peu grêles me tiennent en sûreté. Le ciel étoilé et la pénombre qui règne en bas de moi, me donnent l’illusion d’être au bout du monde. Ceci ne fait qu'accroître un sentiment de solitude, qui commence à me peser.
Un enfant se prononce alors : « Tu crois qu’il nous pardonnera un jour ? Dis » en plus de sa voix, j’en entends une autre raisonner dans ma pensée, disant les mêmes mots au même moment. Je suis sûrement fatigué ! En me tournant à droite, j’aperçois une petite stature aux cheveux noirs, lisses, qui lui donnent un air calme. Ces yeux sombres se reposent sur deux joues bien remplies, alors qu’il contemple, avec le même regard que moi, ce mirage de Terre plate. Je réplique alors, en gardant mon calme : « Que veux-tu dire par là ? »
-« Tu es là pour ça toi aussi, non ? » dit-il d’un air satisfait.
-« Pour ça ? Je ne comprends pas ! »
-« Le bout du monde, est la destination de ceux qui n’ont plus rien à faire sur cette Terre »
Cela me surprend qu’on ait identifié la même illusion, je me prends alors d’une sympathie envers lui, bien qu’il ne semble faire transparaître aucune émotion, si toutefois il en possède. C’est un enfant, j’estime son âge à 9 ans ; je suis fort talentueux en cela. Enfant déjà, avec un ami, on s’amusait à évaluer l’âge des passants, sans pouvoir vérifier à posteriori nos jugements, ce fut ridicule, mais la véracité de nos dires se vérifiait après un débat sans sens, qui mêlait cris, petits coups à la tête et insultes. Hélas, il n’est plus là pour traiter de tous les noms, ma propre mère et ça me manque, il me manque et ma mère aussi.
-« Hey ! Tu fais une crise d’épilepsie ? Je te parle depuis quelques minutes sans que tu répondes ! » Cris-t-il doucement, en secouant à peine mon épaule.
Je ris, soupire, puis m’explique : « je t’ai peut-être vexé, j’en suis désolé mais, tu vois, certains souvenirs sont tellement forts, qu’ils font oublier à un homme, le présent »
-« Je comprends. Pendant ton absence, je t’ai posé une question »
-« Laquelle ? »
-« À toi de me dire »
Entre frustration et sourire je demande : « Comment ? Je te parle sérieusement, pourquoi tu me charries ? »
-« Mais non ! Comment ? Bah, remonte donc le temps »
Je doute fortement de son sérieux, ou bien se venges-t-il contre moi, blessé par mon absence d’esprit, qui s’est invité au milieu de son discours ? Je ferme les yeux, respire cet air frais pour irriguer mon âme, et rouvre mes yeux à nouveau, il n’est plus là ! Je sursaute et risque de glisser dans le néant, mais mes bras me tiennent, ils ont ma confiance.
Mon esprit est rationnel, j’envisage alors les possibilités permises par le tissu de la réalité, tissé par je ne sais qui, mais dont je connais les caractéristiques. Il est tombé, s’est suicidé peut-être, un si jeune moineau ; mais demain on retrouvera son corps, le vide sous mes pieds se dévoilera vite plein, sous le soleil accusateur, plein d’ennuis que je n’ai pas cherché. Pour l’instant, soyons calme, je leurs raconterais ce que j’ai vu et entendu ; et si ils ne me croient pas, alors qu’ils me pendent !
Je reprends alors mon inactivité, me vide l’esprit en espérant que ça ne fut qu’un simple rêve, que j’eus sursauté en m’en délivrant. Je suis certes fatigué, esquinté par ce maudit travail que je ne garde guère par choix, il m’est imposé par les circonstances. Je suis pécheur en vérité, mais j’aimerais peindre ; oh que j’aimerais caresser un canevas de crayons puis de pinceaux ! J’y étalerais des pigments, qui s’aligneront à mes souhaits, donneront l’illusion de formes et de lumières, ébahirons les regards. Mais je suis pécheur, et mes mains meurtries peuvent longuement en discuter en harangues, comme celles qui m’étranglent l’esprit mais que je ne peux arrêter, tant leurs source est aussi celle de mon salaire.
Trois jours de repos sont à moi, et je compte bien en passer une grande partie ici, sans bière ni cigare comme amis. Je ne m’approche plus ces vices, quand je m’éloigne des gens du port. Mes sens ont un potentiel d’expression, qu’ils me réservent pour le restant de mes jours, plus on en reçoit plus on est vivant ; et moi je veux vivre, voir, toucher, sentir, à chaque opportunité qui s’offre à moi.
A mesure que certaines étoiles s’effacent, l’horizon se dessine, tue ma si précieuse vue sur le bout de la Terre. Mais il fait sombre tout de même, et je ne peux pas encore distinguer un vraisemblable cadavre gisant sous mes pieds. La voix reviens, d’abord soulagé, je panique et dans un geste brusque que je n’arrive pas à imaginer, je me retrouve m’attachant à la vie, comme l’un de ces gros poissons qu’on péchait, en émettant des rires barbares se nichant au fond de barbes dégueulasses, ces êtres se démenaient si violemment qu’on s’en éloignait par peur, nous hommes, si lâches ! Je suis donc accroché, par miracle, aux bords de cette guillotine. Mes pieds sont libres, et je les agite pour trouver un autre appui. Tout cela à cause de ce gosse, dont les discours sont revenus, sans que j’en puisse entendre nulle chose.
-« Alors tu n’étais pas là pour ça ! Nous avions alors tort » s’exclame-t-il
-« Ça ? Nous ?» j’oublie ma position, ulcéré par son absurde réaction.
-« Au premier abord, je t’ai pris pour l’un des nôtres ; c’est pour cela que je t’ai demandé de remonter le temps. Il fait sombre, mais le soleil se lèvera vite et tu verras »
Sans me poser de question, survivre à ce mystère sera plus aisé que de survivre à une pareille chute, alors je fais semblant de le comprendre : « D’accord, mais tu vois bien dans quel pétrin je suis ! Veux-tu bien aller chercher de l’aide ? Je suis assez robuste mais je ne crois pas pouvoir endurer longtemps, et si je ne lâche pas, ce rocher le feras pour moi »
-« Ne t’inquiète pas, tu ne vas pas mourir, pas de cette manière, non »
Bizarrement, je le crois et ne lâche pas prise. Le jour se lève, une lumière rosâtre éclaire sa face juvénile, semble décrypter pour moi les angles et les lignes, que je ne faisais que devinais sur son ombre à notre première entrevue. Ce visage m’est familier, et il donne l’air de le savoir.
-« Alors, tu me reconnais ? »
-« Tu me ressembles, es-tu de ma famille ? »
-« Non, oui !…enfin, je suis toi »
-« Je suis donc vraiment éreinté, ou l’es-tu toi ? »
-« Tu ne fixes que moi, regarde donc devant toi ! »
Le péril de la chute s’en est allé de moi, je ne ressens plus que mon cœur qui bat si fort, qu’on croirait qu’il veut briser mes cotes, se délivrer de sa cage. Devant moi, j’aperçois, ou plutôt, ma vision est inondée par tous ces corps, qui semblent ne différer que de quelques semaines de croissance l’un de l’autre. Ils parlent tous instantanément, bien qu’ils soient trop loin pour que je les entende, je perçois des mots se déchaîner dans mon esprit, des pensées se faire sans mon effort, comme s’ils m’avaient tous envahi par métempsycose. A la différence près, que je suis chacun d’eux.
Le petit enfant que j’étais s’approche de moi, ces cheveux et ces yeux étaient plus clair que je n’avais deviné dans le noir. Il se penche vers moi et me dit : « tu es notre éclaireur dans la rivière du temps, et tous ceux-là, ceux que tu as été chaque instant de ta vie, ce zootrope aux formes libres que tu contemples, tu es sa déception »
-« Vous…Nous sommes déçus ? Mais quels desseins ai-je contrarié ? »
-« Tu ne mérites même plus de savoir, aujourd’hui ça se réglera »
Menacé, tel un animal refoulé dans un coin, d’une impulsion instinctive, je trouve une force que je m’ignorais, et l’utilise pour me hisser vers une plate et rassurante surface.
Il se répète en souriant : « ça se réglera aujourd’hui », à peine la phrase terminée, je ressens en moi des pensées si noires, une mixture de suicide et de meurtre. C’est en levant ma tête, accablée par l’effort, que j’aperçois cette horde infinie courir vers moi. Je suis sans issue, la masse s’étend d’un bout à l’autre de la terre que je peux voir sous cette rosée matinale. Une si belle matinée.
En silence, la poussière se lève par leurs pas acharnés. A quelques centimètres de moi leurs expressions s’affichent, pourquoi tant de haine ? Ceci me peine. Mon jeune reste à sa place, souriant. Mais, près d’eux, je vois aussi qu’au milieu, de ce qui semble être une armée munie d’une seul voix, se déroulent dès lors une bataille. Quelques conflits saupoudrés çà et là, sur une pâte, globalement uniforme, de destruction. Un premier contact, un deuxième, je perds le compte ! Le ciel est beau vu d’ici, sur le dos, et cet air dans lequel je m’engouffre. Il ne me reste que quelques secondes, et une archive de moi sombrera aussi dans son élan.
La nuit, sous mes pieds, ce vide était une extension du cosmos. Je restais émerveillé jusqu’au matin, qui dévoilait en bas, une belle plage rocailleuse, là où vienne s’écraser les vagues ; elles venaient y mourir. Les voir s’échouer, était pour moi la conclusion des méditations d’une nuit blanche. Ma vie se conclura donc similairement, une vague de moi s’écrasant sur cette plage. 

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 096
Re : Zootrope
« Réponse #1 le: 09 août 2015 à 18:43:47 »
Salut Baro !

Citer
en plus de sa voix, j’en entends une autre raisonner dans ma pensée,
Euhhh tu voulais pas dire "résonner" ?

Citer
Ces yeux sombres se reposent sur deux joues bien remplies, alors qu’il contemple, avec le même regard que moi, ce mirage de Terre plate.
Ses ?

Citer
« Que veux-tu dire par là ? »
-« Tu es là pour ça toi aussi, non ? » dit-il d’un air satisfait.
-« Pour ça ? Je ne comprends pas ! »
-« Le bout du monde, est la destination de ceux qui n’ont plus rien à faire sur cette Terre »
Je suis pas sûr qu'il faille mettre des guillemets à chaque réplique. Je pense que la règle c'est un truc du genre ouvrir le guillemet à la première réplique et refermer au bout de la dernière réplique

Citer
C’est un enfant, j’estime son âge à 9 ans
neuf !

Citer
Cris-t-il doucement, en secouant à peine mon épaule.
Crie

Citer
Je doute fortement de son sérieux, ou bien se venges-t-il contre moi,
venge ; de moi ?

Citer
blessé par mon absence d’esprit, qui s’est invité au milieu de son discours ?
Apparemment c'est pas l'esprit qui s'est invité mais son absence, donc "invitée"

Citer
plein d’ennuis que je n’ai pas cherché.
cherchés ?

Citer
Pour l’instant, soyons calme, je leurs raconterais ce que j’ai vu et entendu
raconterai

Citer
ébahirons les regards.
ébahiront

Citer
La voix reviens
revient

Citer
que je ne faisais que devinais sur son ombre à notre première entrevue.
deviner !

Citer
C’est en levant ma tête, accablée par l’effort
accablé

Citer
se déroulent dès lors une bataille
déroule

Oké alors je dois être fatigué, parce que je n'ai pas compris cette fois  :/ Tout ce que je peux dire, c'est qu'il est un peu ce qu'est la goutte à l'eau, ou la vague à la mer. Mais qu'est-il ? Je vois pas, désolé ! En désespoir de cause, je me suis dit que c'était genre sa mémoire, ou toutes les composantes de sa personnalité, ou un truc de ce goût là. Mais bon je vois pas le rapport avec zootrope que j'ai checké sur google.
Bref, des éclaircissements  seraient pas de refus  :mrgreen:, par MP si tu veux, histoire de pas griller le texte à d'autres lecteurs.

Bye !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.016 secondes avec 15 requêtes.