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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.

Auteur Sujet: La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.  (Lu 2275 fois)

LeMiloufdeOuf

  • Invité
Eh coucou.

Bon, pour le titre...hein  :mrgreen:  Je trouvais sympa la rime, même si ça n'exprime pas totalement ce que j'aurais souhaité. tant pis.

J'ai rédigé une introduction, qui sera complétée par diverses petites histoires sur mon passage dans l'armée. So :

"Yop’,
 Commençons.

Ancien militaire, j’ai servi au 13ème Bataillon de Chasseurs Alpins pendant un an et demi. Je me suis engagé motivé et plein d’ambition en octobre 2012, dans l’espoir de voir aboutir mes « rêves » nés durant mes jeunes – et moins jeunes – années. Sportif et déterminé, je suis rentré dans l’institution plein de fierté…et me suis mangé un gros mur ; heureusement, j’étais costaud.

J’ai décidé de vider mon sac en voyant la publicité à la télé : ma frustration n’a pas tenu. Il existe partout des textes prônant les valeurs de l’Armée, ce qu’on y trouve de bien, etc…il est temps de montrer une partie de la face moisie du fruit. Attention : je ne suis pas antimilitariste, ou autre chose dans le genre ; je suis juste un mec bien déçu par ce qu’il a découvert là-bas. Ce texte n’est pas écrit pour inciter les gens à ne pas s’engager. Ils sauront simplement à quoi s’attendre.

Si les choses pouvaient changer, ce serait peut-être mieux...mais ce n'est que mon avis d'ancien 1CL ; tous les connards que je connais sont généralement bien satisfaits de leurs petits privilèges (je ne parle pas que d’Armée). Mon jugement, ainsi que mon témoignage, ne sont donc pas très objectifs. Mais j’estime avoir suffisamment de vécu et de maturité pour avoir la possibilité de donner mon avis sur ce genre de chose, qu’il s’agisse de choses concrètes ou de simples intuitions. Bref, je m’égare. Mais ce que je veux dire, c’est que j’estime que ma petite expérience ne m’interdit pas d’avoir un avis sur la question, au même titre qu’un ancien collègue de 20 ans de service.

Pour m’éviter des pépins, je modifierai certains noms – genre Julien deviendra Julian – car si quelques-unes des personnes dont je vais parler peuvent se reconnaître, je n’en ai rien à faire, au contraire. Je ne marquerai pas mon nom, mais ai donné suffisamment d’informations pour qu’un éventuel intéressé devine sans trop de peine qui a écrit ce texte. Ce n’est pas par lâcheté que j’agis ainsi, car j’ai déjà proposé à plusieurs de mes anciens cadres de me flanquer la branlée promise, et nada. Non. C’est surtout à cause de leur mentalité assez vicieuse et faux-cul, ou tout se fait dans le dos, et je ne tiens pas à avoir un procès au cul."


Voilou. Ceci est l'introduction, rédigée sous Word et qui sera corrigée au fur et à mesure des éventuelles avis et conseils que je recevrai. Je rédigerai donc la suite sous forme de plusieurs anecdotes que je posterai à la suite les une des autres.

Je regrette d’avoir attendu tout ce temps pour écrire, car pas mal de détails croustillants de mon vécu militaire ont échappés à ma mémoire…mais qu’importe.

Bonne lecture  ;)

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 096
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #1 le: 30 juillet 2015 à 23:07:15 »
Hey salut Milouf !

Bah écoute je n'ai pas vraiment de remarque à te faire pour l'instant, vu sue tu n'en es encore qu'à l'intro, mais c'était pour te dire que je suis là et que j'attends de voir ce que tu nous mijotes ;)

A très bientôt, j'espère !

EmilyC

  • Invité
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #2 le: 31 juillet 2015 à 15:28:25 »
Je n'ai pas non plus de remarques particulière le texte est dynamique je trouve et attire la curiosité ! je suivrai du coup la suite avec assiduité  ;)

LeMiloufdeOuf

  • Invité
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #3 le: 04 août 2015 à 16:40:03 »
YoOoOp'laaah !!! Navré de ne poster que si peu souvent, mais malgré le fait que je sois en vacances, j'ai peu de temps libre à accorder à mon écriture...

Voici une petite histoire, précédée d'une petite question : le mieux lorsque j'écris un nouveau texte, c'est que je poste un nouveau message, ou que j'édite mon premier message ?

En attendant vos réponses, voici de quoi tuer quelques poignées de secondes...

Première Anecdote.

"Guyane, octobre 2013, CEFE, lundi.

Le CEFE – Centre d’Entraînement en Forêt Equatoriale – est un camp tenu par le 3ème REI, qui permet la formation à la survie et au déplacement en jungle. En fait, c’est plutôt un centre d’aguerrissement, car on ramasse bien. Bref, pour ma section, c’était le passage du SIVFE, un stage d’initiation tout con.

Suite à un exercice, grosse panique : il manque un FAMAS !! Première cible, le 1ère classe Pinocle, qui, comme vous le découvrirez, n’était autre que la victime attitrée des cadres. En effet, le sergent-chef Psychokwak a confié le fusil d’assaut à Pinocle, qui avait pour mission de le déposer dans le faisceau déjà entamé. Donc, c’est parti : Pinocle se justifie en essayant tant bien que mal d’en placer une à travers le flot d’insultes qui le submerge, tandis que nous – premiers-cul – ramassons amèrement en attendant de retrouver le fusil d’assaut (grande question, qui éveille d’ailleurs en moi tout mon sens de fin stratège : on le retrouve comment, le FAMAS, si on ramasse au lieu de le chercher ?). Quoiqu’il en soit, au bout de 20 ou 30 minutes, stop : on ne prend plus rien dans la gueule, les cadres sont étrangement calmes, l’incident ne suscite finalement aucun puni. Et pour cause :

Il faut avant tout savoir que chacun avait ramassé son arme histoire de savoir quel fusil manquait. Jusque là, nickel, sauf que le fusil d’assaut en question n’était toujours pas là (je ne sais plus à qui appartenait le fusil manquant). Donc on a commencé à ramasser. Bref, le fait est que, au bout d’un certain temps donc, tout s’est arrêté…car le sergent-chef Psychokwak s’est aperçu qu’il tenait deux FAMAS. Oui, c’est bien ça : ce débile était tellement occupé à brailler après nous qu’il ne s’était même pas aperçu qu’il portait un FAMAS en relâche arrière en plus de celui qu’il avait à la main.

Ou comment passer pour un con quand on a trente minutes à tuer...il faut savoir que pendant que nous prenions cher, les autres gradés ne s'activaient pas vraiment pour retrouver le FAMAS.

Cela n’a l’air de rien, mais je conclurais par cette simple suggestion : méditons…
"

Je ne sais pas si la stupidité de la situation, l'agacement engendré par celle-ci ainsi que les sensations que je souhaite faire passer se font vraiment ressentir pour qui n'a pas vécu la situation, mais j'espère que cela aura le plus de rapport avec la réalité possible.

Je posterai dans un ordre non chronologique, et pas forcément croissant dans la bêtise des histoires rapportées. Mais je ne savais pas par où commencer, alors, j'ai choisi un peu au pifomètre...

Et aussi...
Deuxième Anecdote.

"Guyane, décembre 2013, camp de Camopi, jeudi.

Pour le fun, celle-là. Elle illustre une fâcheuse tendance qu’avaient les cadres de se prendre pour des monarques, en faisant alors perdre pas mal de temps à tout le monde. Cette situation, racontée avec précision, s’est reproduite à de multiples reprises, mais celle-ci est la seule dont je me souvienne vraiment.

Cela commence donc à l’ordinaire (la cantine). Il y avait un popotier attitré dont le rôle se transmettait chaque jour de GV en GV (un GV, ou grenadier-voltigeur, est un première classe). Le rôle du popotier, c’est d’aider le cuistot, notamment pour le service et la vaisselle (fonction utile mais néanmoins discutable dont je me passerai ici de donner mes avis et suggestions). Mais le popotier doit aussi…servir les sous-officiers et les officiers durant le repas. Là, pour le coup, je trouve sa fonction carrément discutable, enfin bref…

Donc, durant les heures de bouffe, en plus de devoir assurer plonge, service classique, etc…il fallait aussi se plier aux caprices de ces Messieurs à barrettes. Et ce qui me vaut ces quelques lignes, c’est le fait d’avoir repensé au sergent-chef Selfiz (bon, là, c’est des chevrons, pas des barrettes, mais fuck), qui voulait de l’eau bouillante pour le café : plutôt que de se déplacer lui-même à la cafetière (il devait y avoir environ… au bas mot… pas loin de… pfoulah… 6 mètres à parcourir), il est resté à attendre devant l’accès à la zone des cadres, en gueulant de plus en plus après le pauvre popotier qui avait du boulot jusqu’au-dessus des épaules et qui avait plus important à faire que de mettre de l’eau dans une cafetière.

Donc, après analyse succincte, j’ai abouti à la conclusion suivante : Selfiz était vraiment un connard, car il aurait pu se déplacer lui-même pour récupérer sa putain d’eau, ce qui lui aurait pris à peine deux minutes, au lieu de brailler pendant un quart d’heure après le popotier…qui a finalement mis cinq minutes à lui apporter son eau."

Bonne lecture'
« Modifié: 08 août 2015 à 14:30:34 par LeMiloufdeOuf »

Hors ligne EthanB

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #4 le: 04 août 2015 à 18:34:18 »
Je trouve tes anecdotes amusantes. Par contre elle renforce l'image un peu cliché que beaucoup de gens ont de l'armée (dont moi), mais en même temps, cette image ne dois pas venir de nulle part. hâte de lire la suite  ><

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 096
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #5 le: 04 août 2015 à 23:32:58 »
Salut Milouf !

Bon désolé mais j'ai pas encore eu le temps de te lire, c'était simplement pour répondre à ta question. Alors non, tu n'as pas besoin d'éditer ton premier message ; poste la suite dans un nouveau, comme s'il s'agissait d'un commentaire que tu faisais à ton propre texte, parce que sinon personne ne saura que tu as édité ton premier message. Après, si le texte devient suffisamment long, il sera peut-être transféré dans la section des textes longs (je sais ouais, je suis un génie et tu l'aurais jamais deviné tout seul  :mrgreen:). Sinon rien ne t'empêche d'ouvrir carrément un nouveau sujet pour chaque nouvelle anecdote.
Voilà, et à + pour un vrai commentaire en bonne et due forme  ;)

Edit : déjà la seconde anecdote tu l'as rééditée dans ton précédent commentaire ; c'est pas la peine, tu peux poster les suivantes dans de nouveaux commentaires.

A part ça, bon j'avoue que le sentiment de réel dont tu parles a fait défaut chez moi. Je veux bien croire que vos chefs sont des connards, mais là je le sens pas, parce qu'il n'y a pas le contexte derrière, la colère, la frustration, l'effarement. J'ai eu l'impression que tu parlais de ces anecdotes sans trop d'émotion, comme si tu parlais d'un sujet assez banal et histoire de faire la conversation. Je pense perso qu'il faut rendre le texte un 'tit peu plus mordant que ça  ;)

Mais quoiqu'il en soit, je suis là et je continue de suivre tes aventures  ^^
« Modifié: 05 août 2015 à 22:54:49 par extasy »

LeMiloufdeOuf

  • Invité
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #6 le: 07 août 2015 à 19:55:24 »
Yop'lah,
 merci pour vos commentaires.

En effet, il s'agissait là de petites histoires ma foi pas trop ouf, histoire d'entrer doucement dans le bain, et surtout afin d'éviter de commencer par le plus croustillant.

Là, ça fait trois jours (pas en non-stop hein, quand j'ai un peu de temps) que je narre les exploits d'un petit salopard que j'ai rencontré en mission. Je ne m'attendais pas à devoir en écrire autant. J'espère avoir fini dimanche.

Pour vous faire patienter, petite citation de quelqu'un dont je vous ferai prochainement un portrait :

Sergent-chef Psychokwak : "L'armée, ça devrait être une armée uniquement de SO - sous-officiers - et de CCH - caporaux-chefs - " J'aurais du in extremis lui demander : "Mais Chef, qui aurait frotté la merde s'il n'y avait que vous ?" Mais je n'avais pas envie d'aller frotter la merde, alors je me suis abstenu...

LeMiloufdeOuf

  • Invité
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #7 le: 08 août 2015 à 13:22:42 »
Yéh yo!!

J'ai presque terminé ma troisième histoire. En attendant, voici un petit complément d'explications histoire que vous ne vous emmêliez pas les pinceaux en lisant ce que j'écris (il faut savoir que je m'y perds moi-même parmi tous les protagonistes, surtout parce que je modifie les noms  :mrgreen:).

"Petite introduction explicative.

Dans l’Armée de Terre, les soldats évoluent en groupe de combat, composés de la façon suivante : un chef de groupe (CCH, SGT voire SCH), assisté d’un adjoint (généralement un CCH). Ils encadrent deux équipes, composé chacune d’un chef d’équipe (CPL ou même 1CL) encadrant deux spécialistes (1CL ou CPL) – être caporal n’accorde pas forcément la possibilité d’être chef d’équipe, tout comme être GV ne l’empêche pas : il faut être avoir le certificat. La garde s’effectue en groupe, les missions aussi, etc…des personnels supplémentaires pouvant être affectés en renfort. Bref, tout ça pour vous dire que mon groupe était composé par :

Le SCH Psychokwak (CDG), le CCH Cullgras (Adjoint), les caporaux Benny et Pépette (chefs d’équipe), les 1CL Kommodor, Pinocle, Bascru, et moi-même. Cela vous permettra de suivre plus facilement le fil du récit. Il s’agit ici de la composition de mon groupe en Guyane. Vous noterez que celui-ci n’est pas toujours composé de la même façon, car la plupart des gars ne voulant pas partir en Guyane se sont fait déclarer inaptes afin de pouvoir rester en Martinique : cela a donc conduit à la recomposition de certains groupes. Et dans le lot, il y avait des premières-classe, mais aussi pas mal de caporaux-chefs et de sous-officiers censés donner l’exemple. C’était genre « ah je vais à l’infirmerie, j’ai mal au dos ou au genou », et ça ne ratait pas : inapte marche et portage, donc inapte jungle.

Plusieurs groupes forment une section. Plusieurs sections forment une compagnie (et plusieurs compagnie forment un bataillon, mais on ne déploie jamais un bataillon complet). Mon chef de section était le lieutenant Marlon (avec pour adjoints le SCH Selfiz, et le SCH Psykokwak, promu durant la mission et donc entamant son nouveau boulot.), et mon commandant d’unité était le capitaine Colisée. L’adjoint du CDU (commandant d’unité) était le lieutenant Legnôme."

See you soon'
« Modifié: 08 août 2015 à 14:09:12 par LeMiloufdeOuf »

LeMiloufdeOuf

  • Invité
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #8 le: 10 août 2015 à 19:56:55 »
Enfin terminé. Ce petit texte m'a pris plus de temps que prévu...la mise en page en plus, c'était assez long.

C'est assez riche en insultes. J'espère que ça aura son petit effet...il faut savoir que je ne suis pas du tout fan de violences  verbales, mais là, je ne voyais pas trop comment procéder...

"Troisième Anecdote, ou Comment le Caporal-Chef Cullgras s’est retrouvé dans un lit de merde.

Portrait d’une belle ordure : le Caporal-Chef Cullgras, probablement le plus gros connard que j’ai rencontré dans cette institution de merde. Il faut savoir que ce mangeur de quenelles s’est retrouvé caporal-chef alors qu’un pote à moi, de son incorporation, n’était encore que djève pourrave (GV…). Pour commencer, il a reçu son graton de CCH après avoir déserté ; c’était probablement une façon de le récompenser d’être revenu. Je me suis donc dit que si je désertais sept fois, je pourrais être promu lieutenant. Eh ouaip, pourquoi pas ? Bref…

Savoie, septembre 2013, camp de Vulmix.

Je fais la connaissance de ce personnage bedonnant lors d’une préparation au camp de Vulmix, au-dessus de Bourg-Saint-Maurice. Sympathique petit camp, soit dit en passant. Mais il y a moyen de subir un peu en hiver, je pense, si l’on n’aime pas le froid.

Il annonça directement la couleur : toujours à la botte des cadres supérieures, ce gros lourdaud dont le tour de taille dépasse largement le tour de poitrine était toujours à côté du Lieutenant durant les footings et autres, alors qu’il n’était pas fichu d’aligner 3000 mètres au Cooper sans marcher après la fin du test histoire de gruger 50 mètres. Evidemment, au cours de ces footings, on avait droit à des continuels « allé les gars, on recolle, patati patata », histoire d’alimenter un peu l’envie de lui en coller une.
J’ai même appris qu’il avait rapporté aux cadres ma façon d’être, sans même en avoir discuté avec moi avant. Effectivement, suite à des petits soucis civils qui me regardent, j’étais un peu à l’Ouest durant cette préparation d’environ 10 jours, un peu dans mon coin. Il est donc normal qu’on me le reproche. Mais anormal qu’on aille pleurnicher au pied du lieutenant concernant ce sujet avant de venir me voir. De toutes façons, impossible de discuter sérieusement avec un abruti dont les deux yeux se disent « zut » quand il vous fixe.

Martinique, septembre 2013, 33ème RIMa.

Peut-être le plus beau souvenir de ma vie : j’y ai été peintre, balayeur, serveur, plongeur, clown, agent de sécurité, mécano, réparateur, taulard, mais jamais vraiment soldat…ah si, c’est ça en fait un soldat, dans l’Armée : une boniche, un larbin, un frotte-merde. Maudit-soit mon recruteur, mais je crois l’avoir déjà dit. Salopard.
Poste de garde du 33ème RIMa

Nous prenons donc la garde : trois GV et le chef de poste dans le poste de garde, un GV dans la guérite. Pas grand-chose à faire dans la guérite, mais surtout – évidemment – ne pas s’endormir : ouvrir les barrières, saluer, tout ça, avoir un minimum de présentation, etc. Les mecs dans le poste se relaient pour dormir et manger, et le chef de poste s’occupe surtout de contrôler les entrées. Et vous aurez bien compris qu’il s’agissait alors du Caporal-Chef Cullgras.

Comme nous, il s’emmerdait sec, mais son grade lui donnait le « droit » de nous péter les burnes. Donc nous entendions souvent dans la radio « tiens-toi droit, t’assoies pas, remets ta tarte, fais-ci, fais-ça »…jusqu’au moment où, au milieu de la nuit, Delpho, un pote à moi, revient de la guérite, et me sors « regarde », en me tendant son téléphone : c’est alors que je constate sur son écran une photo représentant un amas difforme, mélange d’uniforme et de bouse, affalé sur une chaise, dont la sphère supérieure semblait être en appui sur la table du poste.

« -Dort-il ? fis-je, encore sous le choc.
-En effet, me répondit Dolphe d’un air haineux.
-Quel gros connard, ajoutais-je, non sans en penser un traître mot ».

Il faut savoir que ce soir là, le C2 l’a cramé en train de dormir, mais que ce salopard s’en est tiré sans casse, sans rien. Je vous laisse imaginer le sort qui nous était réservé si nous nous endormions… « Ah tiens, Leserbe, tu ne comprends pas pourquoi tu es de TIG tous les jours ? Ahh oooh aaaah oooohhh bah t’as assez dormi pendant ta garde heeinn ahahaaaah crassouuu aller hop, prend ce balai, et fout-le toi dans le *** ». Navré, d’ailleurs, j’ai oublié de me présenter : on m’appellera Leserbe, petit clin d’œil aux quelques Légos que j’ai côtoyé.

Le pool auto.

« -Leserbe, Pandarse, venez avec moi », entendis-je sortir de la bouche du Caporal-Chef Cullgras. Pandarse, un caporal, était un pote à moi, dans le même genre : ouvrir un peu sa gueule, prendre cher, se révolter, prendre encore plus cher. Il a d’ailleurs claqué un autre CCH qui lui a un peu trop manqué de respect. Bien fait. J’emmerde la hiérarchie quand elle est illustrée par un niveau de connerie à hauteur de celui des supérieurs que j’ai rencontrés dans l’Armée.

Après avoir traversé tout le régiment, nous nous retrouvons donc tous les trois aux ateliers, car nous avions la chance d’avoir été désigné volontaire pour faire parti du Pool Auto. C’est quoi, en fait, ça ? Tout con : le CCH se bidonne avec un autre CCH – un artilleur, en l’occurrence – pendant que nous, GV, frottons les bagnoles, à savoir des P4, de bons machins vieux comme le monde mais qui roulent encore et qui passent partout. J’ai d’ailleurs sympathisé avec un caporal encore caporal après sept ans de service…je vous ferai à l’occasion part de ce qu’il m’a raconté. Bref, on frottait vraiment pour frotter : par exemple, le sol de la P4, bouffé par la rouille, laissait apparaître des trous. On voyait que dalle hein dedans, mais évidemment, si on y fout les doigts, on y trouve un paquet de merde. Eh bien l’autre tocard d’artilleur se ramène, flanque ses doigts dedans, les ressorts dégueulasses, et me dit « Bah alors, tu sais pas nettoyer ? Frotte-moi ça, c’est dégueulasse. Putain, j’aimerais pas vivre chez toi. » Je le regarde, me dit intérieurement que chez moi, les bagnoles ne sont pas bouffées par la rouille – ce serait triste, une Ferrari 750 à moitié rouillée – et je lui demande quel est l’intérêt de frotter de la rouille et de la tôle foutue. « Ben t’es là pour ça non ?? POUR FROTTER ?!!!! ALOOORSSS FROTTE CONNAAAAARD !!!!! » Bref, il n’a pas gueulé, mais j’aurais du insister pour le voir faire. C’est vrai que quand je trouve une merde sur le trottoir, je prends le balai et je l’étale bien par terre, des fois qu’elle disparaisse miraculeusement. Ou je m’en débarrasse, à la benne, au choix…mais je ne suis pas CCH, alors, je suis trop con pour savoir.

J’ai donc frotté. Mais bien. J’ai pris le Karcher, je l’ai mis à fond, et j’ai fait remarquer à Panarse que la P4 était recouverte d’une couche de crasse verte, marron et noir. Je me fendais la poire en regardant la P4 devenir de plus en plus grise au fur et à mesure que ma jauge de colère se vidait. Ah, des fois que ce ne soit pas assez propre, j’ai aussi, par mesure de précaution, flanqué le Karcher dans le pot. Pendant quelques bonne minutes, des fois que l’autre CCH y flanque les doigts, jusqu’à y rentrer son bras.

Voilà. Voilà comment un soldat de l’Armée de Terre Française envoyé en « mission opérationnelle » purge un peu sa rage quand il fait le larbin, quand il réalise qu’il a été déployé à 7000km de chez lui pour décrotter des tas de tôles rouillées. Et je n’en suis pas fier. Je m’en serais bien passé, de démonter le matos à défaut de démonter des cons.

Initiation Jungle.

Vous allez comprendre après avoir lu les prochaines lignes ce qu’était vraiment un pantin. Nous étions en groupe, en train de suivre un stage d’initiation jungle. Ca me cassait les couilles, d’ailleurs ; il faut dire que j’avais perdu depuis longtemps le peu de motivation qu’il me restait.

L’instructeur commence à nous expliquer la « façon » de tendre une embuscade (paye la gueule du truc genre l’embuscade que tu faisais à 12 ans quand tu jouais à l’Airsoft). Et il nous montre un geste qu’est censé faire le chef de groupe à la colonne pour lui indiquer discrètement la prise de position pour une embuscade (ensuite, chacun devait normalement savoir où se placer, en tout bon soldat surentraîné que nous étions). Le but de ce geste, c’est de permettre au chef de groupe d’indiquer aux personnels de prendre position en cas de force majeur, par exemple la détection d’une colonne ennemie à quelques mètres devant nous, et que nous n’avions pas repérée avant.

Donc, leçon oblige, nous avons eu droit à un exercice d’application (je n’en voyais pas trop l’intérêt, en fait : se poster en attendant la venu d’un groupe, histoire de faire « pan pan » et basta. Utile. L’instructeur nous dit en nous montrant un chemin : « Vous tendrez une embuscade à l’autre groupe en vous postant où vous voulez dans le chemin » (Le groupe devait passer dans le quart d’heure mais, soit dit en passant, il n’est jamais arrivé). Donc on avance, et Psykokwak nous dit « Bon les gars, on se poste ici ». Et c’est à ce moment que Cullgras commence à gesticuler de façon grotesque, en mimant le geste appris par l’instructeur, bien dans le vent. Je le regarde, et il me sort « Hé, Leserbe !! ». Il me disait ça en faisant de gros signes avec ses yeux, m’incitant à regarder son bras. Je l’ai regardé d’un air con avant de me diriger tranquillement vers une souche.

J’aurais du lui dire : « t’es au courant que ce que tu fais, ça sert à rien ? T’as pas compris que l’autre groupe se trouvait au moins 500 mètres en aval, et que nous pouvions donc communiquer à voix haute ? T’es vraiment con, hein ? ».

Un pantin…un grooos pantin. Le mec n’avait en fait rien compris de ce qu’avait expliqué l’instructeur, mais mimait bêtement le geste que ce premier avait montré. Merci caporal-chef de nous servir d’exemple.

Martinique, janvier 2014, 33ème RIMa.

Le Cooper.

Je parlais de Cooper, tout à l’heure. Il s’agit d’un test de course chronométré durant lequel il faut parcourir la plus grande distance possible, test s’effectuant autour d’une piste de 400 mètres avec un plot tous les 50 mètres (on a effectué le test en revenant de Guyane, en 2014).

Donc, à la fin du test, les mecs corrects s’arrêtent, et les gros crassous continuent en marchant discrètement jusqu’au plot suivant afin de gratter 50 mètres supplémentaires. C’est donc ainsi que je vois le CCH Cullgras et un autre comique marcher, passer devant des mecs qui eux respectaient la règle, et se diriger vers le plot d’après. Bel exemple, non ?

Et concernant le comique en question, il s’agissait à l’époque d’un caporal, le caporal Minus. Un mec plutôt bizarre : il y avait LES gens avec qui il parlait, et il y avait les autres. Bref, je me souviens qu’avant cela, cette enflure ne s’était pas gêné pour balancer, lors d’un rassemblement, un GV qui ne s’était pas rasé – depuis la veille : c’est genre on voit rien, mais si on est un gros maniaque, on lui passe un coton sur la joue pour détecter les éventuels poils naissants. Bel état d’esprit au sein d’une même section, et surtout magnifique geste envers ses propres frères d’arme, et c’est encore mieux en pleine mission. Franchement, bravo. Ce qui est sûr, c’est que je me suis bien abstenu de balancer ce connard à la suite du Cooper, d’une part parce que si je l’avais fait, j’aurais pris trop cher à sa place, puis aussi et surtout parce que je ne suis pas un blaireau, et que je passe carrément outre ce procédé de salope vicieuse. Mais quand même.

Guyane, octobre 2013, camp de Sxxxxxxxxxxxx.

J’avais un très bon pote que j’ai rencontré durant la préparation à Vulmix. Un mec con, comme un manche à balai, le genre qui fonce quand on lui dit de foncer, même s’il y a un mur devant. Le gars heureux de vivre, content, qu’on entend jamais se plaindre, et qui lorsqu’il ramasse, le fait en silence. J’avais deux potes dans ce genre. Le genre de mec qui te fait péter un câble quand tu essayes de lui expliquer quelque chose, mais qui te fout tout le temps la paix et avec qui tu rigoles bien. Il avait un nom sympa, et ici, on l’appellera Kommodor.

Kommodor était donc chargé de la garde des pirogues du camp. Pour ça, on faisait des allers-retours sur un chemin d’une centaine de mètres, on jetait un coup d’œil aux pirogues, etc…et pour signaler ou communiquer au chef de poste, on utilisait un Icom. Attention : interdiction de dormir ou de s’asseoir, car le major de camp (un adjudant-chef) faisait des rondes de check en voiture.

Première couille : Kommodor paume l’Icom. Il revient au poste, le signale, et donc on réveille toute la garde pour le retrouver. Sauf que parallèlement à ça, le major retrouve l’Icom, mais ne dit rien à personne. Pourquoi fait-il ça ? Pour nous donner une leçon ? Allez savoir. Mais le fait est que s’il s’était manifesté au lieu de faire le gland, la garde aurait pu assurer un travail correct au lieu de jouer à la chasse au trésor pendant plusieurs heures. Bref, action de con, et c’est dommage, car je l’aimais bien, le major de camp.

Deuxième couille : Kommodor s’assoie pendant sa patrouille (une autre). Rien de grave, sauf que Cullgras le crame. Et que fait ce petit fils de pute ? Il fait ramasser Kommodor !!!! Et sale !!! Il lui fait faire des heures de gardes supplémentaires, alors que le mec ne tenait déjà plus sur ses guiboles à cause du manque de sommeil !!! Il lui fait faire des allers-retours sur le chemin qui mène aux pirogues, en courant, au lieu de le laisser aller dormir. Ce gros connard de Cullgras, qui a osé S’ENDORMIR pendant une garde, fait ramasser Kommodor qui a osé S’ASSEOIR pendant sa garde. Vous voulez le connaître, le boulot de Cullgras, adjoint du chef de Poste ? Le voici : rester assis à attendre nos communications. Sauf que ce con – comme plein d’autres, pour le coup – s’accordait des bonus Films. A la place de Kommodor, je lui serais rentré dedans. Mais ce genre de salopards sait à qui s’en prendre. Et ce n’est qu’un début.

Notons que lui et le chef de groupe (le sergent-chef Psychokwak) ont payé pour ça. Un moment ou je revenais de ma garde et que ces deux tocards s’était absentés, je suis tombé sur une bouteille qu’ils se partageaient. J’ai réfléchi un peu. J’ai checké les alentours. J’ai attrapé la bouteille. Puis je l’ai balancé violemment par terre. Bien fait !!! Non, je déconne : j’ai attrapé la bouteille, en ai ôté le capuchon, puis j’ai vidé une bonne partie du contenu de celle-ci par terre. J’ai toujours pissé bien blanc, car je bois beaucoup. C’est ce qui m’a alors permis de remplacer le contenu de la bouteille par un liquide un peu plus chaud, difficilement différenciable de celui d’origine. En secouant le mélange, l’illusion était parfaite, hormis un peu de mousse. J’espère qu’ils ont apprécié. Je sais juste qu’ils ont récupéré la bouteille. Voilà. Action lâche et puérile, mais que faire d’autre contre ce genre de connard ? Je ne l’ai raconté qu’une fois de retour en Martinique, histoire que si ça arrivait à leurs oreilles…rien, en fait. En tout cas, à défaut de leur pisser dessus, je leur ai plus ou moins pissés dedans.

Lol (j’ai pas d’autre titre).

Autre embrouille aussi, entre mon chef-d’équipe, le caporal Benny (un bon gars, cool, physique et sérieux mais qui sait déconner, amateur de Ti’ Punch), et ce con de CCH : on faisait du sport en groupe, des tractions, sauf que Psychokwak et Cullgras discutaient au lieu de tractionner. Benny décide de leur demander quelque chose, ce à quoi Cullgras répond « fais tes tractions et patati et patata ». Forcément, Benny, connaissant un peu Cullgras, et ayant un peu plus de pouvoir qu’un GV, commence à lui demander pourquoi nous, nous devrions travailler, pendant que lui discute gentiment de trucs du type « oah hier j’ai bu j’ai vu une meuf » avec le SCH. Au final, ne pouvant tenir tête à Cullgras et Psychokwak, il s’est calmé, et a même…présenté ses excuses au CCH. Putain. Vous avez bien lu. J’ai jamais présenté d'excuses à aucun de ces connards, pour quoi que ce soit que j’ai fait. Par contre, j’attends toujours les leurs.

Cependant, le pourquoi du comment, je l’ai appris plus tard : ce gros tas de graisse ne savait en fait pas faire une seule traction stricte. Ca me rappelle une fois, en Martinique : je discutais avec un caporal du fait que j’avais réussi à effectuer huit muscle-ups, dont deux passés bras par bras. Là, Cullgras, qui écoutait, me regarde avec sa tête de con et me sort « Bah alors ça compte pas », genre trop sûr de lui. C’était au début de la mission, mais j’aurais dû lui demander d’essayer ne serait-ce que de hisser son gros cul au-dessus de la barre (principe du muscle-up). Ça aurait été comique.

Le gros gland.

Une fois, je dormais entre deux gardes. Je devais reprendre vers 12h ou 13h. Sauf qu’à 10h00, ce gros con me réveille et commence à gueuler, me sort que je suis en retard, que je dois me dépêcher. Et pour cause : ce gros con avait modifié les tours de garde pendant que je dormais…et n’a pas jugé bon de me prévenir, ou même de me réveiller…je ne sais pas, moi…plus tôt ?

« -Vite Leserbe, t’es en retard, magne-toi !! »
Je commence à partir…
« -Et cours !! »

Cours ?? Ce gros con me demande de courir ?? Il ose me demander ça, alors que lui ne sait même pas courir ??!! Ceci dit, cette petite pute demandait toujours à tout le monde de courir...donc...sale puuuuuuute !!! Le mieux que j’ai fait, c’est trottiner sur deux trois mètres. Connard, à croire que j’allais courir sur sa demande.

Vive le confort.

En plus de devoir surveiller les pirogues, il fallait surveiller la zone technique. Il y avait donc trois GV en faction (un devant l’entrée du camp, un près des pirogues, et un autre à la zone technique). Pour l’anecdote, il faut savoir qu’il n’y avait pas de porte de ce côté ; on pouvait donc se balader dans les bois et se retrouver dans le camp par inadvertance.

Bref, ces messieurs les galonnés de mes couilles aimaient leur petit confort, et il y avait un popotier désigné pour aider le cuistot…et aussi pour apporter à manger à ces connards, pour faire le service, en somme.

Et un soir, Bascru était affecté à la zone technique. Il y avait alors à ce moment-là une pénurie de personnel…et ces messieurs les bedonnants, préférant assurer leur petit confort au dépend de la sécurité du camp, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de désigner Bascru en tant que serveur. Au final, que s’est-il passé ? Et bien le camp s’est retrouvé avec une zone technique sans surveillance pendant au moins une heure, juste parce que des feignants avaient la flemme de faire trente mètres avec une assiette dans les mains. Et heureusement que ce n’étais pas moi qui avait été désigné ce soir-là, car le major de camp, ne voulant pas manger seul, avait proposé au chef de groupe…et à son adjoint, de le rejoindre. Son adjoint !!! Le caporal-chef Cullgras, ce gros mange-quenelles de déserteur attablé à la place d’officiers Légos issus du rang, et probablement mille fois plus méritant que lui !!!

Bref, jamais je n’aurais servi ce fils de pute.

Et je ne sais pas si quelque chose vous choque, ici…alors je vais vous le dire : Bascru était de mon groupe. C’était donc notre groupe qui était de garde. Mais Psykokwak et Cullgras étant à table, occupés à pavoiser avec le major de camp…
…qui dirigeait le groupe ? J’ai passé une heure à parler dans le vide, à la radio. Cool.

Guyane, octobre 2013, Kourou, 3ème REI.

La suite est encore plus amusante.

Cela s’est passé à Kourou, au 3ème REI, durant la garde. Chez les légionnaires, en tout cas au 3, ça ne rigole pas : c’est assez stricte, la garde. Bon, je passe les détails, car c’est sans intérêt. Le fait est qu’à la fin de notre tour de garde, il nous manquait un chargeur. Donc on assure la relève, on retourne aux « chambres » (de vieux cabanons-dortoirs en bois tout déglingués, comprenant une dizaine de lits chacun ; c’était sympa, l’ambiance était bonne ; il fallait voir la gueule des trucs quand on étendait notre linge et quand on devait colmater les brèches à cause de la pluie, ah ah ah). Arrivés là, ça ne rate pas : Psychokwak et Cullgras « trouvent » le coupable : Pinocle.

Comme je l’ai déjà dit, Pinocle était la victime attitrée des cadres : un grand gars calme et mou (en apparence, car il faisait quand même les deux cordes des CCPM en 8s, bras seuls), un peu con, avec l’air con d’ailleurs, qui donnait toujours l’impression de parler avec le nez bouché. Un geek qui se plaignait toujours de tout, et surtout de l’Armée, mais qui avait envie de – devait – terminer son contrat. Il était sympa, mais c’est vrai que parfois, il m’agaçait prodigieusement. C’était exactement le genre de mec que des pédales galonnées en mal de pouvoir allaient emmerder, car c’était évidemment sans risque. Et pour cause…

Pinocle est donc envoyé à la recherche du chargeur, galopant entre poste de garde et dortoirs, sans relâche, et sans but d’ailleurs, car il n’avait rien perdu. Il est donc revenu une dernière fois, juste avant que Cullgras ne recommence à l’emmerder (on en était déjà à trois semaines de Martinique plus un mois de Guyane, donc Pinocle avait déjà de quoi imploser en terme d’emmerdements) : « c’est de ta faute, t’es qu’une merde, toussa toussa »…Et Pinocle a donc explosé, gueulant qu’il en avait marre de se faire asmather tout le temps, qu’il n’avait rien à voir avec ce putain de chargeur.

Cullgras l’a donc choppé à la gorge, Pinocle a commencé à se débattre en demandant que ce gros porc le lâche, Cullgras a resserré son emprise, et TADAM : « lachez-moi fils de pute, vous me faites mal !! C’est comme ça que vous éduquez votre fille – ce couillon avait une fille…la pauvre – ?!! » et BAMM !!! Une grosse droite. Pinocle tombe par terre, Cullgras lui saute dessus, et le caporal Benny arrive pour les séparer. – Petite parenthèse : je n’étais pas là à ce moment, je crois que j’étais parti pisser. Mais je peux vous garantir que Cullgras a eu beaucoup de chance que Benny eut été là à ma place. – Ensuite, voici ce qui est peut-être le meilleur de toute cette histoire :

Apercevant le lieutenant Marlon au loin, Cullgras s’est précipité vers lui en pleurnichant, du genre « Mon lieutenant il s’est passé quelque chose oulalaaah », lui servant très probablement une histoire bien à sa sauce, et pour cause : ce gros tas de merde n’a rien pris. Par contre, Pinocle a écopé de cinq jours de trou.

Donc qu’on se comprenne bien : le caporal-chef étrangle puis cogne Pinocle (qui l’a insulté, mais après l’étranglement), mais on envoie Pinocle au trou. Cinq jours de trou. Voici la justice, dans l’Armée : t’es première-classe, tu FERMES TA GUEULE, TU BALAIES, ET TU SAOUUUULES PAS TES ENCULEEEEEES DE SUPEEEERIEURES !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Tu te fais frapper par un supérieur, tu protestes : t’es puni. « C’était comme ça avant », qu’on nous sortait toujours comme excuse. Mais allez vous faire mettre bien profond !!! Avec des raisonnements aussi cons, on serait encore en train de faire cramer des communistes sur des chaises électriques !!!

Putain, mais bordel, si j’avais été à la place du caporal Benny, j’aurais retourné ce gros sac à merde, et je pense que je me serais lâché. Le nombre de fois où j’ai eu envie de claquer cette merde n’aurait même pas pu être compté sur tous les doigts de tous les djèves de la compagnie. J’en aurais franchement rien eu à carrer de finir au trou pour avoir explosé la carafe de cette grosse salope. Puis de toute façon, j’ai fini deux fois au trou durant cette mission de merde. « Jamais deux sans trois », dit-on souvent. Donc j’aurais du le cogner, afin de m’assurer de la véracité de ce petit dicton, Ô combien cher à mon doux cœur de militaire fier et sexy. Oh oui.

Cette histoire, je l’ai balancé au cours d’une embrouille à la tête de mon chef de section, histoire de bien me foutre de sa gueule, tout en me foutant aussi de celle des autres officiers et de leur façon de faire régner la discipline dans la compagnie. Mon chef de section…un faux jeton qui pétait bien plus haut que son cul.

Guyane, décembre 2013, camp de Cxxxxx.

Dans ce camp, que je décrirai en détails plus tard, il y avait deux postes de garde : l’un au niveau des pirogues, en bas, et l’autre au niveau de l’entrée terrestre, en haut. Il y avait donc deux hommes en faction permanente. Le reste du groupe se trouvait au milieu du camp, dans la zone vie.

L’intrigue se déroulant au niveau du poste haut, je ne décrirais que le rôle du GV en faction à cet endroit : la nuit, il devait effectuer des rondes dans les hauteurs du camp, tout en chouffant de temps en temps depuis sa guérite les abords du camp. Il avait pour cela une OB70 (vision infrarouge) ; le jour, le GV devait ouvrir la barrière aux personnels entrant et sortant, éventuellement saluer, et surtout surveiller la piste d’atterrissage et communiquer au chef de groupe les éventuels appareils y faisant escale (type d’avion, immatriculation, etc…).

Alors, premier truc bien gonflant : le but du GV, c’est bien de COMMUNIQUER par radio, au chef de groupe, les données concernant les aéronefs empruntant la piste. Donc on COMMUNIQUE, et le chef de groupe PREND DES NOTES. Enfin, normalement. Le truc trop marrant, c’est que Psykokwak et Cullgras avaient décidé d’un commun accord qu’ils n’auraient rien à noter, que ce serait le rôle du GV. Donc super : impossible de s’asseoir, et va t’appuyer sur un mur en bambou pour écrire. En plus, la grosse blague, c’est qu’une fois le tour de garde terminé, on devait remettre notre feuille de notes au chef de groupe…pour qu’il la recopie. Très utile. Connards de flemmards. Donc voici comment cela s’est par la suite réellement passé : après trois communications radio et trois galérages de prise de notes, j’ai procédé comme suit (et les autres GVs aussi) :

« -Leserbe, un avion. T’as relevé l’immatriculation ?
-Ah non chef, impossible de la lire.
-Etc, etc… »

Voilà. Grâce à la connerie de ces deux peknos de Psykokwak et Cullgras, le GV un peu agacé par leur comportement sabordait volontairement sa mission, histoire d’avoir la paix. En plus, le soldat ne réfléchit pas. Il n’est  pas là pour ça. Alors je ne me souvenais plus comment décapuchonner le stylo.

Bon, bref, à la limite, cette petite histoire, c’est du bidon. La suivante est encore mieux :

Comme je le disais, la nuit, le GV devait faire des rondes, et avait une OB70 à sa disposition. Cependant, durant les rondes, nous laissions l’OB à la guérite (pas besoin d’infrarouge dans le camp, éclairé – et le mec qui aurait voulu entrer en escaladant les clôtures aurait été vraiment déter’, vue la gueule de la forêt). Et c’est pendant que nous faisions nos rondes que ce gros sac à merde de Cullgras, de nouveau atteint par un délire que seul son pois chiche de cerveau pouvait avoir, n’avait rien trouvé de mieux à faire que de piquer l’OB laissée à la guérite, de la rapporter au chef de groupe, pleurnicher parce que « nous laissions traîner le matériel sensible », et d’attendre que nous venions réclamer l’OB. Et ce gros con ne la rapportait pas, noooooon : il désignait l’un des gars en train de se reposer pour la remonter.

Je résume : en pleine mission, ce connard s’amusait à nous piquer notre matériel, pour aller nous balancer aux supérieurs. Hallucinant !!! Quand bien même ce fils de pute avait agi avec une motivation opérationnelle certaine, il serait resté à nous attendre à la guérite pour nous sermonner au lieu de filer comme une salope avec notre matos !!! Non mais franchement !!! Et CA, c’est un caporal-chef de l’Armée de Terre Française. Oui mesdames, oui messieurs. Non mais on croit rêver !! Le gars nous chaparde nos affaires, affaires dont nous aurions pu avoir besoin lors d’un moment crucial, et ça juste pour nous balancer. Imaginez : un coup de feu retentit, je me précipite à la guérite, et ooooh…pas moyen de pouvoir chouffer dans la nuit. Ce mec, c'était balance sur balance, même au dépend de notre efficacité opérationnelle. Le sperme, ça doit faire grossir. Parce que lui, je peux vous dire qu’il était gras et dodu.

Je l’ai même vu deux ou trois fois fouiller la guérite quand je revenais de ma ronde : j’avais planqué l’OB, évidemment. Un moment, je lui ai même demandé « vous cherchez la lunette, caporal-chef ? »…pas de réponse. Pédale. En plus, je crois que cette tafiole a sursauté quand je suis arrivé.

Guyane, décembre 2013, placer de Cxxxxxxx.

Bon, il ne s’agssait en fait pas d’un placer, mais de la zone vie se situant à proximité (un placer, c’est l’endroit où les orpailleurs extraient l’or). Il s’agit là de la dernière histoire précédant le pourquoi du titre de cette petite anecdote longue comme le nombre de euh…qu’aurait avalé…enfin, bref. Malheureusement, je n’ai pas un gros cerveau, et comme vous l’avez compris depuis un moment déjà, je ne suis pas allé à la bonne école s’il avait s’agit de le rendre plus performant.

On montait donc la garde sur ce placer – au passage, ce fut malgré tout une semaine top, on s’est bien marré avec les autres potes. C’est probablement la seule fois que j’ai eu et où j’aurais l’occasion d’emmerder un anaconda, et la seule fois aussi qu’un pote à moi à eu l’occasion de pisser sur un machin qui doit maintenant faire trois ou quatre fois sa taille.

On montait donc la garde – je le redis pour le comique de répétition – et les tours étaient définis par Cullgras, qui les notait sur papier. Alors, en tout bon caporal-chef que c’était, il assurait lui aussi la garde. Mais en tout bon connard que c’était, il s’octroyait les meilleurs tours…sans les assurer. Comment ? Très simple : il prenait les tours qui commençaient le soir, pendant le repas. Forcément, il n’y avait pas vraiment besoin de garde, puisque les GVs s’isolaient en haut du placer pour fuir les cons de gradés. Donc ce gros porc restait assis à table, au lieu de monter arme au poing, assurer sa garde comme tout bon soldat patriote qui se respecte le ferait.

Le pire, c’est que le caporal-chef se réservait les meilleurs tours au dépend des sergents de gendarmerie qui nous accompagnaient (et commandés par un lieutenant passablement con).

Où dormir…

Voici enfin le moment tant attendu. Cela se passe toujours au placer. Un peu agacés – le mot est faible, crénom de bordel à chiottes – par le comportement de ces cadres qui ne cessaient de travailler à la division gradés/GV (alors qu’ils passaient leur temps à nous rabâcher des histoires de cohésion, mon cul ; quoique ça marchait, puisque nous étions vraiment unis entre premiers-culs…à méditer), nous commencions à envisager quelques scénarios rigolos pour faire payer certains de nos cadres…

Chaud, hein ? Ces tocards nous faisaient tellement chier, nous manquaient tellement de respect, nous prenaient tellement pour de la merde, que nous étions plus préoccuper à les éviter plutôt qu’à travailler au bon déroulement de notre mission – qui laissait par ailleurs à désirer ; quand je vois l’utilité et l’efficacité de la traque de l’orpailleur, le comprends qu’il y ait quelques problèmes de budget dans l’Armée.

Un moment où je ne faisais rien, j’ai vu Psykokwak partir dans les bois pour purger un peu ses entrailles. Et je me suis dit qu’une fois de retour, je me rendrais sur le lieu du crime afin de donner une seconde vie à l’ex-contenu de ses intestins. Mais, trouvant un peu bizarre ce genre d’expédition – et ne trouvant pas le lieu dit – j’ai décidé de faire un peu comme quand je leur ai « pissé dessus », et donc de leur « chier sur la gueule » : j’ai déposé moi aussi un peu d’engrais par terre, j’en ai imbibé un bâton, et j’en ai tartiné le hamac de Cullgras. Mal m’en a pris : j’étais tellement guidée par la haine que mon action, qui se voulait discrète, s’est révélée être un peu trop voyante. AH AH AH AH AAAAAAH !!! Bien fait. Asshole. Bitch. Fuck. Et tout. Putain, ça n’a pas traîné : j’ai entendu un graannnnnnd criiiiiiiii retentir, on nous a réunit afin de trouver le coupable (ça devait évidemment être un premier-cul, et moi et Kommodor étions les favoris), et Psykokwak s’est mis à pleurnicher comme un gamin de cinq ans à qui on aurait piquer les billes (c’était sa façon de faire la loi, ah ah ah) : « C’est pas bien, c’est inadmissible, au sein d’un même groupe, mission opérationnelle, et gnégnégné et gnégnégné ».

Il fallait donc que le coupable se dénonce, et je savais parfaitement feindre le mec innocent (j’étais devenu un bon vicieux moi aussi…quand on est entouré de merde, on commence à en avoir l’odeur ; sauf que moi, pas besoin de galons pour faire chier le monde). Il fallait aussi que « quelqu’un » (un djève…) nettoie cette œuvre d’art. Hors de question que je le fasse. J’ai clairement dit au chef que je ne toucherai pas à ça. Et je n’y ai pas touché. J’avais envie de voir jusqu’où irait cette fiotte de Psykokwak, et son caniche de Cullgras. Malheureusement, un caporal, le caporal Trams, le transmetteur de la section – un réel bon gars, bosseur, toussa, mais agacé aussi, car les supérieurs se servaient bien de lui, en le prenant pour un larbin, lui manquant totalement de respect – s’est laissé convaincre de nettoyer. J’ai tout fait pour le décourager de frotter la substance que j’avais étalé sur la merde dans lequel Cullgras reposait sa grosse carcasse, mais il l’a fait. Sans doute redoutait-il la suite des évènements. Moi, pas. Les embrouilles, je kiffais. J’ai même suggéré que le chef avait lui-même étalé ça pour enfoncer encore plus le groupe, pour augmenter la taille du fossé de haine qui séparait GV et cadres. Et croyez-moi, ça aurait été tout à fait son genre.

Bref, le fait est que j’ai donc plus ou moins chié à la gueule de Cullgras, et que ce connard a du se résoudre à dormir dans son espèce de pseudo-chiotte en tissu. A dormir dans son lit de merde…

Chè. Baltringue.

Moralité.

Il n’y en a pas. J’aurais simplement bien fait pire que ça. Mais je n’avais pas d’idée. En tout cas pas à la hauteur de ce que je voulais leur envoyer à la gueule."

Bonne lecture'  :noange:

Hors ligne voile59

  • Troubadour
  • Messages: 339
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #9 le: 10 août 2015 à 20:57:57 »
Bonsoir

Vu le tour de taille de Cullgras, j'en conclu qu'il devait être dans l'armée depuis un certain temps et qu'il était devenu CCh à l'ancienneté, non?
Bref, qu'il y a de fortes chances, qu'il soit là pour protéger les vrais militaires qui eux sont sur le terrain. Bref il est au placard.
Ce n'est pas une excuse juste une explication.
Un texte intéressant  en tout cas bien écrit bien qu'un peu fatiguant par le nombre de "superlatif injurieux".

Connais tu Terry Pratchett et son disque monde? si la réponse est non, je pense que tu aimerais faire la connaissance du sergent Colon et du caporal Chicque.
Avant de juger l'indien, Chausse ses mocassins

LeMiloufdeOuf

  • Invité
Re : La Motivation : Un Mur Parfois Fragile Sur Lequel Pisser Est Facile.
« Réponse #10 le: 10 août 2015 à 22:53:14 »
Yop',
 oui. En fait, j'ai retransmis par écris ce que nous pensions tous au moment des faits. Et j'avoue que je n'avais pas du tout penser à l'espèce de "suite d'injures pompantes" que pouvait donner cette série d'histoires. Bon, c'était le risque à courir, et tant que la lecture reste digeste, je suis satisfait.

Non, pas du tout. Il en était à moins de 4,5 ans de service, et faisait autant de terrain que nous.

Non, je ne connais pas. J'irai voir ça.

 


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