641 - minorquin (de Minorque)
787 - pont
33 - altéré
Une vague lui fouette le visage. Elle est glacée. La chaloupe manque de se renverser mais ils tiennent bon. Au fond, deux soldats vomissent. Le bruit du métal qui se frotte, le goût du sel dans la bouche.
"SOLDATS ! Nous approchons des côtes ! Vous savez ce que vous avez à faire ! Tuez les tous, TOUS ! Pas de pitié et pour le Roi !"
Il n'avait quasiment pas entendu le discours, à peine la moitié, caché par les remous, les dégueulis et les ave maria de son voisin. Un gamin d'à peine quinze ans, cramponné à sa lance. Un pauvre paysan ramasse à la hâte avant de partir aux baléares. Derrière eux, quatre nvires de guerre, les leurs, dont un en flammes, véritable phare immanquable dans la nuit macabre. Les cris de ceux qui brûlent et se jettent à la mer, il ne les entendait plus, ils s'en étaient assez éloigné. Il le sait, ce n'est que temporaire. Quinze chaloupe qui contournent la bataille près du fort, attaque surprise planifiée sur un village à moitié évacué. Il sait qu'il n'est qu'une diversion, la mort l'attend sans doute ici et personne ne viendra le sauver. Le relatif calme en s'éloignant des navires l'a rassuré, temporairement, au moins il sait que les minorquins ne l'attendent pas à peine débarqué. Un peu de chance dans son malheur, répit de courte durée. C'est la suite qui lui fait peur et pourtant elle ne vient pas. Il l'attend, dans son corps, mais elle ne vient pas. Tout son état d'esprit semble être alteré par une étrange lucidité où toutes les couleurs, les sons, lui semblent être la Vérité même. Quelle vérité ? Il ne sait pas, mais il y a une éternité dans cet instant. Dans sa sidération l'éternel lui parle. Dans le découpage du ciel étoilé, il voit le pont au bout du village cible. Des cavaliers s'amènent. Vivre ou mourir. Je vous salue Marie, pleine de grâce, le seigneur est avec vous.