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Une fois passés l'hébètement et la fatigue nerveuse, l'installation de l'expédition au sommet du Caïman s'est effectuée rapidement et avec une certaine méthode. L'ascension ne nous a pas laissés indemnes. Les bêtes souffrent de blessures diverses qui, si elles sont pour la plupart assez bénignes, inquiètent les chameliers. Les pieds de plusieurs chameaux, dont la sole mince reste inadaptée aux pistes de montagne, sont gagnés par le pus. Une plaie en séton perfore le pied de ma monture. C'est comme la morsure d'un cobra. Nous manquons de remèdes et les chameliers s'affairent nerveusement au bas des bêtes en leur appliquant des pansements de fortune.
L'état des provisions laisse encore plus sceptique. Il reste deux sacs de millet et quelques denrées complémentaires qui peineraient à nourrir plus de quelques jours, et à la diète encore, le régiment que nous formons. Le renflouement des vivres attendra le prochain village. Mais où sont-ils, les villages, maintenant que nous sommes calfeutrés dans ce faux-jour à deux mille mètres des derniers vergers d'altitude ?
J'ai l'impression de naviguer sans le moindre souffle, sur un océan de basalte en créneaux. Le Roi et la Reine ont fait monter leur tente près du sommet et de son lot de bourrasques. Il parait qu'ils passent, parfois, à travers le convoi immobile, en s'informant à demi-mot des tâches des chameliers, distribuant çà et là quelques encouragements que les caravaniers accueillent le front bas et plissé, tout à leur inquiétude, comme de dérisoires accessits d'écoliers.
Mon chameau ne s'est pas mis debout depuis hier.
[j'ai été si lent. Pardon. Pardon

je pervertis le dico]