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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une touche

Auteur Sujet: Une touche  (Lu 813 fois)

Hors ligne Une pensée

  • Tabellion
  • Messages: 23
Une touche
« le: 07 Juillet 2015 à 19:38:26 »
J’aimais ces touches, ce bruit, j’aimais la brillance et l’image qui se reflétait sur ce bois peint de noir. J’aimais jouer, écouter, ressentir tout ce qui venait de cet objet appelé piano.

Je vivais à Londres dans une grande et spacieuse demeure, mais pas faite pour un homme seule. Ma vie n’avait rien d’extraordinaire. Non ! Vraiment rien, même en cherchant au plus profond de moi, il n’y avait rien. J’étais un cinquantenaire, solitaire, peu courageux et qui n’aimait pas sortir de sa demeure. Ma seule préoccupation était le piano, j’y consacrais des journées entières, ne prenant pour repas qu’un bout de pain et un verre d’eau. Ce dévouement au piano m’avait fait perdre tous mes amis ; il ne m’en restait plus aucun. Mais qu’importe ! Quand je jouais, j’oubliais tous mes ennuis. C’était comme si le monde qui m’entourait s’effaçait peu à peu et que je rentrais dans un univers parallèle où notes de musique, partitions et instruments vivaient paisiblement. Je savais bien que c’était faux, car je n’étais point superstitieux. Je possédais un piano STEINWAY qui coûtait environ 100 000£. C’était toute ma fortune, je m’étais endetté pour le restant de ma vie.

Un soir alors qu’il faisait déjà nuit noir, me sentais nauséeux. Je pris alors la décision de partir faire une petite balade dans les rues de Londres. Il était pourtant rare de e voir sortir de ma maison, car je n’aimais pas être vu et encore moins me promener. Je pris ma veste, mon haut-de-forme, ma canne et partis. Pour rejoindre le centre de la ville le plus rapidement possible, je passai par Soho, un quartier où vivaient plutôt des gens ayant peu de moyens ou issus de classe sociale inférieure. En arrivant, je fus écœuré par ces visages tristes, pleins de souffrances qui criaient famine. À la vue de ce spectacle, je décidai de changer de route. Je passai par des petites ruelles toutes aussi étroites les unes que les autres, une seule chose me frappa : toutes les rues sans exception étaient vides, même les plus passantes. Le doute commença à me hanter. Étais-je bien sûr le bon chemin ? Ne me suis-je pas trompé de rue ? Toutes ces questions qui commençaient à arriver me firent croire que je m’étais perdu quand soudain, je vis un panneau d’indication : « Direction Tower Bridge ». Enfin mon doute parti laissant place à un grand soulagement, j’étais donc sur la bonne voie, je ne m’étais pas trompé ! Ce sentiment qui venait d’arriver me mit le sourire aux lèvres. Quelle surprise de me retrouver en train de sourire ! Cela était devenu tellement rare… Trop rare.
Je revins vite à la réalité : je me souvenais que quelques minutes plus avant, j’avais remarqué que les rues étaient désertes. L’angoisse que j’avais ressentie tout à l’heure resurgi d’un seul coup. Il e faisait pas froid, il n’était pas tard, à peine 18h30, l’heure où les gens, on faire leurs courses. Je ne m’en suis pas préoccupé longtemps, trop pressé par l’idée d’aller dans le centre de la ville. Moi pressé ? Incroyable ! C’était d’une rareté ! Jamais (enfin, je crois) depuis que j’avais acheté mon piano, je n’avais été pressé d’aller dans un endroit rempli de monde. J’étais heureux ; jusqu’à ce qu’un grand coup de vent balaye mon chapeau pour l’emmener dans un grand chêne : cela fit retomber mon moral au plus bat et me mit même légèrement en colère. Je repris mon chemin d’un pas décidé, lourd, bruyant. Une dizaine de minutes plus tard, j’arrivais enfin à ma destination : Tower Bridge. À ce moment précis, lorsque je vis ce monument qui était une des fiertés de notre Belle ville, j’eus un choc ! C’était un des endroits les plus touristiques de Londres, en particulier le soir où plus de 1000 visiteurs s’y pressaient pour le voir illuminer. Et là, pourtant, rien ! Personne ! Il n’y avait aucune âme qui vit. J’étais seul… Seule comme un loup solitaire. Mes yeux qui arrivant étaient remplis d’émerveillement, se baissaient lentement et se remplissaient peu à peu d’un sentiment de mélancolie. Ils étaient rivés sur le sol, ne bougeaient plus, même pas un battement de cil. Il y eut juste une légère goutte d’eau qui se détachait de ce regard si triste. J’étais devenu complètement statique. Je n’avais plus la force de bouger pour regarder autour de moi s’il n’y avait pas une explication rationnelle à toute cette histoire. Soudain, j’entendis un bruit étrange, qui ne m’était pas inconnu. J’eus enfin la force de bouger, puis je regardais autour de moi. Peu à peu, je me mis à marcher en direction des magasins qui se trouvaient à côté de moi. Ils avaient tous un panneau qui affichait « FERMER pour cause inexplicable ». Soudain, une légère brise me caressa le visage et continua délicatement son chemin vers le centre du pont, comme si elle voulait me montrer la voie. Comme un imbécile qui cherchait sa route, je suivis cette brise jusqu’au  milieu du pont. Pourquoi l’ai-je suivi ? Pourquoi étais-je si mélancolique ? Étais-je devenu fou ? Toutes ces questions plus folles, les unes que les autres tournaient sans s’arrêter dans ma tête.

Puis d’un seul, alors que j’étais sûr de n’avoir rien vu, aucun signe de vie dans les alentours, je vis mon piano. Le mien ! Celui qu’il y avait dans ma demeure ! Sans même essayer de comprendre ce qui se passait, sans même regarder autour de moi, sans même me méfier de quoi que ce soit, je m’assis sur ce siège qui était doux comme du velours, brillant comme de la soie. C’était mon siège ! Je me mis à jouer en commençant doucement par un morceau de Bach, ensuite la lettre à Elise de Beethoven sans oublier Chopin ou même Richter, enfin tout y passait.

Mais je revins vite à la raison… Que faisait mon piano ici ? Il était pour bien chez moi ! Tout à coup sans rien expliquer, il y eut un grand coup de vent. Les arbres, les plantent, les auvents des magasins… Tout était parti… J’avais moi-même peur de m’envoler à mon tour. J’avais peur, très peur, un sentiment effroyable me traversa tout le corps, partant des pieds et remontant jusqu’à la nuque. Je tremblais. Oui, je tremblais comme çà ne m’étais jamais arrivé, j’étais blanc de terreur, je craignais l’inévitable. Je sentais des choses qui me frôlaient, je ne voulais pas céder à la panique et je résistais tant bien que mal quand soudain l’effroi et l’horreur me firent perdre le contrôle de moi-même. Il y avait quelque chose qui rôdait dans les parages. Puis sans savoir pourquoi, je jetai un rapide coup d’œil en direction du piano et je vis écrit à l’aide d’une pierre : «La mort te guette pour les crimes que tu as commis»
Il parait que le lendemain, on me retrouva évanoui en plein milieu du pont, une partition à la main. Pour qui, pour quoi ? Je ne savais pas ! Mais ce qui est sûr, c’est que depuis ce jour le piano ne fait plus partie de mon quotidien.

"Le poète est semblable au prince des nuées
 qui chante la tempête et se rit de l'archer,
 Exilé sur le sol au milieu des huées,
 Ses ailes de géant l'empêchent de marcher "

Hors ligne Elisedu18

  • Troubadour
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  • Psycho-tarée de la plume
Re : Une touche
« Réponse #1 le: 07 Juillet 2015 à 21:43:29 »
Ton texte est très bien mené malgré quelques petites erreurs sans importance, je te rassure. J'aime beaucoup la chute, elle est très bien trouvée. Félicitations!
"Je sais bien que tu es morte, mais je crois qu'il y a dans tout être humain quelque chose qui ne peut pas disparaitre."
"Parfois, on demande à notre corps de parler à notre place de nos douleurs, des histoires qu'on cache en soi."
Ava Dellaira, Love letters to the Dead

Hors ligne Une pensée

  • Tabellion
  • Messages: 23
Re : Une touche
« Réponse #2 le: 07 Juillet 2015 à 21:48:18 »
Merci de ton avis  :D tu crois que tu pourrais me dire les quelques erreurs pour que je puisse les corriger ? :???:
"Le poète est semblable au prince des nuées
 qui chante la tempête et se rit de l'archer,
 Exilé sur le sol au milieu des huées,
 Ses ailes de géant l'empêchent de marcher "

 


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