Assise sur une pierre, la tête ailleurs, je regardais à m'éblouir le feu qui brûlait mon passé. Je cherchais à comprendre comment il avait pu trahir sa famille, trahir sa nièce, trahir son frère, trahir ses enfants et les cousins de ses enfants, comment il avait pu me trahir. Les rares cassettes qui prouvaient une lointaine présence dans notre histoire ne faisaient que nous rappeler qu'il avait un jour sali notre nom, le nom que porte aujourd'hui ses enfants. Les rares photos qui montraient son visage ne faisait que rejaillir le manque de ses fils, trois fils qui n'avaient rien fait pour être éffacés de notre Arbre, trois fils qui, peut être, voulaient encore voir leurs cousins, et que peut être ils mourront sans les avoir revu. Les rares anecdotes de lui dans nos souvenirs de faisaient que nous faire réaliser qu'avant, il n'avait pas cette envie de détruire cette Famille.
A présent, le feu était mon seul point d'encrage. Il allait laisser dans mes yeux l'image de ces photos, de ces cassettes, de ce nom, consummés par les flammes, ces voix allaient enfin partir de mon esprit, cette souffrance allait enfin s'en aller.
- Si je ne peux pas les retrouver, je préfère les oublier à jamais.
La schizophrénie me reprenait.
Pour la première fois, j'avais l'impression de tuer ma fierté, et un soupçon de coeur et d'innocence que je n'avais jamais eus. J'avais l'impression d'avoir tout connu, d'avoir tout vécu, d'avoir tout subi. J'étais loin d'avoir tout vu, et pourtant c'en était assez pour moi.
- Persone de doit savoir.
Je me levai, cherchant de mon oeil abimé par la lumière du feu, et tatonnant de mes mains refroidit pas l'air glacé, un nouvel endroit où me réchauffer. Maintenant qu'ils ne devaient plus faire partie de ma vie, qu'allais-je faire ? Je n'avais nul part où aller, je ne voulais pas retrouver mes proches, je ne savais plus le chemin qui m'avait conduit jusqu'ici. Peut être qu'il n'y en avait pas, peut être que j'étais apparue ici, avec ces photos, et le nécessaire pour le brûler. Peut être même que je n'avais aucun lien avec ces personnes.
"- Tu regardes du mauvais côté, il est dans ton dos."
Je détestait la propriétaire de ce corps. Elle était bie trop renfermée sur elle-même, à tel point que je ne savais rien d'elle. Elle s'inventait des histoires, une vie même, et je me fichais royalement que quelqu'un se trouvait derrière moi.
"Quelqu'un est derrière moi. Je suis morte."
Je n'avais plus qu'à courir. Mon oeil reprenait en précision, les détails revenaient, je voyais comme avant. J'entendais la personne courir derrière moi, qui criait le nom de la propriétaire. Il réussit à me rattraper, à me coincer au sol, à m'empêcher de m'enfuir.
Pour la première fois, j'avais honte. J'avais perdu à un des jeux auquel je participe le plus souvent. Je me fatiguais, je faiblissais. Ce n'était plus à mon tour de contrôler ce corps.
Enfin, je le retouvais.
Je ne me souvenais plus vraiment. Il me semblait qu'il avait changé. Je le trouvais plus grand, plus mature, il était différent de comment je l'imaginais.
Mon hôte corporelle me laissait tranquille, enfin, elle me laissait admirer ce que le monde avait sûrement fait de meilleur, et qui pourtant avait connu, vécu, subit les mêmes drames que moi, de plus près. Je voulais me lever, il refusait de lâcher mes bras, je me suis contentée de pleurer, de verser une larme, une larme de joie et de tristesse. Ce n'était pas lui qui avait sali le nom, ce n'étais pas moi non plus, pourquoi m'empêchait-il de retrouver la liberté de bouger, de penser en sa présence ?
Mais apparemment, cette larme l'avait fait changer d'avis. Il me libéra de son étreinte, il m'aida à me relever, et dans un élan de tristesse mutuelle, nous nous jetâmes dans les bras de celui que l'on venait de retrouver. Je cherchais depuis tellement longtemps à le retrouver et à détruire son père que j'avais commencé à confondre leurs deux identités. Car contrairement à moi, lui, avait un coeur qui savait s'ouvrir au bon moment.