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27 Août 2026 à 07:19:01
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Auteur Sujet: Le chien d'Occident  (Lu 25798 fois)

Hors ligne Gros Lo

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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #30 le: 27 Décembre 2008 à 19:32:15 »

Ouh j'ai du boulot...


Citation de: ernya
Cette infidélité conspire à nous inspirer
joli, dommage que ça fasse pas un alexandrin :noange:
en+ j'ai trop galéré pour employer "conspirer", la construction est un peu difficile pour mes neurones xD


(j'crois que Verasoie m'a inspiré pour le côté très... narratif, en fait je sais pas. Vera ?)

Bon ben très bien comme lecture si t'as rien relevé de mauvais :P merci !

*

J'essaierai la sève pendant les grandes vacances.

J'retiens ton idée pour amener ses fantasmes.

Citation de: Spes
Je pense que ça va mieux dans le chapitre 3, en effet. Mais peut-être est-ce dû aussi à l'excès d'imparfait ?
ouais, j'voulais surtout pas donner l'impression d'une mauvaise nouvelle d'héroïc-fantasy où il se passe mille rebondissements par heure et où on a l'impression que toute l'histoire tient sur une journée... j'verrai comment modifier.


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ses yeux brillaient d’une fulgurance inquiète : alors il partait s’affairer à travers le manoir, cherchant de l’ocre et du carmin pour ses esquisses, ouvrait les fenêtres, humait l’air froid, contemplait l’orée de la forêt qui verdissait son horizon et s’en retournait l’air grave.
J'ai dû relire, sûrement trop habitué à fulgurante inquiétude.. Ceci à part, tu n'as pas oublié des virgules ? Aussi, pourquoi "son" horizon ?
où ça, des virgules qui manquent ? Heum pour le sens "sa perspective", "la vue que lui a de la forêt au loin", mais c'est vrai que c'est un peu contestable...


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quand le ciel violaçait
Pas très joli, à mon avis
d'acc

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de chair et d’encre et de sous-bois qui me dressait sur son séant et me creusait des cernes.

J'aurais bien vu une virgule à la place du second "et". Pourquoi "son" séant ?
Parce que erreur, lol. Hm j'voulais rendre l'effet d'accumulation en fait, des envies qui s'empilent... et ça donne un air vieillot aussi ce genre de tournures.


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Il n’y avait pourtant que les mâtins pour attendre que la haute grille s’entrouvre.

Il m'a fallu du temps pour comprendre que tu suggères qu'il y aurait pu y avoir la femme
ok j'éclaircirai


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Dix jours eurent bientôt passé depuis sa dernière promenade.

Je n'aime pas trop cette phrase...
ok, ernya non plus je crois, je chercherai autre chose


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qui ne passait pas.

A mon avis, ça dénote.. Aussi, on retrouve passa en fin de paragraphe
ok j'aviserai


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et laissaient les feuilles mortes s’empaler sur les herbes tranchantes.
Ça me semble un peu excessif
ah... zut :-X


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Elle avait le museau allongé
Cela est important ? o_O Peut-être devrais-tu lui accorder carrément une phrase de description
j'préfère que la description vienne par petits bouts au fil des chapitres en fait... ouais c'est important, enfin un peu.


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Je n’avais pas retrouvé l’enthousiasme cependant : seule elle y parviendrait.

Il me semble que quelqu'un l'a déjà signalée
ouip j'vais changer


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mais elle avait vraisemblablement dérapé : mon mollet était rouge mais

Répétition (je remarque au passage que tu  n'utilises pas "toutefois")
ouais c'est vrai, je l'économise pour les moments où il alourdit pas trop... mais là va falloir que j'change en tout cas


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A peine eut-il franchi la grille que le chien venait à sa rencontre

L'imparfait me gêne.. Aussi, je me demande s'il ne contribue pas à ralentir le rythme, comme je le disais plus  haut
ouais pas faux... mais "vint" c'est plus cassant, avec "venait" on l'imagine arriver de loin et se rapprocher, non ?


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« La peste soit des chiens ! » éructa-t-il en cadenassant la grille et en boitillant vers le manoir.

Ça dénote avec l'image du personnage que je me suis faite. Il parait violent et d'un sale caractère, tout d'un coup
oui il est un peu comme ça aussi... mais ouais, il faudrait que je le sous-entende déjà avant pour que ça paraisse plus cohérent.


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Je lui offrirais des vêtements, des étoffes légères qui la protègeraient du froid et qui la conserveraient du vif.


Conserver me semble un peu étrange.. Quant au vif, tu parles du vent ? On dirait un peu un lapsus
ouais, normal ; non c'est le... vif, le vivant.


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allongé sur le ventre au sommet d’un monticule rocheux

Pourquoi pas étendu ou simplement allongé ? Il y aurait une allusion quelconque ?
non lol, mais c'est vrai que c'est lourd...


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En ce qui concerne ce second chapitre, dans l'ensemble il a le même rythme que le premier, quoique bien sûr l'histoire évolue. Mais je trouve qu'il n'y a pas assez d'accroche, de suspense.
Aussi, encore quelque chose qui m'a gêné ; on dirait que le manoir est désert.. Si c'est le cas, ou au contraire, il faudrait le préciser quelque part.
Bien sûr, il y a beaucoup de points positifs, comme tes images, souvent très réussies
ok ouais il est désert, y a juste lui.


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, la peau s’était ornée de larges plaques brunes

Pourquoi ne pas parler de croûtes, puisque tu évoques après une texture granuleuse ? Au début, j'imaginais un simple changement de couleur de la peau
c'est plutôt des plaques quand même... enfin oui, ça pourrait être des croûtes qui, quand elles tombent, laissent apparaître des plaques.


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La forêt s’était refusée à lui ; la montagne lui offrait le Verbe.

Tu veux parler de sa capacité à s'exprimer ?
non plutôt le Verbe genre la Genèse, le pouvoir de la parole, "Que la lumère soit > et la lumière fut"

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faisaient tonner en son cœur une vertigineuse allégresse.

Cette allégresse qui tonne me gêne un peu
oui pareil, j'espérais que ça passe inaperçu pour la première version :P

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, les chevreuils courberaient l’échine devant son tableau.

J'ai trouvé ça un peu bizarre, outre le fait que ce soit dur à imaginer ; les chevreuils n'étant pas humains, ils n'ont pas les même codes. Peut-être demeureraient la queue basse ou baisseraient la tête.. Aussi, tableau me coupe soudain du texte pour m'imposer une scène de chasse mal peinte.. mais c'est personnel, je suppose xD
là en fait, chaque élément de la forêt est un peu humanisé, non ? j'me souviens plus du passage juste avant mais je crois


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La nuit égrena ses songes de divin créateur.

Un peu dur à comprendre
mouip


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Deux semaines passèrent. Il ne cherchait plus celle qui saurait le sauver : la rencontre avait enfin eu lieu.

Mmm, la nouvelle version de cette phrase est mieux, mais c'est un peu frustrant pour le lecteur, je pense. Il n'y aurait alors plus rien à chercher ? Tout est fini, résolu ?
ouais j'ai vu la première version et j'ai vite fait cherché un truc pour corriger, avant de partir, mais j'dois trouver un truc mieux.


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, il l’avait senti grésiller sur son ventre.

Ah ! C'est en lien avec le moment où il avait dormi sur le ventre ?
oui c'est à ce moment-là qu'il pense

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On y surplombait la ville ; une centaine de toits de chaume se serraient au bord d’une rivière sale, c’était tout.

Qui se serraient ?
heu... non ? si ?


 
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elle n’était pas des leurs.

Je ne trouve pas ce "elle" très clair
j'vais voir


Citer
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Qui serait-elle sinon, pour accueillir les étrangers si dénudée ?

La tournure de la phrase est un peu étrange, à mon avis
en fait il veut pas piger que c'est une pute... ouais.



Le chien, tu le retrouveras :P merci beaucoup pour tous ces commentaires.


*

Citation de: Matthieu
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des gouttes de froid lui coulaient le long du dos.

Il est mieux de dire "des gouttes froides".
ouais j'sais bien mais là je préférais comme ça... ça passe mal ?


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Muse j’ai hâte de partager mes rêves de chiens »,

Quelle est donc cette obsession avec les chiens ?
tu verras bien :noange:


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ils iraient sur la roche et rêveraient de sable.

Tu ne pourrais pas développer cette partie ?
j'peux pas trop en dire en fait ^^


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Et pour finir, je ne comprends toujours pas les titres.   ><
ça viendra


Merci à toi aussi ! j'poste la suite et fin demain (chap 5 et 6).
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Hors ligne ernya

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Re : Re : Le chien d'Occident
« Réponse #31 le: 27 Décembre 2008 à 19:46:04 »
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Dix jours eurent bientôt passé depuis sa dernière promenade.
Je n'aime pas trop cette phrase...
ok, ernya non plus je crois, je chercherai autre chose
en fait, c'est un problème de rythme ou de construction
je pensais que la phrase serait plus longue en fait
et le "eurent", c'est pas très beau

Citer
Citer
Qui serait-elle sinon, pour accueillir les étrangers si dénudée ?
La tournure de la phrase est un peu étrange, à mon avis
en fait il veut pas piger que c'est une pute... ouais.
j'avais moins aussi tiltée à la lecture
pas pour le sens pour la construction
peut-être mettre une virgule après "étrangers" ? comme ça, ça ferait un effet hâché qui pourrait ... hm... mimer son incrédulité ?

Citation de: Matthieu
Citer
des gouttes de froid lui coulaient le long du dos.

Il est mieux de dire "des gouttes froides".
ouais j'sais bien mais là je préférais comme ça... ça passe mal ?
perso, ça rend mieux "de froid", déjà ça change, et puis l'idée n'est pas la même, non ? on insiste plus sur le froid et non pas sur la goutte, comme ça



"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #32 le: 27 Décembre 2008 à 21:17:30 »

Citation de: ernya

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perso, ça rend mieux "de froid", déjà ça change, et puis l'idée n'est pas la même, non ? on insiste plus sur le froid et non pas sur la goutte, comme ça

Oui l'idée n'est pas la même, ce n'est qu'un simple petit avis. De toute manière seul l'auteur est maître de ses écrits.
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

Rainer Maria Rilke

Verasoie

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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #33 le: 28 Décembre 2008 à 14:56:49 »
J'veux goûter de la sève OO

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(j'crois que Verasoie m'a inspiré pour le côté très... narratif, en fait je sais pas. Vera ?)

Sais pas :D mais si tu le dis, j'en suis très flattée ^^



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Et ne me touchez pas ! Partez ! » Et elle referma violemment la porte.
Répétition de "et". Si tu dois en enlever un, je te conseillerais de conserver le premier parce qu'il fait très spontané dans la phrase.

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Il la désarçonna tout à fait en l’étreignant soudain, amoureux et brutal, entre les piliers d’écorce et dans les fougères glacées de rosée. Elle ignorait que la forêt enthousiasmait l’homme à ce point. « Inspire-moi ! » gémissait-il en débouclant sa ceinture. Pauline avait toujours en tête le tintement des pièces sur le plancher. Elle le comblerait pour sa somme. Les maisons de passe, voilà le dernier bastion de l’honneur en ce monde déclinant. L’homme avait fait tomber ses chausses. Alors elle l’inspira du mieux qu’elle put.
J'aime bien ce passage, je trouve que la façon dont il est écrit retranscrit bien la lassitude de Pauline... même si je saurais pas dire en quoi.

Bon pour le reste je n'ai rien à dire, les autres ont déjà relevé pas mal de passages ^^ j'aime toujours, en tout cas. ^^

Hors ligne Gros Lo

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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #34 le: 28 Décembre 2008 à 15:42:49 »
J'pensais que Matthieu n'aimerait pas trop le côté cru, mais c'est passé finalement !

Bon allez, avec celui-là tout s'éclaire (?)





[Chapitre quatre.]






Chapitre 5
Neb-ta-djeser



Il filait dans le désert, flèche d’onyx entre les dunes pâles. La course sous les étoiles. Il rôdait autour des enceintes de pierre érigées par l’homme superstitieux. Il était assis sur le temple, oreilles dressées et queue pendante, or et noir, il sentait la pierre sous son ventre. Que dorment les morts. Il était le seigneur de ces chapelles éparpillées. Il partait quelquefois en quête d’une proie facile ou d’un point d’eau, mais toujours revenait veiller. L’eau. Et le désert et le vent, le vent qui charriait du sable et enlisait les temples, et le désert silencieux, tout-puissant, les draps froissés des dunes et le ciel clair hors du temps. L’eau de ser Vent, tel était son nom, sous les étoiles, sous celles avaient connu Pharaon. Elles avaient connu ceux qui avaient bâti des pointes de pierre pour décrocher les diamants de la Voûte. Elles avaient connu Akhetaton et son culte du soleil, et les Hyksôs et les Peuples de la mer, et les Perses et les Grecs, Romains et Arabes, Français et Anglais, tous avaient dû le scintillement de leurs lames au soleil de Kemet. Mais les étoiles du désert, l’eau qui sourd et le vent qui polit les dunes, et les chiens sauvages piétinant le silence à grandes foulées d’encre, tous ces sujets avaient acquis l’immortalité en s’abreuvant au grand Nil indolent. Aussi l’écrivain se rêvait-il l’un d’eux, lui l’affamé d’une éternité que sa muse accordait avec peine.

La blanche lumière de l’hiver s’étalait sur les draps. Il se réveilla dans l’après-midi, les traits tirés, encore tourmenté par l’invocation nocturne. Pauline explorait le manoir. Elle ne semblait pas attirée par la bibliothèque ; sans doute considérait-elle que l’écriture surgissait du néant et qu’une muse n’avait qu’à énoncer la nature pour renouveler le verbe. Le soir tomba trop vite ; les bûches craquèrent, puis le lit, et il n’y eut plus rien que le silence. Les caves restèrent muettes.

L’écrivain se leva à l’aube, resta enfermé dans la bibliothèque toute la matinée et une partie de l’après-midi. Quand il rejoignit sa muse, son visage rayonnait. « Nous partons. Une autre promenade en forêt, hors de la forêt. » Comme à son habitude, la grille se referma en grinçant. L’écrivain et la muse quittaient la bâtisse sombre, ils n’y reviendraient plus.

Les passions incendiaient son esprit, assoiffaient sa raison et brûlaient son bas-ventre ; elles lui donnaient le pas vif : il courait presque lorsqu’ils franchirent le gué. Comment rallierait-il l’autre rive quand les prémices du printemps feraient enfler la rivière ? La question laissa un instant sa timide empreinte sur la grève de galets, puis d’autres déferlèrent et la noyèrent tout à fait. Les ruines hautes et dignes du cimetière furent bientôt devant eux. Il avait toujours songé à emmener la muse sur les hauteurs de la montagne, mais la proximité de la roulotte et la probable présence de Mel le gênait. Et ne rêvait-il pas plus de tombeaux que de montagne, en vérité ? Pauline parut acquiescer à ses pensées et se tourna vers l’imposant portail mangé par la rouille. Il la suivit, sachant que d’autres pulsions animaient leurs jambes ; Inpou au ruban d’or les observait de l’intérieur.

Le crépuscule couturait l’horizon à vif de cicatrices rougeâtres. Des touffes d’herbe jaune poussaient entre les tombes et des plaques de mousse recouvraient parfois les épitaphes fendillées. La muse flânait entre les sépultures, désœuvrée, résignée. Lui la prit par la main et lui susurra : « C’est ici que tu te sens reine, n’est-ce pas ? c’est ici que tu te sens muse. » Pauline hocha la tête. Elle s’était accoutumée à l’idée que « muse » était pour lui un équivalent de « femme » ; de « pute ». Il avait jeté le prix de quatre clients ordinaires. Une fois dans la roulotte, une autre dans la forêt, une troisième au manoir. Cette étreinte serait la dernière et elle le quitterait, serait livrée à son sort, à ces plaques sombres qui parcheminaient son cou. Elle pourrait arpenter les bas-fonds de la ville à la recherche d’un maître-tatoueur ; il ferait disparaître le mal sous des dragons incarnats. Elle resterait chez lui pour s’acquitter de sa dette puis reviendrait chez Mel. En un mois, ce mauvais client serait une ancienne histoire. Ainsi parvenait-elle à se convaincre d’avenir. Une douce hâte la gagnait presque. Pour l’heure, il lui pressait la main.

« Je veux que tu m’inspires, Muse. J’ai soif de fulgurance, aide-moi, transperce-moi comme je te transperce. » Ainsi murmurait-il dans son oreille. Il l’avait allongée sur un édicule de granite ; elle était nonchalante, le regard perdu dans les étoiles naissantes. Il manquait de la mordre à chaque embrassade, redoublait de hargne, griffa ses cuisses en lui ôtant son porte-jarretelle. Ses paroles se heurtaient et se durcissaient à mesure que l’ombre dévorait le cimetière. Lui, tandis qu’il la meurtrissait d’ardeur, sentait naître des sanglots dans sa gorge. L’angoisse le rongeait, il ignorait maintenant pourquoi il l’appelait « Muse » ; c’était un réflexe d’un autre âge, un temps lointain dont il avait tout oublié. Tout au plus se souvenait-il de fougères et d’écorce, de désespoir et d’amertume, d’une odeur d’encre et de papier. De l’inspiration, une femelle à ses côtés, quoi ? Son esprit retentissait désormais d’un chapelet d’aboiements, sa mémoire exsudait des courses sous les étoiles, il avait en tête des tombes silencieuses et des faucons de grès. L’écrivain s’était enfui de ce corps possédé ; il n’y avait plus là que crocs, dieu et folie. Et puis elle s’effraya et le repoussa.

Elle recula et lui donna des coups, il grogna ; sembla se reprendre : « Pardon, Muse, pardon, sanglotait-il déjà, je ne sais plus, ce n’est pas ça, j’ai oublié mes projets, que dois-je faire avec toi ? dois-je t’ouvrir la bouche et les yeux et emplir ton corps d’un bitume brûlant ? Je dois t’aider, Muse, il me faut t’accompagner dans l’au-delà, c’est ma tâche – je ne sais plus. Rappelle-moi, que dois-je faire ? » Elle avait sauté du tombeau et le contemplait, indécise et apeurée.

« Je sais ! tout me revient, je dois te plonger dans le natron pour que ton corps ne pourrisse pas, je dois te revêtir d’étoffes légères, ô Muse, ma Muse, ma belle, je vais te couvrir de lin pour l’éternité, j’ai besoin de bandelettes et de scarabées de turquoise pour procéder à l’embaumement, Khenty-seh-netjer, je suis Celui qui préside au pavillon divin, le sais-tu ? ô Muse, où trouver tout ce lin… »

Sa voix était devenue rauque et tremblante. Elle, reculait. « Je dois trouver un animal et le dépecer, je placerai à tes côtés une peau morte qui absorbera les sortilèges des démons. Imy-out, Celui qui détient les bandelettes, je le suis en vérité, je dois te parer de rubans de lin. Non, ne fuis pas, la momification t’apportera l’éternité, où cours-tu ? Ne sais-tu pas que la montagne est mienne ! Tépy-djouf, c’est mon nom ! Celui qui est juché sur sa montagne, qu’espères-tu en la gravissant, si ce n’est venir à ma rencontre ? Reste à mes côtés, ô ma Muse, ta crinière fauve éveille en moi un désir sans fond, je dois veiller sur toi. Ne t’enfuis pas, où irais-tu ? c’est ici que je t’ai emmené, Muse, ou qui que tu sois, c’est ici que tout doit s’achever pour que tout recommence, tu le comprends ; car je suis… »

Il se retint de rire, tout s’éclaircissait enfin, c’était simple comme l’eau, comme la caresse du vent. « Car je suis Neb-ta-djeser, le Seigneur de la nécropole ! Inpou dont le nom allie l’eau et le vent et le désert, une plume, une vague et la pierre, c’est ton nom, Inpou le chien sauvage, celui qui accompagne les morts dans l’autre monde et protège leurs tombes, le dieu cynocéphale que vénère la sage Kasa sur les rivages noirs ! Je ne suis plus meurtri par les langues d’étrangers, j’ai quitté les lambeaux de chair morte de ce nom que m’ont attribué les Grecs, je ne suis plus l’Anubis désincarné, je suis Inpou à nouveau ! »

Elle avait fait demi-tour et s’était enfuie à travers les tombes. Courait à corps perdu. Qu’avait-elle compris des ténèbres du cimetière ? Fuyait-elle la folie ou la colère divine ? Elle poussa un cri, elle ne courait plus. Les chiens encerclaient la nécropole, efflanqués, les oreilles dressées, tapis dans l’encre de la nuit, menés par leur souverain.







CHAPITRE SIX


« Modifié: 01 Janvier 2009 à 19:31:46 par Loredan »
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #35 le: 28 Décembre 2008 à 16:00:18 »
alalalala


c'est le chapitre ( pour l'instant) que j'aime le plus
super bien écrit, prenant, j'ai pas du tout décroché
la Muse, l'écrivain, et tout ce qui se rattache à l'Egype... :coeur:
c'est marrant, j'ai l'impression que ce texte est... hum.. une continuation de tes précédents textes sur la même idée, mais que celui-ci est plus riche, plus complexe, plus pensé ?


sinon quelques remarques rapides:

- au début, je trouve qu'il y a trop de "il"

Mais les étoiles du désert, l’eau qui sourd et le vent qui polit les dunes, et les chiens sauvages piétinant le silence à grandes foulées d’encre, tous ces sujets de Kemet avaient acquis l’immortalité.
j'aime pas la fin de cette phrase, elle jure avec le reste qui est très bien écrit

 Il la suivit, sachant que d’autres pulsions animaient leurs jambes ; Inpou au ruban d’or les observait de l’intérieur.

là j'aime bien la construction, avec le point-virgule et puis la fin qui intrigue

L’écrivain s’était enfui de ce corps possédé ; il n’y avait plus là que crocs, dieu et folie. :coeur:
« Modifié: 28 Décembre 2008 à 16:09:34 par ernya »
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #36 le: 28 Décembre 2008 à 16:04:58 »


Ah cool, j'avais peur que ça paraisse trop rapide, son discours, et qu'on ait l'impression que je balance toutes les clefs d'un coup, comme ça, pour m'en débarrasser...

Oui c'est peut-être aussi parce que "Kemet" est deux fois en deux-trois lignes, j'vais chercher quelque chose de mieux.

Trop de "il" pour le passage avec le rêve de chien ? ok

Bon ben je posterai plus tard le dernier chap, il est assez court puisque c'était censé être un épilogue au départ. Faut que je le revoie par contre...

merci de ta promptitude :P
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Verasoie

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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #37 le: 28 Décembre 2008 à 16:22:29 »
Comme ernya, je trouve qu'on revoit dans ce texte des idées qui étaient dans d'autres de toi, mais qu'ici elles sont plus abouties, et aussi qu'on les suit mieux. Ma non-connaissance de la mythologie égyptienne ne m'a pas du tout gênée pour la compréhension. Je veux pas non plus dire que tu redondes les thèmes, hein, mais bien qu'on reconnaît ta marque dedans ^^ C'est ce texte que je préfère de toi.
 Et puis le "rôle" final que devait/doit tenir la Muse, trop bien <3, je m'y attendais pas du tout même si j'avais deviné (normal ^^) un rapport avec l'Egypte.

Citer
La blanche lumière de l’hiver dévalait sur les draps.
Je suis pas sûre qu'on puisse dévaler sur quelque chose, on dévale bien quelque chose, mais...

Citer
« C’est ici que tu te sens reine, n’est-ce pas ? c’est ici que tu te sens muse. » Pauline hocha la tête. Elle s’était accoutumée à l’idée que « muse » était pour lui un équivalent de « femme » ; de « pute ».
Mdr, bien placé :D

Citer
Il manquait de la mordre à chaque embrassade, redoublait de hargne, griffa ses cuisses en lui ôtant ses porte-jarretelles.
On peut mettre "porte-jarretelles" au pluriel? Ça me paraît bizarre, enfin, j'ai pas vérifié...


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Re : Re : Le chien d'Occident
« Réponse #38 le: 28 Décembre 2008 à 16:47:19 »

Peut-être parce que c'est un texte plus long, et qu'en plus quand c'est plus court c'est souvent des poèmes... ? ça m'fait plaisir que ça vous plaise.


ah oui pour dévaler je regarderai la construction dans un dico. Mais juste là, oui, "je dévale la colline". Et du coup "dévalait les draps" c'est pas top... arf.


Corrigé, pour le porte-jarretelle :-¬? je vous demanderai la prochaine fois que j'aurai ce genre d'hésitations :mrgreen:


J'ai hâte de poster le dernier, je suis content de la toute fin, enfin faut que je la retouche encore un peu. Il fait office d'épilogue en fait...
Bon, les titres s'éclairent maintenant :mrgreen: si vous aviez tapé "tépy-djouf" sur google, ça vous aurait sorti toute l'explicitation. C'eût été ballot...
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #39 le: 28 Décembre 2008 à 18:07:10 »

Bonsoir,

Citer
Il partait quelquefois en quête d’une proie facile ou d’un point d’eau, mais toujours revenait veiller.

J'ai relu pas mal de fois cette phrase et à chaque fois la fin me dérange. Il faudrait peut-être la modifier.

Citer
Et le désert et le vent,

La transition est assez bizarre. Je ne sais pas vraiment si on peut enchaîner ainsi.

Citer
L’eau de ser Vent,

Je sais pas pourquoi ici mais je sens un jeu de mots "servent" ? et ne comprends pas du tout.

Citer
tous avaient dû le scintillement de leurs lames au soleil de Kemet.

J'ai un peu de mal à comprendre là, mais sûrement la fatigue. "tous avaient dû" ?

Citer
les épitaphes fendillées.

Tu peux m'epliquer ?  :)

Citer
de « pute ».

Non, par pitié ! pauvre muse !  :'(

Citer
transperce-moi comme je te transperce. »

Euh, vouiche, je préfère pas imaginer.  :D

Citer
je suis Celui qui préside au pavillon divin, le sais-tu ? ô Muse, où trouver tout ce lin… »

C'est volontaire la majuscule. Si oui, je peux comprendre, mais c'est pas plutôt en poésie qu'on utilise ce genre de choses ?

Citer
Muse, ou qui que tu sois, c’est ici que tout doit s’achever pour que tout recommence, tu le comprends ; car je suis… »

Le début de la fin. Beau !

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Je ne sais plus trop lequel je préfère maintenant. Je crois que je vais attendre la fin. Certains passages sont très poétiques, surtout dans cette partie.
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #40 le: 28 Décembre 2008 à 18:17:27 »
Citation de: Matthieu
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Il partait quelquefois en quête d’une proie facile ou d’un point d’eau, mais toujours revenait veiller.

J'ai relu pas mal de fois cette phrase et à chaque fois la fin me dérange. Il faudrait peut-être la modifier.
c'est l'absence de sujet explicite ? de "il" ?


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Et le désert et le vent,

La transition est assez bizarre. Je ne sais pas vraiment si on peut enchaîner ainsi.
ouais...? pourquoi pas ? c'est à cause du point ?

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L’eau de ser Vent,

Je sais pas pourquoi ici mais je sens un jeu de mots "servent" ? et ne comprends pas du tout.
non en fait c'est pour dire que dans son nom, il y a l'eau, le désert et le vent, donc dans notre langue ça donnerait quelque chose de ce genre.


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tous avaient dû le scintillement de leurs lames au soleil de Kemet.

J'ai un peu de mal à comprendre là, mais sûrement la fatigue. "tous avaient dû" ?
ouais ça accroche on a plus souvent l'habitude de "je dois faire quelque chose", là c'est "je dois un effet à une cause" (en mieux dit enfin c'est l'idée)


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les épitaphes fendillées.

Tu peux m'epliquer ?  :)
les tombes sont à l'abandon, elles se fendillent, les lézardes courent sur les épitaphes... ?


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de « pute ».

Non, par pitié ! pauvre muse !  :'(
c'est elle qui le dit :mrgreen:


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transperce-moi comme je te transperce. »

Euh, vouiche, je préfère pas imaginer.  :D
trop tard :P


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je suis Celui qui préside au pavillon divin, le sais-tu ? ô Muse, où trouver tout ce lin… »

C'est volontaire la majuscule. Si oui, je peux comprendre, mais c'est pas plutôt en poésie qu'on utilise ce genre de choses ?
là c'est pour rappeler le caractère... divin. Genre c'est la majuscule de "Notre père... que Ton nom soit sanctifié".


je poste la fin alors...

(arf, c'était bien, cette période de postage et juste relectures...)
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #41 le: 28 Décembre 2008 à 19:10:53 »
Et voilà, suite et fin.





[Chapitre cinq.]






Chapitre 6
Polumnia



L’écrivain n’avait pas bougé. Il assistait à l’avancée lente des chiens sauvages, un sourire goguenard aux lèvres. « N’aie pas peur, cria-t-il, ils ne nous feront rien. Ils veilleront. Je dois t’embaumer, Pauline, ô ma Pauline, que tu vives à nouveau et pour l’éternité, nous ferons des courses dans le sable, et les étoiles bienveillantes brilleront pour nous. »

Les chiens avaient pénétré dans l’enceinte du cimetière. L’un d’eux allait devant, une laisse dorée pendant au cou. L’homme répéta sans comprendre : il était le noir Inpou, le dieu à tête de chacal, gardien des nécropoles, il présidait à la cérémonie d’embaumement. Ce n’était plus l’écrivain qui parlait alors. L’écrivain n’était plus.

Le chien à la laisse d’or avançait toujours, alors que ses frères s’étaient arrêtés. L’homme debout au-dessus des tombes partit à reculons, balbutiant d’abstruses formules incantatoires, trébucha et tomba lourdement à terre. Il ne quittait pas des yeux le chien qui avançait. Des hélépoles de terreur venaient à bout des faibles remparts de sa raison, abattaient guerriers d’effroi et salves de flèches brûlantes sur son esprit torturé. Il n’entendait plus rien, ne sentait que l’haleine chaude de l’animal et le parfum du natron, gardait en bouche le goût du sang. Au loin, dans les ombres, les chiens se jetaient sur Pauline. Ses oreilles bourdonnaient abominablement. Bientôt, il ne connut plus que les brumes étouffantes de son cauchemar.

Le chien lui aboyait de cinglantes vérités. « Héry-séshéta », entendait-il résonner dans sa tête, et le reproche divin lui enfonçait un glaive dans le cœur. « Héry-séshéta », le chien ne cessait d’arguer ainsi, montrant les crocs. Ses prunelles d’onyx étaient rehaussées de khôl doré. L’homme bégayait dans les ténèbres, respirant fortement, des hoquets dans le souffle, transperçant la chape de silence de cris âpres.

Des ruisseaux de transpiration dans mon dos. L’effroi me broyait le cœur. Toutes les singulières réflexions qui me hantaient depuis quelque temps se heurtaient avec rage à ma raison, j’avais mal, je ne savais y résister longtemps, j’avais si mal… je regrettais tant la forêt aux douces plaintes… des aboiements étouffés m’enflammaient la gorge.

Un ultime sursaut de fierté le remit sur ses jambes. Des mots gorgés d’audace et de fiel se bousculaient dans son esprit. « Tu n’es pas Inpou ! hurla-t-il. Tu n’es pas même Anubis le renommé ! Tu es un démon qui fait bouger le cadavre d’un chien, tu as tué un sujet d’Inpou pour mettre au point ta ruse ! Que m’importent tes intentions, puisque je suis celui que tu cherches ! Je suis Pharaon d’autres contrées, Inpou parle à travers moi ! Je suis Pharaon d’Occident, et Inpou m’inspire ces paroles ! » Il marqua un silence, comme si ces brusques propos lui rappelaient une vie antérieure. « Qui es-tu pour abaisser l’incarnation d’Inpou sur Terre à ce blessant second rôle ? Je ne suis pas Héry-séshéta ! C’est un démon fielleux qui parle ainsi, je ne suis pas l’humain qui préside au rituel d’embaumement, je suis le haut seigneur des embaumeurs et de toute chose en ces rives, je suis Pharaon de l’Ouest, et Inpou parle par ma bouche ! »

Et l’écho sans fin de ses cris. La rumeur des mausolées le fit sombrer dans la folie. Il voyait les chiens qui s’approchaient, leurs crocs jaunis par les millénaires. Les sujets d’Inpou avaient tous été conviés en cette nuit où leur chef rendait justice, condamnait les félons et les fous violeurs de sépultures. Du sang gouttait sur la terre ; Pauline. Après sa chute dans les gorges de la démence, il perdit toute notion du temps. Le sable coulait sur lui, il contemplait les étoiles vives. Au loin, sous la voûte, des chiens hurlaient. Lui mangeaient-ils les entrailles ? N’y eut-il bientôt plus que des os blanchis où se nichaient les scorpions ? Etait-ce seulement lui ? De longs rubans de soie lui frôlaient la joue. C’était une femme, elle le trouvait enfin. Devaient-ils franchir le seuil étincelant de l’au-delà pour que les démons qui les hantaient prennent enfin pleinement possession des carcasses de chair ? S’unir, enfin. Il était Inpou et elle était – non, non c’était bien l’autre, ce n’était pas Pauline mais sa toute proche, sa sœur d’âme, Polymnie la poétesse originelle ; et les doigts de la Muse jouaient doucement avec le pelage ensanglanté de son amant. Inpou gisait là, sa toison sombre de mort toute poisseuse, l’or de ses yeux érubescent de larmes de sang. Le chien sauvage agonisait dans les bras d’ivoire de sa Muse. Polymnie le berçait de ses chants suaves. Les ténèbres portèrent la mélopée jusqu’aux roulottes et aux rives de fange, et au manoir éteint, et jusqu’à la canopée qui, à la toute fin de son souffle dernier, frissonna. Polymnie berçait tristement son amant moribond. Elle avait des fleurs dans les cheveux et elle était couronnée de perles ; elles luisaient doucement et piquetaient l’horizon diffus du mourant d’étoiles faiblissantes. Polymnie chantait et regardait chagrinée le voile d’ombre ternir les yeux de son amant. L’air était frais, Polymnie chantait dans la nuit. Dans la forêt, le printemps à l’affût. Et la voix de la Muse s’attardait sur les cimes ; roche et feuillage, le toit d’un lupanar. Polymnie pleurait. Chants nuptiaux ou chants funèbres, nul ne le sut.











« Modifié: 01 Janvier 2009 à 19:32:51 par Loredan »
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #42 le: 28 Décembre 2008 à 19:28:15 »
Bon. la fin, je suis pas sûre d'avoir tout pigé: hum... le truc avec Polymnie... il ya un parallèle avec Pauline, ok. Mais... hum... j'ai vraiment pas compris... parce qu'on finit sur elle, mais, en gros, on sait pas trop d'où elle sort et puis lui comme il crève..., bref, explique-moi là


sinon, j'ai rien relevé qui m'ai gêné à part les point d'exclamation qui sont un peu trop beaucoup nombreux :mrgreen:

il ya de belles phrases un peu partout surtout vers la fin comme les "gorges de la démence" tout ça^^


hum... et la narration du coup, c'est un peu pareil.... le "je" et le "il" s'est encore obscur pour moi :-[
c'est dû à tous ses délires ?
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Re : Le chien d'Occident
« Réponse #43 le: 28 Décembre 2008 à 19:29:59 »

Je n'ai pas encore lu la dernière partie mais tiens à répondre à tes questions.

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c'est l'absence de sujet explicite ? de "il" ?

Peut-être, je peux la lire et la relire, ça ne passe toujours pas.

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ouais...? pourquoi pas ? c'est à cause du point ?

Oui car trop rapproché mais je peux bien comprendre que c'était pour donner un certain effet.

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les tombes sont à l'abandon, elles se fendillent, les lézardes courent sur les épitaphes... ?

Oui je préfère, mais cela peut paraître pour certains lecteurs un peu trop compliqué.

Voilà, à pluche pour la chouite !

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Re : Re : Le chien d'Occident
« Réponse #44 le: 28 Décembre 2008 à 19:37:16 »

merci pour les précisions Matthieu


Citation de: ernya
Bon. la fin, je suis pas sûre d'avoir tout pigé: hum... le truc avec Polymnie... il ya un parallèle avec Pauline, ok. Mais... hum... j'ai vraiment pas compris... parce qu'on finit sur elle, mais, en gros, on sait pas trop d'où elle sort et puis lui comme il crève..., bref, explique-moi là
alors... en fait, c'est peut-être Pauline (proximité prénom, et puis muse tout ça, c'est pour ça qu'il avait dit "c'est tellement proche de ton vrai nom" quand ils se rencontrent), ou alors elle s'est fait bouffer par les chiens et c'est une illusion d'agonisant, ou alors ils avaient besoin de mourir pour que leurs secondes personnalités (Anubis, Polymnie) puissent émerger et Polymnie est bien là.


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sinon, j'ai rien relevé qui m'ai gêné à part les point d'exclamation qui sont un peu trop beaucoup nombreux :mrgreen:
ouais quand il a son dernier sursaut... c'est pour rendre le côté incantatoire.



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hum... et la narration du coup, c'est un peu pareil.... le "je" et le "il" s'est encore obscur pour moi :-[
c'est dû à tous ses délires ?
ben y a juste un petit paragraphe de 1ère personne, c'était pour que son ancienne personnalité ait elle aussi un dernier sursaut avant de sombrer dans l'autre. La seconde personnalité, celle d'Anubis, gagne du terrain tout au long de l'histoire, c'est pour ça que je raconte de moins en moins au "je".

oilà...

alors, finalement ?
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