Voilà le texte que j'ai proposé au BT. J'ai mis beaucoup de temps à l'écrire et n'en suis pas entièrement satisfaite. J'attends vos avis

(D, si tu ne me l'avais pas demandé, il ne serait pas là

)
- Qui joue au Monop’ avec moi ?
- Moi ! Moi ! Dis N°XIII, je peux jouer avec toi ?
- Bien sûr Bateleur. Qui d’autre ?
La Mort se tourne vers ses camarades de fortune. Personne ne répond. Tempérance soupire puis se lance :
- Très bien, j’en suis. Si ça peut faire plaisir au petit. Et le calmer !
- Je suis las de tourner en rond. Autant occuper mon temps à faire vivre quelqu’un qui le peut encore.
- Parfait. Tu vois petit, avec un peu de persuasion, le Monde sera toujours de ton côté et Tempérance ne supporte pas le bruit. Joli moyen de se la mettre dans la poche.
- Cool ! Je suis la banque !
- Mais comment peut-il être toujours aussi excité ?
- Du calme Tempérance, ce n’est qu’un enfant. Il apprendra. Je serai l’agent immobilier. J’aime savoir à qui vont mes rues.
- Ok le Monde. Maintenant, quel pion veux-tu ?
- Le Chien !
- Le dé à coudre, s’il te plaît.
- Le cheval pour moi, si c’est possible.
- Alors… Le chien pour le p’tit, le dé pour Tempé, le cheval pour que le Monde marche enfin et pour moi, le bateau du passeur.
Ils s’installent alors tous autour de la table de bridge, devant la fenêtre du salon donnant sur la petite cour dallée devant la maison. La table préférée de la Papesse. Personne ne sait vraiment pourquoi mais tous en prennent grand soin. Les rayons du soleil heurtent les pierres brutes de la petite cour avant de se poser délicatement sur le plateau de jeu. Une douce brise d’air marin qui s’engouffre par la fenêtre ouverte leur rappelle qu’ils sont en vacances. C’est l’endroit parfait pour une partie. Comme à leur habitude, chacun – en commençant par le Nord- tire aux dés pour déterminer qui va jouer en premier.
- Six, à toi Mo’.
- Quatre. Le Monde ?
- Neuf. Et enfin… la dernière mais pas la moindre...
- Cinq.
- Donc c’est moi qui commence.
Le Monde lance les dés. Huit. En double. Il achète Courcelles. Evidemment. La carte préférée de Tempérance.
- Chanceux !
- Tout est dans le doigté très chère. Le Monopoly est un jeu malin que veux-tu. Aller, à toi.
- Vantard.
La partie continue et les cartes de propriété se répartissent vite. Bateleur et le Monde s’enrichissent doucement. Tempérance fait quelques allers-retours en prison. La Mort paie. Beaucoup. A ses adversaires, pour les cartes chance et caisse de communauté, les cases « payer 10 000 », etc. Peu habituée à ne pas obtenir ce qu’elle veut, elle aiguise sa faux avec acharnement. Un vieux TOC. Faisant ses nerfs comme un chat fait ses griffes. Le Diable les regarde, amusé. Quand N°XIII croise son regard, elle pose sa pierre et regarde ses adversaires qui sourient fièrement.
- Faites attention à vous mes amis.
Puis, s’approchant du Bateleur, elle caresse le fil de sa lame et continue presque en chuchotant :
- Je pourrais trouver un moyen de me venger et de vous faire perdre quelque chose de plus précieux que ces faux billets.
Elle se redresse :
- Parfaitement aiguisée.
Le Bateleur, d’abord inquiet et un peu effrayé par la Mort, se surprend lui-même à rire d’elle.
- Si tu veux te venger, tu vas devoir courir tas d’os ! Et puis, tu me touches, Kaa te bouffe.
- Oh ! Tu as enfin réussi à dresser ce boa ?
- Et oui Tempé. La persévérance était un excellent conseil. J’ai aussi beaucoup travaillé ma flûte du coup !
La Papesse appelle tout le monde depuis la cuisine pour mettre le couvert dans le jardin. Les cinq, absorbés par la partie ne quittent pas la table. L’Hermite, qui a enfin quitté son bureau sous les combles du Pen’ty, passe devant eux les bras chargés du panier à vaisselle pour le jardin.
- Aller les jeunes ! Venez un peu nous aider.
- On arrive.
Les joueurs, sauf un, se lèvent enfin, traversent le couloir de marbre et entrent dans la cuisine. Chacun attrape quelque chose : la panière, les serviettes, le dessous de plat bleu siliconé en forme de feuille, la carafe poisson et le hibou. Puis, tous ressortent direction le jardin. Quand ils passent devant la fenêtre, Le Bateleur court vers la cuisine, prend le saladier orange que tout le monde déteste secrètement et rattrape le petit groupe dans le jardin. Ils mettent le couvert puis s’installent. Bientôt, la Papesse arrive avec un plat de riz, suivie du Pape chargé d’un autre de poulet Tandoori. Les anciens, le Monde et le Jugement, se lèvent et font le service. Le repas se passe, comme à son habitude, dans la bonne humeur ; ponctué par les remontrances du Jugement. Tout le monde participe et pas instant, le silence fait place. Quand tout est débarrassé, que chacun retourne à ses activités, les joueurs s’assoient à nouveau à la table et le Jugement soupire. Encore.
- C’est si dur de vieillir ?
- Cesse de te moquer petit. Un jour, ce sera ton tour et personne ne te soutiendra parce que tu auras été trop insupportable aux autres pour qu’ils acceptent ton âge en plus de ton caractère. D’autant que personne n’aime les tricheurs. Tu crois que je ne t’ai pas vu prendre 10 000 € dans la banque ?
- Je disais ça pour rire… et puis j’ai pas triché j’avais mis 50 000 pour deux maisons sur les bleus foncés …
- Et menteur en plus … Ne parle jamais simplement pour rire ou ne rien dire. Les mots ont un sens, une visée comme chacun de nous. Ils sont trop importants. Et si tu ne fais que rire de tout, te moquer de n’importe quoi, n’agir que comme il te plaît, tu deviendras vite une personne à éviter. Demande au pauvre Diable comment il en est arrivé là. A trop se jouer des autres, surtout de l’amoureux, il a vendu son âme au péché, son corps à l’inhumanité, son esprit à la facétie. Plus personne ne lui a fait confiance et tout le monde l’a fui.
- On connait tous mon histoire et comment tu la conclus J : « Il a donné son corps aux hommes, ils l’ont utilisé avant de se détourner, de se moquer, de l’enfoncer. On se fait Diable comme on se fait putain ; on s’abandonne au péché et on devient vite la carte la plus évitée du tarot. » Arrête d’embêter le p’tit. Laisse les jouer tranquillement.
- C’est en répétant les choses que les gens les retiennent.
- D’accord, d’accord J. C’est à toi de trier Bateleur.
- J’ai plus trop envie de jouer le Monde… J’ai pas triché ou menti.
- Ne t’en fais pas, nous, on te croit. Tu es en train de gagner. Tu n’as aucun intérêt à tricher.
- Ne l’écoute pas petit. Tu n’as rien à craindre. Si je suis à éviter, chacun sait qu’il faut se méfier de cette vilaine langue car le Juge ment.
- Si vous le laisser faire n’importe quoi, tous, on n’en fera rien de ce gamin. Et le Juge ne ment pas. Il dit ce qu’il pense.
- Ça suffit Jugement. Laisse l’enfant en paix. Il a une partie à jouer. Tu es ridicule avec tes idées dont tu ne démords pas.
- Au moins je ne cherche pas à plaire à tout le monde, Tempérance.
- Moi non plus mais parfois, je crois être plus juste que toi. Puisque tu veux parler des positions de chacun à Marseille, sache qu’on se fait Juge comme on se fait moraliste ; on s’abandonne à la péremption et on devient vite la carte la moins aimée du tarot. Vas-y petit.