« -Ok, on se tient au courant mais normalement c’est bouclé je viendrai. »
« -Ok ma puce, bisous. »
« Bonne soirée papa. »
Je raccroche après avoir convenu de passer le prochain week-end chez mon père, et mon estomac se tord. Je prévois depuis longtemps de faire la route histoire d’avoir une discussion avec lui mais l’idée m’angoisse. Bien sûr je ne lui ai pas dit que je tenais à parler de certaines choses avec lui. Peut-être parce que s’il était au courant, j’aurais l’impression de ne pas pouvoir contrôler cette dite conversation. Je suis tellement angoissée à cette idée que, lorsqu’il m’annonce que les prévisions météo pour demain mettent en danger l’excursion que j’attends depuis des mois, je m’en prends à Jessy.
« -Très bien ! Dis-je. De toute façon tu n’avais pas envie d’y aller. Evidemment je te suis partout mais pour une fois que moi j’ai envie de faire quelque chose tu vas toujours trouver une excuse. »
Jessy serait-il responsable du temps qu’il fait ? Je me rends bien compte de l’absurdité de ma réaction mais c’est plus fort que moi. Mon chéri, dans sa nonchalance habituelle s’approche de moi, plante un baiser sur mes lèvres et me demande gentiment de ne pas bouder. J’admire vraiment sa capacité à me supporter parfois !
Je décide d’aller prendre une douche ça me calmera peut-être. J’entre dans la salle de bains et tourne la molette du radiateur, la pièce s’emplit presqu’instantanément d’une douce chaleur. Je me penche au-dessus du bac de douche et tourne maintenant le robinet afin d’être certaine d’avoir de l’eau chaude de suite. Je fais glisser mon jean jusqu’à mes chevilles et enlève mon soutien-gorge et mon top d’un seul mouvement. Je me glisse dans la cabine de douche et ferme la porte. L’eau coule sur ma peau et l’espace d’un instant j’ai l’impression que toutes mes tensions s’envolent. Hélas, comme presque à chaque fois les milles et unes questions que j’ai en tête réapparaissent. Il est plus que temps que je discute avec mon père. Que je lui parle de ma déception et de ma colère. Il faut que je lui dise à quel point je suis fatiguée de m’inquiéter, de résoudre et de tempérer. J’ai bien conscience d’être la seule vis qui tient toute ma famille en place. Depuis leur séparation il y a dix ans mes parents ont fait l’effort de s’entendre pour leurs enfants uniquement. Quant à Alexis, mon frère ainé il ne parle à mon père que pour me faire plaisir, il sait combien sa compte à mes yeux, et franchement ça me touche qu’il fasse cet effort pour moi. J’entreprends de masser mon cuir chevelu et l’odeur de vanille qui emplit mes narines me fait sourire. Tout en les rinçant, je passe mes doigts dans mes longs cheveux bruns. J’essaye de remettre de l’ordre dans mes idées quand les souvenirs prennent possession de ma tête.
J’ai une dizaine d’années et mes pieds nus frôlent le carrelage froid de la cuisine. J’ouvre difficilement le grand meuble dont la serrure se bloque régulièrement. Après un rapide coup d’œil à son maigre contenu je tire une chaise à moi et grimpe dessus. Quand j’attrape la boite de céréales au chocolat bon marché elle semble lourde. Je la rapproche du bord et me dresse sur mes pointes de pieds pour en inspecter le contenu. Quatre cannettes de bières de très mauvaise qualité, voilà ce que je trouve dans ma boîte de céréales. Je referme la boite et la repousse délicatement à sa place avant de descendre de ma chaise. Je sors de la maison et je vais chez Julia. Julia c’est la copine de papa et elle aussi elle est en colère quand il boit, alors elle m’aide. Je lui dit ce que j’ai trouvé et elle me raccompagne à la maison ou papa n’est pas. Je ne me souviens plus très bien d’où il était à ce moment précis. Julia attrape la boite de céréales et en extrait les canettes. En bougeant les bouteilles de lait elle en découvre d’autres et nous les plaçons toutes sur l’égouttoir de l’évier. Quand nous avons terminé l’inspection de l’armoire il n’y a plus de place sur l’égouttoir. En silence, nous ouvrons les cannettes une à une avant d’en vider le contenu dans l’évier et de les écraser. Notre tâche accomplie, Julia et moi contemplons le tas formé par les morceaux de fer. Elle attrape un sac, l’ouvre et me le tend, de mes petites mains j’attrape les déchets et les fourre dans le plastique que Julia ira mettre dans le pigeonnier avec les autres. Julia est belle. Elle est presqu’aussi grande que papa et ses longs cheveux roux qui dégringolent en superbes boucles sur ses épaules me fascinent. Je l’aime bien, on partage le même secret.
Je reviens sur terre et ferme le robinet. L’eau s’arrête instantanément de couler et je regrette déjà la sensation qu’elle me procurait. J’entrouvre la porte de la douche et attrape ma serviette à tâtons, je me frictionne vigoureusement la tête pour sécher mes cheveux avant de m’enrouler dedans. Quand j’arrive devant le miroir, l’image qu’il me renvoie me fait mal. J’ai l’air si triste, et le maquillage qui a coulé en laissant de grosses traînées noires autour de mes grands yeux bleus n’arrange rien. J’attrape les lingettes démaquillantes et entreprend de nettoyer mon visage quand mes pensées s’éloignent encore.
Par le petit encadré de la boite aux lettres je vois les yeux papa. Ils sont tout rouge autour, et je crois naïvement que c’est parce qu’il a pleuré. Il est triste papa parce que maman ne veut pas le laisser rentrer. De mes tout petits pieds je cours près d’elle, maman a les yeux tout noirs à cause de maquillage qui a coulé. Elle aussi elle a pleuré, ça fait ça quand on se dispute très fort.
« -Dis maman, est ce que je peux ouvrir la porte à papa ? » Maman ne réponds pas alors j’insiste.
« Tu sais, mon papa, il a dit qu’il était triste de pas être avec nous dedans. Il s’excuse et il le fera plus. C’est vrai il me l’a promis ! » Bien évidemment à l’époque je n’ai aucune idée de ce qu’il s’est passé entre mes parents. Mais j’ai trois ans et les voir pleurer me brise le cœur. Je crois aussi très sincèrement que quoi qu’il ait fait, papa ne recommencera pas. Il me la promis.
Au souvenir de toutes ses promesses que mon père m’a faite et qu’il n’a jamais tenu, la colère revient en moi. Vingt et une longues années se sont écoulées entre ce souvenir et aujourd’hui. Autant de promesses qu’il n’a pas tenues.
[C'est en quelque sorte un morceau d’histoire j'aimerais la continuer par après, si ça en vaut la peine. Tous les avis et conseils sont les bienvenus, je ne suis pas vraiment douée ]