Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Quand le contrôle ne suffit plus

Auteur Sujet: Quand le contrôle ne suffit plus  (Lu 4307 fois)

Hors ligne Oussri

  • Aède
  • Messages: 208
Quand le contrôle ne suffit plus
« le: 02 Mai 2015 à 23:09:33 »
Nouvelle en lien avec "Une prison, une geôlière, un espoir...", mais les deux peuvent totalement se lire séparément. Je donne quand même le lien pour ceux que ça intéresse : http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,16411.msg264338.html#msg264338



Que ces livres peuvent être lourds. Les bras chargés, débordant de revues et romans en tout genre, je passe dans les allées de la bibliothèque. Quelques romans historiques, des romans policiers, des romans à l’eau de rose… Je m’arrête un instant devant ces derniers aux titres plus dégoulinants de niaiserie les uns que les autres. J’ai envie de haïr ces auteurs qui ont osé faire croire à la petite fille que j’étais à l’existence du prince charmant, aux histoires d’amour éternel et au bonheur. J’esquisse un rictus de mépris mais je ne peux m’empêcher d’avoir envie de prendre un de ces livres et de m’immerger dans une histoire plus romantique et plus fausse qu’il ne pourrait en exister. Finalement, le mépris que je ressens n’est même pas pour ces livres, les histoires qu’ils relatent ou même les auteurs qui ont pu les écrire. C’est moi que je méprise. Je méprise ma faiblesse. Je méprise l’idéalisme auquel j’ai pu croire. Je méprise ma propre niaiserie qui refait surface quand je m’abandonne. Lâchant un soupir, je détourne le regard du rayonnage et redresse la tête. Je prends le contrôle. Me tenant bien droite, je reprends ma marche, laissant résonner le bruit de mes talons dans la bibliothèque presque vide. Son écho me rassure. Je me sens femme avec ces chaussures qui claquent, avec cette jupe crayon qui dessine mes hanches, avec ce chemisier blanc et classe que j’ai su dénicher pendant les soldes et que je n’aurais jamais pu m’offrir autrement. Au fur et à mesure que je traverse les allées, je range les livres, je les classe. Je souris aux quelques personnes qui ont su pousser la porte de la bibliothèque. Elles répondent à mon sourire factice, inconscientes de la comédie que je leur joue. Mon masque ne glisse pas, il est indécelable. Mon jeu d’actrice est maîtrisé à la perfection. Je ne suis que contrôle. Contrôle et mensonge.

La journée passe, aussi longue et terne que les autres. Je suis lasse de cette mascarade, lasse de cette vie où tous les jours se ressemblent, lasse de la fausseté de chacun de mes gestes, de chacune de mes émotions. Mon regard embrasse la bibliothèque puis se pose sur l’horloge en face de mon petit bureau impeccable, où rien ne traîne, pas même un grain de poussière. Je signale aux rares retardataires qu’il est temps de quitter la bibliothèque. Il est temps pour moi de rentrer également. J’enfile mon trench, attrape mon sac à main et file en verrouillant la petite porte de bois. Une fois dehors, comme tous les soirs, je regrette de ne pas avoir de voiture et je marche sur le trottoir d’un pas vif, la tête bien droite. Je ne regarde pas mes pieds. Je regarde devant moi, la tête haute, feignant une confiance en moi que je ne possède pas. Je croise quelques personnes et les ignore superbement. Ou plutôt, je feins encore une fois de les ignorer. Je garde le contrôle pour ne pas montrer mes craintes, je glisse mes mains dans mes poches pour cacher leur tremblement, j’accélère le pas, l’estomac noué par la peur. Chaque parcelle de mon corps est tendue. Je suis certaine que si on me touchait, je serais aussi dure et froide qu’une roche. Je ne me sens pas en sécurité dehors. Le moindre intérêt, le moindre regard d’un homme me terrorise. Je me répète que je n’ai pas peur, que j’ai confiance en moi, que je suis forte. Mais même mes pensées sonnent faux. Je suis fausse. Fausse à l’extérieur, fausse à l’intérieur. Je mens aux autres et je me mens à moi-même. Je suis lamentable. Ma propre médiocrité me dégoûte. Je sais que je suis faible. Faible, incapable, désemparée. Et tandis que mes pensées se perdent entre la vérité et le mensonge, que je perds la notion de ce que je suis et de qui je suis, je me rends compte que je suis devant mon immeuble. La grande porte recouverte d’une peinture bordeaux écaillée se dresse devant moi, me surplombant de tout son gigantisme et de toute sa masse. Je la pousse péniblement et escalade les marches en colimaçon plus que je ne les monte. Plus j’approche de mon étage, plus je deviens lente. Mais je sais que ce n’est pas la fatigue qui me ralentit. Malheureusement, malgré toute ma volonté à retarder cet instant, j’arrive sur le palier. Mon regard se perd au bout du couloir où j’aperçois la porte de mon appartement. Une fois lancée, je ne devrai pas m’arrêter. Plantée sur mes escarpins, j’avance le pied droit. Je n’ai plus le choix maintenant.

Il est interminable ce couloir. Je l’emprunte chaque jour et il me paraît un peu plus long à chaque nouvelle traversée. Pourtant je vais à la même allure, ma cadence est toujours la même. Mais le chemin jusqu’à mon appartement me semble de plus en plus infini. Tandis que les portes défilent, une partie de mon être semble vouloir hurler. Je regarde devant moi, je ne veux pas voir ces portes, pas caresser l’espoir que l’une d’elle s’ouvre et m’arrête dans ma course. Plus mon appartement approche, plus je dois me battre pour garder le contrôle. Ma volonté vacille tandis que j’arrive au milieu du couloir. Que quelqu’un vienne m’arrêter, que quelqu’un me barre la route. Que quelqu’un me sauve de mon quotidien, me sauve de cet enfer. Je secoue mentalement la tête, méprisant mon appel à l’aide silencieux. Je refuse d’être faible. Je reprends le dessus, muselant cette part de mon être tandis que celle-ci se replie sur elle-même et retient ses sanglots en moi. Le contrôle. Il n’y a que ça qui compte. Je sens les liens enserrer mes poignets, enserrer mes chevilles, enserrer mon cou. Le contrôle m’étouffe. Je ne respire qu’à moitié mais il me garde en vie. Mon corps est une marionnette, un pantin que je dois maîtriser pour pouvoir jouer cette comédie de la vie que je sers au monde qui m’entoure. Le contrôle me rend invincible.

Seul le bruit de mes pas résonne dans le couloir. Aucun son ne me parvient des autres appartements, à croire qu’ils sont vides de toute vie. Ma lèvre voudrait trembler mais je la retiens. Je suis presque arrivée. Je n’ai pas le droit de lâcher prise. Pas maintenant. Pas déjà. Je glisse les clés dans la serrure, je pousse la porte. Le salon, épuré, blanc, impersonnel, apparaît. Je dépose mon sac à main sur la table de plastique immaculée, une table design achetée au rabais par l’homme qui partage mon appartement. Autrefois j’aurais certainement dit ma vie. Mais je ne vis plus avec lui. Je ne vis plus, tout simplement.

Il n’est pas là. Je passe dans la cuisine, prépare machinalement le repas. Je mets la table, je sers. Il est vingt heures. Je m’assois et j’attends. L’aiguille de l’horloge face à moi semble filer de plus en plus vite tandis qu’il ne rentre toujours pas. Combien de temps vais-je pouvoir encore tenir ? Combien de temps mon masque tiendra-t-il ?

L’aiguille file et pourtant l’attente est interminable. Le temps est suspendu tandis que j’exerce le contrôle le plus total sur ma personne. Un pantin. Je ne suis qu’un pantin, sans émotion, sans sentiment. Je me le répète, je me l’assène, je le hurle dans mon crâne pour ne pas l’oublier.

La poignée tourne enfin. Il est là. Pas un regard vers moi, pas un regard vers le repas, la table préparée. Il m’ignore superbement, l’air agacé alors que je n’ai pas encore ouvert la bouche. Il passe près de moi pour rejoindre la chambre. Sur son passage, je sens un parfum fleuri, aux notes entêtantes et fruitées. Un parfum de femme. Le parfum d’une autre. Mon masque manque de se craqueler, ma lèvre frémit, mon cœur s’emballe sous un sentiment que je ne comprends pas. Colère ? Rage ? Haine ?

Hésitant soudain, il rebrousse chemin pour déposer un baiser distrait sur mon front. Il s’éloigne aussi vite qu’il s’est approché, le visage grimaçant, et reprend le chemin de notre chambre. Sa chambre.

Tandis que la porte se referme derrière lui, je me lève, débarrasse la table sans un mot, jette le repas à la poubelle. La boule au fond de ma gorge m’empêcherait d’avaler quoi que ce soit. Une fois la vaisselle nettoyée et rangée, la cuisine impeccable, je me dirige vers la salle de bain, ferme la porte et me fait couler un bain. Et tandis que le jet d’eau tambourine contre la céramique, mon regard se fixe dans celui de mon reflet. Mon masque éclate. Je le vois se fissurer, les morceaux voler autour de moi. Je lâche mes cheveux, je me débarrasse de cette chemise trop blanche, de cette jupe inconfortable, de mes talons rouges qui meurtrissent mes pieds à chaque pas. Tremblante, affrontant l’image que me renvoie la glace, je me vois telle que je suis. Faible. Faible et méprisable. Celle que j’observe ainsi me dégoûte. Je me dégoûte. Je me hais. Quand le barrage de mes sentiments cède enfin sous toute cette ire, mon cœur semble exploser dans ma poitrine, mon estomac se tord entre mes entrailles. Mon maquillage s’étale sur mes joues tandis que mes larmes les inondent. Je respire avec peine, je hoquète. Mes jambes ne me tiennent plus et je m’effondre. En position fœtale sur le sol, le carrelage gris me glaçant la peau, je sens une flaque de larmes s’étaler sous ma joue. Tandis que je m’épuise dans mes pleurs, je pense fugacement à l’homme dans la chambre à côté. Je me rappelle combien je l’ai aimé. Je me rappelle combien il m’a rendue heureuse. Je me rappelle que ce fut bref. Je me rappelle que tout est fini depuis longtemps, que je suis seule. Seule et malheureuse. Pour toujours.

Je me réveille, seule sur le canapé du salon. La nuit a filé sans que je m’en rende compte, les somnifères m’ayant assommée la veille. Une nuit sans rêve. Une nuit sans espoir. J’ai repris le contrôle. Le marionnettiste dicte de nouveau ses gestes au pantin. Je fais le même rituel, comme tous les matins. Je m’habille, me maquille, mange, fait la vaisselle, nettoie. Quand je pars, tout est net, rangé, impeccable. Je jette un œil à l’horloge. Je suis à l’heure. Comme d’habitude.

La journée passe, ressemble à toutes les autres, encore. Je répète ma comédie. Mes scènes sont parfaites. Mes mensonges sont parfaits. Je suis un mensonge parfait. Mon regard se perd de nouveau sur l’horloge. Le temps. Tout est calculé, à la perfection. Ce que je dois dire, ce que je dois faire. Mais surtout à quel moment. Et c’est pourquoi je me retrouve sur le palier de mon étage à la même heure, comme chaque jour.

Je lance la marche, ma cadence identique à celle des autres jours, égale à moi-même, égale à mon mensonge. Mais tandis que je traverse l’allée, tandis que le carrelage brun défile sous mes pas, les appels à l’aide résonnent de nouveau en moi. Je suis inébranlable. Mon contrôle doit être parfait. Il l’est. Ou du moins, je m’en persuade. Seulement aujourd’hui le parfum de l’autre femme se rappelle à moi. Est-elle avec lui en ce moment ? Est-elle amoureuse ? Est-elle heureuse ? Je l’imagine dans ses bras, comme je l’ai été avant elle. Je l’imagine lui dire je t’aime comme je l’ai fait. Je l’imagine heureuse. Je me rends compte que je suis jalouse de cette femme. Une jalousie terrible, insidieuse, étouffante. Une jalousie qui m’envahit de plus en plus à mesure que j’avance dans le couloir. Je me surprends à laisser s’égarer mes pensées vers cet homme que j’ai tant aimé. Mais je ne ressens rien. Ni amour, ni haine. Uniquement de l’indifférence. Alors pourquoi une telle jalousie me ronge quand le parfum de cette femme me harcèle ?

Alors que ces questions se bousculent dans mon crâne, le tumulte de mes émotions bat contre mon masque, fait plier mon contrôle. Sans vraiment le remarquer, je me sens ralentir, jusqu’à m’arrêter totalement.

Je regarde mes escarpins, perdue, inconsciente de ce que je fais. Je perds pied. Le contrôle m’échappe. Je vois l’image d’une horloge et ses aiguilles qui défilent dans mon crâne. Le temps passe, sans que je puisse le retenir, ni le rattraper. Je perds le cours du temps, il file, il m’échappe. Et pourtant, malgré ma peur, je reste ainsi sans oser bouger. Sans le pouvoir. Sans le vouloir. Les appels à l’aide ont cessé. Je prends conscience que tout ce que j’ai toujours souhaité, c’est que quelqu’un m’aide. Que quelqu’un m’arrête dans ma course. Mais aujourd’hui, sans raison particulière, ou du moins pour une raison qui m’échappe, je me suis arrêtée. Mes pensées défilent. Le bout du couloir me paraît si proche et si loin à la fois. Je sais que le palier est tout aussi proche. Et tout aussi loin. Je me sens tiraillée, déchirée entre deux choix. Mon appartement, la sécurité, cet homme que je n’aime plus, ne pas être seule. Continuer ma vie, suivre les règles. Ces règles que j’ai créées, que je me suis imposées. Le contrôle. Je le sens poindre en moi, il m’envahit peu à peu. Mais le palier m’appelle. L’escalier, la rue. Le monde m’appelle. Je reste figée, paralysée au beau milieu du couloir aux lumières aveuglantes. J’ai l’impression que ces lumières éclairent le fond de mon âme. Mais je ne veux pas voir ce qui s’y trouve. Cette part de moi que j’étouffe depuis tant d’années, que j’ai réduit au silence. Elle est recroquevillée, écrasée par le poids de ma peine, étouffée par le vide de ma vie. Soumise au contrôle. Elle est fragile. Elle est frêle. Tremblotante, glacée jusqu’au creux des os, elle n’ose même plus ouvrir les yeux, ni ouvrir la bouche. Elle est aveugle, elle est muette. Et elle souffre plus qu’il n’est possible de le supporter.

Je la hais cette part de moi. Elle est faible, incapable. Elle ne contrôle rien, est guidée par ses sentiments, esclave de ses émotions. Je la hais et pourtant je n’ai jamais su l’éliminer. La détruire, à jamais. La reine de glace que je suis est tout aussi incapable que cette pauvre petite chose qui tremble au fond d’elle. J’ai su la faire taire mais je n’ai su la faire disparaître. Pourtant aujourd’hui, j’en viens à me demander si elle s’est tue pour toujours. Ai-je été capable de la faire taire à jamais ?

Mes pieds me semblent plantés dans le sol. Je suis incapable de bouger, d’esquisser le moindre mouvement. Le contrôle m’échappe. Le marionnettiste a perdu sa croix. Pourtant je ne me suis pas écroulée. Je ne suis qu’un pantin. Je devrais m’effondrer comme une poupée de chiffon. Mais je reste debout, dressée, pétrifiée. J’ai envie de me rouler en boule, de laisser céder la porte de la prison de mon cœur, laisser couler toute ma tristesse, tout ce mal qui me ronge. Serait-ce fuir que de partir ? Serait-ce fuir que de quitter cet appartement, quitter cet homme, quitter cette vie ?

Je pense à tous les efforts, tout le mal que je me donne pour continuer cette vie. Quelle raison ai-je pour agir ainsi ? Quelle raison peut bien me pousser à subir, à museler et torturer le pauvre petit être en souffrance au fond de moi ?

Je pense à tout ce qui m’attend dehors. A tout ce que je pourrais découvrir. A tout ce que je pourrais aimer. Un autre métier. Un autre homme. Une autre vie. Mais je suis terrorisée. Repartir de zéro, recommencer encore. Je n’en ai pas la force. Je me convaincs que je n’en suis pas capable. Mais j’ai surtout peur. Peur d’avoir encore moins que ce que j’ai déjà.

Mes pensées s’enchaînent. Je me demande soudain combien de temps je suis restée plantée là. Le temps m’a échappé. Je ne le contrôle plus.

Une décision. Je dois prendre une décision. Le petit être torturé en moi semble relever la tête brusquement. Il semble comprendre que je suis, que nous sommes à un tournant de notre vie. J’embrasse le couloir du regard, comme si je le voyais pour la première fois. Il me paraît différent. Je pose un regard neuf sur le monde, ou du moins sur ce qui m’entoure en cet instant. Je sens que l’être en moi a ouvert les yeux. Il a retrouvé la vue. Cette part que j’avais caché au monde, que j’avais coupé du monde, le redécouvre. Et bien plus rapidement que je ne l’en pensais capable, elle reprend vie, reprend des forces, se redresse, laisse éclater son cœur. Les émotions fusent en moi mais ce ne sont pas les sentiments torturés qui m’ont assaillie la veille. L’espoir m’envahit, l’envie. L’envie de vivre. De vivre vraiment. Le marionnettiste s’efface peu à peu mais le pantin tient bon. Il n’a plus besoin de lui. Je comprends que ça ne serait pas fuir de m’en aller. Je fuis la réalité en continuant cette comédie, cette mascarade inepte. L’envie m’emporte et j’ose un instant imaginer quel pourrait être mon quotidien. Plus de masque, plus de contrôle. Plus de carapace, plus de protection, plus de sécurité. Seule face au monde, sans moyen de lutter contre le malheur, sans moyen de tenir éloignée la tristesse. Le mal en moi s’étend de nouveau. La peur me prend à la gorge. Celle qui dormait au fond de moi tente de faire face mais ma terreur est trop grande. Le contrôle me protège de la faiblesse, me protège de la peine. Il me coupe de toutes les émotions. Je ne souffre pas. Le monde m’indiffère. Toute la douleur est cloîtrée, cachée. Il n’y a qu’ainsi que je la supporte.

Une petite voix en moi résonne de nouveau. Finalement, je n’ai pas su la rendre muette. Malgré le contrôle qui installe son emprise, j’espère que quelqu’un entende mon cri silencieux. Je dois échapper à cette vie. Mais j’ai besoin d’un signe, d’un soutien, d’une note d’espoir. Mais il y a bien longtemps que je ne suis plus naïve. Aucun prince charmant ne débarquera pour me sauver. Je ne peux plus vivre ainsi mais je me sens incapable de m’en sortir seule. Tétanisée, je m’imagine fugacement me changer doucement en pierre et mon corps se pétrifier totalement, bloqué à jamais dans ce couloir, le dilemme torturant mon âme n’ayant jamais connu d’issue.

Un bruit résonne. Une poignée grince. Mon cœur bat à tout rompre, je suis déstabilisée. Je ne parviens pas à reprendre le contrôle. Mon œil est attiré par la porte à ma gauche. C’est bien cette poignée. Je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends comment. Est-ce une coïncidence ? Ai-je appelé de vive voix ?

La porte s’ouvre. Un homme apparaît par l’embrasure, émacié, fatigué mais semblant rayonner. J’aperçois promptement son appartement si sombre et je comprends qu’il plisse ainsi les yeux sous l’agressive luminosité des néons du couloir. Son regard glisse sur le carrelage brun et semble se figer sur mes escarpins avant de remonter jusqu’à mon visage. Cependant, son regard sur moi ne me dérange pas. Je n’y décèle rien de malsain, rien de pervers. Il semble heureux, en paix. Ce regard qui me parcourt puis ce sourire qu’il m’adresse me coupent le souffle. Il respire la sincérité, la vérité. Alors qu’il n’a pas encore prononcé un mot, je reprends confiance. Il est le signe, l’aide, l’espoir que je cherchais. Alors, pour la première fois depuis bien longtemps, le contrôle disparaît totalement et, sans mensonge, sans faux-semblant, je lui souris.
« Modifié: 04 Mai 2015 à 17:17:00 par Oussri »
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 096
Re : Quand le contrôle ne suffit plus...
« Réponse #1 le: 03 Mai 2015 à 16:03:04 »
Je suis de plus en plus attiré par ton style d'écriture. Peut-être parce que je suis moi-même totalement incapable de retranscrire de si profonds états d'introspection par écrit!
En tout cas, je crois te l'avoir dit dans un de tes autres textes, mais je le répète : je pense sincèrement que tu as très bon potentiel, et de l'avenir sur le forum. Continue d'écrire!

Hors ligne Oussri

  • Aède
  • Messages: 208
Re : Quand le contrôle ne suffit plus...
« Réponse #2 le: 03 Mai 2015 à 21:44:01 »
Salut Exta !

Eh bien, que dire ? :coeur: Je suis très touchée, merci beaucoup !
Ne t'en fais pas, je ne compte pas laisser tomber la plume, mais ça fait toujours plaisir autant d'encouragements ! J'avais de gros doutes sur cette nouvelle  :-[  mais grâce à toi, me voilà rassurée ^^

Encore merci !
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

World End Girlfriend

  • Invité
Re : Quand le contrôle ne suffit plus...
« Réponse #3 le: 03 Mai 2015 à 23:44:10 »
Je rejoins Exta, j'aime comment t'écris.
C'est sûr qu'il y a encore des trucs à peaufiner si on entre dans les détails mais ça viendra.

Hors ligne Oussri

  • Aède
  • Messages: 208
Re : Quand le contrôle ne suffit plus...
« Réponse #4 le: 04 Mai 2015 à 17:16:24 »
Salut WEG !

Oui il y a sûrement pas mal de choses à travailler, à modifier... C'est aussi pour ça que je suis ici ! Je n'ai pas vraiment d'expérience étant donné que je n'ai quasiment jamais montré ce que j'écris, mais j'espère que maintenant que je me suis lancée, je pourrai m'améliorer :)

Merci d'apprécier malgré tout ^^
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

Hors ligne GAYA TAMERON

  • Calliopéen
  • Messages: 427
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #5 le: 06 Mai 2015 à 00:50:48 »
Je ne peux que partager l’avis général : ton style est merveilleux. Tu sais voir et retranscrire le malaise, le mal être, et les doutes. Surtout continue de nous régaler de tes textes! A bientôt.   

Hors ligne Oussri

  • Aède
  • Messages: 208
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #6 le: 06 Mai 2015 à 19:58:48 »
Salut Gaya !

Heureuse que ça t'ait plu ! Un peu de pression pour les prochains textes du coup mais surtout beaucoup de motivation ;)
 
Merci :coeur:
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 11 060
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #7 le: 06 Mai 2015 à 21:40:52 »
Salut Oussri,
belle plume, sans aucun doute.
La forme est belle, tes constructions de phrase sont très plaisantes.

Peut-être est-ce un peu long, notamment parce que tu répètes parfois la même idée ou le même mot.
Par exemple :
Citer
J’esquisse un rictus de mépris mais je ne peux m’empêcher d’avoir envie de prendre un de ces livres et de m’immerger dans une histoire plus romantique et plus fausse qu’il ne pourrait en exister. Finalement, le mépris que je ressens n’est même pas pour ces livres, les histoires qu’ils relatent ou même les auteurs qui ont pu les écrire. C’est moi que je méprise. Je méprise ma faiblesse. Je méprise l’idéalisme auquel j’ai pu croire. Je méprise ma propre niaiserie qui refait surface quand je m’abandonne.
Bon, la répétition peut-être un choix, mais là, ça fait beaucoup.

Citer
Tétanisée, je m’imagine fugacement me changer doucement en pierre et mon corps se pétrifier totalement, bloqué à jamais dans ce couloir,
Tétanisée + changée en pierre + pétrifiée + bloquée

Sinon, je n'ai rien à relever dans le détail, pas de coquillettes à me mettre sous la dent, cool.
Je pense que ton texte gagnerait à être élagué, condensé sur ses points forts.

Autre chose, tu nous transmets les sentiments de la narratrice par deux biais :
1/ son comportement
2/ ses pensée intérieures
Je pense que tu nous donnes trop de clés, trop de pensées intérieures directes, trop d'explications. Après, c'est un avis de lecteur, j'aime bien découvrir les trucs et pas trop être servi sur un plateau.

A+
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Oussri

  • Aède
  • Messages: 208
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #8 le: 07 Mai 2015 à 18:18:43 »
Salut Rémi !

Merci de ton passage et de ton commentaire :)

Effectivement, la répétition est volontaire, mais sans doute maladroite. De même pour le sentiment de paralysie, moi-même c'est un passage qui ne me satisfait pas totalement.

Pour ce qui est du texte et des clés que j'y donne, toute l'histoire est basée sur la narratrice et surtout sur ses émotions, ses sentiments et ses pensées à des moments précis. Elle ne parle jamais dans l'histoire, tout passe par ce qu'elle pense et ressent. Le but du texte est de présenter le personnage comme si nous l'étions et donc de subir ses doutes, ses malaises mais aussi ses réflexions sur ses propres sentiments. C'est une introspection, je ne peux donc pas éviter d'écrire les explications et les résolutions qu'elle déduit de ses réflexions.

Peut-être que le texte est un peu long, par ailleurs, j'ai signalé plus haut dans les commentaires que j'avais de gros doutes sur l'histoire quand je l'ai postée. Je suis partagée. Il faudrait que je travaille un nouveau texte du même genre en condensant davantage et que je vois ce que ça donne. Sans doute y a-t-il des réflexions internes que je pourrais retirer.

Encore merci pour ton avis en tout cas ! J'espère que le prochain texte te satisfera davantage ;)
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

Julien D.

  • Invité
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #9 le: 17 Mai 2015 à 11:39:02 »
Salut Ousri,

Ce texte est tout simplement magnifique :coeur:. J’ai vraiment été transporté du début à la fin par ce flot d’émotion et de ressentiments. Et la fin nous redonne un peu d’espoir après une telle plongée dans le triste quotidien de cette femme et des doutes qui la tiraillent. Tes descriptions sont extrêmement détaillées ce qui le rend ton texte vraiment très vivant. Alors comme j’ai adoré ce texte, je vais me lancer dans une analyse détaillée, parce que j’adore faire ça ^^. Je m’excuse donc d’avance pour la longueur de mon commentaire. Peut-être que je n’interpréterais pas forcément de la bonne manière tous les aspects du texte. Mais je me lance :).

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Dès le début du texte, on comprend déjà que cette femme est insatisfaite sentimentalement parlant, ce qui explique qu’elle soit dégoûtée par ses contes pour petites filles avec des princes charmant. Donc, on sait tout de suite quelle a eut une déception amoureuse, ou quelque chose dans ce genre là. Mais, d’un autre côté, elle a presque envie de s’évader dans ce genre de livres, de s’échapper du monde dans lequel elle vit et dans lequel elle étouffe. Tout semble être devenu illusion pour elle. Et elle a l’impression que sa vie est une farce, une comédie, un mensonge et qu’elle est pleine de faux-semblants. Elle ment aux autres et surtout à elle-même pour échapper à son triste quotidien. Tout semble être artificiel dans sa vie. Elle ne laisse rien transparaitre de son mal-être intérieur. Elle essaye de garder le contrôle. Je trouve que tu exprimes vraiment bien le doute existentiel auquel elle fait face. Mais elle se méprise lorsqu’elle croit naïvement que quelqu’un va venir la sortir de cet « enfer », de cette prison de laquelle elle ne peut pas sortir. Je trouve le contraste entre sa faiblesse et le semblant de contrôler qu’elle tente de conserver. Je trouve que ça rend le personnage d’autant plus complexe. Et justement, c’est ce contrôle qui lui permet de continuer à vivre.

Ensuite, quand on apprend qu’elle ne vit pas seule, on à la confirmation qu’il s’agit bien d’un problème sentimental, d’une déception amoureuse. Elle vit avec cet homme mais ne se sent pas heureuse. Mais on a presque l’impression que cet homme ne fait pas vraiment partie de sa vie et qu’en réalité, elle est seule. Il y a donc un problème dans ce couple. Et lorsqu’il arrive et qu’elle sent un parfum de femme qui s’est imprégné sur lui, on comprend donc que son mari la trompe avec une autre. Du coup, ça lui fait perdre le contrôle de nouveau. En fait, elle se rend compte qu’elle ne contrôle rien et qu’elle est trop faible pour réagir et  surtout pour exprimer ce qu’elle ressent. Et tout ça est amplifié par le fait qu’elle est seule avec elle-même et qu’elle n’a personne a qui se confier. Et du coup, on ressent beaucoup d’empathie pour elle. En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti.

Donc ensuite arrive une nouvelle journée ressemblant étrangement aux autres. En fait, elle est prise dans un cercle vicieux sans fin, surtout car elle n’ose pas en sortir à cause de sa faiblesse et de son impuissance. Mais d’un autre côté elle est jalouse de cette autre femme. Encore une fois, elle ne cesse pas d’être en proie au doute, à l’hésitation. La suite est assez intéressante. Elle hésite entre sa vie actuelle sur laquelle elle tente de garder un semblant de contrôle et la possibilité de changer de vie. Mais elle est soumise à cette envie de garder le contrôle et la peur du changement. Lorsqu’elle s’imagine qu’elle serait sa vie si elle partait, elle se rend compte qu’elle n’y survivrait peut-être pas. On comprend donc pourquoi elle n’ose pas partir, car ça impliquerait alors qu’elle perde le contrôle sur sa vie. Mais elle continue à hésiter.

C’est donc dans le tout dernier paragraphe qu’on a enfin une lueur d’espoir, lorsque son mari arrive et qu’elle constate que quelque chose semble avoir changé en lui. Je pense qu’il se rend compte de son erreur. C’est elle qu’il aime et personne d’autre. C’est sans doute pour ça qu’elle dit : « Cependant, son regard sur moi ne me dérange pas. Je n’y décèle rien de malsain, rien de pervers. Il semble heureux, en paix. Ce regard qui me parcourt puis ce sourire qu’il m’adresse me coupent le souffle. Il respire la sincérité, la vérité. » En fait, je pense qu’ils perdent tous les deux le contrôle de leur émotions, qu’ils osent enfin se dévoiler l’un à l’autre. Et il lui donne enfin le signe qu’elle attendait. Il lui donne l’occasion de repartir de zéro, de quitter ce triste quotidien. Il lui permet de perdre le contrôle, d’exprimer pleinement ses émotions, de s’évader et surtout de vivre. 

--------------------------------------------------------------------------------------------

Voilà. J'espère que je n'ai pas mal interprété ton texte. En tout cas, j'ai beaucoup aimé le lire. Et puis, tu arrives vraiment bien à exprimer ce flot d'émotions et de ressentiments qui la torture. Ce texte est à la fois beau et triste. Et je trouve que la fin est bien amenée, car on a l'impression tout au long du texte qu'il n'y a aucune issue. J'aime beaucoup ta façon d'écrire. Bref, ce texte est vraiment un coup de cœur ^^.

PS : encore désolé pour la longueur de mon message :D.

Hors ligne Oussri

  • Aède
  • Messages: 208
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #10 le: 17 Mai 2015 à 23:05:00 »
Salut Julien ;D

Je ne pensais pas avoir de nouveaux commentaires sur ce texte ! Merci de ton passage et du :coeur: ! Ca me touche beaucoup, très heureuse d'avoir su t'émouvoir.

Ton commentaire est vraiment bien mais j'y mets un bémol : ce n'est pas son mari qu'elle voit à la fin. Je ne me rends pas compte si c'est très clair en fait. As-tu lu Une prison, une geôlière, un espoir... ? Les deux nouvelles se complètent. Après, sans la deuxième nouvelle, libre à chacun d'interpréter la fin :) J'espère que je ne gâche pas le plaisir que tu as eu à lire mon texte en te proposant la fin que j'imaginais :-[

Ne t'excuse pas pour la longueur du commentaire, ça fait toujours plaisir que quelqu'un se donne du mal pour analyser une histoire ! En tout cas, je suis vraiment ravie :coeur:

Merci beaucoup !!
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

Julien D.

  • Invité
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #11 le: 17 Mai 2015 à 23:19:36 »
Salut ^^.

Bah, depuis que j'avais lu "Cauchemars", j'avais prévu de lire tes autres textes, parce que j'aime bien ta façon d'écrire. De rien :-[. Ouais, ce texte est vraiment un coup de cœur, d'ou le :coeur:.

Ah bon ? Ah mince. Non je ne l'ai pas lu, mais je vais le faire dès que je trouve le temps ;). C'est peut-être pour ça alors que j'ai mal compris la fin. Non, ça ne gâche en rien mon plaisir. Ton texte était tellement beau et émouvant. Puis c'est pas très grave. J'ai bien compris qu'à la fin elle perd enfin le contrôle de ses émotions. Du coup, ne me dis rien, j'irai lire "Une prison, une geôlière, un espoir..." pour me faire ma propre idée.

Ah ah. Il faut dire que j'étais inspiré :D. J'ai passé en moins deux heures à faire ce commentaire. Je voulais être sûr de bien avoir tout compris. Bon a part la fin, apparemment, j'ai bien interprété le tout. C'est bien ça ? :) Franchement, ça ne m'a pas embêté du tout de le faire. Et bien j'en suis ravi moi aussi ^^. De rien ;). C'est moi qui te remercie pour m'avoir fait rêver :coeur:.

PS (hors-sujet) : est-ce que tu as reçu mon MP ?
« Modifié: 17 Mai 2015 à 23:22:14 par Julien D. »

Hors ligne Roquentin

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #12 le: 18 Mai 2015 à 00:13:18 »
Salut !  :D

C'est un texte très réussi ! Stylistiquement, il n'y a rien à redire, les phrases s'enchaînent parfaitement, aucune lourdeur de construction ou d'expression. C'est parfait. Au niveau du thème aussi, l'idée maîtresse du contrôle de soi et des faux-semblants me semble assez originale (en tout cas dans son traitement) et finement analysée. Bravo donc ;D

Cependant (ha ! ce fameux "cependant") il y a un truc qui me semble dommage. C'est tout à fait subjectif mais je vais essayer de l'expliquer, ça ressemble pas mal à ce que disait RémiDeLille.

Je dirais que toi aussi - toi, l'auteur - tu essaies trop de garder le contrôle. Le contrôle sur ton personnage, et celui sur le lecteur. Tout est tellement clair, ici, à propos des pensées de l'héroïne,  de ce qu'elle vit, des causes, des conséquences, du jugement à apposer sur chacun de ses actes, que tu étouffes le récit. Par exemple, très souvent, tu décris - extrêmement bien - les gestes de ton héroïne, et juste après tu nous racontes - extrêmement bien - ce que ces gestes veulent dire. Mais on n'en a pas besoin. Précisément parce que tu as du talent, le lecteur ressent tous les problèmes du personnage rien qu'à ses gestes : à ses habitudes dans la bibliothèque, ou à ses hésitations dans le couloir de l'immeuble, ou à sa crise d'angoisse la nuit. Toute la description psychologique, aussi réussie soit-elle, fait doublon. Et puis elle écrase le lecteur sous la bonne interprétation, l'interprétation canonique. C'est comme si, après avoir fait rentrer le lecteur dans la description du personnage, tu refermais la porte à clé derrière lui. Or c'est dommage parce qu'au final ça nuit à la richesse du texte, il finit par ressembler au couloir de l'appartement de l'héroïne, dont on n'arrive pas à sortir, où on est obligé d'aller tout droit. Les choses se ressentent beaucoup mieux quand on peut aller un peu à côté, quand on peut même un peu se tromper, momentanément, sur ce que tu nous dis du personnage ; parce qu'ainsi on ne ressent plus seulement l'idée principale du texte, on ressent aussi toutes les résonances qu'elle produit autour d'elle, qui viennent l'étoffer.

Je ne sais pas si j'ai été clair :-¬? Mais je répète que ton style est parfait et que tes descriptions sont très bien vues. Tu sais ce qu'on dit, l'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse  ;)

Hors ligne Le Portier

  • Tabellion
  • Messages: 26
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #13 le: 18 Mai 2015 à 22:18:15 »
Bon je ne sais pas si ça a été relevé avant (3 pages de commentaires à lire... j'avoue, après ce texte je n'avais pas envie de m'y atteler)

Sur la forme, je crois qu'il n'y a que ces 2 petits points qui m'ont sautés aux yeux:
J’ai envie de haïr ces auteurs qui ont osé faire croire à la petite fille que j’étais à l’existence du prince charmant, aux histoires d’amour éternel et au bonheur.
le "à" m'a complètement sorti de la phrase, il a poussé là par erreur à mes yeux... ou bien ce n'est que moi qui ne l'aime pas.

Citer
Quand le barrage de mes sentiments cède enfin sous toute cette ire, mon cœur semble exploser dans ma poitrine, mon estomac se tord entre mes entrailles.

"ire", d'un vocabulaire soutenu. Ici il m'a semblé incongru. comme un passage d'un registre à un autre d'un claquement de doigt. Presque inopportun.

Bon outre cela, fichtre et diantre, c'est un sacré bon récit !
Tout le long  (ou du moins jusque sa prise de conscience, son envie et sa peur de changer) j'étais pris dans un ascenseur de questionnement "Son masque, c'est parce qu'elle a un secret?" "ha non, c'est juste un masque banal" "non il y a bien quelque chose derrière".
Faisons simple, tu as mis le cliffhanger  au bout d'un yoyo pour moi et tes phrases s'amusaient avec ce jouet. C'est très agréable à lire, on veut (je*) le fin mot du récit. Et il est bon ce fin mot.

Comme d'autres on dit (j'ai quand même survolé) il est peut être un peu long par moment mais malgré ça, il reste de très bonne facture
"J'aurais voulu être productif mais les chinois avaient tout pris"

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 257
  • Homme incertain.
Re : Quand le contrôle ne suffit plus
« Réponse #14 le: 19 Mai 2015 à 04:38:39 »
Finalement, j'ai eu le temps de lire celui-ci aussi, et j'ai bien fait puisque j'avais encore l'autre très présent à l' esprit.
C'est vraiment une réussite, ce double portrait. Contrairement à ce que tu dis en introduction, je trouve qu'ils gagnent vraiment à être lus ensemble, parce qu'ils se mettent en valeur par leurs subtils points communs et leurs différences.
Là encore je m'étonne que quelqu'un de si jeune, analyse si froidement une telle situation...
Les longueurs ne m'ont pas vraiment gêné parce que dans les deux textes, elles sont le symptôme de la manière dont la vie "patine" pour les personnages.

Bravo, et quelle aisance dans l'expression !
Pas d'autre mot, c'est réussi...

En cadeau je te glisse une image que ton texte a fait surgir de mes souvenirs...
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

 


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