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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Je pars seul, évidemment.

Auteur Sujet: Je pars seul, évidemment.  (Lu 2799 fois)

Hors ligne E112 / Trompette sournoise

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Je pars seul, évidemment.
« le: 31 Mars 2015 à 16:34:51 »
Essaie de comprendre, toi qui n’as jamais pédalé sur un vélo d’occase à travers une zone industrielle, mi-décembre, en route pour le Smic-horaire et la joie. Imagine-toi mercenaire pour le compte de Kelly Service, djihadiste intérimaire sans ticket restaurant. Représente-toi cinq kilomètres de faux plat au petit matin, tes jambes osseuses, ton cœur qui s’emballe et le souvenir encore trop proche d’un verre à moutarde rempli de whisky William Peel, reconnu saveur de l’année par un panel de punks à chien. Essaie de comprendre, toi qui n’as jamais déraillé en plein Schiltigheim, sordide périphérie strasbourgeoise, par moins 10 degrés, à huit heures moins le quart ; toi qui n’as jamais oublié tes gants nulle part… Tes mains à vif planquées sous les aisselles dès que la route le permet. Tu maudis ton putain de pif au bord de la nécrose, qui dépasse tellement. Tu maudis les sauts de chaine et les nids de poule et toute l’Alsace. Tu maudis ta mère qui n’a pas su faire de toi un homme. Tu maudis les camions de livraison qui te frôlent et ne ralentiront même pas si d’aventure ils t’accrochent.

J’élabore une représentation mentale susceptible de me délivrer de la tentation de mettre pied à terre, me coucher en chien de fusil sur le bitume et me laisser recouvrir par la neige sur une place handicapés, devant le bâtiment en préfabriqué d’un organisme de gestion du Crédit Mutuel. Merde à tout ça. Je conduis une Buick Century 1957 rouge et blanche. La carrosserie est tellement chromée qu’on a envie de mordre dans une portière… La capote est relevée. Il y a un gros chien sur la banquette arrière, un labrador Golden Retriever magnifique assis comme un homme, et qui me sourit. Il raconte qu’il était chien d’aveugle mais qu’il a tout plaqué pour tenter sa chance dans la vente en ligne  de T-shirt fantaisie. On écoute la radio, de la country locale entrecoupée par la voix du speaker, rauque, hyper lente. Le tableau de bord de la Buick me fait penser au vieux radio réveil de mes parents. On traverse le nouveau Mexique. A mes côtés, cette bonne vieille Lucy Liu est en train de s’étaler de la crème. Elle porte un bikini blanc et une chemise en flanelle qui vole autour d’elle. La route est droite. J’ai le temps de la regarder s’occuper de ses cuisses. J’ai soif. Comme s’il l’avait deviné, Jeff, le labrador, est en train de me servir un verre, qu’il me tend par-dessus le siège avec une tape amicale sur l’épaule. « Qu’est-ce que c’est ? » je lui demande en me ruant dessus.

—   Single malt, version millésimée, produit par la distillerie Glen Grant en 1950, répond Jeff.
—   Balance-moi un peu de Coca là-dedans, tu seras gentil.
—   Aucun problème.
—   Je vais avoir besoin de fumer aussi…

Lucy s’empare de mon chibouk, une pipe turque dont le tuyau en bois est long comme le bras. Elle pile un gramme d’opium dans un petit bol en argile, et crache dedans trois fois. Elle place l’embout entre mes lèvres et allume le calumet pour moi. Elle éclate de rire et se met à chanter par-dessus la radio, qui passe Looking out my Backdoor, du groupe Creedence.

***

08h02. J’essaie de cadenasser mon foutu vélo mais impossible de diffuser la moindre information à travers mes mains gelées. Je laisse donc mon deux-roues à disposition dans le local désert de la société B2S, qui m’emploie depuis une semaine, en tant que lutin postal. Nous vivons dans la crainte perpétuelle d’un envoi piégé. Une enveloppe contaminée au bacille de charbon, par exemple. Ou la correspondance d’un enfant déçu qui aurait affranchi sa dernière chiasse à notre attention. Il fait une chaleur insupportable dans l’open-space. J’ai envie de vomir. Quelqu’un me reproche d’être en retard. Je m’assois à mon poste. Une pile d’enveloppes m’attend. Je décachette la première en rotant un peu de William Peel, le bourbon des champions. Le choc thermique, probablement, qui me fait entamer un long processus de distillation interne. Et voilà ce que je lis…

« Père Noel, comment ça va ?

Est-ce que tu existes vraiment ? Yves dit que tu existes même pas, que c’est les parents. Quand même, je voudrais bien une X-box, avec Kinect et Spyro’s adventures, si tu l’as. Est-ce que tu voles ? Comment ça se passe ? Les rennes, ils vont bien ? Combien ils sont, au fait ? J’ai été sage, surtout à la fin, sauf quand j’ai craché sur Matéo, mais il avait craché aussi, en premier surtout. De toute façon, j’ai pris une fessée, donc bien puni déjà ! Peux-tu faire revivre Moustache, un chat qu'on avait, qui est mort à cause d’une voiture qui l’a roulé dessus sans faire exprès ? Peux-tu le faire revivre en marron et blanc, cette fois ? Je te fais mille baisers. Prends soin de toi, petit papa noël (si tu existes bien sûr…)
Joan, cinq ans et trois mois. Et demi. »


Une lettre délicate à traiter. Beaucoup de questionnements, d’ordre métaphysique et pratique. Joan rencontre visiblement des difficultés à adhérer au mythe. Ma mission, en tant qu’employé intérimaire au sein de la plateforme nationale de traitement du courrier magique, consiste à réconforter l’enfant dans un vocabulaire simple, en personnalisant autant que possible ma réponse. Cinq cent caractères d’imprimerie maximum, espaces compris. Chaque employé est supposé traiter quatre-vingt courriers par jour.

Mon cher Joan,
Ta lettre m’a fait très plaisir. Elle m’a tout bonnement réchauffé le cœur. Il faut que tu saches que nous avons un temps dégueulasse par ici. Je commence à peine à me souvenir que je possède des doigts.


Je ne suis pas l’employé du mois. Mon plan de carrière se résume à solder ma taxe d’habitation. Kelly m’a déjà confié des missions stupides mais celle-ci est sur ma short-list pour les Césars. On nous a fourni une sorte d’argumentaire, un modèle type, dont je me suis servi pour confectionner un poulpe en origami, dès le troisième jour. Nous sommes supposés utiliser des phrases toutes faites, par exemple : « Comme je suis heureux de te lire [prénom de l’enfant], je ferai de mon mieux pour t’apporter tout ce que tu m’as commandé, mais ma hotte n’est pas si grande, tu sais, et il y a beaucoup d’autres enfants sur la Terre, ho ho ho ! ». Cette dernière onomatopée est censée faire échos au rire débonnaire du Père Noël. Je le sais parce que j’ai posé la question à mon responsable, une sorte larve pathétique, soit-dit en passant. Bref, cette phrase type est une autre manière de dire que tes parents sont des travailleurs pauvres, [prénom de l’enfant], et que tu ne pourras t’offrir l’intégralité du catalogue de la Redoute que dans trente-cinq ans, si tu te débrouilles bien avec tes études de commerce, et à condition que tu ne claques pas toute ta paye en putes et cigarettes. Je m’abstiens de le préciser dans mon courrier, toutefois, par respect pour l'enfance dans sa globalité. Quoi qu’il en soit, j’ai décidé ce matin que ce serait mon dernier jour dans cette saleté de boite. Il faut savoir s’arrêter de temps à autre, rappeler à l’assurance chômage qu’on existe, écrire une nouvelle ou deux, passer la main… Quand je vois le nombre de jeunes derrière moi, talentueux comme tout. Ils ont besoin d’un avenir.   

Tu te demandes si j’existe vraiment et je t’en félicite. Il ne faut pas croire tout et n’importe quoi, Joan. C’est important de développer son libre arbitre, à plus forte raison dans cette société où on cherche systématiquement à nous manipuler, crois-moi. Yves semble penser que ce sont tes parents qui achètent les cadeaux dans des grandes surfaces, malgré la crise, pendant ton cour de judo par exemple. Ce n’est pas idiot. Je ne dis pas que c’est vrai mais ça expliquerait quand même beaucoup de choses. Pourquoi est-il aussi difficile de trouver une place de parking chez Carrefour au mois de Décembre, par exemple. Je pense tout haut, n’en tire aucune conclusion hâtive, cher prénom de l’enfant…


Il ne faut surtout pas prendre les mômes pour des demeurés monocellulaires consanguins de souche. Parmi eux, une majorité a aujourd’hui accès à Internet. Quatre-vingt-cinq pour cent des 13/15 ans se connecte au moins trois fois par semaine sur You Porn, c’est une statistique officielle et une vérité qui ne dérange personne. Comment les motiver à fréquenter le catéchisme, dans de telles conditions ? On voit bien qu’il existe un lourd décalage entre le mythe et la technologie de l’information. Ma tâche, néanmoins, consiste à vendre du rêve. J’ai promis sur mon contrat de travail.   

J’existe, Joan. Je ne fais que ça. La preuve, c’est que je prends le temps de répondre à ta gentille lettre. Qui pourrait le faire sinon le vrai Papa Noël ? Qui ? … Un trentenaire raté, oui, à la rigueur, avec une licence en art moderne, qui chercherait à gagner un peu d’argent pour passer l’hiver, au sein d’une filiale sordide de la Poste, sans ticket restaurant et victime d’une machine à café hors service ?


Croyez-moi, j’ai du gros diplôme. Si je vous dis quel diplôme j’ai, vous allez chier dans votre froc.

Mais soyons sérieux, veux-tu. J’existe, donc je suis. Yves est une canaille. Il veut pourrir ton enfance, car il est jaloux. J’imagine que c’est ton grand frère et qu’il écoute du rap US en se croyant malin. Je le vois d’ici, ce préadolescent détestable. Car je vois tout, au fait. Bref, tu me demandes si je vole. C’est encore une bonne question. Tu as dans la tête cette image de traîneau décoré avec beaucoup de mauvais goût, traversant les nuages, laissant derrière lui une traînée multicolore non polluante. Mais comment fait-il, ô foutre de Dieu, te demandes-tu avec candeur. Une nouvelle fois, je salue ton esprit cartésien. J’espère sincèrement que votre génération de geeks monstrueux, dopés à l’information en temps réel, se fera moins enculer que la nôtre, aveuglée par des chanteurs de rock alternatif suicidaires ; qui ne nous auront légué que l’envie de trouer nos jeans et de nous tirer une cartouche de chevrotine dans le front. Je vole si je veux, car telle est ma force. C’est comme ça depuis que je suis né. Je suis l’élu. Je te conseille de regarder des films comme Matrix, ou Piège de cristal afin de mieux comprendre ce dernier point. Quand je monte sur mon traîneau en carton, je me dis « Tout cela n’existe pas. Je suis la matrice.  Maintenant, décolle, saloperie de calèche ». Voilà comment je m’y prends. Vérifier régulièrement les bougies d’allumage, aussi. Tu vois que c’est assez simple finalement. Si tu crois aux Pokemons, tu peux largement croire en moi, Joan.

Une vingtaine d’employés s’entasse ici, de mi-décembre à Noel, dans une ambiance agrafeuse/coupe-papier/sandwich au thon. A ma gauche, une intermittente du spectacle rêve de devenir la nouvelle égérie Coco Chanel, ou au moins de jouer dans un film d’auteur canadien, comme elle me l’a précisé un jour devant la machine à café. Ses chiffres sont excellents. Elle est très appliquée. Son poste de travail est impeccable, avec bouteille d’eau minérale et tampons hygiéniques apparents. Je me la ferais bien. Je ne me souviens plus exactement son prénom, cela dit. Je l’interpelle :
—   Carine. Psst… Hey, Carine ?
—   Ouais. Moi, c’est Christelle.
—   Pour ce que ça change, ça te dirait de sortir fumer une clope ?
—   Je ne fume pas, déjà. Donc…
—   Tu vapotes ? Tu préfères une trace de coke, vite fait, aux chiottes ?
—   T’as de la C ?
—   Je pourrais, si ça te fait plaisir. Un verre d’eau, en attendant ?
—   Non, allez c’est bon.
—   Tu sais quoi ? Ecoute bien. On a fait un briefing avec mon équipe et je crois que je peux vraiment t’avoir un rôle dans le court-métrage dont je t’ai parlé. C’est moi qui ai écrit le scénario. Vachement bien torché. Très costaud. Ca ressemble aux débuts de Kubrick, tu vois ?
—   Je connais pas, désolé.
—   Tu ne sais pas qui est Stanley Kubrick ?
—   Ben si, j’ai entendu le nom quand même, mais bon…

Encore une comédienne qui terminera sa carrière à 24 ans comme figurante en costume de soubrette dans un porno soft historique.

Mes rennes vont bien, Joan. Merci de penser à eux. Nous avons été obligés d’en bouffer un, car ici aussi, la crise économique se fait douloureusement ressentir. Je te rassure, l’animal était malade et souffrait le martyre. Quelque chose au niveau des yeux, qui suintaient du pus. Il m’en reste tout de même sept, ce qui est largement suffisant, dans la mesure où ils ne servent qu’à décorer le traîneau ; et qu’ils chient partout.

—   Alors, comment ça avance, Michel, aujourd’hui ?
—   Formidable, formidable. Merci David.

David, c’est notre manager. On est censés le vénérer, ou un truc dans le genre. Qu’est-ce qu’il a dans le slip, je vous le demande. A mon avis, un BTS force de vente, maximum. Ce mec devrait être en train de me sucer la bite pour un poste de chef de rayon. Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume des études secondaires. S’il cherche la lutte des classes, ce mongolien, je vais lui en mettre plein la gueule.

—   Essayez d’avancer un peu, Michel. Ok ?
—   Je passe la seconde, David. Immédiatement.

Je suis heureux d’apprendre que tu as été bien sage, je te cite : « surtout à la fin ». Il faut être sage toute l’année, mon coquin ! Tu ne peux pas te contenter de faire un effort avant les fêtes, afin de t’attirer mes faveurs et faire oublier toutes les saloperies que tu auras pu commettre avant. Ça ne marche pas comme ça. Cela dit, je rends hommage à ton honnêteté, puisque tu confesses avoir craché sur ton camarade Matéo. Je te pardonne, fils. Moi aussi, parfois, j’ai envie de cracher à la gueule de mes lutins, qui sont de véritables traîne-savates. Je le fais parfois, pour plaisanter. Dans une entreprise comme la mienne, tu sais, la gestion du personnel est un vrai sacerdoce. Chaque année, ils réclament davantage de pauses, de nouveaux uniformes, voire des tickets restaurant. Par ailleurs, ils se reproduisent à un rythme effréné, pour toucher les allocations. Je pense sérieusement à délocaliser au Libéria. Tout ça pour dire que tu as eu raison de cracher sur Matéo, s’il t’avait mollardé dessus en premier. Il ne faut jamais tendre l’autre joue. Tu te ferais péter la rondelle toute ta vie, à ce petit jeu, Joan. Je te conseille des films comme « Kill Bill »  ou « Sympathy for Lady Vengeance » afin d’illustrer ce propos.

A ma droite, il y a une fille que je n’avais jamais vue avant aujourd’hui. Elle remplace Arnaud, qui a tenté de mettre fin à ses jours parce qu’il n’arrivait pas à respecter les quotas de traitement du courrier magique. Heureusement, chez Kelly, aucun suicidaire n’est véritablement irremplaçable. Elle est jolie, cette nana. On est assez loin du label Lucy Liu mais on sent un potentiel immense. Je ne l’ai pas encore vue debout mais je suis prêt à me porter garant pour son cul.
—   Carine. Hey, psst… Carine ?
—   Bérénice. Salut.
—   Béré…
—   Nisse. Bérénice. Tu peux le faire. Tout le monde finit par y arriver.
—   Putain, mais qui t’a fait ça ?
—   Ma mère. Elle est fan de tragédie.
—   C’est réussi, là.
—   Tu voulais quelque chose ? T’as perdu ta gomme ?
—   Et si on se tirait tout simplement d’ici, comme des princes ? On monte une boite. Ça doit pas être bien compliqué. Tu sais faire quoi, à part être belle comme le jour ? Quel est ton incroyable talent ?
—   La fellation, je crois.
—   …
—   Je plaisante.
—   Ouais. Ouais. Bien sûr. Ecoute. Moi, j’ai tellement de diplômes que ça devient franchement gênant de bosser ici. Je t’assure. J’ai dû tricher sur mon CV pour me mettre au niveau de David.
—   Qui est David ?
—   Notre manager et demi-Dieu. Tu dois le vénérer.
—   Ok.
—   Bérénice ?
—   Essaie de le dire sans sourire, s’il te plait.
—   Bérénice…
—   Bon, laisse tomber. Quoi ?
—   Promets-moi que nous n’encouragerons jamais nos enfants à écrire au Père Noel. Promets-moi que nous leur diront la vérité. Ils y ont droit, je crois.
—   Nos enfants ?
—   Robin.
—   …
—   Et Céleste.
—   …
—   C’est pas évident de trouver quelque chose qui colle avec ton style, Bérénice.
—   Qu’est-ce qui peut bien te faire croire que nous allons avoir des enfants ensemble ?
—   C’est inévitable. Avec toute cette baise qui nous attend dans les semaines qui viennent. La création d’entreprise, ça peut être très stressant. Il va falloir qu’on décompresse. Fatalement, tu vas tomber enceinte. Je ferai de mon mieux pour être un bon père pour Robin et Céleste mais ce ne sera pas facile. J’ai eu moi-même une enfance borderline.

Je ne sais pas qui t’as collé une fessée, Joan, mais c’est un acte de barbarie. Tu devrais établir une main courante. Grâce aux dommages et intérêt servant à couvrir le préjudice moral subi (à ce titre, je te conseille d’uriner partout ou de manger de la terre), tu pourrais t’acheter autant d’X-box que tu le souhaites. Simple conseil. En ce qui concerne Moustache, feu ton chat, aplati par un chauffard, je suis au regret de t’annoncer que mourir est un acte irréversible. Il est temps que tu te familiarises avec le concept du décès, Joan. La décomposition d’un corps humain, vois-tu, débute quelques minutes seulement après le trépas. L’absence d’oxygène entraîne une acidification du sang tandis que les enzymes cellulaires amorcent le processus d’autolyse des tissus. Parallèlement, la rigidité cadavérique se forme dès trois à quatre heures après, disons… l’accident de bicyclette - c’est un exemple- , puis disparaît rapidement lorsque la putréfaction débute. Tout cela est un peu compliqué mais comprends bien que Moustache n’est pas près de revenir, ni en marron, ni en roux, que dalle. Tout Père Noël que je suis, il m’est impossible de ressusciter les morts, et si je le pouvais, pourquoi le ferais-je pour ton animal domestique quand je pourrais ramener Kurt Cobain ou Whitney Houston à la vie ? Tu vois bien que ta question était idiote, n’est-ce pas ?

Bérénice a profité de ma pause cigarette pour changer de poste. Quelle sale mentalité elles ont...

Joan, je sais que tu n’as rien demandé mais permets moi de te parler un instant des femmes. Et plus spécifiquement de la masturbation. La branlette. C’est le mal absolu, Joan. J’ignore où l’on en est, à cinq ans et trois mois, mais tu ne me feras pas croire que tu n’y a jamais songé. J’ai eu l’occasion de lire Freud donc tombons les masques, toi et moi. Le cinéma porno, en particulier, peut causer des dommages irréversibles sur ta sexualité d’adulte. Ne sombre pas trop vite dans le streaming gratuit. Tu t’en mordras les doigts. Tu vas voir des choses, petit… Qui vont t’anéantir. Tu ne seras jamais plus capable du véritable amour. Tu t’aventureras dans le sexe avec trop de références. Tu ne peux pas te mettre à écouter du jazz manouche sans avoir au préalable vibré sur Tonton David. Il faut simplement que tu tentes ta chance comme si demain n’existait pas. D’ailleurs, demain existe très peu. Cela te parait sans doute invraisemblable aujourd’hui mais c’est très déprimant, crois-moi, de constater à quel point demain ne mène strictement nulle part, jour après jour après jour. Si tu y réfléchis trop, tu deviens fou. Je te promets un avenir sombre et médicamenteux si tu continues à penser que demain t’apportera un quelconque motif de satisfaction. C’est terrible mais la réalité ne fait aucun cadeau aux optimistes dans ton genre. Je dis ça à cause de ta question sur Moustache, à laquelle j’ai répondu avec le maximum de clarté il me semble. Qu’est que je disais ? Je l’ignore… C’est une guerre de tous les instants, en somme. Si on te crache à la gueule, tu dois réagir comme un homme. Je t’admire, pour ça. Ta lucidité précoce me ravit. Allez, tu peux compter sur moi pour la X-box et Spyro’s Adventures. C’est cadeau, comme on dit. Ça a été un plaisir d’échanger avec toi, Joan. Ne te branle pas trop et tiens-toi tout de même à l’écart des jeux vidéo. Ce sont les deux fléaux auxquels tu devras faire face. Tu vas gâcher un temps fou à pratiquer ces activités diaboliques. Sois fort. Préserve toi. Si tu en sors vainqueur, il n’y aura plus rien que tu ne sois en mesure d’accomplir. Tu seras un mec en béton. Peut-être le Steven Seagal de ta génération. L’avenir appartient aux onanistes modérés et aux joueurs d’échec. C’est à la fois très simple et terriblement complexe. Je t’embrasse bien fort.
Ton ami, le Père Noel.


—   Bon, vous vous en sortez Michel, oui ou non ?

Cette nouvelle interruption dans mon travail est le fait de mon supérieur hiérarchique direct, pour ne pas dire vénérable. Il se la joue cool et busy, déambulant sans fatigue entre nos postes de travail, suggérant une virgule par ci, un « ho, ho, ho » par-là, administrant une tape sur l’épaule de ses collaborateurs dévoués. Je le tuerais volontiers à mains nues.

—   Michel ! On s’en sort ou on roupille ?
—   Je m’appelle Hervé.
—   Vous vous foutez de moi ou quoi ? Je vous ai toujours appelé Michel.
—   Au temps pour moi, David. C’est vous qui avez raison. Je suis Michel.

Voilà de quoi le déstabiliser un instant.

—   Est-ce que vous vous en sortez ? On respecte les quotas ?

Sur mon bureau, une pile de lettres d’environ un mètre menace de m’engloutir à tout jamais. Impossible de ne pas penser à ce cher Gaston Lagaffe en jetant un œil sur moi. Faut-il vraiment qu’il soit demeuré pour poser cette question.

—    Ho ho ho, mais oui, j’avance fort. J’étais justement en train de conclure ma première lettre.

Je lui balance ça avec un enthousiasme presque obscène. Il se gratte nerveusement la nuque. Ma main droite se rapproche d’une paire de ciseaux à bouts ronds, tandis que je n’arrive pas à quitter des yeux sa veine jugulaire. Sa tête oscille latéralement en de brefs mouvements compulsifs.

—   Michel, Michel, hum… C’est une plaisanterie ou quoi ? Nous traitons ici pas moins de quinze mille courriers par semaine. Vous comprenez ? Cela nécessite un rendement moyen de…

Je le laisse déjanter seul, le temps de me représenter mentalement un ours sur un tricycle. L’animal se débrouille correctement sur sa monture absurde, dévalant une colline verdoyante et dévalisant au passage quelques ruches à sa portée. Il se pourlèche allègrement. Soudain, sa roue bute sur un nid de taupe et l’ours fait un saut périlleux avant. L’ours traverse alors la fenêtre d’une cabane de trappeur et s’écroule sur une chaise, devant une table dressée pour le petit déjeuner. Face à lui, un chasseur québécois mesurant six pieds de haut tartine sa biscotte avec application. L’homme et l’animal se dévisagent dans une tension palpable. L’homme a un mouvement vers son fusil de chasse à triple canons, appuyé contre un tas de bois. C’est alors que l’ours dégaine un…

—   Michel ? Vous comptez vous y mettre ou non ?
—   Mais oui, je suis à fond. Ce qui se passe, c’est que je bute sur un cas complexe. Joan confond le Père Noel et la métempsychose. Sans compter qu’il projette des crachats sur ses camarades de classe. J’peux pas traiter ça par-dessus la jambe non-plus…

La larve se penche alors au-dessus de moi, très lentement. Toute trace de convivialité a maintenant disparu de sa voix. Il murmure à mon oreille, parfaitement tendue.

—   Vous avez exactement trois minutes pour expédier ce pli. Passé ce délai, je vous fais virer sur le champ. On se comprend ?

Je n’avais pas vu briller l’étoile de sheriff sur le pan de sa chemise H&M. J’en suis tout bouleversé, si bien que je lâche les ciseaux, froisse le torchon sur lequel je travaille depuis quatre bonnes heures, attrape une copie vierge et commence à rédiger, de ma plus belle écriture à paillettes :

« Cher Joan,
Merci pour ta charmante lettre. Toute l’équipe du Père Noël travaille jour et nuit pour répondre à ta commande et t’offrir un réveillon exceptionnel, comme chaque année. Je te souhaite un merveilleux Noël et te demande d’être bien sage jusqu’à ma venue. Porte-toi bien mon petit Joan .
Signé : Le Père Noël ».


Je tends ma copie en pensant à ma taxe d’habitation, ainsi qu’aux arriérés de facture EDF qui décorent mon réfrigérateur à crédit. La larve ne saisit même pas la lettre, elle dit :
—   Ajoutez un « ho, ho, ho » quelque part, Michel.
—   Bonne idée David.

Je m’exécute, glisse le courrier dans une enveloppe affranchie, scelle le pli et colle l’étiquette imprimée à l’adresse du jeune destinataire. Ensuite, je me lève, attrape ma veste, enfile ma veste, que je boutonne très lentement sous le regard ahuri de Walker Texas Ranger. Quand je suis tout à fait prêt à affronter la rigueur de l’hiver et du surendettement, je dis à la larve :
—   Va bien te faire enculer, Julien.
—   Je ne m’appelle pas Julien.
—   Va bien te faire péter la rondelle quand même.

Quittant l’open-space comme un prince, je jette un dernier coup d’œil à Carine/Christelle, qui n’en revient pas, sa bouteille d’Evian à mi-chemin vers sa bouche de suceuse de nœuds, complètement prostrée.

—   Suis-moi ou crève, je lui lance.
—   Qui moi ? Elle répond.

Je pars seul, évidemment.

Hors ligne holden5

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Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #1 le: 31 Mars 2015 à 17:23:09 »
Tout simplement bravo, c'est hilarant et désespérément juste à la fois.

Un trentenaire
« Modifié: 31 Mars 2015 à 18:41:03 par holden5 »

Hors ligne E112 / Trompette sournoise

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Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #2 le: 01 Avril 2015 à 13:32:57 »
"Un trentenaire"

Très honnêtement, je ne vois pas de quoi tu parles.
Mais faut que je te laisse, j'ai mon cours d'allemand renforcé dans 15 minutes.

Merci d'avoir pris le temps.

Hors ligne holden5

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Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #3 le: 01 Avril 2015 à 22:00:56 »
 :D
Même tes réponses me font rire -- et trahissent ton âge ("allemand renforcé", c'était les années 90, ça!)

Pour revenir au texte, mes compliments ne sont pas faits à la légère et je jalouse humblement  ta plume satirique. J'ai su dès la première lecture que je n'oublierais  pas ce texte de si tôt. Je trouve le narrateur particulièrement attachant et crédible, ses tentatives de communiquer avec ses collègues sont à hurler de rire et en même temps soulignent la solitude du type. Maintenant que j'y
pense, il me fait un peu penser par là au personnage...d'Holden Caulfield!

Super aussi, l'idée de faire travailler le narrateur à ce poste-là. La réponse au gosse, qui rythme le texte, c'est un "instant classic"! L'équilibre entre la colère qui se décharge et l'humour...je suis fan!!

Et la phrase finale a fait mouche pour moi.

Un trentenaire (qui est parti seul, évidemment)

Ps: je viens de trouver un passage que j'aimais un peu moins que le reste dans ce texte : celui où le narrateur s'imagine dans une belle bagnole... Je suis moins sensible à cette incartade dans l'imaginaire, peut-être parce que je la trouve moins crédible psychologiquement. En revanche, le passage de l'ours au tricycle m'a vraiment  plu, parce qu'il met bien en valeur le dédain totale  du gars pour les réprimandes de son responsable...
« Modifié: 01 Avril 2015 à 22:06:52 par holden5 »

MillaNox

  • Invité
Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #4 le: 02 Avril 2015 à 10:12:46 »
salut,

au fil du texte :
Citer
Elle pile un gramme d’opium dans un petit bol en argile, et crache dedans trois fois. Elle place l’embout entre mes lèvres et allume le calumet pour moi. Elle éclate de rire et se met à chanter par-dessus la radio, qui passe Looking out my Backdoor, du groupe Creedence.
depuis le début, la fluidité est nickel :) première fois que je tique avec ces trois phrases en elle + action qui s'enchainent. ça saccade, faudrait reformuler celle du milieu pour changer de structure m'est avis

Citer
« Père Noel, comment ça va ?

Est-ce que tu existes vraiment ? Yves dit que tu existes même pas, que c’est les parents. Quand même, je voudrais bien une X-box, avec Kinect et Spyro’s adventures, si tu l’as. Est-ce que tu voles ? Comment ça se passe ? Les rennes, ils vont bien ? Combien ils sont, au fait ? J’ai été sage, surtout à la fin, sauf quand j’ai craché sur Matéo, mais il avait craché aussi, en premier surtout. De toute façon, j’ai pris une fessée, donc bien puni déjà ! Peux-tu faire revivre Moustache, un chat qu'on avait, qui est mort à cause d’une voiture qui l’a roulé dessus sans faire exprès ? Peux-tu le faire revivre en marron et blanc, cette fois ? Je te fais mille baisers. Prends soin de toi, petit papa noël (si tu existes bien sûr…)
Joan, cinq ans et trois mois. Et demi. »
:D :D Vu le contenu, il n'a pas dicté le truc à ses parents mais écrit lui même, sauf qu'à 5 ans et demi même les gosses très précoces écrivent pas comme ça. après je comprends la difficulté d'augmenter l'âge, chai pas jusqu'à quel âge ça croit au père noël un gamin ? (quelle idée aussi de leur raconter n'importe quoi !) peut-être déjà passer à 6 ans et demi ? (CP = apprentissage lecture écriture = 6 ans)

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Mon cher Joan,
Ta lettre m’a fait très plaisir. Elle m’a tout bonnement réchauffé le cœur. Il faut que tu saches que nous avons un temps dégueulasse par ici. Je commence à peine à me souvenir que je possède des doigts.
:mrgreen: :mrgreen:

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Je le sais parce que j’ai posé la question à mon responsable, une sorte larve pathétique, soit-dit en passant.
manque un "de"

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Yves semble penser que ce sont tes parents qui achètent les cadeaux dans des grandes surfaces, malgré la crise, pendant ton cour de judo par exemple
cours

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Pourquoi est-il aussi difficile de trouver une place de parking chez Carrefour au mois de Décembre, par exemple
"?" à la fin

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Tout cela est un peu compliqué mais comprends bien que Moustache n’est pas près de revenir, ni en marron, ni en roux, que dalle
pas de virgule entre les deux "ni"

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et si je le pouvais, pourquoi le ferais-je pour ton animal domestique quand je pourrais ramener Kurt Cobain ou Whitney Houston à la vie ?
:o j'savais pas que whitney houston était morte

hop là ! tout lu !

alors alors,
sur la forme, ton écriture est fluide, rythmée :) t'as super bien géré ton scénario sur le rythme, avec les descriptions de l'état d'esprit du personnage, les passages en mode lettre, les dialogues, et les délires imaginaires du gars. donc vraiment un bon rendu ! :)
j'aime bien aussi cette immersion dans l'absurdité de notre système. y a des passages drôles mais y a aussi une vraie réflexion de fond derrière. :)
ton perso me laisse un peu mitigée. à la fois je suis d'accord avec lui sur plein de trucs, à la fois son côté je parle qu'en gros mots j'accroche moins. ça lui fait perdre en subtilité quoi.

dans le genre le milieu professionnel nous donne de quoi écrire, ton texte m'a fait pensé à Zugzwang, y a vriament quelque chsoe de commun. Mais aussi à l'employé polyvalent (d'holden qui t'as commenté) où y a pas cette rage/colère de l'employé mais bien l'absurdité du milieu professionnel.
 
Merci pour ce texte :)

Milla

Hors ligne E112 / Trompette sournoise

  • Scribe
  • Messages: 67
Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #5 le: 02 Avril 2015 à 14:23:44 »
Oui Mill, Whitney est bel et bien trépassée. L'enquête est encore en cours mais il semblerait qu'elle ait été victime d'une rupture d'anévrisme au cours d'un concert de charité donné pour les enfants roux, sur le refrain d' "I ll always love you", comme le prouve le document d'archive que je livre ici à votre discrétion (enquête en cours, bordel...) :

https://www.youtube.com/watch?v=varlFj0W6UA

Merci pour cette lecture détaillée et le partage de tes remarques, dont je saurai, sois-en persuadée, faire bon usage.
Thanks également pour les liens, que j'étudie avec la plus grande rigueur. Et bravo au passage pour tes lectures et ta voix de FIPette. Over now.


"il me fait un peu penser par là au personnage...d'Holden Caulfield! "
Holden, mon petit Holden... Si tu savais à quel point j'ai des posters de Salinger partout dans ma chambre, torse nul ou en train de faire du surf... Je possède également un exemplaire entièrement détruit de l'Attrape Coeur, pour avoir été trimballé si longtemps sur les routes de France, mais endommagé surtout par les fréquentes crises de larmes dont je suis encore aujourd'hui victime à la lecture de ce que je n'hésiterai pas à qualifier de plus grand chef d’œuvre romanesque de la littérature blanche occidentale.
Je suis en train d'imprimer des stickers "In Holden we trust", environ 50 000 pour commencer. Je serais ravi de t'en faire parvenir une poignée afin de te remercier pour ton chaleureux commentaire et la justesse de tes gouts littéraires.
Au plaisir.

MillaNox

  • Invité
Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #6 le: 02 Avril 2015 à 15:06:48 »
Citer
Oui Mill, Whitney est bel et bien trépassée. L'enquête est encore en cours mais il semblerait qu'elle ait été victime d'une rupture d'anévrisme au cours d'un concert de charité donné pour les enfants roux, sur le refrain d' "I ll always love you", comme le prouve le document d'archive que je livre ici à votre discrétion (enquête en cours, bordel...) :

https://www.youtube.com/watch?v=varlFj0W6UA
:viviane:

cool si mes remarques te servent ;)
et merci pour le compliment de la voix radiophonique  :-[

au plaisir !

Hors ligne loutre

  • Plumelette
  • Messages: 9
Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #7 le: 05 Janvier 2018 à 14:11:16 »
je sais que ce texte est ancien mais je suis tombée dessus par hasard, je pensais le parcourir un peu rapidement mais... il m'a vraiment fait rire et je l'ai savouré comme un bonbon: l'humour acide, le cynisme affuté, et la parfaite retranscription de l'ambiance open-space collante et malsaine... Ton personnage me fait penser à un genre de Dr House qui se serait fait radier du conseil de l'ordre et galèrerait pour payer ses factures. 

Hors ligne Georges Beckett

  • Tabellion
  • Messages: 29
    • Auteur à la petite semaine
Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #8 le: 06 Janvier 2018 à 14:06:11 »
Très drôle et bien écrit. Les comparaisons et autres métaphores sont hilarantes. Bravo, père Noël.

PS : n'oublie pas mon prix Nobel de littérature, comme l'an dernier.

G.
Aime ton prochain, nouvelles grinçantes et autres névroses : https://www.amazon.fr/dp/B07ZC4B418

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 550
Re : Je pars seul, évidemment.
« Réponse #9 le: 08 Janvier 2018 à 19:22:58 »
.
« Modifié: 13 Juillet 2022 à 18:02:14 par Manu »

 


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