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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les Derniers Anges.

Auteur Sujet: Les Derniers Anges.  (Lu 4331 fois)

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
  • Messages: 24
Les Derniers Anges.
« le: 31 Mars 2015 à 12:58:08 »
Bonjour à tous!!

Je me permets de vous poster l'introduction de mon premier roman.
Pour un peu plus de clarté, voici la phrase d'accroche que je donne à mon roman:
" Paris, de nos jours, Zoé, jeune peintre, assiste à une série d'attentat, qui se trouve ne pas être l'oeuvre des être humain."


  J'espère que vous prendrez du plaisir à me lire.

  A bientôt!


          " Un après-midi comme beaucoup d’autres, une petite fille laissait s’échapper une poignée de sable au travers de ses petites mains. Un sable si  familier, et pourtant si inconnu. Seul son souvenir le matérialisait.  Un monde se créait sous ses doigts, chaque petites particules de poussières se mélangeaient et se durcissaient sous l’effet de l’eau. Des murailles, des tours, des fenêtres se formaient sous ses gestes maladroits. Une petite poupée l’attendait sagement sur le sol, posée près de ses tours de sable. Ses cheveux blonds étaient recouverts de sable, son visage imprégné de poussière. Elle venait quotidiennement jouer dans ce parc, et son esprit s’évadait au milieu des rires d’enfants. Ce jouet était son meilleur ami.  Une sensation de paix et de bien être l’envahissait dès qu’elle se  trouvait dans ce lieu.
 Les souvenirs se faisaient de plus en plus clairs, comme un nuage se dissipant sous la présence du vent. Au loin, des cris se faisaient entendre. Eux aussi, lui étaient familiers. Des petits pieds couraient dans le sable et dans l’herbe fraîchement coupée,  d’autres semblaient  frôler le sol sur leurs perchoir de bois, certains s’immobilisaient juste à côté de la petite fille. Il lui semblait qu’ils voulaient jouer avec elle et son château de sable.
 Des petits bancs de bois laissaient se reposer les mères de famille ; tandis que les fourmis s’afféraient à transporter les petites miettes des goûters des chérubins.  Les nounous avaient l’œil ouvert sur ses petits êtres qui s’amusaient  et découvraient  la vie en communauté.
      Et soudain, elle aperçut  ces petits pieds qui se tenaient  à côté d’elle, tel un piquet. Ils portaient des tennis bleu nuit, elles-mêmes renfermant des chaussettes blanches, prolongées par un pantalon marron taché de poussière aux genoux. Un petit pull vert venait parfaire cette tenue de petit garçon. Au poignet, des fils de cotons bleu et jaune se mélangeaient en une tresse, une petite breloque en pendait. Il lui était impossible de mettre un nom sur cette forme.
   Cette  petite tête  brune hirsute l’observait. Ses deux yeux marron, étirés en amandes, trahissaient sa malice, il préparait quelque chose. Elle eut peur pour sa poupée, d’un geste vif, elle l’attrapa et  la serra contre elle. Le silence se faisait ressentir. Tous les enfants du parc s’étaient arrêtés de jouer. Son cœur battait si fort que ses tympans le ressentaient. Les balançoires étaient abandonnées, les glissades du toboggan stoppées. Les pâtés de sable n’étaient  plus intéressants. Le reste du paysage devenait flou comme lointain. Les paroles des femmes se perdaient en un murmure.
   Ici, à ce moment-là, le temps s’était arrêté. Le destin se gravait sur le bois de cette  balançoire, dans les murs de ce château de sable. La peur qui l’abritait disparaissait peu à peu. Le petit  être métissé lui tendait la main, le petite fille put apercevoir la breloque attachée à son bracelet.
   Des ailes… Des ailes d’ange."


Abbigails

  • Invité
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #1 le: 31 Mars 2015 à 17:11:50 »
Bonjour,

Quelques remarques :
Citer
sur leurs perchoir de bois
leur perchoir (ou leurs perchoirs mais là ce n'est pas un pluriel normalement)
Citer
Ses deux yeux marron
le "deux" me parait de trop (on en a rarement plus ou moins ;) )
Citer
Ici, à ce moment-là, le temps s’était arrêté.
la formulation me parait lourde...

A un moment je me suis dit que la "petite fille" ressemblait beaucoup à une adulte puis de nouveau à une enfant... Mais en dehors de ça, j'aime beaucoup les images qui se dégagent de ton texte :D

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
  • Messages: 24
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #2 le: 31 Mars 2015 à 17:24:47 »
coucou !
tout d'abord merci d'avoir pris le temps de lire mon texte et de me donner ton avis. Tu as entierement raison sur les quelques points que tu me montre... a force d'etre plongée dedans je ne me rends plus vraiment compte!
Pour ce qui est du fait qu'on est l'impression qu'a un moment ce soit une petite fille et l'instant d'apres une adulte c'est parfait, car c'est l'effet recherché!

Merci encore du temps que tu m'as accordé et a bientot!

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
  • Messages: 24
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #3 le: 31 Mars 2015 à 22:30:03 »
Et voici le premier chapitre pour que vous y voyait un peu plus mon style.

Bonne lecture!!

Rue de l’Abbaye, quartier Saint-Germain-Des-Prés, Paris 6ème arrondissement. Quartier huppé et célèbre pour ses musées et sa vie culturelle, bâtit jadis autour de sa célèbre église, vestige de la puissante abbaye Bénédictine. Quartier mythique où se mélangeait religions et créations, écrivains et artistes se rencontraient et échangeaient dans les cercles de ses innombrables cafés, tels que « les deux Magots » illustre pour ses prix littéraires.  Nombre d’artistes élurent domicile dans l’une de ces résidences, nourrissant un attachement particulier pour ces lieux. Peut-être pensaient-ils que le fait de pouvoir frôler, toucher ou même adosser ces murs leur donnerait l’inspiration.
   Lundi matin, la grande artère était complètement saturée par des centaines de carcasses dotées de klaxons stridents, et de leurs occupants criant et insultant le plus fort possible. Au milieu de ce vacarme, un doux rayon de soleil se faufilait entre les façades de ces monuments et de ces habitations. Au pied des bâtiments, de petites machines munies de brosses rondes et de jets d’eau s’afféraient au nettoyage des ruelles. Elles tentaient vainement de nettoyer les vestiges des nuits passées, afin d’accueillir des centaines de touristes venant des quatre coins du monde.
   Au dernier étage d’un de ces immeubles du XVIIème siècle, portant le numéro vingt-et-un, dans un luxueux appartement donnant directement sur la paroisse de l’église, une jeune femme colorait d’une large tache de café son chemisier en satin blanc. Une perte de temps supplémentaire, pensait-elle. Cela arrivait à chaque fois qu’un événement important se profilait à l’horizon. Elle posa sa tasse à moitié vide sur le plan de travail en béton, qui trônait au milieu de la cuisine sur l’îlot centrale. Un bouquet de rose blanche apportait une touche féminine dans cette décoration plutôt masculine. Des meubles en chêne brut étaient mis en valeur par un plan de travail en béton. Le frigo américain en inox reflétait les rayons lumineux et chaud du matin. Ses deux larges portes étaient vides, comme si aucun souvenir, aucune photo ne voulait s’y aimanter.   La jeune trentenaire souffla et  se dirigea vers une pièce lui servant de dressing.
     Sous de hauts plafonds blancs dotés de moulures, un tas de vêtement avait recouvert un banc en tissu gris capitonné. Une scène d’anarchie s’était déroulée, ici-même,  quelques heures auparavant. Elle avait mis à sac chaque étagère, chaque tiroir, de son dressing sur mesure, afin de trouver le chemisier qu’elle avait souillé avec maladresse. Il ne restait plus qu’un cintre accroché dans l’une des penderies restée ouverte. Un cintre avec une tenue bien particulière aux yeux de la jeune femme.
   Un tissu fin d’un ton bleu roi, si léger qu’on pouvait l’imaginer flottant sous une brise. Une odeur particulière l’accompagnait.  Il lui suffisait de le regarder et une douce souffrance l’envahissait, le souvenir d’un sourire qui accompagnait de douces paroles. Elle referma  la porte et dirigea son regard sur un petit top qui conviendrait parfaitement pour le rendez-vous, qui la rendait si nerveuse. Elle l’attrapa sur le tas d’habits et sortit rapidement de la pièce.
   Une gorgée de café avalée rapidement, elle s’examina dans l’un des miroirs vieilli de l’entrée. Sa chevelure noire de jais  était attachée en une queue de cheval haute. Ses oreilles serties de discrètes perles ; son maquillage naturel ne laissait pas transparaître l’insomnie qu’elle avait subie la nuit dernière. Son teint d’un blanc albatros mettait en valeur ses lèvres rouges sang. Un trait de khôl venait sublimer la beauté de ses yeux, l’un bleu comme les perles turquoise qui tombaient en cascades autour de son cou et l’autre noir. Une jupe stylo beige venait sublimer les courbes parfaites de ses hanches. Elle aimait porter des talons aiguilles, cela lui faisait oublier ses un mètre soixante. Le petit haut blanc, aux motifs tribaux, qu’elle avait choisi par obligation, rentrait à l’intérieur de la taille et était maintenu par une ceinture rose pâle.
   Elle attrapa sa sacoche et la glissa sur son avant-bras. De sa main libre, elle récupéra les clés de l’appartement posées sur la console blanc laqué de l’entrée. En un claquement de porte, elle se retrouva dans la cage d’escalier de son immeuble. La jeune femme dévala les escaliers  rapidement. Quelques marches plus loin, elle atterrit dans un vaste hall, dont même les murs étaient recouverts de marbre. L’entrée ressemblait à l’accueil d’un musée. Le silence y régnait. Les mêmes hauts plafonds que l’appartement, mettaient en valeur la pierre. Un lustre, aussi imposant que le reste du mobilier brillait d’un éclat surnaturel. Chaque facette de cristal s’illuminait des couleurs de l’arc-en-ciel.  Des cordons rouge bordeaux attachés par des piquets dorés bordaient un tapis rouge qui conduisait à la porte d’entrée. Au milieu de la salle se trouvait un vaste comptoir fait de bois et de marbre. Derrière celui-ci un homme d’une soixantaine d’années était jaugé sur un tabouret de cuir.
 Un visage fin, des gestes élégants, le concierge avait conservé la beauté de sa jeunesse. Ses grands yeux verts respiraient la gentillesse. Sa chevelure blanche, parsemé de cheveux noir étaient souple et soyeuse. Un parfait costume deux pièces noir montrait à quel point il prenait encore soin de lui. Il leva la tête de ses écrans en voyant l’occupante du numéro 321 arriver.
   Sa voix résonna dans cette grande salle.
«  Bonjour Madame Zoé ! S’exclama-t-il en levant la tête de ses écrans.                           
 —Bonjour George !lança-t-elle                                                                                                 
  — Alors, c’est le grand jour ?                                                                                                       
  — On dirait bien George ! Souhaitez-moi bonne chance, même si je n’en ai pas besoin! dit-elle en esquissant un sourire du coin des lèvres. »
   Hautaine, fière, coincée, arrogante, voilà les mots qui revenaient régulièrement lorsqu’une personne la décrivait. Le fait qu’elle soit riche n’arrangeait malheureusement pas les choses pour elle. Les personnes qui l’appréciaient se compter sur les doigts d’une main et George en faisait partie. Il répondait toujours présent lorsqu’elle avait besoin qu’on arrose ses plantes, lorsqu’elle partait en voyage ; ou  avait juste une envie de sushi, tard le soir. Jours et nuits, il était là derrière son grand comptoir, surveillant ses télés de surveillance ou observant les allers et venues de ses locataires.
   Il vivait dans un petit deux pièces au rez-de-chaussée de l’immeuble, tout ce qu’il y avait de plus modeste. Il n’avait pas de famille, du moins Zoé n’avait jamais vu la moindre personne rentrer dans son appartement. Le vieil homme avait toujours les mêmes habitudes : le matin, très tôt, il vérifiait que tous les occupants de l’immeuble étaient bien rentrés dans la nuit, à l’aide des bandes vidéo de la veille. Une heure plus tard, il ouvrait à la femme de ménage, Joseta, venue astiquer la moindre parcelle de marbre et de vitre. Puis, avec les premiers coups de klaxons matinaux, le ballet de ses résidents commençait. Il aimait les observer dans ces moment-là, ils les connaissaient tous ; c’était un peu comme ses enfants qui partaient à l’école. George avait toujours une parole pour chacun d’eux. Mais Zoé était de loin sa préférée, elle n’était pas comme les autres. Elle se moquait de ce que les autres pensaient, les paroles blessantes ne l’atteignaient pas, il en était admiratif.  Malgré tous les efforts qu’il faisait, pour lui le regard des autres était très important.                   
 « Passez une bonne journée ! », dit-il en la regardant s’engouffrer dans l’ouverture automatique de la porte d’entrée du hall de l’immeuble.
   Une heure plus tard, Zoé se tenait debout face à une vitrine contenant la toile d’un artiste quelque peu célèbre. La façade de pierre beige de cette galerie se trouvait dans la rue Bonaparte, non loin de l’Ecole supérieur des Beaux-Arts, où Zoé avait effectué son dernier cycle d’étude. Son regard se perdait dans les mélanges de peinture qui laissaient entrevoir, les coups de pinceaux habiles du peintre. Les pigments de couleur noire agissaient comme un miroir. A travers ce tableau aux tons obscurs et la vitrine, elle pouvait voir son reflet. C’est à ce moment-là qu’elle l’aperçut pour la première fois. Il se tenait là, sur le trottoir de l’autre côté de la rue. Son regard noir profond l’observait. Ses cheveux bruns dansaient sous l’effet de la brise matinale.  Le temps s’était arrêté, Zoé était comme hypnotisée, elle ne pouvait détournez son regard.
« Magnifique toile, n’est-ce pas ? » s’extasia une voix près d’elle.
La jeune femme sursauta, surprise d’être extirpée aussi brutalement de son observation. Elle se retourna vers le fautif et reconnut le directeur de la galerie d’art, avec qui elle avait rendez-vous.
« Pardon ? s’entendit-elle dire.
—Pablo Rodez, c’est l’un de nos peintres. Vous avez dû déjà entendre parler de lui.
—Désolée, mais je … j’étais perdue dans mes pensées. Je suis Mlle Morin.
—Ah, ces artistes ! Toujours la tête dans les nuages ! Et bien suivez-moi Mlle Morin , plaisanta-t-il en rentrant à l’intérieur de sa galerie.
Zoé eut juste le temps de jeter un coup d’œil par-dessus son épaule, mais le mystérieux inconnu avait déjà disparu. Tout ceci lui paraissait si irréel, qu’elle se demandait si elle ne l’avait pas imaginé. Et, cela l’inquiétais bien plus encore.
   Elle pénétra à l’intérieur de la pièce, où quelques temps plus tard, elle l’espérait, ses toiles seraient exposées. Des murs blancs immaculés se dressaient autour d’elle dans un long couloir. Tous les deux mètres, une toile de Rodez était suspendue par un fil d’argent. A la droite de chacune se trouvait une petite plaque argentée, sur laquelle étaient inscris le nom du tableau et une petite pensée de l’artiste. Le sol en béton ciré faisait claquer ses talons dans un bruit assourdissant. Tout au fond, un mange debout en acier et deux tabourets, du même matériau, les attendaient. Mr Durand, le directeur de la galerie, lui fit signe de s’installer sur l’un d’entre eux. Il poussa quelques feuilles de papier gribouillées dans un dialecte incompréhensible.
— Asseyez-vous, je vous prie. Une petite tasse de café ? demanda-t-il en refermant son agenda resté ouvert sur la table.
—Avec plaisir. Noir et sans sucre, s’il vous plait.
   Ces paroles sonnaient comme un ordre, mais elle s’en fichait. Elle était encore troublée par sa vision. Pourquoi cet homme l’observait-il avec autant d’insistance, et surtout, pourquoi avait-elle cette impression de déjà-vu. Elle n’eut pas le luxe d’y songer bien longtemps, car Mr Durand revint aussi vite que l’éclair avec deux tasses de café dans les mains.
   Le petit homme devait être âgé d’une cinquantaine d’années. Debout, près de la table haute, la petitesse de sa taille était accentuée. Il avait le dessus du crâne légèrement dégarni et le cheveu grisonnant. Ses yeux étaient d’un vert vif, il était réputé pour repérer les nouveaux artistes, avant même d’avoir vu leurs toiles. Cela avait d’ailleurs étonné Zoé, qu’il ne lui demandât pas d’amener ne serait-ce qu’un croquis. Il portait un costume trois pièces gris, comme on faisait encore pour les événements exceptionnels, tels que les mariages. Une chemise blanche parfaitement repassée, le tout rehaussé par une magnifique cravate bleue nuit. Cet homme avait du goût, c’était indéniable, ou du moins une femme qui le lui transmettait. Il portait également une alliance.
   Il déposa sur la table les deux tasses au design londonien et s’installa sur son siège. Il observa Zoé sous ses lunettes, comme si, il s’attendait à découvrir tous de sa personnalité, grâce à celle-ci. Puis, il se tortilla sur le dossier de sa chaise avant de se racler la gorge.
  —Alors Zoé ? C’est bien cela ? Vous vous nommez Zoé ? dit-il en  regardant de plus près l’un des papiers restés sur la table. Une image vint à l’esprit de la jeune femme: une petite fouine à lunette, voilà ce à quoi il lui faisait penser.
  —Oui, c’est bien cela. Mlle Zoé Morin.
  — Donc racontez-moi, pourquoi êtes-vous ici ? Envie de devenir riche plaisanta-t-il.
  —Non, cela n’a aucun intérêt pour moi. Je cherche simplement la renommée….
  —Simplement… mais rien n’est simple dans la vie, mademoiselle. Même pour quelqu’un issue de bonne famille, comme vous.
   D’un geste, il remonta les lunettes noires sur son nez. Le petit homme observa la réaction de sa visiteuse ; mais elle ne laissa rien paraître.
  —Les choses sont toujours plus faciles lorsqu’on a de l’argent, dit-elle avec aplomb. Croyez-vous que je serais ici, si Père et Mère ne m’avaient payé l’entrée aux Beaux-Arts ?
   Elle ne manquait pas de caractère, mais tous les artistes en possédaient un, c’était même une marque de fabrique. Cependant, la froideur qu’elle dégageait ne se ressentait pas dans ses toiles. C’est ce qui avait plu au Directeur, la chaleur et la bonté qui s’en dégageait. Sur les quelques croquis que son ami, le concierge, avait pu lui montrer, il avait décelé cette atmosphère si particulière qui apparaissait sous chaque coup de fusain que la croqueuse donnait à ses pages blanches. Jusqu’à présent, aucun artiste n’avait pu lui faire ressentir cela. Il était comme transporté dans le passé, à l’époque où il n’avait qu’une dizaine d’années et où il jouait dans le jardin. Ce souvenir de sa mère posant sur le rebord de la fenêtre une tarte aux fruits. L’odeur si délicieuse de ce sucre chaud, de cette pâte croustillante. Il se sentait bien. Il en oublia un instant que Zoé se trouvait en face de lui et que ses petits pieds nu ne se trouvaient pas dans l’herbe, mais bel et bien enfermés dans des mocassins de luxe.
  —Très bien, donc vos parents ont, semble-t-il, choisi la bonne voie pour vous. Faites-vous autre chose de votre vie ? Ou êtes-vous entièrement disponible ?
  —Père et Mère ne sont pas mes parents. Ils m’ont recueilli après le décès de ma famille. Personne ne voulait d’une petite fille de cinq ans comme moi, confia-t-elle sans sourciller d’un millimètre.
   L’homme, qui se tenait devant elle, se sentit si mal à l’aise, qu’il ressentit  des gouttes de sueur se former sur son front. Elle n’avait aucune émotion dans le regard, cela ne semblait pas l’atteindre. Cette jeune femme s’exprimait et réagissait comme un robot.
  —Et pour répondre à votre seconde question, je ne fais rien d’autre que ma peinture.
 —D’accord, Mademoiselle Morin, vous semblez être une personne qui a beaucoup de choses à raconter. Revenez me voir avec vos plus beaux tableaux.
   Il descendit de son tabouret et tendit la main à Zoé. Il était choqué par ce qu’elle venait de dire, elle le savait, mais elle ne pouvait pas laisser la mémoire de ses parents être tâchée ainsi. Elle aussi s’échappa de sa chaise. Elle serra la main de Mr Durand, elle était toute moite.
  — Quand puis-je me représenter à vous ?
  — On va se laisser quelques jours, disons jeudi dans la matinée, cela vous convient ?
  — Evidemment, donc à Jeudi. » répondit-elle en tournant les talons, un sourire esquissé sur son visage.
   En sortant de la galerie, Zoé sortit de son sac à main son téléphone. Elle regarda autour d’elle, personne à l’horizon, même pas sa vision. Car ce n’était que ça, elle l’avait imaginé, cet homme sur le trottoir d’en face, elle en était persuadée. De ses doigts agiles, elle pianota sur son clavier un numéro et rapprocha son portable de son oreille.
« Salut, c’est moi ! Tu fais quelque chose jeudi soir ? »
« Modifié: 31 Mars 2015 à 22:32:02 par Lilye-Rose »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #4 le: 01 Avril 2015 à 00:06:19 »
Humm, je suis très intrigué!

J'avoue franchement que je ne suis encore sûr de rien, j'ignore quelle tournure prendra l'histoire, mais j'ai le sentiment que ça promet d'être intéressant. Il y a quelque chose qui se dégage de ton texte, et j'aime ça. Le sentiment que quelque chose se prépare. J'ai vraiment hâte de connaître la suite.

Pour ce qui est des critiques, j'ai repéré pas mal de fautes d'orthographe, des virgules mal placées et un point d'interrogation qui manque, au moins. Donc voilà, côté technique, il y a des choses à refaire.
Ah, et dernière remarque, mais purement personnelle: je n'aime pas trop les personnages féminins dont on a l'impression qu'ils ont toujours raison dans ce qu'ils font et ce qu'ils disent, même quand ils gênent les autres; je trouve que ça leur donne un côté personnage adolescente de roman dystopique. Enfin, ça n'est qu'un point de vue, et ça ne se sent presque pas, de toute façon, donc c'est pas très gênant :)

Vivement le deuxième chapitre!
« Modifié: 01 Avril 2015 à 00:12:32 par extasy »

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
  • Messages: 24
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #5 le: 01 Avril 2015 à 23:36:40 »
Merci beaucoup pour ce compliment ça fait chaud au coeur!!!

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
  • Messages: 24
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #6 le: 03 Avril 2015 à 21:56:33 »
bonsoir à tous voici le deuxième chapitre de mon roman!!! J'attends vos critiques avec impatience!!

Chapitre 2

   Quelques heures plus tard, Zoé passait de nouveau les portes du grand hall. George n’avait pas bougé du comptoir et lui fit son sourire habituel, pour lui signaler qu’il l’avait bien vue. Elle s’enfonça dans la grande cage en argent, qui lui permettait de regagner son appartement. Son majeur appuya délicatement sur le sixième et dernier étage. Les portes se refermèrent devant son visage, sous les yeux bienveillants du concierge.
   Une fois arrivée, ses chaussures retirées, son chignon défait, elle décida d’enfiler son vieux jogging gris délavé. Elle alla dans la cuisine, la tasse de café de ce matin avait été lavée, et rangée. La femme de ménage était passée et la pile de vêtements avait disparu du banc gris capitonné du dressing. Sur l’îlot central, des fleurs rouges et blanches avaient été placées au centre. Leur parfum embaumait toute la pièce, Zoé ouvrit la porte du réfrigérateur américain. Il avait également été rempli, mais, ce soir, elle décida de manger autre chose. La jeune femme claqua la porte et attrapa son portable sur plan de travail en béton. Elle pianota le numéro de George rapidement, deux sonneries retentirent, puis elle entendit sa voix.
« — Pizza, ce soir, Mlle Morin ?
— S’il vous plaît George, comme d’habitude, et si possible dans une demi-heure.
— Très bien, je vous l’apporte dès qu’elle est là, promit-il. »
    La jeune artiste sortit de la cuisine et entra dans son salon. La décoration était plutôt contemporaine. Un canapé, rayé de noir et or, trônait au milieu du salon. Un bout de canapé rétro en bois noir et teck, se tenait à sa droite ; elle y déposa son téléphone. Un petit fauteuil chanteloup, recouvert d’un tissu capitonné beige et rehaussé de pieds travaillés en bois, se trouvait lui, sur la gauche du canapé. Une table basse en bois de palette était entourée par ces objets. Sur cette dernière, se trouvait une télécommande. Zoé l’attrapa et s’assit de tous son poids sur le sofa.
   Sur le mur, en face d’elle, un magnifique tableau, qu’elle avait réalisé plus jeune, représentait une petite fille, habillée d’une robe violette et coiffée d’un chapeau blanc, courant dans un champ de blé. Un ruban, venant de s’échapper de sa coiffe, flottait dans le vent.
   La jeune femme appuya sur un bouton de la manette et la peinture s’ouvrit en deux, pour laisser un grand écran plasma s’avancer. La télévision s’alluma et laissa place aux informations. De nouveaux attentats avaient éclaté dans le monde, et un volcan avait provoqué un violent séisme dans l’atlantique, elle changea vite de chaîne. Tous cela la fatiguait, elle en avait assez de toutes ces mauvaises nouvelles, il n’y avait plus une journée sans guerre ou violence. Son regard se perdit dans une émission de télé réalité.
   La journée avait été dure mentalement et la pression commença à redescendre. Peu à peu, elle sentit ses paupières s’alourdir, le son du programme se faisait lointain. Elle sombra rapidement dans un sommeil profond.
   Une sensation bizarre l’envahit, elle savait qu’elle dormait, mais elle ne pouvait se réveiller. Les images de la bombe, qu’elle avait vu éclater à l’écran quelques secondes avant, repassèrent sous ses yeux. Elle se tenait droite et statique, au milieu d’un cauchemar. Les mères criaient autour d’elle, elles appelaient leurs petits, qui avaient disparu dans les gravats. Une épaisse poussière empêchait de voir à un mètre de soi. La jeune femme se tenait toujours droite sans pouvoir bouger, des animaux commencèrent à passer près d’elle. Ils couraient à toute vitesse et frôlaient Zoé. Des biches, des lions, des tigres, elle n’en avait jamais vus d’aussi près. Puis, devant elle, la fumée se dispersa et on vit un mur d’eau apparaître. Une vague géante lui arrivait droit dessus. Ses yeux livides, regardaient et attendaient que l’eau vienne l’emporter. Ses paupières se fermèrent, mais rien ne vint. Elle entendait l’eau passer près de ses oreilles. Ne sentant rien, pas même une goutte, elle décida de regarder ce qu’il se passait.
   Il se tenait là, faisant barrière à tout obstacle. Ses cheveux noirs retombaient sur son visage, des gouttes d’eau perlaient sur sa mâchoire saillante et crispée. Il ne bougeait pas d’un centimètre, malgré la force de l’eau qui déferlait sur lui. Ses yeux sombres la fixaient. Son t-shirt blanc était devenu transparent à cause de l’eau. Zoé se trouvait à dix centimètres de son visage. Ses propres doigts commencèrent à se décrisper et à lui obéir. Son bras droit se leva doucement, elle avait peur, mais elle voulait aussi savoir s’il était bien réel. Arrivée à mi-parcours, sa main se retrouva bloquée par une paroi transparente. Elle vit des gouttes d’eau couler de l’autre côté de la vitre. Leur souffle chaud créa une buée, qui rendait la scène irréaliste. La main de Zoé se posa délicatement sur la paroi, elle regarda le jeune homme pour voir sa réaction. Il la fixait toujours, le liquide transparent continuait à couler le long de son visage, de ses bras musclés.  Puis, sans détourner son regard, il posa sa main de l’autre côté de la vitre. Il prolongeait la main aux lignes féminines, de deux phalanges.
   Ils restaient là, sans bouger. Leurs regards se perdaient l’un dans l’autre. Elle aurait voulu briser cet obstacle de verre et pouvoir toucher les traits de son visage. C’était impossible qu’il ne soit qu’une vision, du moins, elle l’espérait du plus profond d’elle-même. En sa présence, elle ressentait les mêmes sensations que lorsqu’elle se trouvait avec sa mère. La chaleur de sa main était presque perceptible.
   Perdue dans ses pensées, elle crut voir ses lèvres bouger. Il lui souriait.
    Puis, une sonnerie lointaine se fit entendre. Ce n’était ni le son d’une bombe ou d’une sirène, mais elle crut reconnaitre un son familier.
   La vitre commença à se fissurer autour de leurs doigts, et sans qu’ils n’aient eu le temps de réagir, Zoé se retrouva submergée par une vague. L’eau commença à rentrer dans son corps, comme la sève qui coule dans les arbres ; elle s’insinua dans la moindre partie de ses poumons.
   La sonnerie recommença, elle se faisait de plus en plus pressante. Alors, elle se rendit compte qu’une main l’avait attrapée pour la remonter à la surface.
   Juste avant que son visage n’atteignît l’air libre, Zoé se retourna pour vérifier qu’il s’agissait bien de l’inconnu.
   La dernière image qu’elle vit, fut son visage. Puis elle se réveilla, le bruit n’était en fait que son téléphone portable. Sortant de sa torpeur, elle vit le nom de George s’afficher sur l’écran digital de son portable.
   Son bras se tendit avec difficulté, il était plein de courbatures. La jeune femme rapprocha l’objet de son oreille, après avoir appuyé sur la touche verte.
« – Oui George, articula-t-elle difficilement.
– Mademoiselle, je commençais à m’inquiéter ! s’exclama le concierge.
– Désolée, je m’étais assoupie, rien de grave George….
– Très bien, dit-il d’un ton plus rassuré, votre pizza est arrivée. Je vous la mets dans l’ascenseur ?
– Oui, ce sera gentil. Bonne soirée, écourta la dormeuse. »
   Son corps gracieux s’étira sur le canapé et se leva. Elle alla ouvrir le frigo, afin d’accompagner sa pizza, d’une bonne bière.
   Ses jambes se dirigèrent  tel un somnambule jusqu’à la cuisine et lorsqu’elle posa sa main sur la poignée chromée du réfrigérateur ; elle se rendit compte que quelques gouttes d’eau perlaient dessus. Le visage du jeune homme lui revint en tête, au moment où l’ascenseur ouvrit ses portes. Elle se dirigea vers lui. Au milieu de la boite de fer, il y avait une petite desserte blanche ; sur laquelle se trouvait une cloche brillante. Zoé l’attrapa et l’amena sur sa table basse.
   L’odeur de la pizza lui chatouillait les narines. Elle entendit son ventre grogner de faim. Inconsciemment, elle mit de côté son rêve pour se consacrer à la dégustation de sa peppéroni, devant l’un de ses talk-shows préférés.   

J'espère que vous prendrez plaisir à lire!!
A bientôt

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #7 le: 04 Avril 2015 à 01:38:52 »
Bonsoir, Lily

Un peu court, quand-meme, je trouve. Le premier chapitre m'avait nettement plus emballé. Mais je remarque qu'il n'y a aucune faute, du moins je crois, et du coup ça t'a peut être plus fatiguée d'écrire ce second chapitre. 
Il y a des expressions que je trouve bizarres : ses yeux regardaient, son corps se leva... Je ne sais pas trop si ça se dit.
Et quand tu parles du tableau qu'elle a réalisé en le qualifiant de magnifique, ça me perturbe, je sais plus de quel genre de narrateur il s' agit. Et pas mal de phrases m'ont semblé mécaniques. Comme si tu étais trop fatiguée pour faire l'effort de trouver précisément les bons mots.
Enfin, c'est pas bien méchant,  mais quand meme, si c'est un roman,  je pense qu'il faut arranger tout ça.
Je suis toujours intéressé de voir quelle tournure ça prendra, je n'en ai encore aucune idée, alors bonne chance pour le prochain chapitre!

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
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Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #8 le: 04 Avril 2015 à 07:43:18 »
Bonjour,

Tous d'abord encore un grand merci pour tes lectures!
Je vais t'avouer que le roman est pratiquement terminé... du moins le premier tome.
Je vais arranger le second chapitre suite à ton commentaire.
-Peux-tu simplement me dire si tout t'a paru trop mécanique ou si c'est seulement le passage chez elle.
- Qu-est-ce que tu pense de son cauchemar?
Je voulais avant tous créer une forte démarcation entre sa soirée et son rêves. En le relisant je le trouve un peu léger et j'ai l'impression qu'il ne dégage rien... alors que je voulais le contraire... montrer qu'elle a une vie plutôt ordinaire, un peu comme monsieur et madame tout le monde, et que ses rêves paraissent bizarre, presque plus réels que sa vie.

Voilà, en tout cas je te remercie beaucoup pour tes critiques!!
Et en ce qui concerne les mots, je te le dis en toute honnêteté, je manque cruellement de vocabulaire... Je voudrais d'abord terminer mon 1er tome, puis me laisser une petite quinzaine de jour, pour me détacher un peu de tous ça et me cultiver un peu plus sur mon vocabulaire (en gros la lecture d'un dictionnaire ne serait pas mal venu... :-¬?) et ensuite je fais ma relecture.

Enfin bref, je te raconte un peu ma vie là!
Bonne journée et à bientôt!

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #9 le: 05 Avril 2015 à 12:52:49 »
Pour son cauchemar je ne sais pas trop, je ne suis pas vraiment très très imaginatif, et donc s'il y a une sorte de symbole ou un truc du genre caché dans le rêve, ne compte pas sur moi pour comprendre  :mrgreen:
Les phrases mécaniques, je sais pas, c'est peut-être pas le bon mot, mais il y a des expressions qui, personnellement, me dérangent. C'est comme si des choses ou des objets faisaient d'eux-même des actions comme des êtres humains: son majeur appuya, la télévision laissa place aux infos (d'ailleurs j'ai pas trop compris cette phrase: comment la télé peut-elle laisser place aux infos  :o)?
Bref, des trucs de ce genre.
Mais j'attends toujours la suite avec autant d'intérêt!

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
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Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #10 le: 05 Avril 2015 à 22:24:40 »
Merci beaucoup pour tes commentaires, je me permets de te mettre la suite.
Bonne lecture! :D
Chapitre 3

   Le lendemain, Zoé se trouvait dans son atelier. Elle décida de s’occuper de sa sélection de toile à amener à la galerie.
   La pièce était baignée d’une lumière naturelle, traversant un gigantesque dôme de verre, qui se trouvait au-dessus de sa tête. Des plantes apportaient une touche de verdure aux boiseries sombres qui recouvraient les murs. Plusieurs plans de travail blancs étaient recouverts de pinceaux, peintures, et divers outils de peintre. Même le sol en parquet avait souffert de ce désordre. Il était immaculé de multitude de tâches du liquide coloré qu’elle utilisait. Des étagères adossées au mur supportaient le poids des dizaines de toiles vierges, qui attendaient de devenir des œuvres.
   Le choix était cornélien. Une centaine de toiles trônaient dans la pièce. Elle en avait mis deux de côté, ses préférées. L’un des tableaux représentait un paysage aux ambiances celtiques. Une jeune femme rousse, vêtue d’une longue robe marinière blanche et bleue, flottant dans le vent, se tenait debout. Au-dessus d’elle, un foulard s’envolait et formait la silhouette d’une colombe blanche. Sous ses pieds se dessinaient une falaise verte où les vagues venaient se confondre avec les rochers. Le ciel dressait un décor sombre et fantomatique. On aurait dit qu’elle abandonnait ce morceau de tissu comme si elle abandonnait un être cher.
   Le deuxième était la tour Eiffel. Le monstre de fer Parisien se dressait devant une foule d’inconnus minuscules. Les lumières de la ville se détachaient du ciel noir tacheté de petits points blancs. Une toile simple mais qui lui plaisait. Mais tout cela était plutôt impersonnel.
   Elle le savait, le directeur de la galerie attendait plus de sa part. Il souhaitait qu’elle se livre, qu’elle laisse deviner sa personnalité au travers de ses œuvres.
   Elle se dirigea alors dans une partie de la pièce mal éclairée où gisaient sous des draps blancs quelques tableaux. Elle en attrapa un et le découvrit de son habit. Il ne représentait rien d’extraordinaire, pourtant il était parfait.
   On y admirait une cuisine, un lieu qu’elle visitait tous les jours. Les plafonds hauts, les meubles en chêne, le plan de travail en béton, rien n’avait changé. Tout était identique au souvenir que le tableau retranscrivait. Pourtant tout y était différent à présent.
   Un élément ne s’y trouvait plus aujourd’hui. Cette femme. Une aura se dégageait d’elle. Elle se trouvait là, occupée à éplucher des pommes, sans doute pour cuisiner une jolie tarte pour une petite fille de cinq ans. Elle était tournée, son visage était dissimulé sous une cascade de boucles brunes. Elle portait une douce robe bleu roi, dont les manches en dentelles laissaient entrevoir sa peau ivoire. On pouvait y deviner son sourire et son regard bienfaisant. Un simple coup d’œil sur cette toile et n’importe quelle personne se laissait envahir de souvenirs d’enfance.
   Zoé observait le tableau, il n’avait rien de particulier pour un inconnu mais pour elle, il représentait la fin de sa vie. Cette scène était le dernier vestige qu’elle gardait de cette femme. La pièce de son appartement n’avait d’ailleurs pas changé, seul les murs avaient été repeints. Ses amis ne comprenaient pas pourquoi la jeune artiste s’obstinait à vouloir rester dans cet appartement.
   Elle savait que ses parents l’avaient toujours protégée, même après leur mort. Cet oasis était pour elle le dernier lien qui la reliait à leurs âmes. Elle n’était pas prête à s’en séparer.
   La sonnerie de son téléphone portable l’extirpa de ses souvenirs. Elle reposa la toile et se mit à la recherche de son sac à main. Avant qu’elle n’ait pu décrocher, l’appel s’interrompit. Numéro inconnu. Zoé jeta un dernier coup d’œil derrière elle et décida de remettre à plus tard son choix de toile pour Monsieur Durand.
   Arrivée sur le trottoir en bas de l’immeuble, elle aspira une grande bouffée d’air comme pour vérifier qu’elle était bien vivante. Le soleil brillait à son zénith, il ne devait pas être loin de midi et son ventre commença à grogner. Elle décida d’aller se restaurer dans sa brasserie préférée qui se trouvait à deux pas de son atelier. Elle sortit ses lunettes de soleils de leur étui et commença à quitter le trottoir. En les enfilant, elle crut apercevoir haut dans le ciel comme une étoile filante. « Impossible, se dit-elle. ». Mais sa vision se répéta, elle stoppa sa démarche assurée en plein milieu de la route. Des milliers d’étoiles filantes traversaient le ciel bleu azur, elle n’en revenait pas. Elles tombaient là, à ses pieds et s’enfonçaient dans le sol comme absorbées. Puis soudain un cri strident se fit entendre autour d’elle. Pas un cri humain, le bruit ressemblait à un crissement, comme le caoutchouc sur le goudron, comme un pneu sur une route, comme une voiture qui pile pour éviter un choc.
   Zoé se réveilla de sa torpeur. Elle se trouvait en plein milieu de la route, trois voitures lui faisaient face. Leurs conducteurs respectifs se tenant devant elle par l’ouverture de leur portière. L’un d’eux lui demandant si tout allait bien, les deux autres la traitant de folle. Les passants l’observaient et s’interrogeaient. Que regardait-elle dans le ciel ? La jeune femme cligna des yeux comme pour sortir de son sommeil, elle se dirigea vers le trottoir, qu’elle avait souhaité rejoindre avant cette pluie d’étoiles, sans même une excuse pour les malheureux pileurs. Les pavés de la rue claquaient sous ses talons, ses pieds la dirigeaient comme un automate vers sa destination.

*
*  *

   Paris était pour lui une ville inconnue aux décors et paysages grisés, loin de sa Californie natale. Cependant, il avait aimé en visiter les monuments les plus connus comme les recoins les plus cachés. Les parisiens, comme les français étaient des personnes peu hospitalières et très méfiantes. Son physique d’étranger, asiatique, l’avait tout de même bien aidé à pouvoir lier le contact avec certaines passantes, afin de demander son chemin.
   En ce mardi matin, il avait quitté son hôtel se trouvant dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés et se baladait dans les petites rues pavées qui entouraient le quartier des artistes. Les peintres, les écrivains, ils étaient un peu comme lui. Idéaliste, toujours à la recherche d’un chef d’œuvre. Le sien ressemblait plus à une grande masse informe d’eau, plutôt qu’à un portrait ou un poème. Une vague qu’il pourrait surfer.  Sa passion l’avait amené à visiter beaucoup de villes de son pays, mais il n’était jamais sorti de ses frontières. Pourtant, il était comme chez lui dans ce paysage, comme si tout le guidait vers un point précis. Il savait qu’il la verrait sortir d’un de ses immeubles. Celui à la grande verrière avait l’air d’être un de ses endroits fétiches, avec son appartement qui se trouvait quelques rues plus loin.
   Il devait la suivre, la surveiller. Connaître ses habitudes, quand était-elle à son domicile, à quels moments. Mais jusqu’à quand, ce n’était pas à lui d’en décider. Il avait appris à la connaître à force de l’observer. Elle buvait son café noir, ne sortait jamais sans ses talons, attachait ses cheveux quand elle avait des rendez-vous importants. Elle paraissait inaccessible, sauf lorsqu’elle peignait. Dans ces moment-là, il ne pouvait plus détourner son regard d’elle. Ses gestes légers et  gracieux formaient des courbes et des visages. La passion et l’amour se lisait dans son regard.  Elle ne regardait rien d’autre comme ses toiles. Ses mains recouvertes de peinture venaient caresser délicatement les paysages qu’elle imaginait.
   Elle ne voyait pas beaucoup de monde. Seul Mr George, le concierge de son immeuble pouvait se vanter de lui parler tous les jours. Il lui avait d’ailleurs donné des renseignements intéressants à son sujet, pensant qu’il était un de ses admirateurs.
    Ses déplacements étaient concentrés entre son appartement et son atelier. Mais ce jour-là, une nouvelle habitude apparut. L’habitude de faire des choses étranges comme il avait pu faire quelques temps avant elle.
   A midi pile, elle s’avança hors de son trottoir pour se planter en plein milieu de la route et regarder le ciel. Il chercha du regard ce qu’elle pouvait observer, jusqu’à ce que le bruit des voitures qui freinaient violemment ne le sortît de son observation. L’une d’entre elles, une berline noire se dirigeait droit sur la jeune femme. Il ne pouvait pas bouger, au risque de se faire remarquer. Il aurait voulu pouvoir l’aider, mais il se l’interdisait.  Son ventre se serrait, son souffle se coupait, son cœur battait à en exploser, malgré tous cela il ne pouvait faire un pas dans sa direction.
 Lorsque la voiture fut en fin de course et vint frôler à quelques centimètres près la peintre, elle baissa les yeux vers les parisiens mécontents et repris sa route. Aucune tôle n’était froissée, mais une foule s’était formée autour de l’incident. Il faillit la perdre de vue, au moment où elle entra dans le restaurant. Le jeune surfeur traversa la ruche de personnes qui grouillait sur la route et alla se placer de l’autre côté de la rue où se trouvait à présent la jeune femme.
   Heureusement pour lui, un ange gardien avait l’air de veiller sur elle.

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #11 le: 08 Avril 2015 à 02:09:58 »
Ok, ça commence à bouger. L'intrigue s'élargit avec l'arrivée d'un nouveau personnage. Il y a plus de suspens. Waiting for the chapter 4!
Je sais pas si tu as remarqué mais ça rime :D

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
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Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #12 le: 08 Avril 2015 à 17:21:08 »
merci pour le com Extasy!
J'ai remanié un peu le premier chapitre, j'attends vos avis.... première ou seconde version?

Bonne lecture! ;D


Chapitre 1.
Paris, le 6 Juin 2015.

   Rue de l’Abbaye, quartier Saint-Germain-Des-Prés, Paris 6ème arrondissement. Quartier huppé et célèbre pour ses musées et sa vie culturelle, bâtit jadis autour de sa célèbre église, vestige de la puissante abbaye Bénédictine. Quartier mythique où se mélangeait religions et créations. Ecrivains et artistes se rencontraient et échangeaient dans les cercles de ses innombrables cafés, tels que « les deux Magots » illustre pour ses prix littéraires.  Nombre d’artistes élurent domicile dans l’une de ces résidences, nourrissant un attachement particulier pour ces lieux. Peut-être pensaient-ils que le fait de pouvoir frôler, toucher ou même s’adosser à ces murs, leur donnerait l’inspiration.
   Lundi matin, la grande artère était complètement saturée par des centaines de carcasses dotées de klaxons stridents, et de leurs occupants criant et insultant le plus fort possible. Au milieu de ce vacarme, un doux rayon de soleil se faufilait entre les façades de ces monuments et de ces habitations. Au pied des bâtiments, de petites machines munies de brosses rondes et de jets d’eau s’afféraient au nettoyage des ruelles. Elles tentaient vainement de nettoyer les vestiges des nuits passées, afin d’accueillir des centaines de touristes venant des quatre coins du monde.
   Au dernier étage d’un de ces immeubles du XVIIème siècle, portant le numéro vingt-et-un, dans un luxueux appartement donnant directement sur la paroisse de l’église, une jeune femme colorait d’une large tache de café son chemisier en satin blanc. Une perte de temps supplémentaire, pensait-elle. Cela arrivait à chaque fois qu’un événement important se profilait à l’horizon. Elle posa sa tasse à moitié vide sur le plan de travail en béton, qui trônait au milieu de la cuisine sur l’îlot centrale. Un bouquet de rose blanche apportait une touche féminine dans cette décoration plutôt masculine. Des meubles en chêne brut étaient mis en valeur par un plan de travail en béton. Le frigo américain en inox reflétait la lumière chaude du matin. Ses deux larges portes étaient vides, comme si aucuns souvenirs, aucunes photos ne voulaient s’y aimanter.   La jeune trentenaire souffla et  se dirigea vers la pièce qui lui servant de dressing.
Sous de hauts plafonds blancs dotés de moulures, un tas de vêtement avait recouvert un banc en tissu gris capitonné. Une scène d’anarchie s’était déroulée, ici-même,  quelques heures auparavant. Elle avait mis à sac chaque étagère, chaque tiroir, de son dressing sur mesure, afin de trouver le chemisier qu’elle avait souillé avec maladresse. Il ne restait plus qu’un cintre accroché dans l’une des penderies restée ouverte. Un cintre avec une tenue bien particulière aux yeux de la jeune femme.
   Un tissu fin d’un ton bleu roi, si léger qu’on pouvait l’imaginer flottant sous une brise. Une odeur particulière l’accompagnait.  Il lui suffisait de le regarder et une douce souffrance l’envahissait, le souvenir d’un sourire qui accompagnait de douces paroles. Se ressaisissant, elle referma  la porte et dirigea son regard sur un petit top qui conviendrait parfaitement pour le rendez-vous, qui la rendait si nerveuse. Elle l’attrapa sur le tas d’habits et sortit rapidement de la pièce.
   La jeune femme passa par la cuisine pour récupérer sa tasse de boisson chaude, puis avança dans le corridor blanc. Une gorgée de café avalée rapidement, elle s’examina dans l’un des miroirs vieilli de l’entrée. Sa chevelure châtain clair, aux reflets couleurs miel,  était attachée en une queue de cheval haute. Ses oreilles serties de discrètes perles ; son maquillage naturel ne laissait pas transparaître l’insomnie qu’elle avait subie la nuit dernière. Son teint d’un blanc albatros mettait en valeur ses lèvres rouges sang. Un trait de khôl venait sublimer la beauté de ses yeux, l’un bleu comme les perles turquoise qui tombaient en cascades autour de son cou et l’autre noir. Le deuxième était victime d’une sur pigmentation, plus couramment appelé « Les yeux vairons ». Elle pensait que cette dénomination ne donnait pas la grâce méritée à la beauté de ses iris. Une jupe stylo beige venait sublimer les courbes parfaites de ses hanches. Elle aimait porter des talons aiguilles, cela lui faisait oublier ses un mètre soixante. Le petit haut blanc, aux motifs tribaux, qu’elle avait choisi par obligation, rentrait à l’intérieur de la taille et était maintenu par une ceinture rose pâle.
   Elle attrapa son sac à main camel et le glissa sur son avant-bras. De sa main libre, elle récupéra les clés de l’appartement posées sur la console blanc laqué de l’entrée. En un claquement de porte, elle se retrouva dans le couloir de son immeuble. Elle toisa l’ascenseur, puis fit le choix d’emprunter les rangées de marches. La jeune femme dévala les escaliers des six étages, rapidement. Puis, elle arriva dans un vaste hall, dont les murs étaient recouverts de marbre. L’entrée ressemblait à l’accueil d’un musée. Le silence y régnait. Les mêmes hauts plafonds que l’appartement, mettaient en valeur la pierre calcaire de couleur blanche, aux reflets sable. Des cordons rouges bordeaux attachés par des piquets dorés bordaient un tapis rouge qui conduisait à la porte d’entrée. Au milieu de la salle se trouvait un vaste comptoir fait de bois et de marbre. Derrière celui-ci un homme d’une soixantaine d’années était assis sur un tabouret de cuir. Au-dessus de lui, un lustre, aussi imposant que le reste du mobilier brillait d’un éclat surnaturel. Chaque facette de cristal s’illuminait des couleurs de l’arc-en-ciel. 
 Un visage fin, des gestes élégants, le concierge avait conservé la beauté de sa jeunesse. Ses grands yeux verts respiraient la gentillesse. Sa chevelure blanche, parsemé de cheveux noir étaient souple et soyeuse. Un parfait costume deux pièces noir montrait à quel point il prenait encore soin de lui. Il leva la tête de ses écrans en voyant l’occupante du numéro 321 arriver.
   Sa voix résonna dans cette grande salle.
«  Bonjour Madame Zoé ! S’exclama-t-il en levant la tête de ses écrans. Ses yeux pétillaient, du simple fait de la voir.                         
 —Bonjour George !lança-t-elle                                                                                                    — Alors, c’est le grand jour ?                                                                                                         — On dirait bien George ! Souhaitez-moi bonne chance, même si je n’en ai pas besoin! dit-elle en esquissant un sourire du coin des lèvres. »
   Hautaine, fière, coincée, arrogante, voilà les mots qui revenaient régulièrement lorsqu’une personne la décrivait. Le fait qu’elle soit riche n’arrangeait malheureusement pas les choses pour elle. Les personnes qui l’appréciaient se compter sur les doigts d’une main et George en faisait partie. Il répondait toujours présent lorsqu’elle avait besoin qu’on arrose ses plantes, lorsqu’elle partait en voyage ; ou  avait juste une envie de sushi, tard le soir. Jours et nuits, il était là derrière son grand comptoir, surveillant moniteurs de contrôle ou observant les allers et venues de ses locataires.
   Il vivait dans un petit deux pièces au rez-de-chaussée de l’immeuble, tout ce qu’il y avait de plus modeste. Il n’avait pas de famille, du moins Zoé n’avait jamais vu la moindre personne rentrer dans son appartement. Le vieil homme avait toujours les mêmes habitudes : le matin, très tôt, il vérifiait que tous les occupants de l’immeuble soient bien rentrés dans la nuit, à l’aide des bandes vidéo de la veille. Une heure plus tard, il ouvrait à la femme de ménage, Joseta, venue astiquer la moindre parcelle de marbre et de vitre. Puis, avec les premiers coups de klaxons matinaux, le ballet de ses résidents commençait. Il aimait les observer dans ces moment-là, il les connaissait tous ; c’était un peu comme ses enfants qui partaient à l’école. George avait toujours une parole pour chacun d’eux. Mais Zoé était de loin sa préférée, elle le savait.
   Un jour, il lui avait confié, à quel point il était admiratif de la personne qu’elle était devenue. Elle se moquait de ce que les gens pensaient sur son compte. Peu importe qu’il la trouve froide ou autre, elle savait qui elle était. George aussi. Il avait toujours été au service de sa famille, même après le décès de ses parents. Il avait pris soin de l’appartement, attendant patiemment le retour de cette enfant, devenue femme.
 « Passez une bonne journée ! », dit-il en la regardant s’engouffrer dans l’ouverture automatique de la porte d’entrée du hall de l’immeuble.
   Une heure plus tard, Zoé se tenait debout face à une vitrine contenant la toile d’un artiste quelque peu célèbre. La façade de pierre beige de cette galerie se trouvait dans la rue Bonaparte, non loin de l’Ecole supérieur des Beaux-Arts, où Zoé avait effectué son dernier cycle d’étude. Son regard se perdait dans les mélanges de peinture qui laissaient entrevoir, les coups de pinceaux habiles du peintre. Les pigments de couleur noire agissaient comme un miroir. A travers ce tableau aux tons obscurs et la vitrine, elle pouvait voir son propre reflet. C’est à ce moment-là qu’elle l’aperçut pour la première fois. Il se tenait là, sur le trottoir de l’autre côté de la rue. Son regard noir profond l’observait. Ses cheveux bruns dansaient sous l’effet de la brise matinale.  Le temps s’arrêta, Zoé resta planté là, comme hypnotisée. Elle ne pouvait détournez ses yeux de l’inconnu.
   Une sensation étrange s’empara d’elle. Une boule se forma dans son estomac. Les battements de son cœur se frappèrent plus fort et plus vite. Les pupilles de l’homme asiatique la fixaient, on aurait dit qu’il essayait de rentrer dans son âme.
« Magnifique toile, n’est-ce pas ? » s’extasia une voix près d’elle.
La jeune femme sursauta, surprise d’être extirpée aussi brutalement de son observation. Elle se retourna vers le fautif et reconnut le directeur de la galerie d’art, avec qui elle avait rendez-vous. George, le concierge, les avait présentés quelques jours plus tôt. Il s’était lié d’amitié avec le galeriste sur les bancs de l’école.
« Pardon ? s’entendit-elle dire.
—Pablo Rodez, c’est l’un de nos peintres. Vous avez dû déjà entendre parler de lui.
—Désolée, mais je … j’étais perdue dans mes pensées, s’excusa-t-elle. Je suis Mlle Morin.
—Ah, ces artistes ! Toujours la tête dans les nuages ! Et bien suivez-moi Mlle Morin, plaisanta-t-il en rentrant à l’intérieur de sa galerie.
Zoé eut juste le temps de jeter un coup d’œil par-dessus son épaule, mais le mystérieux inconnu avait déjà disparu. Tout ceci lui paraissait si irréel, qu’elle se demandait si elle ne l’avait pas imaginé. Et, cela l’inquiétait bien plus encore.
   Elle pénétra à l’intérieur de la pièce, où d’ici quelques mois, elle l’espérait, ses toiles seraient exposées. Des murs blancs immaculés se dressaient autour d’elle dans un long couloir. Tous les deux mètres, une toile de Rodez était suspendue par un fil transparent. A la droite de chacune se trouvait une petite plaque argentée, sur laquelle étaient inscris le nom du tableau et une petite pensée de l’artiste. Le sol en béton ciré faisait claquer les talons de la jeune femme dans un bruit assourdissant. Tout au fond de la salle, un mange-debout en acier et deux tabourets, du même matériau, les attendaient. Mr Durand, le directeur de la galerie, lui fit signe de s’installer sur l’un d’entre eux. Il poussa quelques feuilles de papier gribouillées dans un dialecte incompréhensible.
— Asseyez-vous, je vous prie. Une petite tasse de café ? demanda-t-il en refermant son agenda resté ouvert sur la table.
—Avec plaisir. Noir et sans sucre, s’il vous plait.
   Ces paroles sonnaient comme un ordre, mais elle ne s’en rendait pas compte. A vrai dire, elle était encore troublée par sa vision. Pourquoi cet homme l’observait-il avec autant d’insistance ? Et surtout, pourquoi avait-elle cette impression de déjà-vu ? Elle n’eut pas le luxe d’y songer bien longtemps. Mr Durand disparut derrière un rideau rouge, faisant séparation entre la salle d’exposition et une pièce annexe. Puis, il revint rapidement avec deux tasses de café dans les mains.
   Le petit homme devait être âgé d’une cinquantaine d’années. Debout, près de la table haute, la petitesse de sa taille était accentuée. Il avait le dessus du crâne légèrement dégarni et le cheveu grisonnant. Ses yeux étaient d’un vert vif, il était réputé pour repérer les nouveaux artistes, avant même d’avoir vu leurs toiles. Cela avait d’ailleurs étonné Zoé, qu’il ne lui demanda pas d’amener, ne serait-ce qu’un croquis. Il portait un costume trois pièces gris, comme on faisait encore pour les événements exceptionnels, tels que les mariages. Une chemise blanche parfaitement repassée, le tout rehaussé par une magnifique cravate bleue nuit. Cet homme avait du goût, c’était indéniable, ou du moins une femme qui le lui transmettait. Il portait également une alliance.
   Il déposa sur la table les deux tasses aux dessins londoniens et s’installa sur son siège. Il observa Zoé sous ses lunettes, comme si, elles possédaient le pouvoir de découvrir chaque trait de sa personnalité. Puis, il se tortilla sur l’assise de sa chaise avant de se racler la gorge.
  —Alors Zoé ? C’est bien cela ? Vous vous nommez Zoé ? dit-il en  regardant de plus près l’un des papiers restés sur la table. Une image vint à l’esprit de la jeune femme: une petite fouine à lunette, voilà ce à quoi il lui faisait penser.
  —Oui, c’est bien cela. Mlle Zoé Morin, répéta-t-elle simplement.
  — Donc racontez-moi, pourquoi êtes-vous ici ? Envie de devenir riche ?
  —Non, cela n’a aucun intérêt pour moi. Je cherche simplement la renommée… Elle avait dit cela, comme-ci la question de Mr Durand était normale.
  —Simplement… mais rien n’est simple dans la vie, mademoiselle. Même pour quelqu’un issue de bonne famille, comme vous.
   D’un geste, il remonta les montures fines et noires sur son nez. Le petit homme fit mine d’observer la réaction de sa visiteuse. La jeune femme s’efforça de ne rien laisser paraître.
  —Les choses sont toujours plus faciles lorsqu’on a de l’argent, dit-elle avec aplomb. Croyez-vous que je serais ici, si Père et Mère ne m’avaient pas payé l’entrée aux Beaux-Arts ?
   Elle lut dans son regard l’étonnement que venait de provoquer sa phrase. Il recommença à s’agiter sur son tabouret.
     —Très bien, donc vos parents ont, semble-t-il, choisi la bonne voie pour vous. Faites-vous autre chose de votre vie ? Ou êtes-vous entièrement disponible ?
  —Père et Mère ne sont pas mes parents. Ils m’ont recueilli après le décès de ma famille. Personne ne voulait d’une petite fille de cinq ans comme moi, confia-t-elle sans sourciller d’un millimètre.
   L’homme, qui se tenait devant elle, laissa paraitre un sentiment de gêne. Elle aperçut des gouttes de sueur se former sur son front. Zoé s’exprimait et réagissait comme un robot, c’était sa timidité qui agissait. Elle savait que Mr Durand prendrait cela comme de l’arrogance. Peu importe, tant qu’il exposait ses toiles. . Il était choqué par ce qu’elle venait de dire, elle le savait, mais elle ne pouvait pas laisser la mémoire de ses parents être tâchée ainsi.
  —Et pour répondre à votre seconde question, je ne fais rien d’autre que ma peinture.
   Le petit homme parut absent quelques secondes, puis un sourire s’afficha sur ses lèvres.
 —D’accord, Mademoiselle Morin, vous semblez être une personne qui a beaucoup de choses à raconter. Revenez me voir avec vos plus beaux tableaux.
   Il descendit de son tabouret et tendit la main à Zoé. La jeune femme fit de même et tendit ses doigts au galeriste, les siens étaient moites.
  — Quand puis-je me représenter à vous ? Demanda-t-elle.
  — On va se laisser quelques jours, disons jeudi dans la matinée, cela vous convient ? Lui répondit-il en poussant son tabouret sous la table.
  — Evidemment, donc à Jeudi. » Répondit-elle en tournant les talons, un sourire esquissé sur son visage.
   En sortant de la galerie, Zoé sortit de son sac à main son téléphone. Elle regarda autour d’elle, personne à l’horizon, même pas sa vision. Car ce n’était que ça, elle l’avait imaginé, cet homme sur le trottoir d’en face, elle en était persuadée. De ses doigts agiles, elle pianota sur son clavier un numéro et rapprocha son portable de son oreille.
« Salut, c’est moi ! Tu fais quelque chose jeudi soir ? ».
*
**
   Mr Durand enfonça ses mains transpirantes à l’intérieur des poches de son pantalon gris. Il avança en direction de la vitrine d’une propreté immaculée. Derrière celle-ci, la jeune artiste qu’il venait de voir, disparu dans l’angle de la rue.
Mlle Morin ne manquait pas de caractère, mais tous les artistes en possédaient un, c’était même une marque de fabrique. Cependant, la froideur qu’elle dégageait ne se ressentait pas dans ses toiles. C’est ce qui avait plu au Directeur, la chaleur et la bonté qui s’en dégageait. Sur les quelques croquis que son ami, le concierge, avait pu lui montrer, il avait décelé cette atmosphère si particulière qui apparaissait sous chaque coup de fusain que la croqueuse donnait à ses pages blanches. Jusqu’à présent, aucun artiste n’avait pu lui faire ressentir cela. Il était comme transporté dans le passé, à l’époque où il n’avait qu’une dizaine d’années et où il jouait dans le jardin. Ce souvenir de sa mère posant sur le rebord de la fenêtre une tarte aux fruits. L’odeur si délicieuse de ce sucre chaud, de cette pâte croustillante. Il se sentait bien. Il en oublia un instant que Zoé se trouvait en face de lui et que ses petits pieds nu ne se trouvaient pas dans l’herbe, mais bel et bien enfermés dans des mocassins de luxe.
De retour à la réalité, il contempla la vie qui animée les trottoirs dehors. Aucune voiture ne klaxonnait, on pouvait presque entendre le chant des oiseaux. Quelques groupes de jeunes se rendaient à l’école supérieure des beaux-arts. La plupart étaient vêtus et coiffés de façon excentrique.
Au milieu de ce décor, le galeriste remarqua un homme qu’il avait vu quelques minutes avant sur le trottoir d’en face.
Ce dernier marchait doucement, l’air détaché. Pourtant un fait étrange piqua sa curiosité. Il semblait suivre la jeune femme qui venait de quitter son bâtiment.

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #13 le: 09 Avril 2015 à 22:03:55 »
Lily, prépare-toi à lire le commentaire le plus inutile de toute l'histoire ds commentaires !
J'ai lu la deuxième version, et j'ai bien aimé, tout comme la première. J'ai remarqué de toutes petites erreurs, mais je ne sais plus où. Alors que je m'apprêtais à établir la comparaison entre les deux versions, je me suis souvenu que j'avais oublié comment était la première. Et je n'ai eu ni la force ni le courage de la relire.
Voilà, mission accomplie  >:D
Mais j'attends toujours le chapitre 4 avec autant d'impatience!!!
Euh... sur ce, avant d'avoir l'impression d'être la personne la plus inutile de la planète, je m'en vais  :-¬?
A bientôt  :noange:
« Modifié: 10 Avril 2015 à 00:43:26 par extasy »

Hors ligne Lilye-Rose

  • Tabellion
  • Messages: 24
Re : Les Derniers Anges.
« Réponse #14 le: 10 Avril 2015 à 06:24:43 »
merci beaucoup pour ta lecture tout de meme assidu!! j'apprecie beaucoup. je peux juste te demander quelque chose. peux tu me dire , d'apres toi, quel est le type de narration. voir si je ne me plante pas!
a bientot !

 


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