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Auteur Sujet: Une faim de liberté [fan-fiction : Don't Starve]  (Lu 773 fois)

Hors ligne Galomesh

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    • Poisson Lanterne
Une faim de liberté [fan-fiction : Don't Starve]
« le: 26 mars 2015 à 13:10:06 »
Je m’appelle Wilson, et je suis inventeur.

Ou plutôt, je l’étais, jusqu’à ce qu’une expérience désastreuse m’expédie ici.

Ici, je ne sais pas où c’est. Ici, c’est le bout du monde et la nuit des temps. Ici, c’est un nouvel éden où tout est à refaire.

Le portail que j’avais bâti de mes mains m’avait propulsé au beau milieu d’une terre étrange et sauvage, une terre où, désemparé que j’étais alors, la peur, la faim et le froid étaient redevenus mon lot de chaque instant.

Les nuit étaient noires sans la fée électricité, et mon ventre couinait de n’être nourri que de fruits secs et de baies.

Mais le temps avait passé depuis mes premiers pas incertains dans ce monde. J’avais, depuis, posé des collets, inventé le joug, retourné la terre. Mère Nature me versait chaque matin son tribut, de grain, de fruits murs, de chair, et un grand feu brulait jour et nuit dans mon âtre de fortune.

J’ai passé ainsi de nombreuses lunes.
Combien, je ne sais pas. Occupé que j’étais à puiser dans le sol sa moelle nourricière, je n’avais pas vu filer le temps. Pire, je n’avais su voir qu’avec lui fuyait aussi mon âme.

Aux premières lueurs de l’aurore, je bondissais, une hache à la main, pour déjà amasser le bois pour le feu, la lumière des nuits à venir. Aussitôt cela fait, il fallait récolter grenades, durians et potirons, carottes, aubergines, maïs, lever les collets, tondre les buffles, piller les ruches, tendre de nouveaux pièges, planter de nouvelles graines, et m’allonger enfin pour, dès le lendemain, tout recommencer.

Etait-ce ce que j’étais désormais ?
Etais-je devenu prisonnier de ma vie ? Esclave de mes besoins ?

Mes rêves d’inventeur mouraient sur ma planche à dessin et la routine du labeur en précipitait la chute.
Il fallait que cela cesse, il fallait que j’y mette fin.
Alors, un soir, ivre de colère, ou de lucidité, je fis ce qui, déjà, aurait du être fait.

J’avais une grande cage où chantait un oiseau. J’en ouvris grand les portes, laissai fuir mon otage et, pour mieux en finir avec l’affreux objet, j’en tordis les barreaux à grands coups de maillet. Je passai à la torche le fruit de mes efforts, brulai mes palissades, incendiai mes trésors et, regardant les flammes lécher le crépuscule, je crus y voir les ailes de mon nouvel essor.

Fini la servitude, aboli le labeur. Si je ne pouvais être savant, je deviendrais explorateur.

Dans l’ombre gisait le dernier vestige de ma vie sédentaire, un petit potager, juste un carré de terre meuble labouré ce matin. J’allais y mettre le feu, brûler même le sol pour que rien ne repousse, mais entre les sillons, un germe, déjà, fragile, insolent, s’élevait dans le jour naissant.
Or, si je voulais être libre, rien n’exigeait qu’il meure.

Une aube claire balaya les ruines et les cendres, et mes doutes et ma peur.

J’étais résolu à renaître, à quitter cette vie. Je n’emportai qu’un sac avec quelques outils, du silex, une boussole, une poignée de graines, et une lance en bois. Je boirais l’eau de pluie et vivrais au gré du vent.

Ainsi je partis.

Mes premiers jours d’errances furent fabuleux, cette terre était riche de toutes sortes de choses qui s’offraient à qui savait les voir. Les champignons, les baies, se multipliaient sans que j’eus rien à faire, et quelques branches suffisaient à repousser la nuit.
Mais la nuit s’allongeait et l’air devenait frais.

Je compris mon erreur lorsque les premiers flocons de neige vinrent ponctuer l’azur. L’avenir serait rude. Pour mieux repousser la morsure de l’hiver, je laissai la barbe envahir mes joues, et fis quelques habits de laine et de fourrure.

Un lourd manteau de froid vint envelopper la terre, gelant sous son emprise la graine, la fleur, le fruit. Le monde, figé et monochrome, désolé et sans bruit, ressemblait désormais à une photographie et moi, isolé, perdu dans cette image d’argent et de cristal, je redoutais plus que tout son terrible négatif.

Les nuits étaient longues, glaciales, impitoyables, elles épuisaient bois et vivres, et à l’orée de l’ilot de lumière que je m’étais construit grondaient mille ventres affamés. Les bêtes m’ont attaqué trois fois, enhardies par la faim, et trois fois je les ai repoussées, mais j’en sortis blessé, plus faible à chaque fois.

Il me fallait rentrer, retrouver mon foyer, ma marmite, mon matelas de paille. Hélas, tout cela n’existait plus, je m’en étais assuré. Mais il restait une chose que je n’avais pas brulée : mon petit carré de terre, mon maigre potager. Tout n’était pas perdu après tout. J’avais atterri ici sans rien, je pouvais tout recommencer.

Empli d’espoir, je creusai la neige pour y trouver des graines que je planterais au printemps. Les yeux rivés sur le sol, tel Poucet et ses miettes, je me laissai ainsi guider. Je suivis cette piste jusqu’à ce qu’un bruit étrange me fasse lever la tête.

Il y avait là une porte. Juste une porte, sans murs, sans maison. Un grand cadre de bois et de fer posé au milieu du grand rien, et dont les battants s’ouvraient en grinçant. Comme une gueule terrible, ils béaient sur des ténèbres denses, impénétrables, qui semblaient boire la lumière du jour.

Et par delà le seuil, au fond de cette nuit noire, une voix semblait dire :

"Viens ! Qu’as-tu à perdre ici ?"

Mais il n’y avait pas de voix, juste moi, qui regardais mes graines, ne sachant de qui, d’Icare ou de Sisyphe, je devais m’inspirer. Valait-il mieux mourir d’avoir volé trop haut, ou en poussant un rocher ?

Une à une, les graines glissèrent de ma paume. Je fis un premier pas, un second, dans l’obscurité. Au troisième, les mâchoires de bois, dans mon dos, se mirent à grincer.

J’eus une dernière pensée pour mon petit potager.

Puis, résolu, décidé, au fond de l’inconnu, droit vers la mort peut être, avide de renouveau, je choisis d’avancer.
« Modifié: 26 mars 2015 à 13:49:05 par Galomesh »

 


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