(je n'ai pas tout lu, mais je souhaite apporter mon souffle aux pales du moulin où le grain de la lecture fournit parfois le froment d'une œuvre nouvelle (pardon et tant pis si la métaphore n'est pas à ton goût) : )
Avis trop tranchants écartés, il semble y avoir néanmoins quelque scepticisme vis à vis de l'inspiration forte : qu'est-ce qui se passe lorsque l'on va puiser sa substance, ses outils, une partie de sa matière première dans un texte ?
Ce qui gêne certains (comme Mil(ora)), ça semble être l'aspect "fantasme", "simple prétexte", que la fanfic soit une tentative de réitération de l'acte jubilatoire (la relecture ne suffirait pas) ou d'appropriation de l'univers dont la rencontre a créé la jubilation, ce qui peut s'accompagner d'une appartenance à une communauté : un peu comme une prière ou une gâterie (envie d'absorber de cette matière et d'y être absorbé), il y aurait addiction ou du moins plaisir par accoutumance. Il y a aussi la passion ouverte, dont parlait Kailiana : les deux procédés peuvent très bien coexister. Mais je ne pense pas que ce soit ce qui motive tou-te-s les auteur-e-s de fanfics.
Quand je vois "fanfic", je pense plutôt à des petites bricoles sans grand éclat, mais si l'on parle de la pléthore des textes - anonymes ou non - inspirés d'autres textes, j'invite à faire des distinctions : on ne peut pas regarder de la même façon la littérature arthurienne, Racine et Sénèque, etc. On peut distinguer 3 cas (trois boites aux parois poreuses) :
les contes, mythes et légendes aux sources souvent peu identifiables car justement issues de traditions orales (dans ce cas, l'univers n'est jamais délimité donc les ajouts ne peuvent qu'être jugés comme collant ou non à l'univers fabuleux connu (par exemple, le Thor des comics marvel s'éloigne assez sensiblement du Thor des textes mythologiques, d'après ce que j'en ai vu ; et le fait qu'il y ait eu transport d'une culture à une autre peut créer une rupture)) ;
les adaptations d'une forme à une autre (on le fait beaucoup aujourd'hui d'un art à l'autre, mais je compte également les réécritures (je crois qu'il y a eu des exemples, mais dans le doute je donne : La Marmite de Plaute et l'Avare de Molière)) ;
et les extensions d'univers, c'est-à-dire la transfictionnalité (et si le thème vous intéresse vraiment, normalement un moteur de recherches donne pas mal de résultats à "transfictionnalité").
Certainement, on ne peut pas rejeter la transfictionnalité en bloc, d'ailleurs en survolant je n'ai pas eu l'impression que quelqu'un l'ait fait. Mais quels seraient vos critères ? Pour moi c'est clair, ce sont les mêmes que pour une autre oeuvre d'art (que je ne développerai pas ici pour ne pas trop s'éloigner du sujet), donc c'est facile. Mais c'est sûr que chacun peut porter son propre regard sur une oeuvre transfictionnelle, et poser des attentes de relations entre l'oeuvre de base et la nouvelle (fanfic) : qu'une lecture de l'oeuvre de base soit proposée, que l'univers de la fanfic ne s'éloigne pas trop de l'oeuvre de base sans tenter de la mimer frénétiquement, ou qu'elle s'inscrive dans la continuité thématique, le ''projet artistique'' que l'on a ressenti et identifié en lisant nous-même l'oeuvre de base ...