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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » T12 - Dans les plaines infinies de l'esprit [ex-les chevauchées fantastiques]

Auteur Sujet: T12 - Dans les plaines infinies de l'esprit [ex-les chevauchées fantastiques]  (Lu 6013 fois)

Hors ligne algache

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Dans les plaines infinies de l'esprit
(ex-"Les chevauchées fantastiques")

Personne ne pouvait dire jusqu’à quand grand-père resterait parmi nous. Je lui rendais visite aussi souvent que possible, comme pour reprendre au temps ses heures perdues. Ce jour-là, une pluie fine tombait d’un ciel couleur de cendres. Je devinais la silhouette de grand-mère, qui attendait derrière la porte vitrée de leur petite maison de banlieue proprette. Aussi loin que portent mes souvenirs, cette maison avait toujours été la plus blanche du quartier, avec cet air pimpant auquel le climat chagrin ne savait rien ôter.
J’avais à peine franchi le seuil que déjà grand-mère insistait pour me débarrasser de mon manteau.
‒ Tu n’as même pas de parapluie ! s’offusqua-t-elle en passant une main dans mes cheveux.
‒ Ne t’inquiète donc pas, lui répondis-je. Ce n’est qu’une petite averse de rien du tout…
‒ Quand même, tu aurais pu relever ton capuchon.
Je me prêtais de bonne grâce au jeu de ces conversations qui n’avaient d’autre but que de donner à chacune le temps de s’habituer à la présence de l’autre. J’avais aussi compris que grand-mère appréciait ces bavardages qui retardaient la question que je posais inévitablement :
‒ Comment va-t-il ?
A chaque fois, grand-mère souriait de ce sourire triste qui se fige au coin des lèvres puis se fane avant d’avoir pu illuminer le regard.
‒ Toujours pareil…
Elle disait pareil à la manière d’un naufragé perdu sur la pointe d’un iceberg, se répétant qu’il est en sécurité tout en sachant que la glace sous ses pieds dérive vers l’inconnu.
Je fis un pas vers le salon mais elle m’interrompit en posant sa main sur mon avant-bras.
‒ Ce que tu fais… Je sais que cela part d’un bon sentiment, mais… Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée…
Mon silence l’invita à poursuivre :
‒ Il m’a appelée Zerelda trois fois la semaine dernière !
Pour grand-mère, réalité et fiction restaient deux côtés d’une même pièce, soit pile, soit face. J’étais d’avis qu’il s’agissait plutôt de deux univers aux frontières perméables, à l’instar du rêve et l’éveil. Je souris et lui caressai doucement la main :
‒ L’amour n’est pas une question de prénom…
J’entrai dans le salon et trouvai grand-père assis dans son fauteuil, légèrement orienté vers la fenêtre. Il tourna la tête à mon arrivée et entreprit de se lever, dépliant sa silhouette longiligne dans un mouvement presque fluide. Il avait peu perdu de sa vigueur et encore moins de son élégance. Un sourire éclaira son visage ; le même sourire que je connaissais depuis toute petite.
‒ Bonjour, dit-il en m’observant derrière ses lunettes. Votre visage m’est familier… Seriez-vous une de mes étudiantes ?
J’ignorai la main qu’il avait poliment tendue et me serrai dans ses bras, ainsi que je l’avais toujours fait. Il se raidit un peu, mal à l’aise.
‒ Oui, répondis-je dans un souffle, la tête posée contre sa poitrine. J’ai été une de tes étudiantes... Mais je suis surtout ta petite-fille, Estelle…
‒ Oh…
Il se détendit et son étreinte se fit plus franche.
‒ Estelle, as-tu dit ? Je suis désolé... Je suis un peu fatigué. J’ai tendance à oublier. Quel… Quel jour sommes-nous ?
‒ Mardi.
‒ Mardi oui, bien sûr. Mais… Quel jour ? De quel mois ?
Dans l’esprit de grand-père, la ligne droite et rigide du temps s’était muée en courbes fleuries de belles arabesques dont les hampes se séparent et se croisent, avec des extrémités enroulées les unes autour des autres. J’aurais pu lui dire le jour. J’aurais pu lui dire le mois. Même l’année n’avait plus de sens pour lui.
Je lui proposai de reprendre place dans son fauteuil et m’installai face à lui. Nous restâmes ainsi quelques instants à nous dévisager en souriant. Il y avait quelque chose de rituel dans nos entrevues. Depuis le temps, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une pièce que nous répétions. Je pouvais anticiper presque toutes ses répliques, à commencer par : j’ai été professeur pendant près de trente ans…
‒ Savais-tu que j’ai été professeur pendant près de trente ans ? Antiquité, Moyen-Âge, Renaissance, Révolutions… Je leur en ai fait voir de toutes les couleurs, à mes étudiants ! Mais la période qui m’a le plus fasciné, c’est la conquête de l’Ouest, jusqu’à la Guerre Civile et les années qui ont suivi…
‒ Vraiment ? répondis-je en me réjouissant de son regard pétillant à l’évocation de ces souvenirs. Cette période de trente ans s’était construite comme un oignon dans l’esprit de grand-père. Chaque année avait ajouté une nouvelle pelure autour d’un même bulbe. Désormais, la maladie épluchait cette racine de souvenirs couche après couche mais, contrairement à d’autres épisodes uniques qui avaient déjà disparu de sa mémoire, cette période de trente ans restait un oasis d’eau clair au milieu d’un esprit troublé.
Mais bien sûr ! Imagine donc : ce territoire gigantesque…
‒ Bien sûr ! Imagine-toi l’après-guerre : ce territoire gigantesque et hors-la-loi… Une société brisée père contre fils, frère contre frère… Les rancœurs à étouffer… Les sensibilités à ménager… Et au milieu de cela, une région qui exprime à elle seule toute cette complexité : the Old West… L’immense Ouest américain ! Des plaines à perte de vue… Un horizon ponctué par les ranchs et les exploitations…
Grand-père s’interrompit pour boire dans le verre posé à côté de lui. Je retrouvais dans ces moments l’esprit du grand-père de mon enfance, le professeur qui me semblait si grand et qui m’impressionnait, mais aussi celui qui me semblait si proche et si complice lorsqu’il racontait l’histoire de ces vastes territoires rougis au feu du soleil couchant. Sauf qu’il parlait plus lentement désormais... Il cherchait ses mots et s’exprimait par phrases courtes.
Quelques hommes incarnent à eux seuls les paradoxes de cette société…
‒ Et au milieu de l’Ouest, reprit grand-père, quelques hommes incarnent seuls les paradoxes de cette période : Butch Cassidy, Sundance Kid et le reste du Wild Bunch ; Billy the Kid, plus solitaire. Mais surtout, surtout, Jesse James et son gang…
Grand-père avait toujours eu ce talent presque théâtral pour s’adresser aux étudiants. Malgré une élocution moins énergique, cette aptitude ne l’avait pas abandonné. Il savait simplifier la complexité et personnifier l’abstraction. Raconter la conquête de l’Ouest à la lumière des exploits de ces hors-la-loi était tellement plus saisissant qu’au travers de simples références de dates et de lieux.
Parmi tous les outlaws, Jesse James était son héros, à la fois maudit et préféré. Le symbole d’une époque, le porte-drapeau d’une génération. Grand-père savait encore raconter les premiers braquages de banques à Liberty, Russelville et Gallatin ; les invraisemblables attaques de diligences et de trains de la Pacific Railroad à Council Bluffs, Glendale et Blue Cut ; le vol de la recette de la grande foire annuelle de Kansas City.
A l’adolescence, j’avais trouvé ces récits de westerns un peu ternes. J’avais à cet âge d’autres intérêts que ces histoires de cowboys et de desperados qui me semblaient à la fois appartenir au passé de l’Histoire et à mon propre passé. Aujourd’hui pourtant, dans la lutte inégale contre l’oubli et le refus de l’oubli, je ne me lassais pas d’entendre grand-père répéter ses anecdotes. J’en tirais un profond sentiment de nostalgie et comblais moi-même les lacunes de ses récits. L’entendre raconter les aventures de Jesse James, c’était comme se rouler dans une vieille couverture retrouvée par hasard dans un tiroir, portant encore l’odeur d’une enfance qui ne reviendrait pas.
‒ Le plus fascinant avec Jesse James, reprit grand-père, c’est la manière dont fiction et réalité s’entremêlent, déjà de son vivant. Il savait se servir de la presse à son profit… Il défendait ses intérêts et faisait passer un message plus proche de la fiction que de la réalité... Il avait de son vivant un statut de légende auprès des déçus de la Guerre Civile. Plus tard, la veine fictionnelle produisit ses plus belles pépites…
Telle une mauvaise actrice précipitant son mouvement, je me tournai vers le rayonnage de bibliothèque qui ornait un mur du salon avant même qu’il le pointe du doigt. Il ne remarqua pas cet excès d’anticipation. Mon plus beau trésor…
‒ Voilà mon plus beau trésor, dit-il avec une pointe de fierté. Sur ces étagères se trouve l’une des plus belles collections consacrée à l’Ouest américain en général, et à Jesse James en particulier ! Les 123 numéros de l’hebdomadaire Jesse James Stories, la plupart dans un état irréprochable… L’intégrale de The James Boys Weekly, dont l’unique numéro qui me manquait m’a d’ailleurs coûté une petite fortune… Mais je ne regrette pas l’investissement. Des romans, des biographies, de vieilles bandes dessinées… On peut dire qu’il y a là l’œuvre d’une vie. Ma vie…
Il prononça ces deux derniers mots dans un souffle, avec cet air songeur qui se faisait de plus en plus insistant.
‒ La plupart de ces livres ont été publiés au début du… poursuivit-il en hésitant. Entre… Quel… Quel jour sommes-nous déjà ?
Mon cœur se serra à la vue de ce vieil homme soudain confus et vulnérable, trébuchant sur les dates. Comment ne pas se révolter face à la maladie qui l’autorisait à se rappeler le nombre exact de numéros d’un hebdomadaire épuisé depuis longtemps, mais lui refusait de mémoriser la date du jour ?
Pour ne pas céder à l’abattement, j’avais décidé de saisir une opportunité dans son cruel déclin. Les rituels bien rodés de nos échanges présentaient un avantage que je devais exploiter : ils me permettaient d’introduire des changements infimes mais répétés, de légères anomalies dans un système en apparence stable mais qui, avec le temps, se modifiait de manière imperceptible.
‒ Cela m’amuse de t’entendre parler de Jesse James de la sorte, dis-je en feignant un rire léger.
‒ C’est vrai, répondit-il. Aujourd’hui encore, je ne m’explique pas cette familiarité avec Jesse… Comme s’il s’agissait d’un membre de la famille… Que j’avais passé ma vie en sa compagnie… L’autre jour encore, j’ai rêvé que…
Je me penchai et appuyai les coudes sur mes genoux avant de lui glisser, sur le ton de la confidence :
‒ Grand-père, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je crois que tu as encore oublié…
‒ Oublié ? répéta-t-il en fronçant les sourcils. Oublié quoi ?
Je me penchai un peu plus et pris sa main entre les miennes :
‒ Après toutes ces années, tu as oublié qui tu es vraiment. Tu as oublié que tu es Jesse James…
‒ Que je… Mais… Je ne suis pas sûr de… Je ne m’appelle pas… Et puis Jesse James est mort… Il est mort en… En…
Lorsque la fiction rattrape la réalité et que la réalité se dissipe dans la fiction, est-il mal de s’approprier un fragment d’histoire pour servir une cause honnête, pour réaliser le rêve impossible d’un vieil homme perdu dans les brumes d’un présent devenu incompréhensible ? Je serrai la main de grand-père, puis la lâchai et me levai pour chercher dans la bibliothèque un ouvrage ressemblant en tous points à d’autres biographies du célèbre hors-la-loi du Missouri. Je repris ma place sous le regard confus de grand-père et ouvrit le livre sur mes genoux, dans une attitude un peu cérémoniale trahissant tout à la fois mes piètres talents d’actrice et ma nervosité.
‒ « Dès l’annonce du meurtre de Jesse James », commençai-je à lire, « un faisceau d’indices alimenté par plusieurs témoins et chercheurs accrédita la thèse selon laquelle James orchestra lui-même son décès puis adopta une autre identité. Plusieurs amis proches de Jesse James étaient dans la confidence et manipulèrent les preuves du meurtre supposé, de manière à convaincre les autorités judiciaires que Jesse était bel et bien mort, le rendant dès lors libre de ses mouvements, avec sa famille, sous un autre nom. »
Je levai brièvement les yeux pour constater que grand-père m’écoutait avec attention. Le texte que j’avais préparé était un amalgame de différentes théories plus ou moins fumeuses, expurgées de toute référence temporelle pouvant trahir les anachronismes de ma démarche. J’avais patiemment préparé le terrain lors de mes précédentes visites pour m’assurer que le vernis de crédibilité appliqué à mon récit couvrait bien les incohérences que grand-père aurait pu détecter. Je poursuivis ma lecture :
‒ « Sous son nouveau nom, Jesse James se rendit de Kansas City à Memphis, puis à la Nouvelle-Orléans, où il embarqua pour le Mexique. Quelques années plus tard, il revint s’établir dans l’Oklahoma, puis enfin au Texas, où il réside encore actuellement. »
Je refermai le livre et le gardai sur mes genoux. Grand-père me regardait avec des yeux brillants.
‒ Je me souviens, un peu… Pas de tout, mais quand même… Tu sais, j’ai tendance à oublier, maintenant… Mais ce que tu viens de lire, ces voyages, je crois bien que je le savais déjà. C’est juste que… Je ne me rappelais plus… Ainsi donc, murmura-t-il, je suis…
Sa phrase resta en suspens avec la délicatesse d’un voile de mousseline soulevé par un léger courant d’air. Je retins presque mon souffle, pour laisser à grand-père tout l’espace de réflexion dont il avait besoin.
‒ Mais oui, après tout... Cela expliquerait bien des choses…
Grand-mère entra, portant le service à thé sur un plateau. Grand-père se tourna vers elle et un large sourire illumina son visage :
‒ Zerelda ! s’écria-t-il. Regarde, nous avons de la visite. C’est… c’est…
‒ Estelle, répondis-je pour épargner à grand-père la gêne de ce nouvel oubli.
‒ Estelle, notre petite-fille ! N’est-ce pas merveilleux, Zee ?
Grand-mère me jeta un regard incertain auquel je répondis par un discret hochement de tête. Grand-père avait l’air si heureux, si sûr de ses sentiments en regardant grand-mère. Tellement mieux que son attitude embarrassée lorsqu’il lui demandait si elle était une ancienne collaboratrice.
Grand-mère posa le plateau sur le guéridon et servit le thé sous le regard affectueux de grand-père. Le livre glissa de mes genoux et tomba sur le tapis avec un bruit sourd. Grand-père se pencha pour le ramasser et grand-mère en profita pour écraser discrètement une larme.
‒ Je t’aime, Zee… dit-il en prenant la tasse que grand-mère lui tendait d’une main tremblante.
‒ Moi aussi, répondit-elle d’une voix à peine audible. Je t’aime, Jesse…
La pluie avait cessé lorsque je quittai la maison blanche et proprette de mes grands-parents. Le ciel déjà m’apparaissait moins gris. Je me retournai avant de traverser la rue et devinai la silhouette de grand-mère, qui m’adressait un petit signe de la main derrière la porte vitrée. Un reflet m’empêchait de bien voir son visage mais j’espérais qu’un sourire, même léger, s’y dessinait. J’imaginai grand-père dans la pièce d’à côté, assis dans son fauteuil, se remémorant une vie trépidante de westerns, au rythme de chevauchées libres et fantastiques dans les plaines immenses d’un Old West qui n’appartenait qu’à lui. Je l’imaginai revivre le braquage un peu absurde de la banque des frères Obocock à Corydon, dans l’esprit d’un Robin des bois devenu cowboy. Et peu importe si la fiction l’emportait sur la réalité ! J’avais plaisir à penser qu’il faisait sien le brigandage du Chicago and Alton Express, non plus sur un quelconque chemin de fer du Missouri, mais sur des rails sans fin reliant une aride terre d’oubli à un monde de liberté. Je voulais croire que lorsqu’il n’y aurait plus rien, que la nuit se ferait infinie, un dernier souvenir traverserait l’esprit de grand-père telle une étincelle s’échappant d’une vie à la fois vécue et rêvée.
Après tout, l’amour n’est pas qu’une question de prénom.
« Modifié: 01 Mars 2015 à 19:47:51 par Mout »

Hors ligne nevizhed

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Re : T12 - Chevauchées fantastiques
« Réponse #1 le: 16 Février 2015 à 20:22:19 »
Quelle poésie qui se dégage de ce texte, Waouh !
Les métaphores utilisées y contribuent énormément. La gêne du grand-père est très bien maîtrisée, on en vient à avoir de la pitié. C'est vraiment une petite-fille en or, cette Estelle !
Au début quand je lisais je me suis demandé où tu embarquais le lecteur puis après... bah... c'est génial, quoi !  :coeur:
Voilà, j'ai vraiment rien à redire car pour moi les personnages sont tellement vrais, c'est bien écrit et parfaitement compréhensible, tout est cohérent, pourquoi le grand-père se souvient aussi bien de Jesse Jmes et des autres - ils devaient être ses potes :).
C'était beau, bravo ! :)

Nvz.
Au bout de ce tunnel noir,
Une lueur illusoire.
C'est peut-être ça ? l'espoir.
Mon espoir.

Hors ligne Miromensil

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Re : T12 - Chevauchées fantastiques
« Réponse #2 le: 17 Février 2015 à 13:08:00 »
Hi Mout,

Au début, je me suis dit que je ferais attention à l'orthographe tout en suivant l'histoire. Donc j'ai repéré ça :

Citer
J’avais à peine franchi le seuil que déjà grand-mère insistait pour me débarrasser de mon manteau à peine mouillé.
Répétition de à peine.

Mais c'est le seul truc que j'ai remarqué, car après j'ai été happée par l'histoire et ne me suis plus du tout souciée de ça. Dsl...

Citer
Je me prêtais de bonne grâce au jeu de ces conversations qui n’avaient d’autre but que de donner à chacune le temps de s’habituer à la présence de l’autre.
Très joli

Citer
Ma vie…
Il prononça ces deux derniers mots dans un souffle, avec cet air songeur qui se faisait de plus en plus insistant.
J’aime beaucoup aussi

J'ai décidément du mal à faire des commentaires constructifs. J'ai trouvé ton histoire hyper crédible. La conversation entre la petite fille et le grand-père, je la voyais hyper clairement dans ma tête,...Je les entendais parler "intensément"; j'ai du mal à expliquer ce sentiment. Ce qui est très intéressant c'est tout le rapport entre fiction et réalité. Le personnage du grand-père est réaliste, avec sa maladie,...Mais tu parviens habilement à y mélanger de la fiction. C'est beau, vraiment.

Bon, hum, la seule chose que je n'ai pas aimé est le titre. Je l'ai trouvé un peu banal pour un texte aussi original ;)
Merci!
« Modifié: 17 Février 2015 à 13:16:07 par Miromensil »

Hors ligne Kailiana

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Re : T12 - Chevauchées fantastiques
« Réponse #3 le: 17 Février 2015 à 14:49:56 »
Je vais avoir du mal à faire un commentaire très constructif mais essayons.

Le texte se lit très bien, c'est fluide. Au début, j'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de comparaisons, du style "comme pour reprendre au temps ses heures perdues", " au jeu de ces conversations qui n’avaient d’autre but que de donner à chacune le temps de s’habituer à la présence de l’autre.", " souriait de ce sourire triste qui se fige au coin des lèvres puis se fane avant d’avoir pu illuminer le regard", etc. Si je prends chaque phrase seule, ça ne me pose aucun problème, au contraire c'est souvent bien trouvé, mais je trouve que c'est "trop", ça fait un peu sortir de la scène, et comme il y en a beaucoup ça leur enlève du poids. Mais c'est un avis sans doute assez personnel.
J'ai vraiment aimé le fait qu'elle savait à l'avance ce que va dire son grand-père.

Pour la fin, j'avoue que ça me met un peu mal à l'aise. En fait c'est un thème, de manière générale, qui me met mal à l'aise (je crois que j'ai plus peur de devenir sénile/perdre mes capacités de réflexion que de perdre l'usage de mon corps "physique") et du coup, d'un côté je trouve la fin très touchante, de l'autre, j'ai envie de dire "ah mais non mais en se croyant quelqu'un d'autre il n'est plus lui même" (en admettant que si, c'est quand même mieux...  :mrgreen: ouais je sais je suis toujours super simple)

Bref du coup le texte est touchant, et en même temps il me met mal à l'aise mais "positivement" ! Juste les métaphores que je trouve un peu lourdes par endroit, ça fait un peu "vous voyez là j'ai fais une jolie phrase, là, regardez", alors qu'en les allégeant parfois un peu, ça coulerait mieux et sonnerait mieux (mais c'est que selon moi, hein, j'ai l'impression que les autres n'ont pas eu ce problème)
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Einstein

Hors ligne Milora

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Re : T12 - Chevauchées fantastiques
« Réponse #4 le: 17 Février 2015 à 15:19:15 »
Citer
Je lui rendais visite aussi souvent que possible, comme pour reprendre au temps ses heures perdues.
C'est joli, ça !

Citer
Je me prêtais de bonne grâce au jeu de ces conversations qui n’avaient d’autre but que de donner à chacune le temps de s’habituer à la présence de l’autre.
ça aussi :)

Citer
A chaque fois, grand-mère souriait de ce sourire triste qui se fige au coin des lèvres puis se fane avant d’avoir pu illuminer le regard.
Je vais peut-être arrêter de toute relever, mais ça aussi, c'est joli ^^

Citer
Dans l’esprit de grand-père, la ligne droite et rigide du temps s’était muée en courbes fleuries de belles arabesques dont les hampes se séparent et se croisent, avec des extrémités enroulées les unes autour des autres.
:coeur:

Citer
ces vastes territoires rougis au feu du soleil couchant.
:coeur:

Citer
J’en tirais un profond sentiment de nostalgie et comblait moi-même
comblais


Je rejoins Miro dans son commentaire. J'ai beaucoup, beaucoup aimé  :coeur: C'est vrai que le thème me touche pas mal (le grand-père qui perd l'esprit), mais même ceci mis à part, j'ai trouvé qu'il se dégageait du texte une telle dose de tendresse, de douceur, de tristesse bien enveloppée dans l'amour que les trois personnage se portent, que ça m'a tout émue.
Pour une fois, je ne rejoins pas Kailiana : les nombreuses métaphores du texte ne m'ont pas gênée, parce que justement, elles sonnent très justes. Ça donne une poésie au texte, toute discrète mais présente, du début à la fin.
Et l'idée de l'intrigue ne me met pas mal à l'aise, personnellement. Le grand-père reste lui-même : elle lui donne juste un "espace mental" où il peut vivre sans être perdu par ce qu'il entoure, ces 30 ans d'histoire dans lesquels il est plongé, en même temps que l'occasion de réaliser son rêve. Non, j'ai trouvé ça très joli en fait.

Par contre je rejoins (à nouveau) Miro sur un point : le titre me semble vraiment pas à la hauteur de ce très joli texte.

Merci pour ce texte, je crois que son ambiance va me poursuivre encore un bout de la journée...
« Modifié: 17 Février 2015 à 16:10:50 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Georges Cloné

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Re : T12 - Chevauchées fantastiques
« Réponse #5 le: 17 Février 2015 à 18:42:50 »
Le texte est très chouette, maîtrisé et touchant ; pour le titre, en anglais c'était "stagecoach" (film de Ford, la chevauchée fantastique) ;
ça va pas aider, mais je trouve aussi le titre faible par rapport au torrent de l'histoire.
Blue Mountain, Moka Sidamo, Maragogype...

What else ?

Hors ligne algache

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Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #6 le: 18 Février 2015 à 10:16:39 »
Merci Nevi, Miro, Kailiana, Milora et Georges pour vos commentaires!

Je trouve vraiment encourageant que le texte suscite des émotions aussi franches.

Constatant que le titre du récit ne fait pas l'unanimité, j'ai creusé mes petites méninges à la recherche d'une alternative. Sur le principe, j'aimerais bien maintenir une référence à un classique du western. Du coup, j'ai trouvé quelque chose qui me semble mieux coller à l'idée-force du texte, tout en faisant un clin d'oeil à Sergio Leone:

Et pour quelques souvenirs de plus

Keskevouzenpenser?

Hors ligne Milora

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Re : Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #7 le: 18 Février 2015 à 10:46:51 »
Et pour quelques souvenirs de plus

Keskevouzenpenser?
Pas mal !
La référence est plus évidente que pour "chevauchées fantastiques" et ça colle bien au texte.
Par contre, est-ce que ça ne risque pas de spoiler un peu le texte depuis le début ?
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Miromensil

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Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #8 le: 18 Février 2015 à 11:00:03 »
C'est un beau titre en effet :)
Je ne sais pas si ça pourrait spoiler le texte étant donné que la fin est vraiment improbable (je ne l'ai pas du tout arriver venir).

Hors ligne Kailiana

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Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #9 le: 18 Février 2015 à 15:24:29 »
Je trouve que ça irait mieux comme titre effectivement ! A mon avis ça ne risquera pas de spoil, car il y a le thème des souvenirs/de l'oubli très tôt dans le texte.
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Einstein

maanilee

  • Invité
Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #10 le: 18 Février 2015 à 15:36:30 »
hey hey !

Rien de plus à rajouter, j'ai beaucoup aimé !
Seul le titre n'allait pas avec le reste et la solution proposée est déjà mieux !

Bref on en redemande !

Hors ligne Tomoyo

  • Calliopéen
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Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #11 le: 19 Février 2015 à 21:18:37 »
saaalut,

Citer
avec cet air pimpant auquel le climat chagrin ne savait rien ôter.
Dis donc, c’est drôlement agréable comme façon d’écrire  ^^

Citer
souriait de ce sourire triste
sourire d’un sourire ça me plait pas trop

Citer
puis se fane avant d’avoir pu illuminer le regard.
Ça j’aime bien  :)

Citer
‒ Il m’a appelée Zerelda trois fois la semaine dernière !
Evidemment, j’ai lu Zelda..


Citer
la ligne droite et rigide du temps s’était muée en courbes fleuries de belles arabesques dont les hampes se séparent et se croisent, avec des extrémités enroulées les unes autour des autres
c’est jouli  :s

Citer
j’avais trouvé ces récits de westerns un peu ternes
mais comment ? comment on peut trouver les récits de braquages et de hors la loi ternes… c’est rocambolesques à souhait  :???: !

Citer
c’était comme se rouler dans une vieille couverture retrouvée par hasard dans un tiroir, portant encore l’odeur d’une enfance qui ne reviendrait pas.
Mais   :s

Mais je suis complètement fan de ta façon d'écrire ! :o C'est incroyablement évocateur, précis, élégant. J'aime beaucoup tes métaphores et je rejoins Mil, il n'y en a pas en trop  :P
Non, vraiment c'est plaisant à souhait de te lire  :)
Au niveau de l'histoire, je la trouve bien construite, ça coule tout seul dans les étapes. Je pense cependant que comme Kail, le choix d'Estelle me pose question. C'est pas que ça me mette mal à l'aise, c'est que ça me pose question... vaut-il mieux le perdre un peu plus dans une fiction, ou vaut-il mieux chercher désespérément à l'ancrer dans la réalité en attendant les épisodes de lucidité... et s'il restait dans ce rôle définitivement ? sa femme aurait perdu pour de bon son époux...  c'est pas tellement le sujet du commentaire mais ça me laisse songeuse  :\?
Bref, j'ai beaucoup aimé, beaucoup  ::)
Pour les titres, je ne suis fan ni de l'un ni de l'autre, ils ne me dérangent pas, mais ils ne me donnent pas envie de pousser la porte non plus  :-X

merci pour ce texte  :D
Mes goûts sont simples : je me contente de ce qu'il y a de meilleur [Oscar Wilde]

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #12 le: 21 Février 2015 à 21:50:45 »
Bonsoir cher Mout !

Je pense qu'on ne peut pas remettre en cause ton choix, c'est à dire le choix de ta narratrice de transformer la mémoire de son grand-père.
Ça n'aurait pas de sens puisque c'est l'essence du texte et sa raison d'être.
Je rejoins les gens du dessus, ta narration est fluide, plaisante à lire, pas alourdie de gadgets narratifs.
L' idée est super-originale et le texte est à son service.

3 Minis bémols, pour justifier ma présence :
- J'aurais peut-être aimé en savoir plus sur la jeune femme, mais c'est bien pour te chercher des poux.
- Je ne suis pas super convaincu par le nouveau titre, mais je suis le seul...alors c'est moi.
- Je ne vois absolument pas de ternitude dans ton histoire...

Voilà mout, ton texte m'a beaucoup plu, bravo !

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Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne algache

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Re : Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #13 le: 22 Février 2015 à 00:23:42 »
Merci Maanilee, Tomoyo et Gage pour vos commentaires!

Je pense qu'on ne peut pas remettre en cause ton choix, c'est à dire le choix de ta narratrice de transformer la mémoire de son grand-père.
Ça n'aurait pas de sens puisque c'est l'essence du texte et sa raison d'être.

J'aime bien ta formulation, car le texte est effectivement construit autour du postulat selon lequel la narratrice a fait son choix bien avant le début du récit, et elle ira jusqu'au bout de ce qui lui semble être juste. Cela dit, j'aime bien aussi les doutes que soulèvent Tomoyo et Kailiana, qui font écho aux doutes de la grand-mère... Au final, il n'y a pas de solution objectivement juste ou fausse à la situation de départ. Au lecteur de s'approprier le récit et de se forger sa propre opinion. N'est-ce pas précisément la beauté d'un texte de fiction? :) Ce qui est important pour moi, c'est que la démarche de la narratrice, qu'on y adhère ou non, soit pleinement compréhensible pour le lecteur. Et vos commentaires sont plutôt d'ordre à me rassurer sur ce point!

3 Minis bémols, pour justifier ma présence :
- J'aurais peut-être aimé en savoir plus sur la jeune femme, mais c'est bien pour te chercher des poux.

Chercher des poux à un mout, c'est un comble! :) C'est plutôt bon signe que tu veuilles en savoir plus sur la narratrice. Mais avec 3'000 mots à disposition, il fallait faire des choix...

- Je ne suis pas super convaincu par le nouveau titre, mais je suis le seul...alors c'est moi.

Ben, à lire Milora et Tomoyo avant toi, je ne suis pas sûr que tu sois le seul, et je dois bien avouer que je continue à me creuser les méninges pour trouver quelque chose de plus accrocheur.  :(

Si le but est d'avoir un titre plus énigmatique, peut-être avec une touche de poésie, je proposerais bien:

Dans les plaines infinies de l'esprit égaré

qui est d'ailleurs aussi une référence (plus ou moins) voilée à un titre de film, mais qui reste néanmoins aux antipodes du Et pour quelques souvenirs de plus.

Du coup, comme il est tard et que je commence à ne plus avoir les idées très claires, je ne sais pas si on va vers le mieux ou le pire... Dites-moi!  :facepalm:

- Je ne vois absolument pas de ternitude dans ton histoire...

C'est ton impression et je la respecte (un auteur respecte toujours l'impression de son lecteur!), mais la situation de départ du récit ne respire pas non plus la plus grande allégresse, non? L'idée était de partir d'une situation de départ que je qualifierai quand même de terne, puis de lui donner de l'éclat au fur et à mesure.

Voilà mout, ton texte m'a beaucoup plu, bravo !

Merci à toi!
« Modifié: 26 Février 2015 à 19:51:36 par Mout »

Hors ligne Vivi

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Re : T12 - Les chevauchées fantastiques
« Réponse #14 le: 22 Février 2015 à 12:42:40 »
Excellent !! Très bien écrit tout ça, de magnifiques tournures très poétiques. L'idée est bonne, avec une petite question d'éthique concernant le choix  d'Estelle.
Ça reste rondement mené jusqu'au bout, bravo.

Merci pour cette lecture :)
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

 


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