Voici mon tout dernier texte en date, que j'ai soumis à un concours. J'ai essayé de créer une atmosphère et une ambiance complétement irréelle ( à vous de me dire si j'ai réussi

). Alors oui, les descriptions sont omniprésentes, mais c'est clairement voulu ! Voila, j'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Le grondement régulier que produisait la rame berçait doucement Thomas, seul réconfort dans ce décor monocorde et sans saveur. Le métro ralentit et finit par s’arrêter devant une station grisâtre et grouillante de monde. Encore deux arrêts. Qu’y avait-il de plus ennuyeux que ces longs voyages souterrains ? Le jeune homme soupira et réajusta ses écouteurs sur ses oreilles. Il balaya le wagon des yeux, observant les nombreuses personnes qui, comme lui, tentaient de vaincre la monotonie du trajet par la musique. Seul un homme étrangement grand semblait être heureux. Il se tenait droit et lisait avec passion un ouvrage de couleur verte, et ses yeux ne décrochaient du fil des lignes qu’au moment de tourner la page. Il paraissait inconscient des personnes pourtant bruyantes qui l’entouraient, comme si son attention était prise au piège dans les abysses insondables de la littérature. Au bout d’un moment, l’homme ferma le livre qui résonna d’un claquement sec, et aussitôt ses yeux perdirent l’éclat de fascination qu’ils affichaient jusqu’alors. Il posa l’ouvrage sur le siège vide qui lui faisait face et fixa un regard absent sur le panneau d’affichage promettant à tous un arrêt prochain.
Quand enfin la rame décéléra et s’immobilisa devant une station qu’une fresque murale tentait vainement d’égayer, l’homme se leva rapidement et sortit du wagon. Thomas s’aperçut soudain qu’il avait oublié le livre émeraude. Il allait interpeller l’étourdi personnage quand les portes vitrées se refermèrent derrière lui. Le métro repartit de son allure monotone, ou était-ce monocorde ? Sans doute les deux, pensa le jeune homme, en s’approchant du siège sur lequel était posé l’ouvrage. Quelle était cette étrange impression ? La couverture d’un vert reluisant semblait bizarrement imposante et lourde comme une porte de bois massif. Thomas s’en saisit et lut le titre : « Les Contes pour la vie », imprimé en lettres dorées. Il lui restait encore quelques minutes de trajet… Le jeune homme retira ses écouteurs d’un geste méthodique répété maintes fois et ouvrit délicatement le livre ; un flash lumineux l’aveugla soudain, et l’éternel bruit des roues sur le rail cessa.
Que se passait-il ? Thomas ne voyait qu’un voile blanc et n’entendait rien. Puis, lentement, des sons lui parvinrent, d’étranges sifflements d’une troublante harmonie. Était-ce des chants d’oiseaux ? La douce mélopée des eaux courantes vint bientôt s’ajouter à la ballade des volatiles. Le jeune homme put alors ouvrir les yeux ; il se trouvait assis sur une herbe grasse et folle, et de nombreux arbres à la forme improbable parsemaient l’étendue verdoyante qui se trouvait en contrebas. Une rivière s’écoulait paisiblement entre des rochers d’une pâle blancheur, et en face de lui se tenait un homme d’un âge avancé vêtu d’un kimono sombre. Celui-ci semblait concentré sur un damier unicolore, sur lequel étaient posés des pions blancs et noirs qui brillaient sous le soleil rassurant. Pour couronner tout cela, un délicat parfum de pin et de cèdre embaumait l’air, parant comme un bijou cette étrange colline. Tout cela n’avait aucun sens ! Pourtant, Thomas se sentait empli d’une grande sérénité devant ce paysage… mélodieux ! Oui, c’était le seul terme qui convenait. L’eau qui ruisselait semblait si claire, les rayons du levant étaient si doux…. Quel était cet endroit ? L’au-delà ? Un simple rêve ?
Mais soudain un nouveau flash aveugla thomas. Il fut de nouveau plongé dans un océan immaculé et, comme les bribes d’un songe, les bruits d’oiseaux et de ruisseaux s’éloignèrent, jusqu’à s’estomper complètement. Un silence lourd comme la pierre entourait à présent le jeune homme. Puis un tintement retentit, semblable au bruit du Crystal qu’on effleure. Qu’était-ce ? Un second tintement se fit entendre, bientôt suivi par une multitude d’autres. Ce bruit était familier à Thomas. Un son aussi léger qu’une plume, et qui pourtant brisait le silence de façon implacable. C’était celui d’une goutte d’eau heurtant le sol, il en était convaincu. Alors, le voile blanc se dissipa, livrant ainsi l’endroit au regard du jeune homme. Celui-ci eut le souffle coupé ; il se trouvait dans ce qui ressemblait à une immense caverne rocheuse. Les parois s’élevaient à plusieurs dizaines de mètres, mais étaient surtout parsemées de pierres bleues, vertes et rouges qui rayonnaient de mille feux, écartant l’obscurité qui semblait peiner à s’imposer. Les lueurs venaient frapper les nombreuses gouttes d’eau tombant du plafond, qui brillaient alors comme des étoiles, avant de terminer leur course sur le sol étrangement lisse. Thomas n’avait jamais contemplé quelque chose d’aussi merveilleux, d’aussi beau, d’aussi irréel... Les lumières que diffusaient les pierres paraissaient danser sur l’étrange sérénade de l’eau. De tous côtés, le vert, le rouge, le bleu se donnaient la réplique pour illuminer la caverne de feux follets insaisissables. Mais soudainement, un nouvel éclair blanc vint effacer ce décor féérique, isolant encore une fois le garçon dans un nuage de lumière et de silence.
Cette fois-ci, la première chose qu’il perçut fut une forte brise qui lui fouettait le visage. Ainsi, seuls les bavardages du vent lui parvenaient, et quand le flash se dissipa, il s’aperçut qu’il se trouvait debout devant un parapet de pierre. Thomas se tenait sur une plateforme de quelques mètres, et tout autour s’étendait une mer de toits et de cheminées, qui paraissaient onduler sous le fort vent qui les balayait. De singuliers rayons rosâtres éclairaient les bâtiments qui semblaient endormis, et les quelques nuages qui flottaient dans le ciel prenaient alors des airs de flambeaux. Était-ce le lever ou le coucher du soleil ? Quelle importance, après tout ? Le jeune homme se sentit troublé par l’étrange mélancolie qui planait sur ce paysage. Il ne la ressentait pas réellement ; pourtant elle était présente. Thomas ignorait qu’une simple ville puisse être aussi émouvante et resplendissante. Il sentit son cœur s’accélérer, comme porté par d’étranges sensations : la liberté, la contemplation, l’émerveillement… la vie !
Alors un nouvel éclair de lumière blanche l’aveugla, mais cette fois il se dissipa bien vite. Il se trouvait sur un sommet enneigé aux rochers sublimés, comme recouvert d’une couche d’or blanc. Mais déjà ce décor majestueux semblait prêt à laisser sa place à un autre. Flash ! Là se trouvait une immense cascade aux alentours verdoyants. Flash ! Le jeune homme contemplait à présent des dunes qui semblaient être faites de cristal sous le halo de la lune. Flash ! Le plus profond des océans s’offrait à son regard. Flash ! De gigantesques montagnes s’élevaient devant lui. Flash ! Ici les émotions et les sentiments régnaient. Allégresse, joie, tristesse, mélancolie, amour, peur, courage, colère, sérénité… Flash ! Les paysages, défilaient devant les yeux de Thomas, qui tentait à présent d’en saisir la profondeur. Il ne s’était jamais senti aussi bien. Flash ! Cette fois la lumière persista, et l’avalanche de sensations prit fin. Le silence s’imposa de nouveau. Puis, un son se fit entendre, régulier, familier. La lumière blanche se dissipa. Le jeune homme tenait dans sa main le livre de couleur émeraude ouvert à une page sur laquelle on pouvait lire « fin de la première partie ». Une surprenante euphorie le saisit, et il promena ses yeux à travers le wagon, le regard rêveur. Le métro s’arrêta devant une station nommée « Espérance ». Il se leva et quitta la rame, le livre à la main. Le quai était joliment décoré de plantes et de couleurs vives. Les personnes qu’il croisait semblaient heureuses, ou tout du moins paisibles. Il continua son chemin, la tête pleine de promesses, de paix et d’espoir.