Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Elle...

Auteur Sujet: Elle...  (Lu 2058 fois)

Hors ligne nevizhed

  • Calliopéen
  • Messages: 413
  • C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.
Elle...
« le: 24 Janvier 2015 à 22:34:00 »
(Salut tout le monde. Cela faisait longtemps que j'avais pas mis de texte alors je vous en envoie un. Bonne lecture :))

Elle...



Nous ne nous parlions que très peu, j'étais timide alors je me contentais juste de l'observer. La distance ne m'empêchait pas de ressentir quelque chose pour elle, toutefois ce n'était pas de l'amour mais autre chose de plus profond : je la voyais comme mon idole et je percevais toutes ses paroles comme les empreintes de la vérité.

Cette année-là, j'avais de la chance : elle était dans la même classe que moi. Toujours, enfin presque, elle répondait avec justesse aux questions posées, ce qui étonnait agréablement les instituteurs.
En classe, lorsque nous devions faire des travaux en groupe, nous avions l'occasion de nous parler un peu. Elle n'était pas timide, loin de là, elle avait le goût du travail, c'est tout, et ne perdait pas de temps à discuter comme le faisaient la plupart des élèves. J'aimais son côté sérieux comme j'aimais son côté plus amusé mais qui n'allait pas jusqu'à prendre des proportions trop importantes.
Parfois, quand nous nous rapprochions pour approfondir notre sujet, je pouvais sentir son odeur, une odeur de fille libre, une odeur de fille de la nature, une odeur fraîche et agréable. Alors qu'à l'habitude, lorsque j'approchais les autres collégiennes, elles répandaient un relent de richesse, de provocation et de dédain.
Sur la cour de récréation, mes amis raillaient sur des sujets de jeunesse tandis que je gardais le silence et contemplais sa silhouette féminine dans l'amoncellement d'adolescents. Je songeais à elle puis à moi : savait-elle mon nom, mon visage ou mon existence ? Cela m'importait peu, au moins, j'étais au courant qu'elle existait.

Toutefois, il y eut un jour où je la vis verser quelques larmes. À tout prix je voulais savoir quelle était la cause de son sanglot mais personne ne vint me donner la réponse, alors je laissais les rumeurs chuchoter à mes oreilles. Celles-ci disaient que mon idole se faisait battre par ses parents : je fus choqué, cependant je n'avais pas encore acquis l'exactitude de ces rumeurs. Mais pendant les heures de cours, j'analysais la couleur rougeâtre des contours de ses yeux ainsi que des bleus sur ses bras. Je ne savais pas quoi dire à part rugir intérieurement. Je désirais l'approcher et la soutenir, mais ma timidité me conseillait le contraire en m'introduisant dans la tête que j'aurais l'air d'un type étrange voulant savoir des informations qui ne le concerneraient nullement, de plus était-elle vraiment battue par ses géniteurs ? Ses blessures étaient-elles dues à des chutes ? Là aussi, je n'en connaissais rien et ne souhaitais pas creuser le sujet plus loin.
J'attendais donc que les rumeurs me rapportent des nouvelles, mais tout le monde sait ce que sont les racontars, ils sont parfois disproportionnés, alors je cessais de les écouter.

Plus tard, lors d'un autre travail de groupe, alors que nous travaillions tous obstinément sur un projet de physique chimie, je vis une balafre rougeâtre dépasser de la manche de son gilet : je fus pris de nausée, ma tête tourna et je tombai. Au-dessus de moi, le plafond se flouta et elle apparut, cette fille. Ses cheveux descendirent vers moi mais ne me touchèrent pas. Enfin mes paupières se fermèrent et les ténèbres s'emparèrent de moi.

Quelques jours plus tard, je me sentais mieux et revins au collège. Certains me posaient des questions sur ma santé et elle me posa une question sur ma santé. Je fus si heureux, si touché par son intérêt que je débitai quelques mots inaudibles me donnant un air idiot qui pourtant la fit rire.
Alors les jours qui suivirent, nous nous parlions de plus en plus. Je n'osais pas la questionner sur ses blessures, j'avais peur de la vexer.

Un jour, notre professeur de français nous demanda de faire un texte concernant notre pensée sur ce monde. Alors on se mit tous au travail et une fois qu'on avait tous terminé : un par un nous passions devant les autres élèves pour présenter notre pensée sur le sujet. Elle fut la dernière. Au début, elle débita quelques mots sans réel sens puis ils prirent du sérieux, de la maturité. Elle s'aventura sur le domaine de l'humanité sur son devoir. Notre enseignant, en l'écoutant, afficha un visage ébahi. Ses propos, son éloquence, sa vision sur le monde portèrent à croire que nous, moi et mes camarades, n'avions pas une élève en face de nous mais la sagesse d'un aïeul. Après son discours, tous applaudirent, certains, sachant la rumeur, avaient les larmes aux yeux. Toutefois, son soupir annonçant la fin de son laïus fut le plus intrigant, comme si un poids se serait échappé d'elle.

Et un soir, alors que le ciel était noir et que la Lune avait un visage plus pâle qu'à son habitude ; elle s'était envolée : lorsque j'appris la mauvaise nouvelle, il y eut un vide en moi. Après de nombreuses recherches, la police ne la retrouva pas, alors on la déclara portée disparue. Pour cela, le collège, en son honneur, souhaita faire une minute de silence pour elle. Nous devions penser à elle, se dire qu'elle était encore en vie, qu'il fallait qu'elle survive. On priait sans savoir ce qu'elle devenait. La minute, pour moi, paraissait être une heure. J'explosais de rage à l'intérieur, puis pris par la folie, je chahutai dans la classe, arrivai à la porte et la claquai en la refermant. Mes camarades et mon professeur tentèrent de me rattraper mais n'y arrivèrent pas. Je passai la grille de sortie avec facilité et courus en direction de l'inconnu. J'arrivai alors dans une forêt où les sapins se succédaient tous plus grands les uns que les autres. La lumière se fit de moins en moins intense, jusqu'à arriver à une clairière. Je m'arrêtai sous la lumière du jour, vacillai au sol et ne bougeai plus. Les battements de mon cœur retentissaient comme un tambour frappé. Ma respiration ne s'arrêtait pas. Le ciel me semblait plus bleu que jamais et plus immense aussi.
Qu'avais-je fait ? Ou plutôt qu'avais-je souhaité faire ? Pourquoi réagir comme ça, pourquoi pour elle alors que je ne l'aimais pas. Je voulais la retrouver, savoir qu'elle était en vie, juste un signe de son existence. Encore une fois, ma vue se troubla, j'espérais voir encore son visage au-dessus du mien or ce ne fut pas le cas.
Tout en m'enlisant dans le sommeil, je songeais à la cause de ma course. Pourquoi ? Pourquoi m'en aller – pourquoi fuir – ? Et enfin, peu à peu, à mesure qu'il me séduisait, chaque lourdeur chimérique devint une partie de la cause de mon acte et une voix, dans mon lointain subconscient, me dit :
« Pars d'ici. »
Partir d'où ? Je ne pouvais partir plus loin.
« De ce monde. »
Alors comment ? Comment partir de ce monde qui n'était que souffrance et ennui. Je cherchais et ne trouvais pas, alors je me laissais porter un peu plus loin, je m'enfonçais un peu plus dans le rêve. Le vent me caressait et je sentais les herbes qui se mouvaient à proximité de mes mains – dansaient-elles – ?
Puis le temps se fit inexistant, l'espace aussi : je m'en allai. Je partis quelque part vers l'horizon qui portait dans son souffle une voix de fille. Alors je la suivis, cette voix onirique et pâle, porteuse d'un message m'étant adressé. Sans m'en rendre compte, je fermai la porte menant à mon ancien monde et je ne ressentis aucun regret en m'enfuyant vers le nouveau.

Lorsque le rêve m'eut enfin lové et bercé dans ses bras, je ne souhaitais qu'une chose : qu'il me tue.
« Modifié: 29 Janvier 2015 à 18:49:11 par nevizhed »
Au bout de ce tunnel noir,
Une lueur illusoire.
C'est peut-être ça ? l'espoir.
Mon espoir.

Hors ligne Tim Clansso

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  • Ake coucou
Re : Elle...
« Réponse #1 le: 25 Janvier 2015 à 21:34:08 »
Intello, non ?  8)

Les nouveaux messages, c'est par ici aussi  :-) - Et mes Smileys que j'aime c'est plutôt par là.

Hors ligne Edma

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Re : Elle...
« Réponse #2 le: 25 Janvier 2015 à 21:40:21 »
C'est un beau texte, mais je le trouve un peu lourd parfois.
L'idée est bonne, le contexte aussi. Avec un peu de remaniements, il sera parfait !  :)

Hors ligne Tim Clansso

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Re : Elle...
« Réponse #3 le: 25 Janvier 2015 à 21:50:52 »
Cela ressemble un peu à du Harlan Coben, je trouve.
Les nouveaux messages, c'est par ici aussi  :-) - Et mes Smileys que j'aime c'est plutôt par là.

Hors ligne LaurCéli

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Re : Elle...
« Réponse #4 le: 26 Janvier 2015 à 14:21:06 »
Bravo. J'aime bien.

Hors ligne nevizhed

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  • C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.
Re : Elle...
« Réponse #5 le: 26 Janvier 2015 à 21:08:48 »
Salut tout le monde, merci pour vos commentaires: j'ai changé quelques éléments :)
Espérons que le texte approche la pperfection, edma ! :)
Au bout de ce tunnel noir,
Une lueur illusoire.
C'est peut-être ça ? l'espoir.
Mon espoir.

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
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Re : Elle...
« Réponse #6 le: 28 Janvier 2015 à 23:26:15 »
Salut Neviz',
Bon alors clairement, depuis le temps, je me demandais où tu en étais. Bien content de découvrir ce texte, donc. Tu continues vraiment bien ta progression, tu as gommé certains excès, ta narration se clarifie, ton style s'affirme par moment de façon très agréable. Beaucoup moins de fautes qu'à tes débuts à l'été dernier, mais reste un sérieux problème avec la concordance des temps. Pas mal d'inversion imparfait/passé simple et vice de Versaille...
Ton texte est bien prenant sinon, des moments forts.

Dans le détail :
Citer
Nous ne nous parlions que très peu, j'étais timide alors je me contentais juste de l'observer. Pourtant la distance ne m'empêchait pas de ressentir quelque chose pour elle, toutefois ce n'était pas de l'amour mais autre chose de plus profond : je la voyais comme mon idole. Toutes ses paroles, pour le peu que je pus les entendre, de sa voix, qui me sembla céleste, furent empreintes de vérité.
J'aime bien mais le "pourtant"+"toutefois" ça fait beaucoup
et la construction de la dernière phrase avec doubl imbrication est un peu lourde

Citer
Par exemple, cette année-là, j'avais de la chance :
par exemple ???

Citer
En classe, lorsque nous dûmes faire des travaux de groupe, on eut l'occasion de se parler un peu. Elle n'était pas timide
pourquoi les deux premiers verbes au passé simple (ps) et pas imparfait (imp) ?

Citer
Des fois, quand nous nous rapprochâmes pour approfondir notre sujet, je pus sentir son odeur, une odeur de fille libre, une odeur de fille de la nature, une odeur fraîche et agréable pour l'odorat.
Le "des fois" est très familier comparé à "rapprochâmes", un "parfois" serait mieux.
J'aime bien le choix du mot odeur (et non parfum), sa répétition, par contre finir par "odorat" c'est lourd.

Citer
Alors qu'à l'habitude, lorsque j'approchais les autres collégiennes, elles répandaient un relent de richesse, de provocation ainsi que de dédain.
j'aime bien, mais j'aurais terminé avec un simple "et de dédain", le "ainsi que" n'apporte rien je trouve

Citer
Une fois de plus, je le répète ce n'était pas de l'amour mais de l'idolâtrie.
juste avant "au moins, j'étais au courant qu'elle existait." Tout est dit, de belle façon et déjà tu insistes sur l'idôlaterie évoquée depuis le début. La phrase citée est donc en trop pour moi.

Citer
À tout prix je voulus savoir quelle fut la cause de son sanglot
fut au ps ? quelle était ou / quelle avait été

Dans le paragraphe qui suit, beaucoup de ps qui devraient être des imp, à chaque fois que l'action dure dans le passé :
Citer
pendant les heures de cours, j'analysai
par exemple
analysais

Citer
lors d'un autre travail de groupe, alors que nous travaillâmes
idem

y'en a d'autres, je te laisse chercher !

Citer
ils sont parfois disproportionnés à leur réalité
disproportionné à  ?   disproportionné par rapport à... mais c'est super lourd.
disproportionné tout court serait mieux

Citer
Alors les jours qui suivaient, nous nous parlâmes de plus en plus.
là c'est le contraire : imp au lieu de ps (suivirent)

Citer
Nous le fîmes tous et passâmes tous et elle fut la dernière.
ça pourrait être plus joli ça !

Citer
n'eûmes pas une élève en face de nous
imp

Citer
En revanche, un peu plus tard, il y eut sa disparition : i
t'as pas mieux que "en rechanve" pour annoncer sa disparition ? (et tu répètes "disparue" à la ligne en dessous)

Citer
Pour cela le collège fit une minute de silence pour elle.
ça pourrait être plus joli ça !

Citer
Nous dûmes penser à elle, se dire qu'elle fut encore en vie, qu'il fallut qu'elle survive. On pria sans savoir ce qu'elle devint.
les temps !

Citer
dans le sommeil, je songeais à la cause de ma course. Pourquoi ? Pourquoi m'en aller – Pourquoi fuir – ? Et enfin, peu à peu, à mesure que le sommeil me séduisait, chaque lourdeur de sommeil
3x sommeil

La fin est vraiment très chouette, mais il me semble qu'il faut retravailler ce qui précède.

Ton avis sur mon avis ?

A bientôt,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne nevizhed

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  • C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.
Re : Elle...
« Réponse #7 le: 29 Janvier 2015 à 07:10:47 »
Salut Rémi !

Merci beaucoup pour ton commentaire très constructif - comme d'habitude.
En fait je teste des nouvelles constructions de phrases voilà pourquoi c'est peu esthétique, néanmoins je tiens compte de ton commentaire.
Au niveau de la concordance des temps, récemment j'ai fait un cours sur les temps du passé et elle nous disait que le Ps c'était pour des actions en premier plan... - je voyais bien aussi que c'était pas très joli.
Je tacherai de tout corriger après ma journée de cours.

Tu m'aides énormément Remi alors j'aimerais bien t'aider: vu que ça fait longtemps que je suis parti du forum je n'ai pas vu tes nouveaux textes, pourrais-tu me les passer en MP :) !
« Modifié: 29 Janvier 2015 à 07:22:05 par nevizhed »
Au bout de ce tunnel noir,
Une lueur illusoire.
C'est peut-être ça ? l'espoir.
Mon espoir.

 


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