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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un samedi, avenue de la République

Auteur Sujet: Un samedi, avenue de la République  (Lu 2017 fois)

Hors ligne Trigger

  • Tabellion
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    • Lucie Sheff
Un samedi, avenue de la République
« le: 11 Janvier 2015 à 05:28:32 »
Quand nous nous sommes croisées sur l'avenue de la République samedi dernier, sa bouche pleine de dents s'est élargie à n'en plus finir, comme si j'étais la plus belle rencontre qu'elle ait faite de la journée. Sylvie approche la cinquantaine, tout le monde lui dit qu'elle ne les faits pas, sans doute pour ne pas la blesser. Aussi bien que l'on puisse « faire un âge », je trouve qu'elle fait remarquablement bien 50 ans. Elle m'a demandé comment j'allais sans desserrer les dents, pour ne pas que je perde une miette de son large rictus. Ça allait merci, j'essayai tant bien que mal de rivaliser avec son explosion de joie un rien exagérée car, au fond de moi, j'ai toujours détesté cette personne.
Sylvie était la responsable du magasin dans lequel j'ai travaillé un temps pendant mes études. Elle l'est toujours. Depuis 20 ans. C'est une personne qui collectionne de nombreux défauts, pas le genre de défauts que l'on peut maquiller en qualités lors d'un entretien d'embauche. Non, Sylvie n'est pas trop perfectionniste, ou trop exigeante envers elle-même. Sylvie est hypocrite, lunatique mais surtout, ouvertement raciste et homophobe. Elle fait des régimes en permanence pour garder une ligne qu'elle
n'a jamais perdue depuis ses 18 ans. Lorsque je l'ai revue, elle affichait toujours ce même teint orangé, à la limite du surnaturel. Tout droit sortie de sa cabine de bronzage, elle a commencé à me parler du temps et de la chaleur qu'il faisait pour un mois de mai, ce n'était pas possible!
« Et vous alors, que devenez vous? »
La question que je redoutais tomba, j'y répondis évasivement et lui laissai le soin de poursuivre cette conversation qui s'orientait dangereusement sur la situation économique désastreuse de notre pays. Comme toutes les personnes qui ont un avis sur tout, Sylvie parle beaucoup. Alors que j'écoutai son monologue dépourvu de toute originalité sur les causes de la hausse du chômage en France (les immigrants n'y sont pas pour rien me dit-elle sous le ton de la confidence), j'aperçus aux coins de ses yeux, de petites rides témoignant du nombre incalculable de sourires forcés qu'elle avait dû distribuer dans sa vie. Elle tenait dans sa main un sac du Comptoir des Cotonniers, tellement son genre! En revanche, ce qui l'était moins, c'étaient les deux petites poignées d'amour qui se dessinaient sous sa robe en soie grise. Les effets de la ménopause pensai-je.
Elle n'était plus ma boss, pourtant à son contact je redevenais la parfaite employée souriante que j'avais été. Je regardais ses lèvres bouger sans entendre les mots qui en sortaient, un don que j'avais très vite développé en travaillant avec elle. Sans doute le jour où elle m'a ordonné de balancer à la poubelle tous les CV que je recevais de filles noires, arabes ou grosses. Ou peut-être était-ce le jour où elle m'a demandé de m'occuper d'une cliente asiatique car elle, les jaunes, elle était pas capable!
« Je suis contente de vous avoir revue en tout cas, prenez soin de vous. »
« Oui, moi aussi ça m'a fait plaisir » mentis-je.
Je ne sais pas pourquoi cette femme m'avait toujours adorée, je devais être une très bonne comédienne pour qu'elle ait toujours cru que c'était réciproque. Je la regardai partir, les clefs de son 4x4 à la main, satisfaite de notre échange et me souvins soudain d'une chose qu'elle m'avait confiée un jour.
« Vous savez ce qu'on dit en management? Que l'on recrute souvent des personnes qui nous ressemblent »
C'est elle qui m'avait recrutée, je ne sais pas ce que je dois en penser.
« Modifié: 17 Janvier 2015 à 00:56:32 par Trigger »
"L'ordre ne peut être que dans les mots où je parle du désordre" (Henri Thomas)

Lije

  • Invité
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #1 le: 14 Janvier 2015 à 12:04:34 »
Salut ! Je vais faire comme les autres, et commencer par relever les quelques petites fautes que j'ai vues :

tout le monde lui dit qu'elle ne les faits pas
Le verbe est conjugué par "elle", il ne s'agit pas ici du nom ici, donc "Qu'elle ne les fait pas ? " ?

 
ce n'était pas possible!
C'est juste de la typo, mais la norme en français veut qu'on mette un espace avant le ! si ma mémoire est bonne.
Cette proposition me dérange aussi dans la mesure où elle arrive à la fin d'une phrase qui donne des paroles rapportées. Ce serait peut-être plus naturel de séparer les deux avec un point ?

nombre incalculable de sourire forcé
J'aurais mis sourires forcés, le singulier me semble étrange ici.

c'était les deux petites poignées d'amour
C'étaient ?

Elle n'était plus ma boss,
Pourquoi pas patronne ?

elle était pas capable!
Même remarque sur le !

toujours adoré,
Adorée ?

En dehors de ces petites erreurs, le style est agréablement fluide, on a l'impression d'entendre quelqu'un nous raconter sa rencontre avec cette chère Sylvie. La narratrice est agacée, ça se sent. Elle n'a pas envie de continuer la discussion, mais parce qu'elle n'a pas envie de provoquer un conflit, elle écoute sans contredire, et c'est peut-être cette hypocrisie à laquelle tu fais référence quand tu parles de ressemblance à la fin de ton texte.
L'ensemble est cohérent, mais je trouve qu'on reste tout de même sur notre faim, et j'ai l'impression que c'est à cause de la dernière phrase. Peut-être qu'il serait judicieux de la retirer, pour que le lecteur soit celui qui s'interroge sur les paroles de Sylvie et sur le ressenti de la narratrice ?

C'est mon premier commentaire, alors j'espère avoir été assez constructive ! Merci d'avoir partagé ce texte :>

Hors ligne Trigger

  • Tabellion
  • Messages: 23
    • Lucie Sheff
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #2 le: 14 Janvier 2015 à 16:05:46 »
Merci pour ta critique. C'est le premier texte que je publie aussi donc c'était notre première fois à toutes les deux  ;)

Concernant l'espace devant le point d'exclamation, c'est la norme ici au Québec et dans les pays anglophones donc il faut croire que je me suis bien adaptée à mon pays d'adoption... Pareil pour le "boss" c'est un terme très courant.

Pour ma dernière phrase, je suis plutôt d'accord avec toi, mais je finirais plutôt sur "C'est elle qui m'avait recrutée." car si je ne le dis pas, on ne le comprend pas forcément dans l'histoire...

Merci d'avoir pris le temps de me lire !
"L'ordre ne peut être que dans les mots où je parle du désordre" (Henri Thomas)

Hors ligne Yacc

  • Tabellion
  • Messages: 40
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #3 le: 14 Janvier 2015 à 19:10:18 »
J'ai aussi noté :
Citer
teint orangée,
orangé

Et je confirme les différences de règles typographiques que vous avez notées. J'avais le même problème quand j'étais en Angleterre.

Agréable à lire. Intéressants personnages, autant la narratrice que Sylvie. Celle-là, on adore la détester :)
La fin me convient. Il faut une chute et celle-ci en vaut une autre.

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 892
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #4 le: 14 Janvier 2015 à 22:05:18 »
Salut Trigger,
c'est bien écrit, fluide et je n'ai pas vu d'autres fautes (pour corriger, bouton en haut à droite de ton post : "modifier").
Je serais curieux de le lire en version dialogue directs, peut-être pourrais-tu alors encore mieux faire ressentir le personnage puant ( :mrgreen:) plutôt que de "dire" les choses. Je préfère de beaucoup les paroles rapportées sur la fin du texte (malheureusement très crédibles) aux explications données par la narratrice.

Pour la dernière phrase, c'est toujours le dilemme : assurer la compréhension du lecteur ou être plus subtile au risque qu'il passe à côté.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne koutoumi

  • Calliopéen
  • Messages: 439
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #5 le: 14 Janvier 2015 à 23:54:33 »
C'est très bien écrit et agréable à lire.
Le sujet, délicat, est plutôt bien traité.

Au plaisirs !
Choking On The Truth

Hors ligne Trigger

  • Tabellion
  • Messages: 23
    • Lucie Sheff
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #6 le: 17 Janvier 2015 à 00:53:19 »
Merci à tous pour vos commentaires :)
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MillaNox

  • Invité
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #7 le: 05 Février 2015 à 21:06:38 »
Salut !

au fil du texte :
Citer
Elle m'a demandé comment j'allais sans desserrer les dents, pour ne pas que je perde une miette de son large rictus.
rhooo j'ai justement découvert aujourd'hui que parler en serrant les dents ça pouvait se dire "marmotter" ! j'aime bien les coincidences :) et euh oui pardon je reviens au texte.... (tu insistes sur les dents, ya un truc louche là dessous)

Citer
les immigrants n'y sont pas pour rien me dit-elle sous le ton de la confidence)
je crois qu'on dit "sur le ton de la confidence"

Citer
j'aperçus aux coins de ses yeux, de petites rides témoignant du nombre incalculable de sourires forcés qu'elle avait dû distribuer dans sa vie.
Sylvie a l'air d'être une sacrée débile, par contre les petites rides au coin des yeux ça en fait aussi avec des sourires pas forcés, bienveillants ou juste de joie de vivre ;) Enfin c'est pas une critique constructive alors que les remarques d'avant avait des arguments + fondés. Bon après je sais pas où tu veux en venir donc c'est juste une remarque en passant.

hop là !

ah ouais la Sylvie laisse tomber !!! ça fait regretter qu'avec plus de compte à lui rendre ta perso ne lui sorte pas tout ce qu'elle a sur le coeur ! mais c'est plutôt réaliste, malheureusement, on s'écrase si souvent devant la connerie et la hiérarchie, ensemble ou séparés  :( La fin est sympa, une sonnette d'alarme qui dit à ta perso de prendre du recul sur elle même, je trouve ça intéressant.
sur la forme c'est plutôt fluide. Tu as choisi un point de vue extérieur aux actions (la conversation) comme si ta perso regardait ça de dehors. ça correspond bien à son état d'esprit et le rendu est plutôt bon, par contre ça donne quelque de pas hyper dynamique qui aurait pu devenir lassant si ça avait été plus long. Sur cette longueur ça passe tout à fait je trouve :)

au plaisir

Milla

Hors ligne Trigger

  • Tabellion
  • Messages: 23
    • Lucie Sheff
Re : Un samedi, avenue de la République
« Réponse #8 le: 08 Février 2015 à 01:27:24 »
Merci pour tes commentaires Milla!
"L'ordre ne peut être que dans les mots où je parle du désordre" (Henri Thomas)

 


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