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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une vie d'errance

Auteur Sujet: Une vie d'errance  (Lu 1379 fois)

alexis17

  • Invité
Une vie d'errance
« le: 29 Décembre 2014 à 15:29:43 »
(re)Naissance

« Non pas aujourd’hui, merci ». Mes yeux jetèrent un dernier regard à la vitrine illuminée, chocolats et confiseries étalées sous le néon blanchâtre, puis remontèrent sur son tablier bleuâtre, ses épaules délicates, sa nuque tendue, son menton saillant, sa bouche rougeoyante, un sourire sembla s’y esquisser, entre les écailles de rouge à lèvres, ses dents firent deux incises sur les rainures de sa lèvre inférieure et, malgré l’éclairage blafard, dégueulasse, je me sentis l’aimer, je sentis mon cœur déchirer ma poitrine, la faire éclater, des morceaux sanglants retombèrent sur la moquette rouge, une pluie de chair ; mon foie sous la machine à pop-corn, les reins par-ci, un poumon par-là et le reste au ventilateur.
« Au lieu du pop-corn, je voulais plutôt prendre, enfin, vous demander si… voulez-vous, peut-être, je ne sais pas, je voulais vous… Enfin, je vous trouve très… et puis vous… et je… ça vous dirait… qu’on aille… boire… un… verre ? Ou une pizza, ou un restaurant, un concert, un film même peut-être, je ne sais pas, je… Demain ou après-demain, ou quand vous voulez, même ce soir, je… ». Elle hocha la tête et deux mèches brunâtres embrumèrent son regard bleuté ; demain soir, ça sera parfait, murmura-t-elle d’une voix enrouée.

Errance

Une fine bruine caressait mon visage, ma peau satinée éblouie par la lividité des néons, couleurs écarlates brisées sur le terne macadam. La rue semblait avoir été délavée, les tons criards arrachés, les teintes éclatantes sarclées, tout n’était que mines grisâtres et tracés de fusain, horizon métallique, gommé et estompé. Les voitures fusaient sur l’asphalte inondé, un orchestre éraillé ; les roues glissaient dans les flaques, l’eau jaillissait à mes pieds, les rus par centaines se faufilaient entre les impuretés du goudron, dansaient au fil des stries et des entailles, disparaissaient au gré des flaques, ou au détour d’un carrefour.
Je renfonçai mon bonnet, mes cheveux se plaquèrent sur ma nuque, des gouttes perlèrent dans la courbure de mon dos, entre mes omoplates, un frisson. N’aurais peut-être pas dû me contenter d’un débardeur troué, une petite veste n’aurait pas fait de mal. Les éclaboussures devinrent un crachin estival et un torrent dévala mes joues, rivière sans rive sur ma poitrine, le Danube sur mes allumettes. Mon corps chétif s’abrita sous la devanture d’un fleuriste et chercha dans les poches de son jean troué un reste de tabac à rouler. Ma langue glissa sur le papier et la lanière de mon épaule, je laissai tomber ma dernière clope et rattrapai mon saxophone ; le tabac gisait dans une flaque et de son œil brunâtre se moquait.
Les cloches d’une église résonnèrent sur l’acier, neuf coups, peut-être dix, la circulation avait couvert les tintements et je n’avais pu percevoir les derniers échos. Passage sur scène à onze heures, fallait peut-être que je me dépêche. Ai toujours aimé errer, traîner, me languir et me balader, me prélasser et musarder entre les ruelles vides, vides de gens, pleines de bruits, de couleurs et de senteurs, une ville animée, une foule endormie, dissimulée dans l’obscurité.

Mort

« Deux Chesterfield… non trois, et des chewing-gums à la framboise s’il vous plait. ». Je balançais mes pièces sous la grille et l’épicier y fit passer ma commande. Le papier rougeâtre se déchira, un morceau de gomme s’enfonça entre mes lèvres, sauvagement mastiqué, et de la salive acidulée, sucre chimique et parfum acrylique, glissa le long de ma gorge, embauma mes entrailles de ses effluves factices. Aucun goût pour sûr, juste la couleur, un truc psychologique, une connerie plus fade encore que le trottoir, une merde pleine de benzène et de kérosène, pétrochimie sur mon estomac enjoué. Accro depuis trop longtemps à cette amère fadeur. La cigarette comme remède, poison pour guérir l’addict que je suis, toxique sur toxique. Me condamne à coup de poisons artificiels.

(re)Naissance
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« Modifié: 29 Décembre 2014 à 21:47:59 par alexis17 »

Nam

  • Invité
Re : Une vie d'errance
« Réponse #1 le: 29 Décembre 2014 à 19:04:24 »
Je me lance pour une première relecture sur ce forum!

Pour mieux cerner et commenter ton texte, il serait utile de préciser de quoi il s'agit (plusieurs extraits d'un même texte?) et ce que tu attends de cette relecture.

J'ai apprécié dans ton texte la recherche de précision dans les sensations, et le côté très visuel. Néanmoins, les descriptions sont à mon sens parfois trop chargées, et surtout, elles manquent souvent de justesse:
- une grande quantité d'adjectifs de couleur en "âtre": blanchâtre, bleuâtre, brunâtre, grisâtre, rougeâtre: ça fait beaucoup sur si peu de lignes
- des redondances: néon blanchâtre/éclairage blafard,
- la dissonance des niveaux de langue: j'aime les incursions de niveaux de langue familier dans les textes quand ils apportent de la force, mais ici, je trouve que ça ne "sonne" pas juste avec de longues descriptions au style recherché (l'éclairage dégueulasse, la dernière clope).

Dans le premier paragraphe, je trouve l'intention intéressante quand tu décris les entrailles qui sortent du corps, mais je trouve au final la description presque burlesque. Je ne suis pas sûre que ce soit l'effet recherché...

Certaines formulations ou images me paraissent un peu hasardeuses, et pas toujours compréhensibles: "teintes éclatantes sarclées"  (pour moi, sarcler c'est un terme de jardinage?!), le tabac qui se moque de son oeil brunâtre (??), les cloches d'une église qui résonnent sur l'acier, une connerie plus fade que le trottoir

La suppression du sujet dans plusieurs des phrases donne une impression un peu curieuse. J'imagine que tu essaies de retranscrire des impressions brèves. J'essaierais de retranscrire cette intention différemment (exemple pour la dernière phrase "Condamné à coups de poisons artificiels.").

Un petit détail orthographique: accro et non accroc (un accroc c'est un trou dans ton pull, ou une anicroche)

Globalement, je pense que ton texte gagnerait à être simplifié, pour gagner en précision dans les descriptions et images utilisées. Je serais curieuse de connaître le contexte de ce texte.





alexis17

  • Invité
Re : Une vie d'errance
« Réponse #2 le: 29 Décembre 2014 à 21:16:03 »
Première lecture et tu tombes sur moi ? Pauvre de toi...
Merci en tout cas pour ton avis, et merci pour la petite faute, il y en avait d'ailleurs d'autres que j'ai corrigé en me relisant.
Alors :
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Pour mieux cerner et commenter ton texte, il serait utile de préciser de quoi il s'agit (plusieurs extraits d'un même texte?) et ce que tu attends de cette relecture.
Je n'attends pas forcément grand-chose, un avis ? Tu as été parfait dans ce rôle. Cependant de quoi s'agit-il ? Et bien, pour l'instant le texte est tel qu'il est, en entier, chacun y verra ce qu'il voudra. En tout cas il est bel et bien entier.

Sinon, en effet j'ai peut-être un peu trop mis de âtre, je voulais retranscrire le fait que les couleurs ont perdu leur éclat.
Pour le côté "burlesque", en fait je ne cherchais pas forcément d'effet quelconque autre que l'image, assez absurde de la chose, l'amour qui fait exploser, mais j'ai me suis raté on dirait  :D
Pour le verbe sarcler, je l'ai volontairement utilisé oui, dans le sens "arracher de la terre", mais oui je vois mon erreur. Pour le moquer, du tabac c'était surtout un moyen de décrire le fait qu'elle était plutôt perdue, enfin bref...
Enfin, la seule remarque ou je ne suis pas d'accord c'est pour ce "Condamné" que tu proposes. Je saisis clairement ton idée oui, dans le participe passé il y a un côté passif contrairement au "me condamne", ça n'irait pas. Mais si tu me dis que ça ne va pas et que d'autres le font je chercherais quelque chose pour y remédier, enfin tourner le tout.
Merci encore en tout cas ! Rien d'autre à dire !
Au plaisir.

Hors ligne Rémi

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Re : Une vie d'errance
« Réponse #3 le: 29 Décembre 2014 à 21:17:38 »
Salut Alexis17,
ce texte en trois parties plus une ouverture en boucle (renaissance) est assez déroutant.
Ça fait trois tranches de vie, la naissance étant l'amour, l'errance ressemble à de l'ennui, de la banalité, la pluie, et la mort est traitée d'un point de vue d'une addiction mortelle.
Et puis tu reboucles. Je comprends alors que la vie est faite de coups de foudre suivis d'ennui et d'autodescruction, pas glamour mais ça fait sens. Bon, faut creuser et je ne suis pas sûr de mon interprétation. Ce texte a-t-il un contexte ou est-il indépendant ?

Citer
N’aurais peut-être pas dû se contenter d’un débardeur troué, une petite veste n’aurait pas fait de mal.
"me contenter", non ? La construction est étrange sans sujet.

Citer
devinrent un crachin estival
vu que tu parles d'un bonnet avant, je voyais ça en hiver, je capte mieux le perso maintenant

Citer
musarder entre les ruelles vides,
entre les ruelles y'a des maisons non ?

Sur la forme, c'est assez chargé, beaucoup d'adjectifs et de paraphrases. J'aime certaines phrases, mais cela me plairait plus un peu élagué.
Par exemple, je trouve ce passage très réussi :
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Ma langue glissa sur le papier et la lanière de mon épaule, je laissais tomber ma dernière clope et rattrapait mon saxophone ; le tabac gisait dans une flaque et de son œil brunâtre se moquait.
peut-être une virgule avant le "et" mais sinon c'est super chouette.

Rémi
« Modifié: 29 Décembre 2014 à 22:29:36 par RémiDeLille »
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

alexis17

  • Invité
Re : Une vie d'errance
« Réponse #4 le: 29 Décembre 2014 à 21:47:40 »
Merci pour ton com' Rémi.
En effet, c'est bien "me" contenter. Par contre pour les ruelles vides, j'insinuais désertes, dans le sens vides de gens, je n'avais pas pensé que cela pouvait porté à confusion.
Sur le fond je préfère ne rien dire, à chaque fois que je dis un truc ça devient encore plus flou.
En tout cas merci pour ton avis, je cerne de mieux en mieux les soucis.
Au plaisir !

Hors ligne Rémi

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Re : Une vie d'errance
« Réponse #5 le: 29 Décembre 2014 à 22:28:24 »
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Par contre pour les ruelles vides, j'insinuais désertes,
c'est musarder "entre" les ruelles qui est étrange en fait. (dans les ruelles, parmis les ruelles, au milieu des... tu vois ce que je veux dire.)

A bientôt,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


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