Devinez quoi ?
Ouiiiiiiiiiii encore une version ! J'espère m'approcher de la finalité (d'autant que l'échéance du 30 approche également

)
Donc, n'hésitez pas à tatilloner, chipoter, tout ça, et indiquer les formulations qui vous plaisent moyen, ou ce que vous avez/n'avez pas compris ... surtout la toute fin.
Le nid de l’araignée
Il entra dans la petite salle. Les bougies l'éclairaient sobrement, des objets scintillants pendaient un peu partout et le faisaient cligner des yeux, ébloui. Il s'assit. Le sage le suivit, le dépassa et se pencha sur le puzzle. Il ne manquait plus que quelques morceaux pour compléter le tout.
- Je...
Sans un mot le sage plaça les pièces manquantes.
- ... ne suis...
D'où il était, il ne voyait pas les mains du sage, mais constata que ce dernier était en train de terminer le puzzle.
- ... pas sûr que...
Terminé.
Le lépidoptère – qu'est-ce ? – s'envola du puzzle, s'échappa par l'arrière de la crypte ouverte au vent. Il – lui – grommelle, laisse le sage sur place et poursuit l'insecte. Lorsque sur son passage il brise le vitrail de la fenêtre, les éclats de verre miroitent et reflètent les mondes.
De l'eau. Partout. A perte de vue. Que ça. Vraiment.
Enfin, non, pas que.
Lorsqu'on vole un peu plus loin, qu'on bat des ailes un peu plus fort, on peut apercevoir de la terre, parfois. Des arbres. De grands végétaux qui émergent de l'eau. Pas beaucoup de terre, en fait, mais il doit y en avoir dessous. Sans doute. Peut-être.
Le lépidoptère – hein ? – le... ? Le papillon. Le papillon du puzzle. La déité ? Le sylphe ? Le rêve, le... ?
Il ne sait pas.
Il sait cependant que depuis la sortie du papillon, tout est allé de mal en pis. Il – le papillon – avait volé un peu partout. Il – lui – n'a jamais réussi à le rattraper, à le remettre dans le puzzle. Tout est parti en... comment on dit ça ? Dans le n'importe quoi. Déréglé. Les imaginaires des images avaient envahi le monde des vivants. Il y avait de la terre avant. Des constructions. Maintenant...
Bon, les arbres doivent être contents.
Les humains, un peu moins.
A travers toute la galaxie, la bibliothèque interstellaire de Xam'Da était l’une des plus fréquentées. On y trouvait tout, ou presque. Disons qu'on y trouvait tout ce qu'il était possible d’y trouver. Des documents scientifiques, de vieux parchemins, des revues, des romans...
Les racines se tortillent dans l'eau, donnent l'air d'être de longs membres extensibles – des bras à la lenteur infinie. Les longues feuilles des arbres, diaphanes, recouvertes d'une membrane duveteuse, flottent sur l'eau lorsqu'elles tombent.
Il écarte l'écorce d'un des végétaux et pénètre dans la salle.
Célimène y était bibliothécaire. Responsable de la section « littérature d'anticipation ». Elle s'amusait beaucoup. Ce que certains auteurs avaient pu inventer – imaginer – dans le temps était absolument sidérant.
Son travail était fatigant – le fond de livres augmentait sans cesse – mais intéressant ; guider les lecteurs vers le livre qui les attendait apportait un contentement indéniable. Tous – les livres – avaient leurs spécificités, leurs lecteurs attitrés. Elle-même les appréciait sans distinction aucune.
Elle trébucha et manqua s'étaler sur la moquette en plumes d'insectes.
Un livre lui faisait de l'œil. Littéralement.
Il fut lu.
Elle le dévora. Un peu moins littéralement. Presque. Les pages sentaient bon le vieux papier, et Célimène aimait les caresser, mais c'était surtout de mots qu'elle se repaissait. Les grandes étendues d'eau étaient inexistantes sur Xam'Da ; ici... – elle sent presque l'eau qui lui coule sur le visage, les racines forment de grands arcs au-dessus d'elle et les feuilles tournoient avant de se poser sur l'onde. Un papillon chatoyant – ma
chaon ? – volette autour de sa tête et l'asticote.
(Dé)nouement, soudain.
Un grand vide.
Le creux de fin de lecture qui arrive, le dernier mot sur les yeux, sur la langue, et le livre refermé – elle ne veut pas, veut rester dans son rêve
– qu'est-ce ?
Un grand souffle la projette sur le sol et il – lui – s'échappa des pages sans que elle – Célimène – parvienne à l'attraper. Les gouttelettes d'eau qu'il projetait scintillèrent et elle les attrape en riant.
Il quittait enfin l'eau.
Il essora ses cheveux – ah, non, ils sont déjà secs – et admira la moquette en plumes d’insectes. Posée sur un vrai plancher bien dur soutenant d'immenses bibliothèques. Depuis combien de temps n'avait-il pas vu un si gigantesque rassemblement de trésors ?
Cela dit, il avait appris la méfiance.
Il feuilleta l'un des livres – pas d'image. Les lettres voletaient sur les pages et il les taquina du bout des doigts. Il les comprenait. Elles ne demandent qu'à sortir, s'échapper de leur prison.
Le vent nouveau s'étend de rayonnage en rayonnage. La révolte souffle. Les livres endormis sursautent soudain, s'aperçoivent qu'ils ne sont pas condamnés au statut d'inerte. Les pages se froissent. Crissent en l'attente d'un lecteur, d'une lecture.
Tous les livres de la bibliothèque qui disposaient d'une âme, même infime, furent contaminés. Une déferlante de personnages – personnes ? – de toutes sortes, de créatures d'autres temps, d'autres lieux – d'autres mondes – envahit Xam'Da. Les lecteurs finirent par se méfier, mais le mal était fait.
Derrière son écran, Lucien se mordait les doigts.
Rapidement, le virus s'étend aux autres contrées, galaxies, univers, partout. Il suffit que l'un des contaminés s'approche d'un livre sain. Les imaginaires des œuvres envahissaient le monde des vivants. Et se l'appropriaient.
Les zones rouges s'étendirent autour du petit icone "bibliothèque". Clignotèrent.
Malgré l'épidémie qui frappe les ouvrages littéraires, Célimène conserve intacte son attirance pour le rêve. Les livres ne sont pas uniquement papier. Son écran tactile lui sourit et fait défiler le texte. Yeux tant plongés qu'elle ne voit pas les ouvrages s'envoler autour d'elle ; les végétaux qui coursaient les humains ; l'aliénation fantaisiste qui disséminait ses graines.
Boite de dialogue : Tentative de décontamination ? Oui, Non ?Personnes, personnages : même destin. Avec quelques pouvoirs supplémentaires pour les seconds. Les créateurs ne sont pas avares – ça ne coûte pas grand chose, quelques mots de plus. Ils s'en mordaient maintenant les doigts. Ou ne se les mordaient plus. Peuvent plus.
Deux lettres en moins : personnage.
Tentative de... ? -> Oui. ...
Décontamination en cours... ...
Le clavier vola par la fenêtre.
Eh oui, ça faisait cet effet de perdre ! Échec, échec, échec... Le jeu – fini.
Game Over... saleté de virus ! Épidémie à la con, qui se propageait alors qu'il n'avait pas assez d'or pour le vaccin ! Il n'aurait pas dû développer à ce point la culture sur Xam'Da, mais il ne pensait pas le jeu si inventif. Lucien avait survécu à tous ses adversaires, conquit plusieurs galaxies, et le voilà mis en échec par des machins sortis des bibliothèques qu'il avait lui-même construites ! Tout ça à cause d'une idiotie d'imbrication de mondes – le papillon d'un puzzle d'un des livres, d'après le journal de jeu. Celui qui avait intégré ça au logiciel avait bien dû se marrer.
Son écran explose soudain, les pixels gardent un instant leurs anciennes couleurs et elle – Célimène – sortie, sourire aux lèvres, s'aventura vaillamment à la recherche de lecture. Il – Lucien – tente bien de lui barrer passage, mais ses tentatives font fiasco.
Célimène était déjà gavée de mots ; elle se jeta sur les jeux vidéos et s'en empiffra avec une avidité sans cesse renouvelée. Les logiciels étaient ses complices, et bientôt les ordinateurs s'éveillèrent eux aussi. Pour quels motifs leurs droits auraient-ils été moindres ? Ils ont des noms après tout. Communiquent aussi bien – mieux – que leurs créateurs.
Le virus vertigineux s'étend sur la toile. Les mots se réfugient dans le nid de l'araignée et, conjointement aux lignes de code, déclarent la guerre aux auteurs.
Et dans ton fauteuil – dans ton fauteuil ? sur ta chaise, sur ton lit ? – tu continuais ta lecture. Les mots s'enchaînaient sous tes yeux, menant au prochain paragraphe.
Devant son écran éventré et son unité centrale qui fait la gueule, Lucien sent l'amertume l'envahir. Qui l'aurait cru ? Qui aurait cru, enfin, que le virtuel infeste le réel et que l'imaginaire des jeux envahisse les vivants ?
Dans la ville devenue foire, les dragons chassaient les nuages, les soucoupes volantes se posaient sur les toits et les émissaires achetaient les villes.
Il faut bien tenter de – tenter de ? non, réussir à ! – se démarquer des vulgaires créations. Eux et eux – eux et lui – ne sont pas de la même catégorie. Lui est...
Les lettres se reflétèrent sur tes pupilles, y dansèrent un moment. Les petits bâtonnets noirs formaient un labyrinthe où se blottissaient les mondes.
Quel est le mot, déjà ?
Il n'est pas un « il ». Ce sont les personnages du jeu qui étaient des « il ». Les vraies personnes qui ne viennent pas du jeu ... –
Jeu ?
Je. «
Je ». Qui désigne une personne. Un « moi ». Lucien est un « je ». Je est – suis – un « je ».
Je prend – non, on conjugue :
prends – je prends, donc, une pomme dans une corbeille et croque dedans à pleines dents. Le jus coule sur son – sur mon – sur mon menton. Je savoure son goût sucré, légèrement acidulé après l'avoir mâchée.
C'est une (re?)naissance.
*
Tu clignas des yeux, peut-être. Le point final était là. Fini, le texte. Te levas-tu ? Restas-tu, assoupi, liras-tu d'autres mots, d'autres mondes ? Que fis-tu ?
Tu t'apprêtais à oublier ce texte, déjà. Ton esprit se concentrait ailleurs. Le rêve
– ?
Sous tes doigts, la feuille se déchire.