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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » LAURA ZEPAM

Auteur Sujet: LAURA ZEPAM  (Lu 1126 fois)

MZK

  • Invité
LAURA ZEPAM
« le: 04 Décembre 2014 à 07:20:53 »
Hello
Je viens de terminer l'écriture de la première partie.
J'avais déjà posté des fragments mais je me permets de tout réunir ici pour une meilleure cohérence/compréhension.
Bonne lecture.







ZEPAM 0


Le lorazépam est une molécule de la classe des benzodiazépines. Sa durée d'action est comprise entre 9h et 16h. Elle est utilisée pour traiter l'anxiété, l'angoisse, l'insomnie, et éventuellement dans le sevrage alcoolique et cannabique.

Laura Zepam est une fille à première vue assez lambda de la classe des philanthropes désabusés. Sa durée de vie est semblable à celle de tous les humanoïdes, bien que plus intense et concentrée. Elle utilise son temps à résoudre par la peur, par le sentiment de panique ou de cul de sac existentiel les problèmes de ceux qui se dressent sur son chemin rocailleux. Ethylophobe, capable en 5 petites minutes de transformer les paradis artificiels en marmites d'huiles bouillantes, elle se construit une vie sur les ruines de ses victimes. Même les âmes les plus coriaces finissent par se repentir sous ses 12 centimètres de talons.

Laura est son propre médicament. Le temps qui passe, sa posologie. La pendule-pilulier distribue ses comprimés, dilue sous le touillage d'une cuillère magique une poudre pour aller mieux, des particules de perlimpinpin en forme de placebo.


ZEPAM 1


Face aux mémoires plaintives des armées de sans-vie, j'entasse dans mes décombres des années de sursis.
Mon impasse existentielle n'est pourtant qu'une autoroute. Votre cécité cul-de-sac est ce panneau à la con là, planté de traviole juste devant et qui sème le doute. Votre jalousie amère transforme les plateformes sensées s'élever au frontières du ciel et du réel en chemin mal goudronné pour un voyage sans danger. À peine 5 minutes légères avant le mur du con, "on ira pas plus loin chéri ".

Je viens de passer Mach 5 mais vous ne voyez plus rien...

Les ceintures sont bien attachées
Les enfants bien peignés
Les dents bien lavées.
La mort est menottée.

Pas de chance, j'ai les clés.

Je te pousse dans le vide comme on pousse un hurlement libérateur. Un cri du cœur après des années à m'accoupler dans le vide, à copuler avec le néant de vos cerveaux, quelques rares instants balayés par la secousse peu sismique d'un pet.
Sur l'écran de votre abrutissement plasmatico-cérébrale s'affiche la marche à suivre, l'ordre de toute chose. Les indications édictées en règlements, promulguées en lois indiscutables puisque indiscutées se greffent aux neurones devenus kamikazes. Ils éclatent au son foireux d'un timide " splach " et tâche le temps d'un éclair les reposantes paluches du " Circulez, y'a rien à voir. "

C'est exactement ça... Il vous faut circuler mais dans une autre galaxie abandonnée. Je vous file Tranxene et Valium pour alimenter la folie de votre fusée.
Aller polluer un autre univers
Comprenez que ma haine vous obstrue le derrière.
Saisissez cette chance de flirter en lumière.
La mort ne vous cachera plus longtemps ses mystères.

Vous connaissez par cœur la table multiplicative du zéro.
Vos ânonnements récitatifs sont les pierres du chaos, le mur sans ciment, sans sentiment de votre libido.

Que se passe t-il quand on veut tourner la page mais que c'est la dernière de ce bouquin débile qu'est la vie ? On replace l'œuvre imbécile dans la grande bibliothèque du monde ? On grave à l'encre indélébile, au fer rouge sang d'une dernière montée de dopamine les trois lettre fatidiques et puis on fait un signe de la main ou du doigt. Un au revoir ou un FUCK en fonction du parcours choisi.

À fond dans ma berline, à contre-sens de cette quatre voies et sans me soucier d'agiter le volant, je ferme les yeux. Les klaxons de terreur et les phares, autrefois aveuglants, qui croisent ma folie ne me font aucun signe de bon chemin. Je pense et ne fait plus que ça. Mon extra lucidité haineuse de philanthropie refoulée m'a bâtit un monde rien qu'à moi. Les humains y sont des zombis flottants, tanguant puis coulant au siphon de mon âme éclatée. Autour du rétro se balance un modèle en plastique du barbu sur sa croix. Je me laisse hypnotiser un instant comme depuis toujours, quand mon cerveau n'accroche plus rien.

Quand je rouvre les yeux, l'avant de ma voiture est encastré dans le portail d'une villa. J'abandonne mon véhicule devenu inutile et tente de géo-localiser ma position. J'ai le vague souvenir d'avoir emprunté une petite route de campagne et puis plus rien. Je n'ai rien ressenti de l'accident. Aucune ecchymose, j'étais beaucoup trop loin. Je longe le fossé en comptant les voitures qui passent. Je chope une clope dans le bordel de mon sac et la fume adossée à un platane. Une vieille Ford Fiesta ralentit à mon niveau aux dernières taffes de ma cancerette. J'écrase le mégot entre les graviers. J'écrase un glaviot avant de me redresser et d'aller à la rencontre de l'inconscient. Qui pourrait lui en vouloir de se faire abuser par mon apparente innocence. On me donnerait le bon Dieu sans sommation, comme ça, en échange de mon joli sourire et de mes cheveux toujours bien peignés. Une carapace de fille à l'allure bien sage autour d'un corps en perpétuelle ébullition.

À travers la fenêtre entrebâillée de sa bagnole m'arrive en pleine gueule sa décapante odeur de transpiration. Il me fait signe d'approcher. Son vilain visage mal barbu et boutonneux colle parfaitement aux remugles saisissant de l'aquaphobe confirmé. Il me demande sa route sans aucune politesse. Ses yeux de merlan trop longtemps saisi à l'huile de colza plongent entre mes seins, comme une bite glissée le temps d'une ivresse espagnole. Je bats des records d'apnée tant ses effluves sont gerbatives. J'écoute pas vraiment ses conneries et lui crève mentalement les globes oculaires, trop plongée dans ma musique pour lui servir de vide couille ou de GPS. Trop ailleurs sur ma partition pour lui griffer le visage au sang avec mes ongles non vernis.

Je déroule sur un tapis rouge un bras tatouée de crânes et lui pose mon majeur sur le front, juste entre une goutte de sueur et un point noir purulent. Ma chanson se termine, mes pieds touchent à nouveau le sol.

Sans aucune manucure, mon doigt se fraye un chemin entre ses rides d'inexpression et ses sourcils broussailleux. Des gouttelettes carminées perlent en lignes verticales de ma torture digitale à ses aspérités faciales. Chaque pore de la peau de ce porc se gorge d'hémoglobine. Je fantasme un égorgement mais ne fait rien d'autre que savourer ce spectacle distrayant.

Mon "fuck you" s'enfonce doucement en direction de son vide cérébral, le seul chemin que je lui propose en réponse à sa question borborygmée, presque flatulente. Son faciès en forme de fesses maintenant rouge comme un cul gratté esquisse une grimace salement amochée. Le gros con se met même à pleurer.

Je retire mon doigt et cherche dans le trou creusé l'araignée cerebralovore responsable du carnage. A moins que cet abruti le soit depuis le jour de sa naissance ce qui expliquerait l'absence de toiles, d'étoiles et du moindre éclat de lumière.

Je m'écarte d'un geste de recul, arrivant aux limites de ma capacité à ne pas respirer. Il est devenu magnifique, silencieux comme une œuvre d'art devenue psychédélique sous mes coups de pinceaux. Il ne bouge pas et n'a visiblement plus rien à dire. Je ne signe pas mon tableau pour ne pas m'attirer la foudre des forces de l'ordre mais le cœur y est.

"Le seul chemin que je peux t'indiquer c'est celui du cimetière. Je m'appelle Laura et je force le respect à coups de marteau piqueur. Quand le nihilisme le plus radical s'accouple en cris hystériques avec une machette parfaitement affûtée, ça donne quelque chose comme moi. Je ne te reproche pas ta vulgarité, ni ton insupportable pestilence. Je regrette juste d'être obligée de te perforer le crâne pour contourner tes barrières de cérumen."

Je lui cogne la tête comme on active le heurtoir d'une porte.

"Allo, y'a quelqu'un. Tu réponds pas ? T'as peur ? T'as plus envie de tapas ibériques ?"

Lentement, il sort de sa bagnole, beaucoup moins fiesta et sans cotillons pour marcher, zombifié et disparaître au bout de la route.

J'ai du sang plein les mains et son odeur sur mon dégoût. Je me rends compte que j'ai toujours autant de mal à communiquer avec ce genre d'insectes, grotesques et pathétiques, perdus quelque part à mi chemin entre le vide et le néant. 

Même en ouvrant en grand toutes les vitres de la bagnole pour tenter d'évacuer la pestilence du cafard, ça pue toujours la médiocrité. Le volant en fourrure me colle aux doigts, le siège aux cuisses comme les mains sales d'un vieux pervers. Je fonce dans ce début d'après midi, j'arrache le bitume de la route en écrasant la mycose avec ma ranger. Ma tentative d'essuie glace échoue sur le pare brise dégueulasse. Je sais pas comment ce connard arrivait à conduire à travers la crasse mais moi j'y vois que dalle. J'arrête la bagnole au bord de la route avec l'espoir d'un chiffon dans la boîte à gants. Je l'ouvre et sous un paquet de chips à peine entamé ma main tâtonne et tombe sur ce qui ressemble à la crosse d'un flingue. Je sors l'objet, un vieux Beretta. Le même que celui que mon père frottait pendant des heures avec l'espoir de pouvoir un jour donner une nouvelle fois la mort. Celui qu'on a retrouvé encore fumant près de sa tête bouffée de sang. Je glisse l'arme dans mon sac et reprend la route. L'hôtel sans étoile n'est plus très loin maintenant.


ZEPAM 2


Pleine d'effervescence, Laura se glisse dans l'eau glacée de la piscine. Son corps fond, se transforme en fines bulles. Elle nage sans élan du fond à la surface, d'un abysse de pensées sombres au bonheur de l'oxygène retrouvé. L'anxiété grimpe sa colonne vertébrale et stoppe net au niveau d'un dernier spasme. Le soleil se lève, hyperactif et surexcité. Elle se relève, impétueuse, le corps-comprimé encore chargé de gouttelettes.



Hors ligne Rémi

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Re : LAURA ZEPAM
« Réponse #1 le: 04 Décembre 2014 à 23:06:24 »
Salut MZK,
Ouais ! C'est chouette d'avoir regroupé.
J'aime beaucoup. Parfois très complexe, une poésie noire aussi et des moments dynamiques ou violents.
Ton personnage est très bien "rendu", on est avec quoi. ça donne carrément envie de continuer la lecture.
Bon, faut être posé et concentré, ça se lit pas en diagonale et c'est tant mieux.
Amusant de trouver la cohérence entre les différents extraits que tu avais postés.


Citer
Ils éclatent au son foireux d'un timide " splach " et tâche le temps d'un éclair les reposantes paluches du " Circulez, y'a rien à voir. "
tâchent

Citer
les trois lettre fatidiques
lettres

Citer
Mon extra lucidité haineuse de philanthropie refoulée m'a bâtit
sans "t"

Je relirai sûrement un de ces jours, d'une part parce que j'ai bien aimé, d'autre part pour prendre le temps d'apprécier.
C'est super construit, avec beaucoup de variations sur la forme et la narration, un sacré rythme.

Vivement la suite,
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

MZK

  • Invité
Re : LAURA ZEPAM
« Réponse #2 le: 05 Décembre 2014 à 08:34:15 »
Hello Rémi.

J'essaye de construire ça un peu comme un film avec pas mal de détails et de mouvements de caméra. Je vais voir si ça fonctionne.
Je corrige les fautes sur mon Word :), merci

 


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