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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Dependentiam

Auteur Sujet: Dependentiam  (Lu 869 fois)

Hors ligne sonadoré

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Dependentiam
« le: 30 Novembre 2014 à 16:18:00 »
   Aujourd'hui je me suis assis sur un rocher face à la mer. J'ai observé les vagues, les mouettes, les gens. J'ai pensé au cliché du trentenaire se baladant le long de la plage, la veste sur le cou. Je me suis amusé de cette pensée, parce qu'elle me rappelait que j'aurai aussi le droit de vieillir. Mais comme j'ai aussi le droit de profiter de ma jeunesse avant, j'ai remis mon casque sur mes oreilles afin d'écouter encore plus fort que la dernière fois ''Guts over fear'' d'Eminem. Au rythme de sa voix, j'ai porté mon regard sur l'horizon, le parcourant de droite à gauche durant les cinq minutes que complètent la musique. Avril amène les premières chaleurs entre deux averses, comme un compliment entre deux insultes...
   Un peu plus tôt, j'avançais avec ma maman vers le bureau du docteur Phaltz, un médecin hautain à l'accent allemand. Nous marchions main dans la main dans l'idée angoissante qu'on allait annoncer ma fin. Nous entendions déjà les mots ''espérance de vie'', ''jeune'', ''mort'', ''pardon''. La maladie m'avait affaiblie. Je ne courrais plus depuis longtemps, je pensais comme les personnes âgées à la façon de contourner les obstacles dans la rue. De plus, je souffrais. Je sentais mes os se ronger eux-mêmes, mes muscles brûler au moindre effort. J'avais découvert depuis peu deux bonheurs juvéniles, celui de frauder et celui de se soulager. Un ami m'avait fait découvrir les bienfaits du cannabis et je consommais à ma guise le soulagement procuré. Lorsque nous sommes entrés dans le bureau, l'homme était en train d'enlever une grande blouse blanche tâchée de sang avec détachement. Son visage était fermé.
   A quelques mètres de moi, un père joue à un jeu de raquettes avec un enfant que je soupçonne être son fils. La complicité qui se dégage de leur jeu trahit bien des belles choses sur leur relation. Je souris. J'ai l'impression que le décor ne me remarque pas, les promeneurs passent devant moi sans un regard, les mouettes mangent à une trentaine de centimètres de moi. J'aime particulièrement ce sentiment de transparence. Je sens qu'on ne s'intéresse pas plus que ça à moi, et au moins je sais qu'on ne m’annoncera pas de mauvaise nouvelle. Je ne suis plus le porteur du mal, on ne m'évite plus. Ceci dit, on ne me tend pas la main non plus. Qu'importe, un peu de solitude fait tant de bien...
   Le docteur ne daigna aucun signe de politesse à notre égard. Nous nous asseyons dans le doute, attendant la sentence. Comme tout homme qui doit expliquer le tragique, il tentait d'amoindrir la douleur en prenant un chemin plus long. Il parlait de mes progrès, et nous sentions dans sa voix que ce seraient les derniers. Ce qui m'étonnait le plus, c'est que ma mère ne pleurait pas. Elle souhaitait sans doute rester digne. En même temps, je ne pleurais pas non plus. J'attendais avec un calme étonnant. Le travail effectué sur toi nous a coûté beaucoup de temps et d'acharnement, disait l'homme.
   Ce soir, je rentrerai de la plage. Je rejoindrai mon deuxième corps, celui que les fougues de l'adolescence rendaient presque mien. Je me laisserai alors aller à une peau plus délicate que la mienne, sans craindre la douleur. Je profiterai de pouvoir serrer quelqu'un de mes bras. Je n'aurai plus peur de la mort, ni de saigner. Ô Dieu merci, quelle beau sentiment,  que d'être enfin jeune !
   Le docteur cherchait-il à me faire culpabiliser d'avoir attraper le virus ? Les raideurs soudaines de ma mère trahissaient elles aussi nos pensées à l'égard de ce jugement. Fallait-il en plus s'excuser d'être malade, d'avoir choper ce maudit ''dependentiam'' à force d'exercer le sport ? Fallait-il donc se faire pardonner pour être tombé sur du sang empoisonné ? Quelle ingratitude ! Le médecin semblait avoir remarquer quelque chose : ''mais c'est avec un plaisir immense que je vous annonce au nom de l'hôpital que l'opération a été un succès, nous t'avons débarrassé du virus''. Nous exaltions.
   Aujourd'hui, nous sommes le 16 avril 2016, et je suis devenu le premier être humain à avoir éradiqué le virus ''dependentiam'' de mon corps.

Sonadoré
Utopisme

Hors ligne Rémi

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Re : Dependentiam
« Réponse #1 le: 04 Décembre 2014 à 22:20:54 »
Salut Sonadoré,

Vert = j'aime bien, rouge = moins , italique = mes commentaires

Aujourd'hui je me suis assis sur un rocher face à la mer. J'ai observé les vagues, les mouettes, les gens. J'ai pensé au cliché du trentenaire se baladant le long de la plage, la veste sur le cou (autour du cou ? sur les épaules ?). Je me suis amusé de cette pensée, parce qu'elle me rappelait que j'aurai aussi le droit de vieillir. Mais comme j'ai aussi le droit de profiter de ma jeunesse avant, j'ai remis mon casque sur mes oreilles afin d'écouter encore plus fort que la dernière fois ''Guts over fear'' d'Eminem. Au rythme de sa voix, j'ai porté mon regard sur l'horizon, le parcourant de droite à gauche durant les cinq minutes que complètent (?) la musique. Avril amène les premières chaleurs entre deux averses, comme un compliment entre deux insultes... (j'aurais isolé cette phrase du paragraphe. belle phrase)
   Un peu plus tôt, j'avançais avec ma maman vers le bureau du docteur Phaltz, un médecin (si tu précisais chirurgien, on sentirait mieux sentir le danger, l'importance de la maladie) hautain à l'accent allemand. Nous marchions main dans la main dans l'idée angoissante qu'on allait annoncer ma fin. Nous entendions déjà les mots ''espérance de vie'', ''jeune'', ''mort'', ''pardon''. La maladie m'avait affaiblie. Je ne courrais plus depuis longtemps, je pensais comme les personnes âgées à la façon de contourner les obstacles dans la rue. De plus, je souffrais. Je sentais mes os se ronger eux-mêmes, mes muscles brûler au moindre effort. J'avais découvert depuis peu deux bonheurs juvéniles, celui de frauder et celui de se soulager. Un ami m'avait fait découvrir les bienfaits du cannabis et je consommais à ma guise le soulagement procuré. Lorsque nous sommes entrés dans le bureau (cabinet ?), l'homme (médecin) était en train d'enlever une grande blouse blanche tâchée de sang avec détachement. Son visage était fermé.
(je séparerais les paragraphes, on change de lieu et de temps)
   A quelques mètres de moi, un père joue à un jeu de raquettes avec un enfant que je soupçonne (d') être son fils. (j'aime pas trop soupçonner ici qui n'est pas très tendre) La complicité qui se dégage de leur jeu trahit (pareil) bien des belles choses sur leur relation. Je souris. J'ai l'impression que le décor ne me remarque pas, les promeneurs passent devant moi sans un regard, les mouettes mangent à une trentaine de centimètres de moi. J'aime particulièrement ce sentiment de transparence. Je sens qu'on ne s'intéresse pas plus que ça à moi, et au moins je sais qu'on ne m’annoncera pas de mauvaise nouvelle. Je ne suis plus le porteur du mal, on ne m'évite plus. Ceci dit, on ne me tend pas la main non plus. Qu'importe, un peu de solitude fait tant de bien...
   Le docteur ne daigna aucun signe de politesse à notre égard. Nous nous asseyons (temps ?) dans le doute, attendant la sentence. Comme tout homme qui doit expliquer le tragique, il tentait d'amoindrir la douleur en prenant un chemin plus long. Il parlait de mes progrès, et nous sentions dans sa voix que ce seraient les derniers. Ce qui m'étonnait le plus, c'est que ma mère ne pleurait pas. Elle souhaitait sans doute rester digne. En même temps, je ne pleurais pas non plus. J'attendais avec un calme étonnant. Le travail effectué sur toi nous a coûté beaucoup de temps et d'acharnement, disait l'homme.
   Ce soir, je rentrerai de la plage. Je rejoindrai mon deuxième corps, celui que les fougues de l'adolescence rendaient presque mien. Je me laisserai alors aller à une peau plus délicate que la mienne, sans craindre la douleur. Je profiterai de pouvoir serrer quelqu'un de mes bras. Je n'aurai plus peur de la mort, ni de saigner. Ô Dieu merci, quelle beau sentiment,  que d'être enfin jeune ! (je ne vois pas de qui tu parles, et tu n'y reviens pas ensuite)
   Le docteur cherchait-il à me faire culpabiliser d'avoir attraper le virus ? Les raideurs soudaines de ma mère trahissaient elles aussi nos pensées à l'égard de ce jugement. Fallait-il en plus s'excuser d'être malade, d'avoir choper  é ce maudit ''dependentiam'' à force d'exercer le sport ? Fallait-il donc se faire pardonner pour être tombé sur du sang empoisonné ? Quelle ingratitude ! Le médecin semblait avoir remarquer   é quelque chose : ''mais c'est avec un plaisir immense que je vous annonce au nom de l'hôpital que l'opération a été un succès, nous t'avons débarrassé du virus''. Nous exaltions.
   Aujourd'hui, nous sommes le 16 avril 2016, et je suis devenu le premier être humain à avoir éradiqué le virus ''dependentiam'' de mon corps.

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Tu as de la matière pour faire un texte plus long je pense. Certains éléments sont effleurés (la copine ?), le lien sport/virus, les parents.

Ton texte est en tout cas bien écrit et je n'ai vu que très peu de fautes. Lecture agréable donc.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
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Re : Dependentiam
« Réponse #2 le: 07 Décembre 2014 à 17:22:25 »
Salut Rémi !
Merci beaucoup pour ces critiques très justes auxquelles je n'ai rien à répondre. Simplement la question d'un texte plus long, j'imaginais que la structure du texte ne permettait pas une longueur énorme... Peut-être que je me trompe, merci en tout cas !
Sonadoré
Utopisme

 


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