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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Ballade pour un fidèle défunt

Auteur Sujet: Ballade pour un fidèle défunt  (Lu 1580 fois)

Hors ligne Poindironie

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Ballade pour un fidèle défunt
« le: 04 novembre 2014 à 13:59:55 »
Voici un texte jeté de colère après la lecture de la presse un bien triste matin de Toussaint.
Je me suis au départ inspirée de la découverte de cette photo d'un tag de Nantes reprenant le texte de La Rumeur, ici utilisé quasi tel quel, dans le dernier envoi. (dans la version 1)

Pour éviter les polémiques d'un sujet politique, je ne re-commenterai pas le fond (la légitimité ou non d'écriture et de publication) de ce texte (même si j'accepterai aussi vos remarques à ce sujet si c'est nécessaire pour vous), mais sur la forme, c'est la première fois que j'écris une ballade... donc je suis avide de conseils. Je me dis... peut-être un pas vers de possibles chants... mais...

Suite au commentaire de Thalie qui souligne à juste titre les nombreuses erreurs de métrique, je propose sous le premier jet, une version 2, que j'espère plus juste ! Bonne lecture et merci de vos précieux regards et conseils

Et suite à tous vos pertinents conseils et encouragements, je tente ici une version 3, sans doute encore imparfaite, mais avec laquelle je me suis fait vraiment plaisir (autant que l'on puisse avec ce genre de sujets). J'espère que ça se sentira. Bonne lecture et merci à tous. Notamment à Darid pour m'avoir, entre autres choses intéressantes, appris la fabuleuse et merveilleuse règle d’élision du "e" de fin d'hémistiche dans l'alexandrin ! Comme c'est bon pour l'oreille !
J'ai par contre pris quelques libertés avec le jeu des rimes (au nombre de cinq, ça doit pas être très académique pour le coup), les diérèses, etc... mais bon... Et puis oui, j'ai conservé le vers long... trop de choses à dire sans doute !




Version 3



Ballade pour un fidèle défunt
(Ballade pour un ophioglosse)


Nous répondons à cet « allez, faut y aller ! »
Même appel, même rage, et comparables guerres.
Communauté masquée durant cette veillée
Qui bercera nos sangs, et noircira l’enfer
D’une nuit mâtinée où s’étend ta dépouille.
Nous te rendons hommage, osant défier les ombres,
Spectres enragés, endiablés et incendiaires.
Grouillant telles lucioles vers des artères sombres
Nous ouvrirons la nuit de nos cinglantes pierres,
Et braverons la pluie pour que leurs armes rouillent.

Car, si l’on risque bien de vous causer du tort
C’est pour ne pas poursuivre sans honorer nos morts.


Vous meurtrirez nos chairs auparavant bleuies,
Traquant en nombre, esprits, corps nus et courses folles,
Vaine chasse aux sorcières, opposants, insoumis…
Et certes sans encombre, vous halerez gloriole,
Vous sortirez indemnes, blanchis ou arrogants
Face aux ossuaires, crus, par vous, si abondants.
Mais sachez le, armées, que chaque fin d’été,
Partout, refleurira l’hommage provocant
Au libre camarade, martyr ainsi tombé
Sans herbe sans couture, stolon bien confondant.


Car, s’il s’est jeté dehors le diable au corps,
C’est pour ne pas revivre sans honorer sa mort.


Puis, nous attiserons nos satanées lanternes
Pour orner son passage inouï vers l’autre monde,
Et de nos saisons claires toujours tenues en berne,
Émergeront deux milles dépouilles vagabondes,
 Aux dermes écorchés, les déçus, les damnés,
Affres, cris de Satan, surgis des saisons sombres,
Dignes danses macabres au bal des assassins.
Et sous nos pieds brulants, charbons pris des décombres,
Nous fêterons gaiement, nos trois nuits de Samain,
Nos rages expiées et, le feu de bel passé.


Car, si l’on erre en peine, ainsi jusqu’aux aurores,
C’est pour ne pas survivre sans honorer nos morts.




Version 1


Ballade pour un fidèle défunt

Nous répondons aux « allez, faut y aller ! »
Même appel, même rage, semblable guerre,
Communauté  masquée pour cette veillée
Qui aspire tant à révéler l’enfer.
Nous te saluons en défilant nos ombres
Enragées, endiablées et incendiaires,
Grouillant telles des lucioles dans les rues sombres
Nous marquerons  la nuit de maintes pierres.

Puy, si l’on erre en peine jusqu’aux aurores,
C’est pour ne pas vivre sans honorer nos morts.


Vous meurtrirez nos chairs déjà bleuies
Traquant  en nombre, esprits et courses folles
Chasse aux sorcières, pauvr’ hères, non convertis,
Et sans encombre, halerez bien gloriole
De nos ossuaires, par vous, plus abondants.
Sachez, armées, que chaque fin d’été
Refleurira l’hommage cependant,
Aux camarades martyrs ainsi tombés.

Puy, si l’on risque de causer du tort,
C’est pour ne pas vivre sans honorer nos morts.


Nous attiserons nos satanées lanternes
Pour un passage inouï vers l’autre monde
Et de nos saisons claires tenues en berne
Émergeront dépouilles vagabondes,
Cris de Satan pour vives saisons sombres,
Danses macabres au bal des assassins.
Et aux charbons ardents sur les décombres
Nous fêterons nos trois nuits de Samain.

Puy, si l’on se jette dehors le diable au corps,
C’est pour ne pas vivre sans honorer nos morts.



Version 2


Ballade pour un fidèle défunt

Nous répondons aux « allez, il faut y aller ! »
Même appel et même rage, semblable guerre !
Communauté  bien masquée pour cette veillée
Qui tant aspire à révéler le triste enfer.
Nous te saluons en faisant défiler nos ombres,
Spectres enragés, endiablés et incendiaires.
Grouillant telles des lucioles dans les rues sombres,
Nous entaillerons la nuit de sanglantes pierres.

Car, si l’on erre en peine, ainsi jusqu’aux aurores,
C’est pour ne pas vivre sans honorer nos morts.


Vous meurtrirez nos chairs auparavant bleuies,
Traquant en nombre, esprits, corps nus et courses folles,
Chasse aux sorcières, aux opposants, non convertis ;
Et sans encombre, vous halerez gloriole
De nos ossuaires, devenus si imposants.
Mais sachez le, armées, que chaque fin d’été,
Partout, refleurira l’hommage nonobstant,
Pour les camarades martyrs ainsi tombés.

Car, si l’on prend le risque de causer du tort,
C’est pour ne pas vivre sans honorer nos morts.


Donc nous attiserons nos satanées lanternes
Pour orner ce passage inouï vers l’autre monde,
Et de nos saisons claires contenues en berne,
Émergeront milles dépouilles vagabondes,
Cris de Satan à réveiller les saisons sombres,
Danses macabres livrées au bal des assassins.
Et sous nos pieds, charbons ardents pris des décombres,
Nous fêterons gaiement, nos trois nuits de Samain.

Car, si l’on se jette dehors le diable au corps,
C’est pour ne pas vivre sans honorer nos morts.
« Modifié: 10 novembre 2014 à 23:13:17 par Poindironie »
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

Thalie

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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #1 le: 04 novembre 2014 à 18:48:39 »
Tout d'abord, je trouve au poème une dynamique qui sied bien au thème. Thème d'actualité propre à susciter, inspirer une colère que l'on sent bien à la lecture.

Toutefois, bien qu'étant loin d'être une experte en prosodie, j'ai noté, en me penchant sur la forme, une irrégularité dans le nombre de syllabes des vers. Tu oscilles entre le 12, le 11 et parfois le 10.
Mais je suis sans doute mal placée pour donner mon avis
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Sinon, pour une première ballade, je trouve l'essai réussi et t'encourage à persister.

Pauvr'hères ? je peux me tromper, mais je pense qu'on peut se permettre pauVRES hères.

Hors ligne Poindironie

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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #2 le: 04 novembre 2014 à 21:44:52 »
Merci Thalie !

J'ai cru les erreurs de métrique dont tu me fais part, dues à un peu de précipitation de ma part, mais en fait c'est pire que ça : j'sais pas compter !  :( :o

ça parait simple pourtant... pis ça s'avère vachement dur en fait ! Pour moi en tout cas.  :-¬?

Du coup je propose une seconde version, plus correcte j'espère. Même si je crois que pour que ça reste une "vraie" ballade, vu que je suis passée en alexandrins, il faudrait ajouter deux vers à chaque strophe pour refaire les carrés... C'est bien ça ? Ou bien c'est quatre ? Arf !  :o

Mais bon... Pour ça, de toute façon, faut réactiver l'inspiration sur du déjà existant... Alors là... Autre étape... Demain...
« Modifié: 04 novembre 2014 à 22:28:05 par Poindironie »
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

Thalie

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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #3 le: 04 novembre 2014 à 23:50:13 »
Cela me gêne un peu de te donner des conseils alors que je ne suis vraiment pas qualifiée pour le faire. Considère donc ce que je vais dire comme de simples avis peut-être non avisés.

Certes, tes vers ont 12 syllabes, mais il y a je pense des problèmes de césure. Normalement, il faudrait que ça fasse 6/6.
Prenons ton premier vers :

Nous /ré/pon/dons/ aux/ « a/llez/, il/ faut/ y /a/ller ! »
Nous répondons aux a/ llez il faut y aller
La césure n'est pas au bon endroit. Tu vois ce qui ne va pas ?

En tout cas, ton poème a du potentiel et il mérite vraiment que tu le peaufines.
J'espère que tu auras d'autres avis que le mien !
Et puis je dois avoir sommeil, mais je n'ai pas compris le coup de refaire les strophes au carré  :-[
« Modifié: 05 novembre 2014 à 00:08:30 par Thalie »

Hors ligne Poindironie

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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #4 le: 05 novembre 2014 à 10:01:22 »
Non, non Thalie, au contraire, tes conseils et remarques me semblent bien avisées et cela m'aide beaucoup.

En fait je crois que j'essaie justement de me coltiner, précisément pour ce texte et pour ce sujet, à quelque chose de plus strict, que je ne maitrise pas et pour lequel je manque furieusement d'exercice. Donc j'apprends et reprends... Et j'ai besoin d'aide, nécessairement.

Je suis contente d'avoir mis le poème en alexandrins. ça ralenti le rythme et rend la chose plus précieuse, ce qui peut paraitre en contradiction avec le sujet, mais je crois que ce qui compte justement ici pour déterminer la forme, c'est l'adresse du poème. Donc l'alexandrin me convient en fait assez.

Pour l'histoire des césures, comme ça, d'emblée, je suis partagée. J'ai peur que pour le coup, il n'y ait plus d'entropie du tout et que cela fige un peu trop... (mais n'est-ce pas la peur récurrente contre laquelle je me bats justement ici ?). Pour moi, la césure ne se pratiquait plus trop, mais bon... vu que j'ai à priori fait ce choix de la règle, tu as raison : une troisième version, bien construite aussi là dessus est importante, au moins pour voir ce que ça crée. Il le faut... (oui, oui, je pense que l'on sent ici très bien à quel point je me fais violence sur la construction de ce poème. Mais "no panique", ça fait partie de mon exercice.).

Sur la question de mettre les strophes au carré, je crois que, dans la ballade, les strophes doivent avoir le nombre de vers correspondant au nombre de pieds par vers (ici 12 du coup). Après je ne suis pas certaine d'avoir bien compris ce truc-là et je ne sais pas si l'envoi compte ou pas. Et comme on trouve pour exemple, un certain nombre de ballades de toute sorte... pas facile de s'y retrouver.
Mais je vais essayer aussi de faire plus académique sur ce point je crois.
J'ai vraiment envie de voir ce que ça peut donner.

Merci beaucoup en tout cas Thalie, pour ton regard, ton aide et tes encouragements.
« Modifié: 05 novembre 2014 à 10:04:56 par Poindironie »
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

Hors ligne Sémiramis

  • Aède
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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #5 le: 05 novembre 2014 à 10:19:36 »
Coucou Poindironie,

Un beau poème engagé. Curieusement, je préfère la première version. Je n'ai pas fait attention au problème de la régularité des vers ... Le rythme chaotique allait bien au ton du texte.

J'aime les nuits de Samain.

Bonne journée,

Sémi

Hors ligne darid

  • Tabellion
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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #6 le: 06 novembre 2014 à 06:22:52 »
Bonjour Poindironie,

Pour l'académisme, une ballade est une "forme fixe" codifiée, bien qu'il existe des variantes anciennes, la norme la veut en décasyllabe (avec des strophe de 10 vers, en comptant l'envoi) ou en octosyllabe, avec un jeu de trois rimes de la forme :

ababbccdcd
ababbcbc

ton jeu de rimes est

ababcdcd

Mais il y a aurait aussi des problèmes d'accord en genre et en nombre des rimes, des diérèses à respecter qui faussent le nombre de syllabes (inou-ï, luci-ole, incendi-aire)

Faut que je note ce bout de vers là aussi :

"Mais sachez le, armées, que chaque fin d’été,
Partout, refleurira l’hommage nonobstant,
Pour les camarades martyrs ainsi tombés."

Nonobstant vient d'un verbe latin signifiant "faire obstacle" mais en français c'est un synonyme de "malgré" ou " sans faire obstacle à", c'est toujours utilisé sous la forme "nonobstant quelque chose"

Pour la ballade comme "forme fixe", il faudrait élider les E muets (vi(e) de chien=4 syllabes, par exemple) et la césure ne doit pas couper un mot.

Il y a aussi une métrique "à la Brassens", à l'oreille, le classique est très orthographique, et orthographique du 19ème en plus.

"Ballade pour un fidèle défunt

Nous répondons aux « a_//_llez, il faut y aller ! » [césure coupant un mot]
Même appel et même_//_ rage, semblable guerre ! [pas de E en 6e syllabe]
Communauté  bien mas_//_quée pour cette veillée [césure coupant un mot]
Qui tant aspire à ré_//_véler le triste enfer. [césure coupant un mot]
Nous te saluons en_//_ faisant défiler nos ombres,
Spectres enragés,_//_ endiablés et incendiaires.
Grouillant telles des lu_//_cioles dans les rues sombres,  [césure coupant un mot]
Nous entaillerons la_//_ nuit de sanglantes pierres.

Car, si l’on erre en peine,_//_ ainsi jusqu’aux aurores, ! alexandrin parfait !
C’est pour ne pas vivre_//_ sans honorer nos morts. [pas de E en 6e syllabe]


Vous meurtrirez nos chairs_//_ auparavant bleu-ies, ! alexandrin parfait !
Traquant en nombre, esprits,_//_ corps nus et courses folles, ! alexandrin parfait !
Chasse aux sorcières, aux _//_ opposants, non convertis ; [13s -> sorcières z'aux z'opposants]
Et sans encombre, vous_//_ halerez glori-ole
De nos ossu-aires, de_//_venus si imposants.  [césure coupant un mot]
Mais sachez le, armées,_//_ que chaque fin d’été, ! alexandrin parfait !
Partout, refleurira_//_ l’hommage nonobstant, [parfait mais... ]
Pour les camarades_//_ martyrs ainsi tombés.  [pas de E en 6e syllabe]

Car, si l’on prend le ris_//_que de causer du tort, [césure coupant un mot]
C’est pour ne pas vivre_//_ sans honorer nos morts. [pas de E en 6e syllabe]


Donc nous attiserons_//_ nos satanées lanternes ! alexandrin parfait !
Pour orner ce passage_//_ inouï vers l’autre monde,
Et de nos saisons clai_//_res contenues en berne, [césure coupant un mot]
Émergeront milles_//_ dépouilles vagabondes,
Cris de Satan à ré_//_veiller les saisons sombres, [césure coupant un mot]
Danses macabres li_//_vrées z'au bal des assassins. [13s][césure coupant un mot]
Et sous nos pieds, charbons_//_ ardents pris des décombres,
Nous fêterons gaiement,_//_ nos trois nuits de Samain. ! alexandrin parfait !

Car, si l’on se jette_//_ dehors le diable au corps,  [pas de E en 6e syllabe]
C’est pour ne pas vivre_//_ sans honorer nos morts."  [pas de E en 6e syllabe]


Il restait des petites erreurs de métrique sur des liaisons, j'ai signalé quelques alexandrins entre !! c'est l'écriture normale du genre, d'autres sont correctes avec des "césures enjambantes", c'est utilisé sobrement pour atténuer un passage, ou le faire remarquer au contraire. Les césures en travers des mots modifient l'accentuation de ceux-ci (en français, on accentue la dernière syllabe d'un mot, le son de fin, donc un mot en travers de la césure fait suivre deux intonations "fortes")

Si tu écris "inouï" pour deux syllabes, tu fais une synérèse, si tu l'écris pour faire entendre "inou-ï", c'est une diérèse, c'est la décomposition ou non du son des voyelles accolées non confondues. Il y a des règles et des usages là-dessus pour la ballade comme "forme fixe".

La technique n'est qu'une partie du boulot, ce qui rendra le poème "musical" c'est le jeu des intonations. Les intonations se placent d'abord à la rime (12e syllabe) et avant la césure (6e syllabe) mais aussi à l'intérieur des vers. Un E muet qu'on fait entendre va accentuer la syllabe suivante, c'est "musical" de faire entendre un E en 5ème et en 11ème syllabe, mais ce n'est pas une règle, ça fait de jolis vers comme :

"C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant foll(e)ment aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagn(e) fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeun(e), bouche ouverte, têt(e) nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumièr(e) pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berc(e)-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."

Pas obligé d'en mettre partout, et tous les E ont le même effet sur la syllabe qui suit, comme une pause, un élan avant le "saut" de l'intonation.

Là, je touche les confins de ce que je connais, les recettes sont encore à trouver, mais ça se "compose" un vers, comme un morceau de musique, d'où l'importance des césures, il faut faire attention aux fins de vers, aux milieu de vers, aux corps du vers, d'un point de vue musical.


C'est un peu long, alors pour ne pas que ce soit confus au cas où, il restait très peu d'erreurs dans la seconde version, si tu veux garder tes césures en l'état. Pour une chanson par exemple, l'intonation sera le problème de l'interprète, la métrique aussi d'ailleurs (il ou elle fait ce qu'il ou elle veut avec les liaisons, les diérèses, ça peut même te manger des mots ces gens-là:)

Après l'aspect musical, tu peux travailler la narration, que chaque passage ait un sens et une place précise dans le poème. Le tout début m'a fait reconnaitre les paroles de Rémi Fraisse, mais je ne les connais que depuis hier, alors que je t'ai lu mardi je crois, sans savoir cela, du coup, le sens était assez obscure, il y a les trois nuits de samain, c'est celtes j'ai vu, mais tous le reste flotte un peu, c'est lourdement marqué par les efforts de métrique. Il faudrait arrivait à une narration également "musicale" avec une montée, une tension, un équilibre, et puis de l'évidence aussi, tenter de retrouver des formulations de tous les jours qui collent à la métrique.

C'est pas du tout facile, j'ai juste voulu en faire un peu plus qu'une autopsie métrique du poème, le fond et la forme  sont confondus pour le "lecteur", il ne suffit jamais de "corriger".

« Modifié: 06 novembre 2014 à 06:37:53 par darid »

Hors ligne Poindironie

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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #7 le: 06 novembre 2014 à 10:46:17 »
whouaw ! Merci Darid ! Je suis très touchée par l'investissement et la qualité de ta réponse.

Je dois dire que je mesure mieux l'ampleur de la tâche, de tout ce qu'il me faut apprendre, maitriser, appréhender... et me sens un peu le devoir à présent de tout reprendre... Mais ce n'est pas grave, je laisse un peu décanter puis m'y attellerai.

J'avoue que le projet de travailler au mieux la structure de ce texte est pour moi une source de motivation. Donc merci vraiment. J'apprends ici beaucoup.

Quant à la question du fond, biensûr qu'elle est essentielle dans son articulation aux formes et qu'il ne s'agit pas simplement de "corriger". Tes remarques à ce sujet (rythmes, narration...) sont d'ailleurs très pertinentes et je vais tâcher de les prendre en compte.
Le piège que je tiens juste à éviter, pour moi même, serait de limiter l'analyse de ce texte à des questions morales bien/mal et de passer à côté justement de l'articulation entre le contenu et ses formes... question qui là m'intéresse par contre.

Merci à tous pour vos réponses.
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

Hors ligne Kaamos

  • Plumelette
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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #8 le: 06 novembre 2014 à 12:15:09 »
Je crois que tout a été dit, ce qui gène c'est la métrique. Faudrait que ça coule, que ça vienne, tranquillement, ou de manière cadencée, tant que c'est fluide.

Sinon :
Citer
Nous fêterons gaiement, nos trois nuits de Samain.

Ce vers-ci m'a fait sourire.

Et j'aime beaucoup le premier vers  de ce refrain :
 
Citer
Car, si l’on erre en peine, ainsi jusqu’aux aurores,
C’est pour ne pas vivre sans honorer nos morts.

Sous la nuit qui décicatrise
Lorsque Ferré déferle en vers
Dans mon cœur qui se poétise
Je pressens comme une chimère

___
http://volutesdespoir.tumblr.com/

Hors ligne Poindironie

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Re : Ballade pour un fidèle défunt
« Réponse #9 le: 09 novembre 2014 à 16:12:17 »
Merci Kaamos  :)

J'ai retravaillé... suis persévérante  :o 8)
« Modifié: 09 novembre 2014 à 16:14:59 par Poindironie »
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament". René Char

 


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