Salut,
Je crois que "comprendre", ce n'est pas la seule façon de lire, un poème peut tenir d'un jeu de son à répéter pour mettre l'esprit dans une certaine disposition, comme par exemple dans l'enfantin :
"Trois p'tits chats, trois p'tits chats, trois p'tits chats, chats, chats,
Chapeau d'paille, chapeau d'paille, chapeau d'paille, paille, paille,
Paillasson, paillasson, paillasson, -son, -son,
Somnambule, somnambule, somnambule, -bule, -bule,
Bulletin, bulletin, bulletin, -tin, -tin,
Tintamarre, tintamarre, tintamarre, -marre, -marre,
Marabout, marabout, marabout, -bout, -bout,
Bout d'cigare, bout d'cigare, bout d'cigare, -gare, -gare,
Garde-fou, garde-fou, garde-fou, fou, fou,
Fou de rage, fou de rage, fou de rage, rage, rage,
(... )"
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_petits_chats"Dans Trois petits chats, il n'y a ni logique ni sens, et encore moins d'histoire, ce qui peut la rendre amusante aux yeux des enfants" (il y a une "logique" dans l'enchainement des sons, à mon avis, dans cette chanson).
Mallarmé ne va pas faire dans l'enfantin, mais son poème est aussi une "non-histoire".
Je crois qu'il y a un sens à son poème, je dirais que ça parle de l'angoisse du néant, de la mort, je lis par exemple :
"que se prépare s'agite et mêle un poing qui l'étreindrait comme on menace un destin et les vents
l'unique Nombre qui ne peut pas être un autre"
ça peut se rapprocher du titre "Un coup de Dés jamais n'abolira le hasard"
La majuscule à "Nombre" me fait le rapprocher d'une idée d'absolu, à son époque on mettait des majuscules à tout ce qui pouvait désigner dieu, donc "Dieu".
"Faux manoir tout de suite évaporé en brumes qui imposa une borne à l'infini"
"Le nombre existât-il commençât-il et cessât-il se chiffrât-il illuminât-il"
"choît la plume rythmique suspens du sinistre s'ensevelir aux écumes originelles naguère d'où sursauta son délire jusqu'à une cime flétrie
par la neutralité identique du gouffre"
ça finit sur : "Toute Pensée émet un Coup de Dès"
Mes citations (mes italiques aussi) enlèvent la mise en page, alors que c'est la "ponctuation" du poème, je ne suis pas sûr que toutes les majuscules soient "bibliques" mais elles font sens forcement, elles participent au poème.
De ce que je connais de Mallarmé, il joue d'un instrument en écrivant, il aime jouer des cacophonies même je crois, il aime faire le "mauvais musicien" en quelque sorte pour chercher des "harmonies" qu'il a laissé comme celle-là.
Pour ses détracteurs, Mallarmé ferait du compliqué avec du simple, lui-même parlait de sa poésie comme d'un "aboli bibelot d'inanités sonores"