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06 Juin 2026 à 17:01:40
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Défi Été 2014] Les Métamorphoses du Vide [50%Vivi 50%WEG 100%#onykroimêm6C1paV]

Auteur Sujet: [Défi Été 2014] Les Métamorphoses du Vide [50%Vivi 50%WEG 100%#onykroimêm6C1paV]  (Lu 2912 fois)

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Vivi : Voilà (qui a dit "enfin !" :vaurien:) notre défi de Léthé :D. Une structure assez sympa d'un texte écrit par WEG et d'une trentaine de poèmes écrits par bibi (sauf les 2 monostiches et 1 poème ← grand concours Automne 2014 : devinez lequel ^^) imbriqués, formant une nouvelle de presque 12k mots (y a 2 posts d'affilées 5k puis 7k ><). Je vous souhaite une bonne lecture (prenez des sucres lents) et on vous attend pour les com' (bon et mauvais) pluuuus bas. Je repasserais bientôt sur le fofo pour lire et commenter les défis des autres... couples (lol).

WEG : Pour les plaintes s'adresser à Vivi (auto-proclamée secretaire officielle), je prends les compliments par contre. Plus sérieusement, le texte était une occasion de réaliser une approche plus centrée sur le personnage que l'histoire, je pense que ça convient mieux à mon style. Vivi a apporté sa technique niveau poème, sinon ça aurait été la cata. Un pépito à celui qui trouve mes vers, et non ce n'est pas celui sur les nichons (je vous vois venir :P ).





Les Métamorphoses du Vide


Échos de votre désespoir,
Transforment votre âme gravide,
En un éternel purgatoire.

ABD AL-HAZRED,
Le Culte des Goules

Les lundis matin étaient tristes, surtout en plein automne. Un ciel gris, des arbres squelettiques, et un froid qui vous rongeait les doigts. Pas vraiment le genre d'atmosphère pour commencer une belle histoire, mais il en aurait été de même pour un mardi ou un jeudi, et même en plein été.
C'était le héros qui posait problème, moi en l'occurrence.
Mélancolie ? Non, pas même une dépression, juste un peu d'amertume. Le genre où l'on perdait goût à la vie, mais pas au point de s'ouvrir les veines. On vivotait de petits plaisirs quotidiens, voilà. La poésie, par exemple :

Le gris des nuages
Fige les feuilles dorées
D'un carmin lugubre.

J'aimais prendre le métro pour aller au lycée. Tant de gens, me disais-je, et pourtant pas la moindre conversation. Chacun était plongé dans sa petite bulle, fatigué alors que la journée ne faisait que commencer. C'était dans ce genre de moments que je pouvais me laisser aller, je m'attardais sur les multiples visages et essayais de deviner ce qui se cachait derrière. Une femme d'affaires stressée qui rêvait d'égorger son boss, un vieux travailleur étranger en manque de son pays. Je faisais mes petites hypothèses et je me demandais alors, si quelqu'un se prêtait au même jeu, que verrait-il en moi ?
Un lycéen mal dans sa peau ? Oui, sûrement, et il n'aurait pas tort.

Qu'y a-t-il au-delà
De vos yeux délavés ?
Quel destin tourmenté
A raillé leurs éclats ?

Comme avec mes voisins de siège, l'image d'une personne reflétait souvent ce qu'elle était. Je savais qu'il y avait toujours des exceptions. La jeune femme était peut-être une artiste freelance sans contrainte, et le vieux travailleur avait peut-être une femme aimante et des enfants brillants, et j'étais peut-être quelqu'un d'extraverti et de populaire. Mais ce n'était pas le cas.
Alors, quand j'en avais assez de reluquer les autres, je fermais les yeux et rêvais d'un autre moi. Personne n'allait s'immiscer dans ma tête, j'étais libre d'imaginer ce que je voulais. Seul ce dogme m'empêchait d'avoir trop honte.
Ce n'était pas la solution à mes problèmes, mais un drogué a toujours besoin de sa dose. La mienne n'était qu'un inoffensif petit shoot d'évasion, juste assez pour tenir la journée.
Portrait.
J'étais un lycéen petit, maigre et moche. Le genre qu'on prenait facilement pour un intello, mais qui se révélait être un glandeur. Pas un délinquant, seulement le gars effacé que tout le monde trouvait gentil. Trop sympa pour qu'on le martyrise, trop fade pour qu'on traîne avec lui.
Un fantôme.
J'avais tenté d'y remédier lors de mon entrée au lycée. J'avais porté le masque du gars sympa et souriant. Il suffisait de faire bonne impression, me persuadais-je, et tout allait s'arranger naturellement.
Mais le masque était devenu trop lourd, il tirait sur ma peau et je sentais mes camarades qui s'éloignaient pendant que ma nature reprenait le dessus. Jusqu'au jour où crack, la persona s'écroulait et se brisait, ne laissant plus qu'un visage en sang et en larmes.
Je redevenais le fantôme.

Pourquoi garder ma peau ?
Renier ma propre essence,
M'ôter la chair des os,
Jusqu'à la déchéance !

Le chaos gouvernait mon existence. Il y avait à la fois un vide que je souhaitais combler et un trop-plein à purger. Je voulais devenir quelqu'un d'autre, mais une partie de moi avait peur. Non, ce n'était pas forcément de la peur. Peut-être que je m'estimais bien ainsi, qu'il n'y avait rien à changer. Je voulais... juste... combler... le trou. Trouver une raison de vivre ? Comprendre.
Mon âme refusait de se dévoiler, je n'arrivais pas à sonder ses profondeurs. Je savais qu'un autre moi était caché là-dedans, trop effrayé pour s'exhiber au monde.
Alors j'écrivais :

Au détour de sa plume asséchée,
L'écrivain condamné désespère
De meurtrir son journal écorché
De ses écritures délétères.

Accepte-toi, me disais-je, n'aie pas honte. Je voulais voir ce dont j'étais capable, jusqu'où pouvait m'emmener cet "autre". J'espérais secrètement qu'il prenne ma place et fasse de moi quelqu'un de plus brillant. Les premières histoires n'étaient que de piètres balbutiements, il n'y avait encore rien d'intime, mais cela se décantait lentement.
Il me fallait tout d'abord voir ce qui se faisait de plus sombre, de plus dingue, de plus crade chez les meilleurs. «L'autre» avait besoin de transcender tout cela pour s'élever au-dessus. Tu peux faire beaucoup mieux, m'assurait-il, des œuvres si pures qu'elles seraient capables de détruire des âmes humaines.
Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il voulait dire, mais j'aimais l'image qui s'en dégageait. Créer des univers était un plaisir solitaire, je m'y sentais intelligent, supérieur. Lorsque mes camarades rigolaient entre eux, je travaillais mes récits, je peaufinais le moindre détail. J'étais passé du gamin complexé à l'apprenti-dieu narcissique, mais une question demeurait : était-ce réellement ma vraie nature ?
Chaos, encore et toujours ce même chaos. Une voix me susurrait que je me trompais, que tous ces projets ambitieux n'aboutiraient jamais, tandis qu'une autre, plus insistante, me suppliait de lui faire confiance.
Je choisissais au final le chemin de l'espoir ; de toute manière, une vie sans fantasmes ne valait pas la peine.

Afin d'égayer mon sombre passé,
D'exalter mon quotidien trépassé,
J'ouvre le portail de l'obscur caveau
Où les macchabées germent mon pavot.

Il y avait cette fille dans mon lycée, je n'arrivai pas à en décoller les yeux. Cliché, je sais, mais elle était réellement la seule à me faire cet effet-là. Si j'avais le don de créer la femme de mes rêves, elle n'en serait pas loin.
Grande, plus grande qu'une bonne moitié des garçons de notre lycée, et forte. On racontait qu'elle pratiquait des arts martiaux, ce qui expliquait son physique de guerrière. Ses cheveux étaient longs et noirs, se terminant en épaisse frange d'où perçaient des yeux sombres. Un mélange de froideur et d'arrogance donnait l'impression qu'elle vous considérait avec dédain. Une des raisons qui ne la rendaient pas très populaire avec les garçons, sauf ceux qui aimaient se faire dominer.
J'aimais à penser qu'il n'y avait rien d'obscène dans mes sentiments. Je voyais seulement la noirceur en elle, la même amertume qui m'habitait, et cela m'attirait. Je n'avais jamais tenté de l'approcher, nous n'étions même pas dans la même classe. Je me contentais de l'observer en silence, comme ces gens dans le métro.

L'arbre squelettique
Sublime la mort fugace
De l'hiver blafard…

Et puis vint notre seconde année au lycée. Au jour même de la rentrée, un évènement improbable s'était produit.
— Tu lis quoi ?
Une voix, une voix féminine. Elle m'était adressée.
Je levai les yeux. Une grande brune au physique de guerrière, à l'aura princière se tenait devant moi. Elle.
Je restai muet, ayant perdu l'habitude de parler à mes camarades. Cela ne sembla pas la troubler, comme si elle s'était attendue à cette réaction.
— Euh... m'aventurai-je enfin. C'est un livre d'Al-Hazred.
Je lui montrai la couverture. Elle plissa les yeux en lisant le titre de l'œuvre.
Les timides rêvent-ils de royaumes dystopiques ? Ça parle de quoi ?
— Ah... de...
C'était l'histoire d'un adolescent mal dans sa peau qui devait survivre à une invasion zombie en compagnie de ses camarades. Il s'émancipait peu à peu pour protéger la fille dont il était secrètement amoureux. Ce qui faisait la force de ce livre, c'était le héros qui passait d'un pathétique looser à un héros sans crainte, et cela sans que l'on s'en aperçoive. Al-Hazred avait ce talent pour construire minutieusement ses personnages, pour ensuite les faire exploser sous les yeux ébahis du lecteur.
— Un truc de zombie, répondis-je simplement.
Son visage s'illumina à l'évocation du terme.
— Ça doit être super violent, non ?

Dans toutes les cités se répandait l'horreur :
D'infernales légions aux relents mortifères
Dévoraient les vivants pour raviver leur cœur,
Sonnant l'ultime glas des maisons crucifères.

Ils étaient acculés au fond du défilé,
Couverts par un manteau de brume suffocante.
Les cadavres des morts qui s'étaient empilés
Formaient un parapet de chair sanguinolente.

Elle hurlait à la mort pendant qu'elle enfantait.
De son corps frissonnant survint un craquement,
Du ventre rebondi le mort-né éclosait,
Emportant avec lui des rivières de sang.

Oh oui, assez d'hémoglobine et de cervelles pour remplir une piscine olympique. Mais le gore n'était jamais vulgaire avec Al-Hazred, les démembrements et les décapitations avaient un côté poétique, presque noble. Et les descriptions, toutes en rimes, une véritable symphonie. Tantôt saccadée et oppressante, tantôt rapide et haletante. C'était un virtuose du rythme, un modèle que je ne m'imaginais pas égaler...
— Mmm, pas trop violent, mentis-je.
Je ne voulais pas passer pour un psychopathe, surtout pas à ses yeux.
Elle s'apprêtait à me répondre quand une de ses amies l'appela. Elle me salua rapidement et partit la rejoindre, cela mettait fin à notre première conversation.
Son nom était Penthélisée, nous étions dans la même classe cette année.

Comme mon ombre intangible,
Elle accompagne mon cœur.
Seule sa force paisible
Peut dissiper ma noirceur.

Elle est là, ma belle amazone,
Ses sombres mèches voltigeant
Dans les prémices du cyclone
Qui nous noiera dans le néant.

Je terminais "Les timides rêvent-ils de royaumes dystopiques ?" quelques jours plus tard. La fin était étonnamment naïve pour un livre baignant dans une atmosphère aussi sombre. Les survivants parvenaient à concevoir un antidote et mettaient un terme à l'épidémie de zombies, et bien sûr, le héros sauvait une dernière fois la fille qu'il aimait et recevait enfin un baiser de gratitude.
Extrait.

Nos ennemis vaincus, elle s'approcha de moi.
Tant de dangers mortels et blessures endurées
Pour sauver la cité, protéger mon aimée ;
Ses lèvres sur ma joue, ce délicieux émoi…

Mais quand elles se retirent,
C'est ma chair qu'elles déchirent.
Nos peaux soudées se repaissent
De cet indicible espoir
Si typique à notre espèce
De toujours crier "Victoire !"

L'œuvre ultime n'avait pas besoin de ce genre de happy end, voilà ce que m'apprit Al-Hazred. Il avait beau être diaboliquement doué, son écriture était encore entachée d'une innocence puérile. Je refusais ce genre de compromis, la fin devait être la plus viscérale possible, comme un long râle d'agonie dont l'écho perdurerait dans l'âme du lecteur.
C'est avec ces idées que j'entrais à la bibliothèque, direction le rayon écriture. C'était bien beau de vouloir s'élever au-dessus de géants, mais il me fallait d'abord commencer par les bases. Lire des guides me répugnait, cela me rappelait à quel point je ne maîtrisais pas mon domaine. Je savais à peine différencier une strophe d'un vers et la rythmique m'était totalement hermétique.
J'avais sans doute assez de potentiel pour écrire de belles choses, mais la méthodologie me faisait encore défaut.
Je m'installai à une table et pris des notes, sautant allègrement les chapitres introductifs pour aller à l'essentiel. Je restai jusqu'à la fermeture, puis, estimant avoir assez travaillé, renvoyai tout ce beau monde à sa place.
La bibliothèque se trouvait au centre-ville, soit à une demi-heure de chez moi. Cela m'aurait pris quatre minutes en métro, mais il faisait trop beau pour se perdre dans des souterrains sales et déprimants. Les journées ne duraient pas longtemps à cette période de l'année, le soleil se couchait déjà malgré l'heure peu avancée. Je n'aimais pas faire dans les clichés, mais il fallait avouer que le spectacle était d'une rare beauté. Voir toutes ces nuances d'orange orner la ville me plongeait dans un état de parfaite béatitude. Comme si le ciel nous gratifiait d'un dernier moment de contemplation avant de baisser les rideaux.
L'œuvre ultime, pensai-je, devait être à l'image de la vie, un cycle de nuits maussades et de journées épiques. Ternes westerns et cyclopéennes arènes, qui s'enchaîneraient encore et encore jusqu'au grand final. L'explosion.
La plus parfaite des structures possibles, sans aucun doute. Belle dans sa noirceur et noire dans son inhérente beauté.

Ciel rouge orangé
Exsangue d'un soleil mort
Enfante la nuit.

Je repensai à Penthélisée.
Elle personnifiait si bien cet équilibre qu'elle ne pouvait être que le fruit de mes fantasmes.
Penthélisée... tiens, la voilà qui apparaissait dans un coin de ma vision.
Debout devant un magasin de vêtements, scrutant des mannequins d'une expression sombre. Ses longs doigts fins parcouraient ses cheveux, elle s'humectait ses lèvres si roses que j'aurai souhaité les mordre sur-le-champ.
Je restai immobile à une centaine de mètres d'elle, m'assurant qu'il ne s'agissait pas d'une illusion.

À l'aube nimbée d'aiguail,
Les fleurs s'ouvrent à la vie.

Figée dans ses rets fragiles,
L'araignée attend sa proie.

Quand ma raison fut enfin apaisée, je pus de nouveau l'admirer dans toute sa splendeur. Plus je la dévorais des yeux et plus je me sentais misérable, maigre, petit et moche. Il n'y avait rien en moi qui pouvait l'attirer. Alors, comme s'il suffisait de broyer du noir pour la mettre en marche, ma machine à fantasmes s'activait. Un espoir cruel et futile était tout ce dont elle avait besoin, et la voilà qui tirait des plans sur la comète : Penthélisée s'intéressait à moi, même si je n'en valais pas la peine, elle me traitait de sot et m'exhortait à croire en ses sentiments.
Les chances que cela arrive n'étaient pas nulles, seulement infiniment faibles.
Assez pour abandonner ?
Non.
J'en avais bien peur.
S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, j'aurais sûrement baissé les yeux et continué mon chemin, mais ce n'était pas possible avec Penthélisée.
Elle m'hypnotisait, tout simplement.
L'attraction qu'elle exerçait sur moi dépassait mes craintes.
Je m'approchai lentement et hasardai un salut. Elle sursauta légèrement, puis se retourna comme un chat qu'on aurait pris au dépourvu.
— Oh, hey !
Ses traits se détendirent, je retrouvai la Penthélisée au sourire arrogant.
— Tu traînes en ville toi aussi ?
— Euh... je suis juste passé à la bibliothèque.
— Ha, des livres hein, très surprenant. Encore des trucs de zombies ?
— Non, répliquai-je avec un sourire embarrassé. J'en ai eu ma dose.
Je n'allais pas lui dire que j'écrivais, elle voudrait sûrement lire mes poèmes et ça, il en était hors de question. Je trouvai rapidement un nouveau sujet de conversation :
— Tu fais du sport ? demandai-je en pointant du doigt le gros sac qu'elle se trimballait.
— Oh oui, du taekwondo, tu sais, avec les pieds. Je vais passer la nuit au dojo, j'ai une grosse compétition demain.
— Wow, c'est vraiment cool !
Elle eut l'air surprise, ne s'attendant certainement à ce genre de réaction de ma part. J'avoue avoir répondu par impulsion, je le pensais sincèrement et si fort que... c'était juste sorti.
— La plupart des mecs ne trouveraient pas ça cool, une fille qui aime se battre.
— Je ne suis pas un mec comme les autres, et... euh... tu n'es pas une fille comme les autres.
Ce qu'exprima son visage en cet instant ?
Pure malice.
J'étais à la fois charmé et effrayé, il y avait réellement quelque chose de pas très net chez elle, et je n'en fus que plus attiré.
Elle acquiesça lentement tout en m'allumant de son regard sulfureux.
— Pas faux, murmura-t-elle.
Puis elle me salua rapidement avant de s'en aller. Une nouvelle fois.
— B-bonne chance, bredouillai-je après maints efforts.
Elle avait déjà disparu.

Mon soleil s'en est allé
Par-delà l'horizon blême,
Tout ce rose parfumé
Aussi fade que la crème…

Les lundis matins avaient gagné en amertume, même le métro ne parvenait plus à me consoler.
Penthélisée, je n'avais qu'elle en tête, et plus j'y pensais, plus je me disais que c'était impossible, que ces conversations étaient tout ce que je pouvais espérer. Je refusai de rêver, de me mentir, mais un infime espoir persistait ; car c'était elle qui m'avait parlé en premier.
Cruelle, cruelle Amazone, qu'est-ce qui se cache derrière ton masque ?
Je n'eus pas de réponse ce lundi-là, elle entra en classe et se dirigea tout de suite vers moi. Je ne l'avais jamais vue aussi heureuse, aussi resplendissante. Elle fit un signe de victoire avec ses mains et tira la langue.
— Championne régionale, ha ha. Ils n'ont pas fait long feu face à l'élégante surpuissance de mon super coup de pied dans les côtes ! Fallait voir leur tête quand je les mettais K.O, mouahaha c'était trop cool.
— Wah, c'est impressionnant
Je l'imaginais massacrer des filles à la chaîne, à la fois la plus belle et la plus redoutable du tournoi. Une princesse-guerrière qui ne laissait pas même un grain de lumière à ses adversaires. Voilà le genre de fille dont j'étais follement tombé amoureux, moi, le Fantôme.
— Il y en avait beaucoup dans ta catégorie de poids ?
La question était innocente, mais j'eus droit à une grosse bourrade dans le dos.
— Allons, allons monsieur, je suis beaucoup plus fine que j'en ai l'air... pigé ?
Je hochais la tête avec insistance, son sourire nerveux témoignait d'une franche irritation.
Ne jamais parler de son poids, bien noté.

***
Quelques jours plus tard, je rencontrais celui qui allait être mon véritable premier ami.
Son nom était Adam, le plus grand pervers qu'il m'ait été donné de voir. Il pouvait vanter durant des heures le charme des filles qui portaient des bas résilles, et passer tout autant de temps à philosopher sur la question ultime selon lui : petites ou grosses poitrines.
— C'est indéniablement une problématique œdipienne, me disait-il en prenant son air le plus doctoral. D'un côté, on trouve ceux qui désirent s'étouffer dans le tendre et opulent mamelon maternel, sans doute pour combler cette pulsion immédiate, bestiale, du bébé souhaitant téter goulûment sa pitance pour survivre. Si on s'intéresse à leur enfance, on comprend qu'ils ont été très tôt délaissés par leur mère, et cela donne naissance à des psychopathes en puissance, des beaufs fans de tuning, ou pire, les deux en même temps. Ce genre de mecs veut tout, tout de suite, et en grosse quantité.
Tout en gardant son aura académicienne, il bavait légèrement en pelotant une poitrine imaginaire.
— Mais il ne faut point se méprendre ! criait-il soudain, emporté par son élan. Il existe aussi ceux que l'immédiat ne comble pas ! Ils n'ont pas la folie des grandeurs, ils ne se laissent pas impressionner par les apparences. Ce sont des rêveurs, des idéalistes. Les petites poitrines sont leur Nirvana, ils cherchent la délicatesse dans sa plus pure expression, tu comprends ? Ce sont des porcs au cœur d'enfant, des pédophiles, des fétichistes de femmes-chat qui aiment les voir se faire violer par des monstres à tentacules, voilà !
Et l'heure du jugement venait. Adam, grave, posait sa main sur mon épaule.
— Dans quel camp es-tu ?
— Euh... je...
— Attention, si nos idéaux diffèrent, on pourrait devenir les plus grands ennemis que la littérature ait jamais connus. Que la sagesse des gens bien soit avec toi, fait le bon choix.
Je pondérai sérieusement la question, puis répondait, non sans crainte :
— Entre les deux, je pense.
— Mmm, pareil. On est d'accord qu'il faut castrer le reste.
Mis à part cela, c'était un gars sympa.

Reluquer tes nichons,
Ce n'est pas très cochon ;
Mais si on les tripote,
On finit en compote !

Penthélisée avait aussi une amie au lycée, Oswaldine.
Si la première était une sombre amazone, l'autre ressemblait plus à une princesse tout droit sortie d'un conte de fée. Délicate et fragile, elle avait passé une grande partie de son enfance à l'hôpital. Oswaldine était le cliché même de la noble demoiselle de bonne famille, toujours accompagnée de son ombrelle et experte en matière de thé.
Sa relation avec Penthélisée était pour le moins atypique, mais pas aussi surprenante que celle qu'elle entretenait avec un certain roi de la petite culotte, Adam. De l'aveu même de ce dernier, il n'y avait rien de sérieux entre eux ; ce n'était qu'une amitié pure et innocente. Je menai toutefois l'enquête auprès d'Oswaldine, imaginant parfaitement Adam la harceler contre son gré, elle qui était si timide.
— Oh, mais pas du tout, répondit-elle en baissant les yeux et en rougissant. J'apprécie réellement nos conversations, il est si passionné par les poitrines féminines, je trouve cela fascinant.
Je fronçai les sourcils, dubitatif, puis décidai de ne pas creuser davantage. Les filles étaient vraiment impénétrables... (Argh, voilà que je parle comme lui, maintenant).
C'est en traînant avec ces deux-là que je pus me rapprocher un peu plus de Penthélisée. Quelques semaines seulement après la rentrée, notre quatuor nouvellement formé commençait déjà ses premières expéditions.
Nous nous retrouvâmes un dimanche matin pour pique-niquer (Adam, sort de ce corps). Il faisait étonnement beau pour cette période de l'année, le soleil tapait fort et il n'y avait aucun nuage à l'horizon.
J'étais si excité que je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. J'en avais profité pour écrire mes premiers poèmes "blancs". Sans morts, sans tristesse, sans pathos, car j'étais sincèrement heureux.

Fouettée par les vents,
La mer de roseaux ondule,
Sans jamais fléchir.

On s'installa sur la pelouse et tout le monde sortit ce qu'il avait amené. J'avais opté pour des chips et des boissons, rien de bien original.
— C'est quoi le machin noir dans cette boite ? demandai-je à Oswaldine.
— Du caviar, pourquoi ?
— Du ca-caviar ?! m'exclamai-je à l'unisson avec Penthélisée.
Elle nous regarda avec ses grands yeux de chiot apeuré, surprise. Adam se fendit alors d'un sourire narquois et lui caressa tendrement les cheveux.
— Oswaldine est la fille unique de l'homme le plus riche de la ville, vous ne saviez pas ?
Non, nous n'étions pas au courant. Il est vrai qu'on aurait pu aisément le deviner, mais cela restait étonnant.
— Désolé, murmura-t-elle en baissant la tête, visiblement gênée. Je ne pensais pas que ce genre d'aliment était aussi...
— No problemo ! la coupa Penthélisée en l'attirant brusquement vers elle. Alors raconte, vous avez des domestiques et tout le tralala ?
— Seulement une dizaine, il n'y a que moi et mes parents donc...
— Bon ! fit l'amazone en se relevant, impériale. S'il y a un voyageur du temps parmi nous ou un alien venu d'une autre galaxie pour espionner la race humaine, il est temps de se dévoiler. Je ne veux plus de surprises !
— Supposons qu'il y en ait, déclara Adam, je doute qu'ils aient à cœur de se livrer aussi facilement.
Elle frappa sa paume du poing, frustrée, mais son visage s'éclaira quand Adam proposa une solution.
— Élémentaire ma chère, il suffit que l'on se déshabille et qu'on examine nos...
Crac !
Un pied, un visage.
Adam décolla du sol et s'écrasa quelques mètres plus loin, le nez en compote. Il leva le pouce en l'air et afficha une mine satisfaite.
— En tant que masochiste averti, j'approuve.
Penthélisée prit une pose victorieuse pendant qu'Oswaldine sirotait docilement son thé. Je levai alors la main, histoire de ne pas rester à l'écart. L'amazone me fusilla du regard, prête à décocher son super kick si par malheur j'avouais être un alien.
— Euh... je ne pense pas qu'il y ait d'extraterrestres ou de voyageurs du temps parmi nous. Je veux dire... c'est certainement moins répandu que les riches, pas vrai ?
Elle pondéra ma réponse un instant, puis se calma, convaincue.
Et puis comment serait-ce possible bon sang ! éructai-je intérieurement.
Nous passâmes le reste de la journée à jouer aux cartes et à se raconter des blagues. Le soleil se coucha bien trop tôt, je ne m'étais jamais autant amusé.
En rentrant chez moi dans le métro, certaines personnes me reluquèrent d'une étrange façon. Je ne pouvais pas m'empêcher de sourire bêtement.

S'est posé sur mon cœur un flocon de nuage,
Vif bourgeon d'une fleur aux pétales volages.
Folle légèreté qui m'emporta au ciel
Caresser un soleil aux dorures de miel.

Lundi matin, adieu amertume.
J'étais heureux.
Les examens arrivaient à grands pas, il était temps de se mettre au travail.
Je n'étais pas une lumière dans les matières scientifiques, mais il fallait avouer que je me débrouillais pas mal dans les langues. En réalité, j'avais été le meilleur en première année.
Ma professeure de Français adorait mes dissertations, sans oublier mon nombre de fautes comparé à (début de citation) mes illettrés de camarades abrutis par la télévision et toute l'armada d'applications débiles qui pullule sur leur smartphone! (fin de citation). Quant à ma prof d'anglais, elle aurait sans doute érigé une statue en mon nom si elle en avait eu les moyens.
L'admiration que ces deux-là me portaient n'avait d'égal que la haine que me vouait les autres.
Fainéant, crachait le prof de maths dans mon relevé de notes. Peut mieux faire, puisqu'il ne fait rien en l'état, balançait celui de philosophie. Tandis que la palme d'or revenait à notre cher ami des sciences de la vie et de la terre : Katastrophe natürelle ! Oui, il était allemand.
Les conseils de classe offraient de longs débats épiques lorsqu'il s'agissait de mon cas. D'un côté mes deux groupies et de l'autre mes – nombreux – détracteurs. Autant dire que ces derniers remportaient facilement la mise.
À cause de mon look d'intello, les gens s'imaginaient que j'étais un bosseur. La vérité était tout autre, et ils s'en rendaient compte assez vite. Contrairement à certains, j'avais honte de ma médiocrité. J'aurais voulu être un crack, même si dans les faits, je ne faisais absolument rien pour m'améliorer. L'idée ne m'aurait pas effleuré si j'avais eu une tronche de délinquant, mais j'étais ce que j'étais : une fausse tête d'ampoule. Décevant, plus pour moi que pour les autres.
Le reste de mes amis n'avaient pas ce problème d'image. Adam avait l'air d'un grand glandeur et il l'était effectivement. Oswaldine trônait au sommet de la classe et Penthélisée se traînait dans le ventre mou.
On se réunissait parfois pour travailler ensemble. Les filles nous aidaient à avoir la moyenne en maths et j'en profitais pour crâner un peu dans les langues.
— Tu peux facilement reformuler cette phrase pour la rendre plus fluide, et il manque un accord ici.
Je notai mes remarques au crayon pendant que Penthélisée m'écoutait d'une oreille attentive.
Nous avions un devoir à rendre en français et je corrigeai ses fautes.
— Comment ça se fait que tu sois aussi fort dans ces trucs, me demanda soudain Adam, t'es nul partout ailleurs, encore plus que moi.
— Je lis, t'as oublié ?
— Oh, intervint Oswaldine, moi aussi !
Cela ne m'étonnait pas, mais j'étais prêt à parier qu'Al-Hazred ne faisait pas partie de sa bibliothèque.
— J'adore les auteurs classiques, reprit-elle gaiement, puis elle se mit à les énumérer sur ses petits doigts de porcelaine, Hugo, Maupassant, Flaubert...
Je me forçai à sourire, faute de pouvoir lui fournir une réponse satisfaisante. C'était l'un de ces moments où les mots me faisaient défaut. Je me rendais bien compte que je tenais là une occasion en or pour parler de ma passion, pour en savoir plus sur Oswaldine, et pourtant rien ne sortait. Blocage complet.
J'avais peur de me dévoiler, peur que l'on se moque de moi. Absurde, je le savais, ce trio n'allait jamais me faire de mal. C'était néanmoins un réflexe qui me rendait impuissant. Dès que l'on s'intéressait à moi, je me repliais dans un mutisme gêné.
J'étais l'origine du problème. Je devais apprendre à m'aimer, à m'accepter, mais comment ? J'avais honte, oh terriblement honte de ma perversité. Je rêvais de souiller la pureté d'Oswaldine, je fantasmais sur le corps nu de Penthélisée, j'enviais l'aisance et la nonchalance d'Adam. Mes amis, mes précieux amis, et je nourrissais ces sentiments abjects à leur égard. Comment tolérer un monstre pareil ?

Tes yeux sont des diamants,
Les soleils de mon âme.
Mes bras sont tes amants,
Tentacules infâmes…

Mon amour torturé se repaît de ton corps,
Se délecte à mourir de t'effleurer encore,
Mon cœur abandonné remplit ma solitude
De phantasmes infects où mes mains te dénudent...

Je pensais que la solitude était la principale cause de ma mélancolie, mais il s'agissait de mon existence, tout simplement.
Ce monde était rempli de psychopathes, de salauds aux déviances toutes aussi dégueulasses les unes que les autres. On trouvait pourtant deux genres de tarés : ceux qui prenaient plaisir sans culpabiliser, et ceux qui avaient conscience de sombrer lentement dans la déchéance. Je faisais partie du dernier groupe.
— T'écris, sinon ? me demanda soudain Adam.
Les filles quittèrent leurs cahiers, intéressées.
— Oui, répondis-je en soupirant. Rien qui ne vaille la peine d'être partagé pour l'instant, mais je le ferais dès que je serai prêt.
Penthélisée me lança alors un de ces regards dont elle avait le secret. Malice et démence dans une seule expression, le genre qui me donnait envie de plonger ma langue dans sa bouche, d'enfoncer mes doigts dans sa chair si blanche.
— J'ai hâte, articula-t-elle lentement, on lèvera enfin le voile sur le mystère.
Oh, ma belle amazone, la vérité te donnera envie de vomir.

***


---------------------------------------------------------
EDIT 1 : correction d'une faute (compotte ><) et suppression de "(1°partie)" dans le titre pour des questions de... "fluidité de lecture" :-¬?
EDIT 2 : 1° fournée de corrections Milla
EDIT 3 : 2° fournée de corrections Milla
EDIT 4 : 1° fournée de corrections Rémi
« Modifié: 15 Octobre 2014 à 14:36:49 par Viviane »
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

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Les Métamorphoses du Vide
(2° partie)



Le semestre arrivait à son terme et la neige s'invitait en ville.
Pure, pure, pure.
Si seulement mon esprit pouvait l'être autant. Ces lamentations me fatiguaient, je couchais ma frustration sur papier :

Au fond de mon cœur
Un démon noir
En pleur

L'Amazone au regard condescendant
Rallume les cendres
De ma perversité

Convenu, encore trop convenu.
C'était loin du niveau que je souhaitais atteindre. Tout le monde était capable d'écrire cela, or je voulais me démarquer du commun des mortels.
Pour quelle raison, déjà ?
Ah oui, être en paix avec moi-même.
Si les gens voyaient ce qu'il y avait de plus sombre dans mon âme, s'ils m'admiraient pour cela, alors peut-être m'accepterais-je enfin.
Peut-être.
Le train quitta les souterrains et remonta vers l'extérieur, dans les hauteurs de la ville. J’aimais ces moments, car la lumière matinale se déversait dans les wagons, comme des faisceaux d'espoir au sortir d'une longue immersion dans les ténèbres.
Une renaissance.

Quand la nuit s'éteint,
Les constellations s'estompent.
L'éclatant soleil
Irradie d'espoir les vies
Qui rêvaient de jours meilleurs.

Comme à sa grande habitude, Penthélisée tabassait Adam.
Elle en profitait pour perfectionner sa technique au pied, tandis qu'il assouvissait ses penchants masochistes. Je suivais la scène au côté d'Oswaldine, sirotant un fabuleux thé dont elle avait le secret.
— Ils forment une belle paire, pas vrai ? fit-elle à mon intention.
J'acquiesçai en lui rendant un sourire embarrassé, elle était toujours aussi radieuse.
— Deux grands gamins en effet, mais c'est pour cela qu'on les aime, n'est-ce pas ?
Si on mettait de côté mes crises de mélancolie, je me sentais réellement à l'aise en leur compagnie. Ils accaparaient tellement d'attention avec leurs bêtises que je pouvais tranquillement rester dans l'ombre. Oswaldine partageait le même plaisir, nous étions du genre spectateur, comme des parents qui contempleraient leurs enfants avec amusement.
— Connais-tu le fleuve de Léthé ? lui demandai-je à brûle pourpoint.
— Le fleuve de l'oubli, mythologie grecque si ma mémoire est bonne. On raconte que les âmes défuntes qui souhaiteraient revenir sur terre doivent d'abord boire de son eau pour oublier leur vie antérieure.
— J'ai écrit un poème sur ce thème. Tu voudrais bien me dire ce que t'en penses ?
Je ne lui aurais jamais demandé cela si mon texte n'était pas bon. C'était ce que j'avais écrit de meilleur, le rythme était parfait, le contenu était puissant.
Un véritable chef-d'œuvre, j'en étais persuadé.
Je l'avais envoyé à un petit concours municipal, mon premier pas vers la gloire.
Je lui tendais le manuscrit sans pour autant cacher ma nervosité. J'avais beau avoir confiance en ce texte, elle était la toute première personne à me lire. Mon estomac se noua dans des positions improbables.
Et si ce n'était pas bon, me disais-je, et s'il s'avérait que je n'avais aucun talent ?


Mémoires de Léthé

Sur les rives de ma solitude
Des vagues à l'âme ensevelissent
Les ruines ravagées de mon cœur…
Perpétuel recommencement.

De l'onde insignifiante au reflux,
Mes inspirations déliquescentes
Sombrent dans les gorges de la Mort,
Ultime asile de ma folie.

Tant d'éons prisonniers dans les limbes.
J'aspire à nouveau de voir le monde,
Quitte à renoncer à mon passé.
Ablation de mon extrême action…

L'âme légère, j'éclos en elle,
À la recherche du temps perdu,
De paradigmes artificiels
Et d'expériences hétéroclites.

Encore un cycle de connaissances,
Enrichi d'amours et de rencontres,
Qui nourrit mon Karma dépouillé.
Il est temps pour moi de m'effacer.

L'hiver de nos vies se fait pressant
D'engloutir la chaleur de nos cœurs
Dans son linceul livide et putride.

La Mort inspire-t-elle au renouveau ?
Nos pensées stériles voguent-elles
Sur le Styx des pleureuses en larmes ?

Cingler sur les fleuves des Enfers,
Découvrir ces passés inconnus,
Puis boire à la coupe de l'Oubli…

C'est la ronde des âmes maudites
Qui font Les Mémoires de Léthé.


Oswaldine parcourut le poème sans changer d'expression, certains passages devaient pourtant la toucher, mais elle demeura stoïque, inaccessible.
L'effet était totalement raté.
— J'ai aimé, conclut-elle enfin, il y a de belles images, et puis c'est fluide.
Ha ha ha.
Pathétique.
Elle voulait simplement me faire plaisir, si le texte l'avait réellement marqué, elle aurait réagi bon sang ! Je lui arrachai le manuscrit des mains et le déchirai en lambeaux.
— Merci pour ton aide inestimable, crachai-je.
Il était rare que je sois aussi agressif, je commençai à suer. De l'électricité me traversa les veines, je devins raide comme un piquet, prêt à m'écrouler. Elle me fixa avec de grands yeux apeurés, puis son visage vira au cramoisi.
— D-d-dé-désolée !
Elle était si nerveuse qu'elle bégayait. Cela faisait pitié à voir, dire que certains mecs adoraient ce genre de pleurnicheuses. T'es beaucoup trop timide Oswaldine, encore heureux que tu sois friquée et mignonne.
Ha...
Je rassemblai toutes mes forces pour dessiner un rictus sympathique.
— Ne t'en fais pas, je le pensais vraiment quand j'ai dit que ton aide était inestimable. J'ai simplement déchiré la feuille par... euh... habitude, voilà. J'ai froissé tellement de brouillon que c'en est devenu automatique.
Elle sécha ses larmes, renifla un bon coup, puis murmura de sa petite voix :
— V-vraiment ?
— Vraiment. Je ne vais quand même pas me fâcher contre toi, si ?
Elle se calma, convaincue par ma réponse.
Cela se passait toujours comme ça avec elle, on pouvait la maltraiter sans raison, il suffisait de s'excuser après coup et tout était réglé. Oswaldine était l'une des rares personnes à se montrer encore plus faible que moi, alors je passais parfois ma frustration sur elle.
Méchant ?
Oh oui, je n'étais pas parfait.

J'y avais mis toute mon âme,
Triomphant de ma honte infâme.
Mais mon amie embarrassée
M'a révélé ma nullité.

Les vacances de Noël arrivèrent.
Cela était synonyme de fête pour la plupart des gens, l'occasion de retrouver ses copains ou de revoir sa famille, mais ce n'était pas le cas pour moi. Je me contentais de rester dans ma chambre à jouer et à lire. Activités solitaires pour un gamin solitaire.
Cette année n'était pourtant pas comme les autres, je m'étais fait des amis.
À ma grande surprise, Penthélisée m'appela à la veille de Noël.
— Yo ! T'as des plans pour demain ?
— Pas vraiment, non.
— Parfait ! On part au ciné tous les deux, il y a un film que je dois absolument voir.
Je croyais rêver. Une fille m'invitait à sortir, et pas n'importe laquelle. Ma sombre amazone, ma princesse guerrière.
— Qu'en est-il des autres ? hasardai-je.
— Oswaldine est en voyage à l'étranger, et Adam est trop occupé à aider son père dans leur pâtisserie. Il ne reste plus que toi pour me tenir compagnie.
Elle et moi, ensemble pendant toute une journée. Oh mon Dieu, avais-je réellement le droit d'y croire ?
Elle me donna rendez-vous dans l'avenue marchande, au même endroit où on s'était parlé la deuxième fois. Quand je repensais à notre relation à l'époque, je me rendais compte à quel point les choses avaient évoluées. Si on pouvait sortir maintenant en tant qu'amis, peut-être que d'ici quelques mois on allait devenir un vrai couple.
Oui.
Les chances n'étaient pas nulles.

Les cœurs esseulés
Frémissent dans l'air glacial…
Délicats flocons.

J'arrivai sur place trente minutes avant l'heure. Noël oblige, les rues étaient noires de monde. Si des gens me voyaient avec Penthélisée, rien que nous deux, penseraient-ils que nous serions ensembles ? Ce faux intello au physique ingrat avec cette splendide athlète ?
Mon cœur me chatouillait à cette seule pensée, j'étais prêt à brûler en enfer pour réaliser ce rêve.
Elle arriva quelques minutes plus tard, en avance elle aussi.
Je m'étais déjà tant étendu sur sa beauté, épuisant mon peu de vocabulaire à tenter de lui rendre honneur ; mais que dire de cette Penthélisée qui s'offrait à moi lors de cet après-midi glacial ?
Ah...
Elle portait de petites bottines marron qui claquaient sur les pavés, des bas résilles qui magnifiaient ses longues jambes, ainsi qu'un long manteau auburn qui la faisait paraître encore plus mince.
Ses cheveux noirs dansaient au rythme du vent, aussi fins que du velours. J'avais envie d'y glisser mes mains, mais je m'y refusai.
Elle balaya la foule du regard et se réchauffa les doigts. Pas de vernis à ongles ni de rouge à lèvres, elle n'avait pas besoin de maquillage pour être belle.
Le froid avait rendu sa peau encore plus pâle, seules ses joues se coloraient d'une petite teinte rosée. Je frissonnai, cette fille était là pour moi. Elle me vit enfin et remua ses bras pour m'intimer de venir, son sourire suffit à me réchauffer. Une flamme incandescente qui dévora toutes mes craintes, ranima une gaieté trop longtemps séquestrée.
J'étais l'homme le plus heureux sur terre.
Je me tins sur la pointe des pieds pour lui faire la bise, puis nous nous mîmes en marche vers le grand cinéma de la ville.

Nous,
C'est l'amour au pluriel.
Nous,
Oubli du singulier.
Nous,
Sommes, allons ensemble.
Nous,
Parcourons l'univers.
Nous,
La vie, la destinée.
Nous,
Nul autre mot pour moi.
Nous.

— Il y a un film en particulier que tu souhaites voir ? lançai-je pour engager la conversation.
— Oui ! Celle qui rêvait d'égorger son prince charmant, il parait que c'est gé-nial.
Je n'en avais jamais entendu parler, mais je savais que je pouvais lui faire confiance, Penthélisée en connaissait un rayon sur le septième art.
Nous avions beau arriver en avance, nous trouvâmes une longue queue qui s'étendait du guichet jusqu'au trottoir. Par chance, nous parvînmes à nous installer juste avant le début de la séance.
Celle qui rêvait d'égorger son prince charmant... que dire ?
On suivait l'odyssée meurtrière de deux sœurs jumelles sado-masochistes complètement déglinguées. C'était tour à tour hilarant, gore, triste, absurde, épique, poétique. En un mot : maîtrisé.
Le scénariste avait sans doute signé là son chef-d'œuvre, ce à quoi aspirait chaque artiste digne de ce nom. Je n'arrivais pas à concevoir le nombre d'heures, d'années de travail que cela avait demandé. Quand je comparais cela à mes pathétiques tentatives pour "transcender l'impossible" ou "détruire des âmes humaines", j'avais envie de me cacher dans un coin pour sangloter.
Cela devait se lire sur mon visage, car elle me demanda si je n'avais pas aimé.
— Oh, si. Beaucoup, et toi ?
Gracieuse, elle pencha la tête de côté et sourit.
— J'ai adoré ! Les héroïnes étaient tellement imprévisibles, et puis il y avait des scènes vraiment marrantes, comme quand le gamin s'était fait exploser dans la gare, ou quand elles ont broyé un poney pour le faire bouffer au trisomique par les trous du nez, ha ha ha.
Mmm, oui.
Marrant n'était pas le terme que j'aurai utilisé, dérangeant me semblait plus approprié.
Cette violence gratuite rendait le film assez éprouvant, mais il fallait avouer que Penthélisée avait un faible pour ce genre d'ambiance. Il n'y avait qu'à voir sa réaction quand je lui avais parlé du livre d'Al-Hazred. Ce penchant était à la fois effrayant et excitant. Excitant, car ma noirceur n'allait peut-être pas la rebuter, et effrayant, car je ne parvenais pas à sonder l'étendue de sa démence.
Étais-tu folle, Penthélisée ? Étions-nous tissés des mêmes vices ?

À
Mon
Obscure
Amoureuse,
Muse indicible,
Chère inaccessible
Amour de ma noirceur
Au coup de pied ravageur,
Fracasse-moi le sacré-cœur,
Brise le vitrail de mon poitrail
Et libère l'âme de mes entrailles !
Je me délecte en pensant à cet impact
Qui scellera enfin le plus impur des pactes.

La nuit était tombée, l'avenue resplendissait de lumière. On aurait dit une de ces immenses artères insomniaques, avec sa jungle de néons multicolores et sa foule crépitant dans un brouhaha incessant. Il ne neigeait pas encore, et le ciel était dénué d'étoiles.
Une pleine lune nous lorgnait de là-haut, pâle.
Cette atmosphère ne m'était pas inconnue, une poussée nostalgique me submergea tout d'un coup. Les bruits se mêlèrent aux fortes odeurs d'épices, ma vision devint trouble.
Je vacillai.
Penthélisée me rattrapa de justesse, ses longs doigts enserrèrent mon bras trop maigre. Je posai ma tête sur son épaule, fiévreux. Ses cheveux avaient une odeur de lavande, je les humai furtivement.
— Qu'est-ce qui t'arrive, tu te sens bien ?
Il y avait de l'inquiétude dans sa voix.
Quel salaud, tourmenter une fille aussi charmante.
De la buée s'échappait de ses lèvres, l'air qu'elle exhalait me caressait la joue, aussi doux, aussi frais qu'un baiser.
— Rien, lui répondis-je, seulement une forte impression de déjà-vu. Cette rue, ces lumières, ce vide... me parlent, comme s'il s'agissait d'un lointain souvenir, un fragment d'une autre existence. Ça me donne le vertige.
Je ne savais plus ce que disais, je commençais peut-être à perdre les pédales.
Penthélisée, loin de se montrer rebutée, enroula ses bras autour de mes épaules. Une vive chaleur m'inonda. Par chance, son manteau était trop épais pour que sa poitrine me touche le dos. Ce geste qu'elle venait de faire me paraissait si pur, si inattendu, que je n'osai pas le souiller de pensées perverses. Seuls les battements de son cœur m'atteignaient, leur rythme était lent et posé, contrairement au mien, chaotique, hésitant. Elle murmura à mon oreille :
— J'ai parfois l'impression que tu es ailleurs, loin de ce monde. Est-ce qu'il y a quelque chose que t'essaies de fuir, qu'est-ce qui te tracasse autant ?
Toi, belle amazone.
Pourquoi t'intéresser à moi, pourquoi me donner tant de faux espoirs ? M'inviter un soir de Noël, me faire rire, rêver... pourquoi ? Regarde-toi, regarde-moi, tu n'es pas censée traîner avec moi, et encore moins te montrer si gentille.
À force de rester ainsi, j'eus l'impression que nos cœurs avaient fusionnés, ils battaient au même rythme. Calme ou chaotique, je n'aurai su dire, uni, voilà tout.
— Je ne sais pas, répondis-je enfin, je ne sais pas.
Elle relâcha la pression, s'éloigna de moi doucement. Assez pour ne plus vibrer à la même cadence.
— Je n'ai aucune envie de rentrer chez moi ! fit-elle soudain de son habituel ton jovial, que dirais-tu d'accompagner une jolie jeune demoiselle pour manger ?
Je hochai la tête, ce n'était pas le genre de proposition que l'on pouvait refuser.

Du fumier putride
Fleurissent les plus belles fleurs.
Remugle et fragrance…

Nous nous dirigeâmes vers le fast-food le plus proche.
En bon gentleman, je proposai de lui payer son repas. Elle accepta avec un petit sourire narquois, puis commanda une montagne de burgers.
— Tah ! s'exclama-t-elle en dévorant ses premières victimes, rien de mieux que de la bonne malbouffe après un bon ciné.
J'allais la charrier sur sa catégorie de poids, mais je me rappelai alors à quel point le sujet était sensible. Voyant que je demeurais muet, elle fit une moue et me piqua une frite.
— On est potes, non ? Dis-moi ce qui te chagrine autant, je pourrai peut-être aider.
— Je ne sais pas... lâchai-je automatiquement, puis soupirai un bon coup.
J'allais sans doute regretter mes prochaines paroles, mais elle insistait tellement qu'il fallait que ça sorte :
— Je me sens misérable, voilà, j'ai l'impression de n'être qu'une merde comparé aux autres. Je ne suis pas intelligent, je ne suis pas fort, je ne suis pas drôle, je ne suis pas beau. Je voudrais juste modifier l'image que je renvoie, mais je n'y arrive pas, et cela  me déprime.
Elle me zieuta avec de grands yeux surpris. Cette expression ne lui allait pas, je préférai la Penthélisée mystérieuse et pleine d'assurance.
— Mais... pourquoi ?
Parce que je suis faible, fade et pervers bon sang, comment peux-tu être aussi aveugle !
— Je ne sais pas, grommelais-je, je ne sais pas.
Elle posa une main sur mon épaule, piqua encore quelques frites, puis revint à sa nonchalance habituelle.
— Meh, tu n'as juste pas assez confiance en toi. Sors plus souvent ou trouve-toi une copine, tu verras que ça ira mieux.
Je me retenais d'exploser de rire.
Moi, une copine, la belle blague !
— Et qui voudra de moi ?
— Oh, arrête. T'es le mec le plus gentil que je connaisse, faut simplement que tu croies en toi. Les gens ne sont pas attirés par les gars qui ne parlent pas, faut que tu sortes les crocs, que tu les domines. N'aie pas peur et ils viendront vers toi. Les filles aussi, si tu tentes pas ta chance ça ne sert à rien. T'es gentil, on ne te fera jamais de mal.
Gentil, le mot magique qui ne voulait rien dire, c'était ce que l'on sortait quand on n'avait rien sous la langue pour vanter quelqu'un.
Sacrée Penthélisée.

Amazone indomptée,
L'arc de ta bouche
M'a transpercé
De sa flèche.
Mon cœur
Meurt

— Sinon, fis-je pour changer de sujet, tu ne trouves pas que l'inspecteur du film était super sexy ? On aurait dit que le réalisateur faisait tout pour qu'il se retrouve à moitié nu.
— Ha ha ha, j'avoue qu'il était mignon, dommage qu'il soit encore plus taré que les héroïnes.
Ayant fini de manger, nous rangeâmes nos plateaux et quittâmes le fast-food.
— C'est ce qui fait son charme, répliquai-je avec un grand sourire, ça change des vieux inspecteurs torturés qui boivent comme des éponges ! Ce gars prend juste son pied à chasser des malades, je kiffe.
— Oh mon Dieu, tu ne serais pas amoureux par hasard ? Ne me dis pas que tu préfères les mecs ?
— J'aime les belles choses, c'est tout.
Et elle rit d'un naturel à la fraîcheur printanière. Je ne l'avais jamais vue aussi heureuse, quelque chose de fort se créait entre nous. Une complicité qui transcendait les mots.
Au même moment, une déflagration retentit au-dessus de nos têtes.
Des feux d'artifice.
Nous nous arrêtâmes pour les admirer, bizarre, on aurait dit un bouquet final clôturant cette superbe soirée.
Le ciel était d'une noirceur insondable, toile parfaite pour ces dessins éphémères.
Si c'était dans un décor pareil, je pouvais le faire.
Oui.
— Penthélisée, puis-je te poser une question quelque peu embarrassante ?
Sifflement, éclosion pyrotechnique, et c'était déjà fini.
— Euh... tu me fais peur, mais je t'écoute.
Une nouvelle salve s'élevait, puis une autre, et une autre, ballet incessant de couleurs venant illuminer cette nuit de Noël.
—Voudrais-tu être ma copine ?
Les dernières particules retombaient lentement, puis s'évanouissaient comme si elles n'avaient jamais existé.
Silence.
La foule repartit de plus belle.
— Désolée, je... je ne peux pas.
Elle avait dit non.
— Ce n'est pas contre toi, reprit-elle, vraiment, je suis désolée.
Achevez-moi, pitié.
— Ne t'en fais pas, fis-je d'une voix qui se voulait rassurante, ce n'est pas grave.
Elle avait dit non.
Elle avait dit non.
Elle avait dit non.
Ma belle amazone ne voulait pas de moi.
Ha ha ha.
— C'était beau, hein, ces feux d'artifice.
— Euh... oui ? répondit-elle, hésitante.
Je me retenais de pleurer durant le reste du trajet. Le métro n'était pas loin, je la quittai et montai dans un wagon rempli de couples enlacés.
Je regardais les paysages nocturnes défiler à travers la fenêtre, flamboyants, féeriques, puis on s'engouffra tout d'un coup dans les sombres profondeurs souterraines. Crasses.
Ah.
Il faisait froid tout d'un coup.
Très froid.

Monsieur,
Nous sommes au regret de vous annoncer que "Mémoires de Léthé" n'a pas été retenu pour notre première sélection. Nous vous remercions de votre participation et vous souhaitons bon courage pour la suite.
Le comité de lecture du concours "poèmes en fleurs".

Je déchirai la lettre.
Absurde, cela n'avait aucun sens.
Même pas passé la première sélection ? Ce poème avait fait pleurer Oswaldine, je m'en souvenais comme si c'était hier ! Elle l'avait lu et s'était mise à chialer. "Je n'avais jamais rien lu d'aussi beau", voilà ce qu'elle m'avait dit, mot pour mot.
N'est-ce pas ?
Oui, oui, bien sûr que oui ! Cela ne pouvait pas être autrement, j'avais littéralement pondu ce texte avec mes tripes. Si mon chef-d'œuvre n'était pas capable de passer la première sélection d'un vulgaire concours municipal, quel sens y avait-il dans mon existence ?
Ce n'était décidément pas possible, j'avais beau être laid, mon âme demeurait tout de même complexe et sensible, que me restait-il sinon ?
Et puis merde, qu'ils aillent tous se faire foutre.
Ces gens heureux, insouciants, ces salauds qui n'avaient jamais eu à fournir d'effort pour se fondre dans la masse.
Tous. Pouvaient. Crever.
Avoir confiance en soi, aller vers les autres ? Foutaises !
Des mots, rien que des mots. La vie n'était pas aussi simple, il ne suffisait pas d'y croire pour que les vœux se réalisent. Les dés étaient truqués, on pouvait bien les relancer une centaine de fois, la fatalité finissait toujours par l'emporter.
L'espoir n'était que la drogue des faibles.
Certains étaient bénis des Dieux, d'autres naissaient sans rien. La vie était ainsi faite. Je n'allais jamais devenir poète, je n'allais jamais trouver mon bonheur en ce monde, je n'allais jamais avoir Penthélisée. Je rêvais de revenir en arrière pour lui hurler combien je l'aimais, mais je n'en aurais pas le courage de toute façon. Je voulais simplement abandonner, oublier toute cette histoire, mais je n'y parvenais pas. Sauter d'une fenêtre, me pendre ? Non, trop peur.
Je me recroquevillai dans un coin de ma chambre, lumière éteinte pour que l'on ne me dérange pas. Il était minuit passé, la nouvelle année commençait, mais cela n'avait aucune importance. Le futur n'allait rien m'apporter.
Mon portable se mit à vibrer, un message :

"On est officiellement en couple avec Oswaldine, héhé :3
Bonnes vacances sinon, hâte de te revoir <3"

Adam


Oh, comme c'est mignon. Je suis très heureux pour toi, sale veinard. Que votre amour pur et innocent dure éternellement. Amen.
Je cassai le portable en deux et l'envoyai paître à l'autre bout de la chambre, c'est fou ce que la haine donnait comme force. Magnifiques vacances en effet, j'attendais avec impatience ma prochaine déconvenue, tout cela était si marrant !
Non, non, non, trêve de pathos, c'était indéniablement de ma faute. Je n'aurais jamais dû me bourrer le crâne de ces idioties. D'ailleurs, qui ne tente rien n'a rien, pas vrai ?
Pas de récompenses, et surtout pas de souffrances.
Allons, allons, ne soyons pas si pessimistes, peut-être était-ce la voie à suivre pour devenir un écrivain décent. En chier à mort pour vomir ensuite sa noirceur. Des litres et des litres d'encre amère, qu'on cracherait à la gueule des gens heureux. Rien de mieux que de voir ces cons vénérer le masque de notre faiblesse, fruit de leur indifférence.
Les grands artistes possédaient des âmes torturées. Ces mésaventures étaient une bénédiction, les clés qui allaient m'ouvrir les portes de la gloire !

Dans mes ténèbres frelatées,
Amertume et désillusion
Sont les seuls compagnons
De mon amour déshydraté.

Dévorant le futile espoir
De voir ma poésie poignante
Toucher l'extase des Bacchantes,
Troubler les cœurs et les mémoires…

Lieu de cela, c'est de l'Enfer
Que viendra mon ultime salut :
Ma muse est un mort crucifère
Au sang d'un noir d'encre absolu !

Non.
Ce n'était qu'un énième faux espoir.
Sûrement, oui.
Haha.
Chaos, encore et toujours, tel un vieil ami dont on ne se défait jamais. Étais-je bon ou mauvais écrivain ? Génie incompris ou simple fou médiocre ?
Personne ne reconnaissait ma valeur, pas même moi, alors à quoi bon persister dans cette voie ?
Car il n'y avait rien d'autre à accomplir, car ce trop plein d'émotions devait sortir par un moyen ou un autre ? Mensonges.
Espoir, telle était la véritable raison. Lui aussi me collait comme mon ombre, impossible de m'en défaire. Mais contrairement au chaos, je pouvais encore supporter sa présence.
Douce, douce drogue. Susurre-moi tes mots doux à l'oreille. Laisse-moi oublier.
Penthélisée, je n'avais jamais autant aimé quelqu'un.
Son corps de guerrière, sa peau si blanche, ses lèvres délicates, sa malice tendant vers la démence. Elle me trouvait drôle, intelligent, gentil. Un chic type, qu'elle disait, un gars vraiment bien. Et pourtant elle m'avait rejeté, mon cœur avait fané sous ce ciel à la splendeur fugace.
Alors qu'est-ce qui n'allait pas chez moi ?

Ma déraison m'entraînera
Sur les voies de la perdition.
Dans les vallées de l'Au-delà
Résonnera mon oraison.

Aussi étrange que cela puisse paraître, je commençais à imaginer le futur moi.
Un fonctionnaire célibataire et solitaire, le genre qui admirait en silence les femmes dans le métro et dans la rue, sans jamais qu'on le remarque. Le futur moi parlait rarement, sa voix n'était qu'un murmure, et personne ne l'écoutait de toute façon. Le futur moi se masturbait sans en tirer de plaisir, il vivait dans une porcherie aux volets fermés, et noyait sa misère dans la télévision.
Le futur moi pensait parfois à cette amazone qu'il avait aimé. Il retrouvait la chaleur de son sourire, puis le souvenir de cette fameuse nuit le submergeait. Le vase débordait, et il se mettait alors à pleurer.
Seul.
Dans la nuit.
Noire.

La Coupe de l'Oubli
S'abreuve de mes pleurs…

Ce n'est pas contre toi, avait-elle dit.
Je n'étais pas le souci, quelque chose l'empêchait de devenir ma copine. Sa famille, un démon, pas moi en tout cas.
Je devais la délivrer de ce mal.
Maintenant.

Sombrer dans la folie
Pour l'amour d'une fleur…

Lundi matin, les cours reprenaient.
Mon crâne me faisait un mal de chien, j'avais l'impression qu'une armée de trains me roulait dessus. Pas de petit-déjeuner, mon ventre était assez ballonné sans qu'il faille y ajouter de la nourriture. Et tous ces voyageurs, ces travailleurs impeccables me donnaient envie de gerber.
J'appréhendais mon retour en classe, j'avais broyé du noir sur le coup, mais j'étais sincèrement heureux maintenant que ma crise était passée. Adam et Oswaldine ne posaient pas de problèmes, je voulais leur bonheur au fond, il arrivait seulement que ma faiblesse reprenne le dessus. Toutefois, ma réaction n'était pas aussi cruelle, qui n'aurait pas souhaité avoir sa part du gâteau ?
C'était Penthélisée qui me faisait peur, je ne savais pas comment l'aborder après ma confession. Était-elle en colère, embarrassée, indifférente ?
J'arrivai en classe, l'esprit tourmenté. Le brouhaha de mes camarades m'exaspérait encore plus que d'habitude. Je n'avais qu'une seule envie, retourner chez moi et m'enfermer dans ma chambre. Je n'allais pas supporter les retrouvailles avec Penthélisée, au moindre signe de froideur, j'étais sûr d'éclater en sanglots.
Notre relation avait bien évoluée, on en était arrivé au stade où l'on pouvait sortir ensemble et rigoler sans retenue comme de vrais amis. Jusqu'à ce que je fasse l'erreur de ma vie. À choisir, j'aurai mille fois préféré me taire, mais rien n'allait plus jamais être comme avant, j'avais franchi la ligne.
Huit heures, Penthélisée n'était toujours pas venue.
Aucun signe d'elle, ni ce matin, ni le suivant. On resta une semaine entière sans nouvelles, et Oswaldine tenta maintes fois de l'appeler sans succès.
— Tu ne penses quand même pas qu'il lui est arrivé quelque chose ? suggéra-t-elle, inquiète.
— On parle de l'Amazone, fit Adam, elle serait capable de battre un ours à mains nues !
— Oui, mais on ne l'a pas vu depuis la rentrée, répliquai-je, et si on allait chez elle après les cours ?
L'idée leur paraissait bonne, mais ils avaient prévu autre chose aujourd'hui. Je décidai donc d'y aller seul, histoire de pouvoir enfin apaiser mes craintes.
Il m'arrivait de passer des nuits entières sans dormir. Penthélisée occupait la plupart de mes pensées et j'avais un très mauvais pressentiment. Ce n'est pas contre toi. Plus je réfléchissais à ces paroles et plus leur sens devenait clair, il en allait de même pour sa façon de se comporter, pour ces expressions bizarres qu'elle me distillait parfois. Que de S.O.S que je n'avais pas su déchiffrer, mais qui me paraissaient si évidents désormais !
Quelque chose la tourmentait, une force si sombre qu'elle la rendait totalement impuissante.
Merde !
Bien sûr qu'elle m'aimait, c'est juste qu'elle n'avait pas le choix. Une fois que je l'aurai délivrée de ce mal, elle allait enfin être mienne. Pour toujours.
Penthélisée. Ton chevalier est arrivé.

J'ai jailli tel un colosse
Pour délivrer ma princesse.
Armé de ma gentillesse
Et de mon tas de pathos :
Ce qui faisait ma faiblesse
Sera ma plus grande force.
C'est moi en chair et en os
Qui tiendrais cette promesse !

Je marchais le long de l'avenue principale pour prendre le métro.
Les festivités avaient cessé et le lieu était redevenu calme.
Orange.
Le crépuscule colorait les vitrines d'un orange qui me rappelait la douceur des agrumes, leur amertume aussi.
Les toits exhalaient des gerbes de fumée blanche, j'humais l'odeur d'un bon pain chaud en passant près d'une boulangerie. Je ne retrouvais pas la nostalgie mélancolique de cette soirée de Noël, plutôt une harmonie intemporelle. Étrange, on aurait dit que cette rue était fausse, synthétique, comme un après-midi qui ne serait jamais.
Figé.
Sans début et sans fin, tel un instantané qu'on scruterait de loin. J'avais l'impression d'être un estropié cloué au sol, avec ce décor, ces gens, cette réalité bien au-dessus de moi. Aussi vaporeuse qu'un nuage d'été.
Je vacillais, cerné par le tumulte de la ville.
Aucune main pour me retenir cette fois, je pris appui sur un mur et fermai les yeux.
Mon cœur battait, battait, battait, pulsant au niveau de mes tempes dans une cadence effrénée. Je n'entendais plus que ce son, les bruits extérieurs s'étaient évaporés.
J'ouvrais les yeux.
Blanc, tout était blanc.
Il neigeait.
Adieu, avenue crépusculaire, adieu, tumulte incessant.
La ville se nimba d'un voile de sérénité macabre. Je frissonnais.
Clack.
Le son d'une canne claquant contre les pavés gelés.
Clack.
Clack.
Clack.
Je tournai la tête vers l'origine du bruit, gémis de douleur, puis ouvris de grands yeux exorbités.
Un monstre se tenait à quelques pas de moi. Un homme maigre et longiligne à la tête de corbeau, il portait un accoutrement de gentilhomme et un petit monocle au-dessus de son grand bec noir.
Clack.
Il s'aidait d'un bout de bois pour avancer, tandis que son autre main tenait une cage d'oiseau. Un humanoïde aux ailes noires y était emprisonné.
Son visage… Le mien !
Il s'arrêta en face de moi, le vent siffla.
— Si le présent était une page blanche, murmurèrent-ils à l'unisson, noircirais-tu le futur de ton sang ? L'encre des poètes est divine, l'encre des poètes est futile, rêve sans saveur et réalité solitaire. Le fleuve de Léthé est à la fois poison et remède, souhaites-tu oublier pour mieux reconstruire, humain ? Quel genre d'architecte es-tu, quel genre de fou ?
— Ce monde je veux... le dominer, le détruire, l'annihiler.
L'homme-corbeau jeta un coup d'œil à sa montre de gousset, me tourna le dos, puis revint sur ses pas.
Clack.
Clack.
Clack.
L'orange crépusculaire avait disparu, ainsi que l'odeur de pain chaud. La ville était déserte, on aurait dit qu'elle était recouverte d'un voile de cendres. Morne et grise, silencieuse.
Cadavérique.
— Voilà qui est bien triste, articula l'homme-corbeau avant de s'éclipser.

Tomber de Charybde en Scylla,
Couler jusqu'au fond du Léthé,
Voir mon reflet en ressortir
Avec le Savoir du Chaos.

Entre Thanatos et Hypnos,
Défiant la Mort et le Sommeil,
Je prends en main ma destinée,
Défiant Moros et le Corbeau.

Je n'ai cure de leurs reproches,
Je serai le dieu primordial
Qui forgera un nouveau monde
Avec sa fidèle amazone.

Ah...
Penthélisée, la voilà ?
Au même endroit que notre deuxième rencontre, devant ce magasin rempli d'habits trop ternes pour sa splendeur. Je m'approchai doucement, sans faire de bruit. Elle ne m'avait pas encore remarqué, son regard était perdu à l'intérieur de la boutique, comme une gosse sans le sou face à un monceau de babioles. Je murmurai un salut, elle sursauta de la même manière que la première fois.
J'attendais alors son fameux changement d'expression, le passage du chaton apeuré à la fière amazone, mais rien ne vint. Elle me dévisagea seulement avec horreur.
Non, ce n'était pas moi.
Un monstre se tenait derrière moi.
Gargantuesque, invincible.
Son cri transperça l'atmosphère jusqu'à faire trembler l'air lui-même. Ses griffes me fauchèrent les côtes, je m'encastrai dans la vitrine qui vola en éclats. Bris de verres, douleur. Autant de lames acérées qui m'écorchaient la peau, le cœur.
La bête bougea.
Un pas. L'univers tressaillit.
Un second. Les immeubles se prosternèrent.
Dans ce maelstrom de gravats et de poussière, je le vis s'avancer vers Penthélisée.
Elle recula, trébucha, je ne l'avais jamais vu aussi effrayée.
— Oh non, pitié, ne t'approche pas de moi !
Satané monstre, c'était lui la cause de tous ses problèmes ! Une fille aussi bien ne méritait pas de souffrir autant. Je rassemblai tout mon courage pour foncer dans sa direction.
Un souffle.
Pas même un coup délibéré, juste le genre de mouvement brusque pour éloigner un insecte, et voilà que j'étais propulsé en arrière, loin, bien trop loin.
Goût de ruines dans la bouche, les cendres me piquaient les yeux.
Pathétique, j'allais mourir sans la sauver.
Non, non, non. Pitié, bon Dieu, donnez-moi assez de force, juste pour cette fois ! Je l'aime, je la désire plus que tout !

La force des Titans,
La grandeur des Géants,
Juste quelques pouvoirs
Pour me donner l'espoir…

Imbécile, il n'y avait pas de Dieu en ce monde. Seulement moi, ma princesse et ce monstre. Immense, invincible.
Allais-je abandonner pour autant ? Non, autant crever.
Je me relevai, titubai, puis m'élançai.
Hurlement.
De terreur, de désespoir, ma noirceur s'extirpait en déchirant mes cordes vocales. Il fallait tout dégueuler, se vider complètement pour avoir la force d'avancer, de résister.
Le monstre daigna enfin remarquer ma présence, lui qui était si obnubilé par ma belle. Son rugissement fut cent fois plus puissant que le mien, mais je n'en avais cure. Légère chiquenaude, mon bras s'envola. Qu'importe, atteindre Penthélisée était tout ce qui m'importait. Secousse, mes jambes n'étaient plus là. Et alors ? Je rampai. Misérable insecte, mais insecte inébranlable ! La terre était rêche et coupante, j'y laissai des lambeaux de chair. Et alors ? Dans cet univers macabre et sans espoir, un être émettait des étincelles de vie.
Feu d'artifice au milieu de la nuit.
Penthélisée était là, juste en face de moi. Je passai mon seul bras valide à l'arrière de sa nuque et serrai aussi fort que possible, comme si elle allait s'évaporer si je la relâchais. Ses tremblements avaient cessé. Mon oreille, plaquée contre sa poitrine, vibrait au même rythme que son cœur en éruption. Je puisais encore plus de force dans sa détresse.
— Je sais que je suis petit, maigre, moche et faible, je sais que tu mérites un vrai prince charmant et pas un looser comme moi, mais laisse-moi quand même te sauver, belle amazone.
La base de son crâne devint mouillée, elle hoqueta, renifla. Je raffermis encore la pression et pleurai à mon tour.
Une odeur de sang m'emplit les narines.
Ce n'était pas le mien.
Où était le monstre ?
Je ne le voyais pas.
Il n'y avait que moi et elle.
Mes jambes étaient là, intactes. Mes bras aussi, sauf qu'il étaient rouges et poisseux.
Si poisseux...
Le sang n'était pas le mien.
— Je suis sincèrement désolée, fit Penthélisée à quelques mètres de moi.
Elle me souriait, mais un mince filet de sang lui coulait des lèvres.
Je compris enfin quand je vis le couteau planté dans son cœur.
Qu'avais-je fait, mon Dieu ?
Cette ville démente était mienne, cette noirceur était mienne, ce monstre n'était autre que moi. Penthélisée était une malheureuse victime.
La mienne.

Et mon univers fut drapé d'un linceul blanc.

Je flottais dans le vide, cerveau halluciné, noyé entre la fissure d'un cauchemar trop réel et d'une réalité cauchemardesque. Le balcon se trouvait à une dizaine de mètres au-dessus de ma tête, le sol à une centaine de mètres en dessous. Une chute me tuerait sans doute, mais je ne tombais pas. Suspendu dans l'atmosphère, je levai une main au ciel. Tout autour de moi, les flocons de neige demeuraient inertes, éternels.
C'est alors qu'elle apparut au coin de ma vision, une amazone aux traits sombres. Elle avait un corps de guerrière et un visage de porcelaine, mais ses yeux renfermaient une infinie tristesse. Des larmes rouges en perlaient.
— Pourquoi m'as-tu tué, Allègre ?
Elle prononça mon nom pour la première fois, j'en tirai un peu de joie, malgré la profonde mélancolie que je lisais dans son expression.
— Parce que je t'aime, Penthélisée.
— Moi aussi, et son visage s'éclaira. Dis, c'est pas normal, hein ? D'aimer un gars aussi bizarre que toi. Je ne m'en étais pas rendu compte sur le coup, j'étais trop choquée par ta confession, mais maintenant j'en suis sûre.
Ah.
Je pleurai à mon tour.
Pourquoi. Pourquoi étais-je ainsi ?
Je voulais plaire à quelqu'un, voir de l'amour dans leur regard, du désir, mais l'image que me renvoyait le miroir était sale, laide et faible. Impossible, impossible, impossible, je me répétais ce mot comme on clouerait un cercueil. Mes rêveries en étaient le défunt, et je les enterrai loin, très loin dans le dédale tortueux de mon âme.
Et malgré ces résignations, la femme parfaite avait voulu de moi. Il aurait juste fallu lui laisser un peu de temps.
Ah, le temps, quoi de mieux pour guérir les blessures ? Une page blanche, une pincée d'encre, et l'on pouvait écrire de nouvelles histoires.
Il suffisait d'y croire, n'est-ce pas ?
Espoir, j'en avais peut-être manqué au final. Elle avait raison, se lamenter ne servait à rien, je devais seulement attendre des jours meilleurs. Mais il était pourtant trop tard, car je l'avais tuée de mes propres mains.
Rien, je n'avais plus rien désormais.
Penthélisée me lorgna une dernière fois, puis s'éleva haut dans le ciel étoilé... non, elle ne bougeait pas, c'était moi qui chutais.
Je tendis instinctivement la main.
Rien pour me sauver, absolument rien.
Le sol était glacial, mais pas aussi froid que mon cœur.

Et mon univers fut peint d'un noir d'encre.

***
— Pitié, relâche-moi.
J'avais beau essayer de lui parler, ma voix n'était qu'une larme de plus au fond d'un puit sec.
Allègre arrivait chaque jour à la tombée de la nuit, me nourrissait le plus docilement du monde, puis me dorlotait telle une poupée. Il lui arrivait de promener ses mains sur ma peau, de rester prostré des heures entières à pleurer, ou simplement de poser sa tête sur mon ventre pour s'endormir, comme un gamin rassuré par une quelconque chaleur féminine.
Je n'arrivais pas à le haïr, malgré ce qu'il m'avait fait. Il était si pathétique qu'on ne pouvait que le plaindre. Allègre... étais-tu malheureux à ce point, au point d'inhiber tes désirs même en plein délire ?
Je pensais avoir cerné ses pensées, mais je m'étais totalement fourvoyée. Il m'aimait, tout simplement.
Je ne comprenais pas. Qu'y avait-il de si beau chez moi ? Je n'étais qu'une sauvageonne sans élégance, j'avais honte à chaque fois qu'Oswaldine ou une autre fille traînait à mes côtés. Voilà pourquoi j'avais été si surprise, je ne m'attendais pas à ce qu'un garçon se confesse à une brute de mon espèce. Et sûrement pas un gars aussi sensible qu'Allègre, aussi pur.
Mais je l'avais brisé, en immonde sotte que j'étais.
Le pauvre était fou de chagrin, et tout était de ma faute.
Peut-être... méritais-je ce qui m'arrivait. Oui, peut-être, mais je ne pouvais plus supporter d'être enchaînée.
Je devais m'enfuir.
Allègre s'endormait parfois à mes côtés. À force de chercher, je pus enfin découvrir où il cachait ses clés. Je les volai et parvins à me libérer, mais il se réveilla et entra dans un état second.
— Oh non, pitié. Ne t'approche pas de moi !
Le désespoir bouffait le peu de raison qu'il lui restait, il lâcha un hurlement qui me figea sur place. Son regard, c'était le genre capable du pire. Il prit un couteau, trembla de tous ses membres, puis marcha en ma direction, lentement.
La lame se planta en plein dans mon cœur, mes muscles étaient trop engourdis pour esquiver. Je crachai un peu de sang sur le crâne d'Allègre.
— Je sais que je suis petit, maigre, moche et faible, je sais que tu mérites un vrai prince charmant et pas un looser comme moi, mais laisse-moi quand même te sauver, belle amazone.
Il pleura et me serra encore plus fort entre ses bras, pendant que je me vidais de mon sang.
Pauvre, pauvre Allègre. J'aurai dû dire oui à sa confession, je l'aimais, je n'aurai imaginé autant plaire à quelqu'un !
— Je suis... sincèrement désolée, soufflai-je avant de m'écrouler, à bout de forces.
C'est alors qu'il comprit ce qu'il venait de faire. Le couteau quitta ses mains, puis fixa longuement le sang qui les recouvrait.
Et il cria.
Une voix de damné, la plainte d'une âme perdue à jamais.
Il fonça jusqu'au balcon et sauta, comme ça, dans le feu de son délire. Je rampai péniblement jusqu'au bord, son corps gisait une dizaine d'étages plus bas, inerte.
J'allais bientôt le rejoindre, ce dernier effort avait accéléré l'inévitable.
Il faisait froid tout d'un coup.
Trop froid.
Deux amours ruinées
D'êtres délaissés.

Deux corps exsangues
Pris dans la gangue.

Un lit d'hôpital. Blanc comme de la neige.
Un adolescent au physique d'enfant y était couché, son nom était Allègre.
Chute de dix étages, et il avait pourtant survécu. Sa victime n'avait pas eu la même chance, l'enterrement avait eu lieu quelques jours plus tôt.
Paralysie totale, l'adolescent arrivait à peine à cligner des paupières, sa colonne vertébrale avait été touchée et il n'y avait plus aucun espoir. Pourquoi le maintenir ainsi en vie ? Sans doute pour le punir, il méritait cela et bien pire.
Malgré son acte lâche et impardonnable, l'adolescent n'était jamais seul dans sa chambre. Dès que les infirmières s'éclipsaient, quelqu'un d'autre venait pour lui tenir compagnie.
Un spectre.
Un fantôme.
Celui d'une mystérieuse amazone, qui n'allait plus jamais le quitter.

À celui qui cède à l'ivresse de Léthé,
Viendra l'atroce exil, linceul de pénitences
Pour son amour perdu et sa vie de démences,
Mais rien pour racheter ce triste macchabée.

À celle qui défie la Mort et les Enfers,
Ectoplasme opalin rivé au cœur d'onyx
Ne franchira jamais le lit maudit du Styx,
Condamnée à hanter son amour tortionnaire.

À ceux qui sacrifient leur réincarnation
À l'amour passager que leur offre la Terre,
Ils perdront Le Savoir, clé de tous les mystères,
Pour une éternité d'insatiable passion.

Ce sont les larmes drues des âmes esseulées
Qui font l'exquis nectar des Coupes de Léthé.


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EDIT 1 : 2 Balises BBCode italique pas fermées (mise en forme).
EDIT 2 : 1° fournée de corrections Milla
EDIT 3 : 2° fournée de corrections Milla
EDIT 4 : 1° fournée de corrections Rémi
« Modifié: 15 Octobre 2014 à 14:39:33 par Viviane »
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

MillaNox

  • Invité
Un duo de WEG et Vivi, ça c'est de la rentrée littéraire !!!!
Allez, c'est parti ! ressenti au fil du texte, faites le tri !

-je relève pas tout ce que j'aime parce que pour le moment ça tient de l'impression générale plus que de la phrase coup de cœur. bref c'est hyper fluide depuis le début, les poèmes s'insèrent nickel. J'arrive à la première phrase un peu lourde :
Citer
Un mélange de froideur et d'arrogance, qui donnait l'impression qu'elle vous considérait avec dédain.
c'est pas la fin du monde hein, mais le reste est tellement fluide depuis le début que ça m'a vraiment fait bizarre.

Citer
Une voix, une voix humaine, une voix féminine. Elle m'était adressée.
Je levai les yeux. Une fille se tenait devant moi, mais pas n'importe laquelle. Une grande brune au physique de guerrière, à l'aura princière. Elle.
on comprend tout de suite que c'est elle. du coup l'annonce est un peu longue.

Citer
Les timides rêvent-ils de royaumes dystopiques ?
:D excellent le titre

Citer
— Un truc de zombie, répondis-je simplement.
Son visage s'illumina à l'évocation du terme.
:D

Citer
Dans toutes les cités se répandait l'horreur :
D'infernales légions aux relents mortifères
Dévoraient les vivants pour raviver leur cœur,
Sonnant l'ultime glas des maisons crucifères.

Ils étaient acculés au fond du défilé,
Couverts par un manteau de brume suffocante.
Les cadavres des morts qui s'étaient empilés
Formaient un parapet de chair sanguinolente.

Elle hurlait à la mort pendant qu'elle enfantait.
De son corps frissonnant survint un craquement,
Du ventre rebondit le mort-né éclosait,
Emportant avec lui des rivières de sang.
who ! superbe !

Citer
Oh oui, assez d'hémoglobine et de cervelles pour remplir une piscine olympique. Mais le gore n'était jamais vulgaire avec Al-Hazred, les démembrements et les décapitations avaient un côté poétique, presque noble. Et les descriptions, toutes en rimes, une véritable symphonie. Tantôt saccadée et oppressante, tantôt rapide et haletante. C'était un virtuose du rythme, un modèle que je ne m'imaginais pas égaler...
c'est assez énorme le contraste, j'adore "les démembrements et les décapitations avaient un côté poétique, presque noble."  :D Ceci dit, le poème cité juste avant appuie/valide complétement cette idée, donc ça fait sourire mais ça passe aussi sérieusement.

Citer
Elle est là, ma belle amazone,
Ses sombres mèches voltigeant
Dans les prémisses du cyclone
Qui nous noiera dans le néant.
je comprends plutôt prémices, non ?
prémices
(latin primitiae, de primus, premier)
▸ nom féminin pluriel
1. ANTIQUITÉ Premiers fruits de la terre, premiers-nés du bétail, offerts à la divinité.
2. Littéraire. Premières manifestations de quelque chose ; commencement. Les prémices de l'amour. (À distinguer de prémisse.)

prémisse
(latin prae, avant, et missus, envoyé)
▸ nom féminin
1. LOGIQUE Chacune des deux premières propositions (la majeure et la mineure) d'un syllogisme.
2. Fait, proposition d'où découle une conséquence, une conclusion. (À distinguer de prémices.)


Citer
Je refusais ce genre de compromis, la fin devait être la plus viscérale possible, comme un long râle d'agonie dont l'écho perdurerait dans l'âme du lecteur.
Aïe ! et là je me dis, ça promet pour la fin de ce texte...

Citer
Comme si le ciel nous gratifiait d'un dernier moment de contemplation avant de baisser les rideaux.
joli  :)

Citer
S'il s'agissait de quelqu'un d'autre, j'aurais sûrement baissé les yeux et continué mon chemin,
je me demande si ça serait pas "s'il s'était agi" ?

Citer
Cruelle, cruelle Amazone, que se cache-t-il derrière ton masque ?
ça sonne bizarre, ça me paraitrait plus naturel avec "qui se cache" sans le "-t-il", à voir si d'autres tiquent.  ou bien "qu'est-ce qui se cache" mais je comprends que vous trouviez ça moyen...

Citer
Je n'eus pas de réponse ce lundi-là, elle entra en classe et se dirigea tout de suite vers ma direction
je trouve ça maladroit "se diriger vers une direction", ce serait plutôt "dans ma direction" ou "vers moi" non ?

Citer
— Il y en avait beaucoup dans ta catégorie de poids ?
La question était innocente, mais j'eus droit à une grosse bourrade dans le dos.
— Allons, allons monsieur, je suis beaucoup plus fine que j'en ai l'air... pigé ?
Je hochais la tête avec insistance, son sourire nerveux témoignait d'une franche irritation.
Ne jamais parler de son poids, bien noté.
:D

Citer
Et l'heure du jugement venait. Adam, grave, posait sa main sur mon épaule.
— Dans quel camp es-tu ?
— Euh... je...
— Attention, si nos idéaux diffèrent, on pourrait devenir les plus grands ennemis que la littérature ait jamais connus. Que la sagesse des gens bien soit avec toi, fait le bon choix.
Je pondérai sérieusement la question, puis répondait, non sans crainte :
— Entre les deux, je pense.
— Mmm, pareil. On est d'accord qu'il faut castrer le reste.
Mis à part cela, c'était un gars sympa.
ahahah !  :mrgreen: trop bon cet épisode ! excellent pour planter le personnage d'Adam !

Citer
Penthélisée avait aussi une amie au lycée, Oswaldine.
purée les prénoms !!

Citer
— Oh, mais pas du tout, répondit-elle en baissant les yeux et en rougissant. J'apprécie réellement nos conversations, il est si passionné par les poitrines féminines, je trouve cela fascinant.
Je fronçai les sourcils, dubitatif, puis décidai de ne pas creuser davantage. Les filles étaient vraiment impénétrables... (Argh, voilà que je parle comme lui, maintenant).
:D

Citer
Il faisait étonnement beau pour cette période de l'année, le soleil tapait fort et il n'y avait aucun nuage à l'horizon.
étonnamment

Citer
— C'est quoi le machin noir dans cette boite ? demandais-je à Oswaldine.
demandai (enfin après tu es au passé simple)

Citer
— Seulement une dizaine, il n'y a que moi et mes parents donc...
::)

Citer
— Élémentaire ma chère, il suffit que l'on se déshabille et qu'on examine nos...
Crac !
Un pied, un visage.
Adam décolla du sol et s'écrasa quelques mètres plus loin, le nez en compote. Il leva le pouce en l'air et afficha une mine satisfaite.
:D chai pas si c'est lié au récent contrat de WEG mais ça fait très BD manga cette scène.

Citer
Ma professeure de Français adorait mes rédactions, sans oublier mon nombre de fautes comparé à (début de citation) mes illettrés de camarades abrutis par la télévision et toute l'armada d'applications débiles qui pullule sur leur smartphone! (fin de citation).
je me rappelais pas qu'on faisait encore des rédactions au lycée. à mon époque c'était des dissertations sur des œuvres, mais des rédac ça passait pas le collège. tu me diras ptetre en section L ?

Citer
— Comment cela se fait que tu sois aussi fort dans ces trucs, me demanda soudain Adam, T'es nul partout ailleurs, encore plus que moi.
je verrais "comment ça se fait que" ou "comment cela se fait-il que" mais le mix des deux me fait bizarre. Et a priori pas de majuscule après une virgule.

hop là ! fin de la première partie !!!
bon j'ai pas le temps de lire la suite maintenant, peut-être cet aprèm !
j'attend la fin pour donner un avis global. jusque là en tout cas, ça coule !



Edit, je reprends la suite, deuxième partie !

Citer
— Ne t'en fais pas, je le pensai vraiment quand j'ai dit que ton aide était inestimable.
pensais (il me semble)

Citer
— Oui ! Celle qui rêvait d'égorger son prince charmant, il parait que c'est gé-nial.
:o :o oh purée, mais j'ai toujours pas été le lire ce texte ! grosse piqûre de rappel !

Citer
et puis il y avait des scènes vraiment marrantes, comme quand le gamin s'était fait exploser dans la gare, ou quand elles ont broyé un poney pour le faire bouffer au trisomique par les trous du nez, ha ha ha.
>< :D

Citer

À
Mon
Obscure
Amoureuse,
Muse indicible,
Chère inaccessible
Amour de ma noirceur
Au coup de pied ravageur,
Fracasse-moi le sacré-cœur,
Brise le vitrail de mon poitrail
Et libère l'âme de mes entrailles !
Je me délecte en pensant à cet impact
Qui scellera enfin le plus impur des pactes
:coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:

Citer
Amazone indomptée,
L'arc de ta bouche
M'a transpercé
De sa flèche.
Mon cœur
Meurt
très sympa celui là aussi  :coeur:

Citer
Le ciel était d'une noirceur insondable, toile parfaite pour ces dessins éphémères.
joli  :coeur:

Citer
— Ce n'est pas contre toi, reprit-elle, vraiment, je suis désolé.
désolée (idem deux tirades avant, non ?)

Citer
Oh, comme c'est mignon. Je suis très heureux pour toi, sale veinard. Que votre amour pur et innocent dure éternellement. Amen.
Je cassai le portable en deux et l'envoyai paître à l'autre bout de la chambre, c'est fou ce que la haine donnait comme force. Magnifiques vacances en effet, j'attendais avec impatience ma prochaine déconvenue, tout cela était si marrant !
montée en tension, le ton est super juste, on sent que ça va exploser

Citer
— Si le présent était une page blanche, murmurèrent-ils à l'unisson, noircirais-tu le futur de ton sang ? L'encre des poètes est divine, l'encre des poètes est futile, rêve sans saveur et réalité solitaire. Le fleuve de Léthé est à la fois poison et remède, souhaites-tu oublier pour mieux reconstruire, humain ? Quel genre d'architecte es-tu, quel genre de fou ?
:coeur:

Citer
Un pas. L'univers tressaillit.
Un second. Les immeubles se prosternèrent.
:coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:

Citer
Mais il était pourtant trop tard, car je l'avais tué de mes propres mains.
tuée (sauf si tu fais allusion à l'espoir ?)

Hop là, fin de la fin ! hé bé !

Bon le passage explicatif-de-ce-qui-s'est-vraiment-passé, est bien mené, il fait pas forcé et garde le ton.
L'épilogue idem.

C'est du bon boulot tout ça ! c'est très progressif, ça monte lentement, on finit même par avoir envie que le perso principal s'en sorte,  que tout ça s'arrange... Mais non. c'était dit !
côté forme, c'est fluide, il y a davantage de poésie (dans la prose) quand la folie arrive, plus facile, mais l'humour compense au début. Un peu trop de "c'était/ce n'était pas/ cela était"  à mon goût, mais c'est vraiment du chipotage.
Le scénario est ficelé. Oswaldine et Adam disparaissent un peu sur la fin...  peut-être que leur réaction de l'après drame manque un peu, dans l'épilogue, mais ça décentrerait aussi...
Bravo pour votre boulot en tout cas :)

Merci pour ce texte

Milla
« Modifié: 13 Octobre 2014 à 14:40:30 par MillaNox »

Hors ligne Vivi

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/Voix de pouffiasse blasée qui se cure les ongles avec musique d'ascenseur ON
Secrétariat de Mr WEG, Bonjour, nous allons accéder à votre demande...
/Voix de pouffiasse blasée qui se cure les ongles avec musique d'ascenseur OFF




Citer
Un mélange de froideur et d'arrogance, qui donnait l'impression qu'elle vous considérait avec dédain.
c'est pas la fin du monde hein, mais le reste est tellement fluide depuis le début que ça m'a vraiment fait bizarre.
Dans l'attente de l'avis de Mr WEG  :lecon:




Citer
Une voix, une voix humaine, une voix féminine. Elle m'était adressée.
Je levai les yeux. Une fille se tenait devant moi, mais pas n'importe laquelle. Une grande brune au physique de guerrière, à l'aura princière. Elle.
on comprend tout de suite que c'est elle. du coup l'annonce est un peu longue.
Dans l'attente de l'avis de Mr WEG  :lecon:




Citer
Dans toutes les cités se répandait l'horreur :
D'infernales légions aux relents mortifères
Dévoraient les vivants pour raviver leur cœur,
Sonnant l'ultime glas des maisons crucifères.

Ils étaient acculés au fond du défilé,
Couverts par un manteau de brume suffocante.
Les cadavres des morts qui s'étaient empilés
Formaient un parapet de chair sanguinolente.

Elle hurlait à la mort pendant qu'elle enfantait.
De son corps frissonnant survint un craquement,
Du ventre rebondit le mort-né éclosait,
Emportant avec lui des rivières de sang.
who ! superbe !
mici :coeur:




Citer
Oh oui, assez d'hémoglobine et de cervelles pour remplir une piscine olympique. Mais le gore n'était jamais vulgaire avec Al-Hazred, les démembrements et les décapitations avaient un côté poétique, presque noble. Et les descriptions, toutes en rimes, une véritable symphonie. Tantôt saccadée et oppressante, tantôt rapide et haletante. C'était un virtuose du rythme, un modèle que je ne m'imaginais pas égaler...
c'est assez énorme le contraste, j'adore "les démembrements et les décapitations avaient un côté poétique, presque noble."  :D Ceci dit, le poème cité juste avant appuie/valide complétement cette idée, donc ça fait sourire mais ça passe aussi sérieusement.
mici :coeur:²




Citer
Elle est là, ma belle amazone,
Ses sombres mèches voltigeant
Dans les prémisses du cyclone
Qui nous noiera dans le néant.
je comprends plutôt prémices, non ?
prémices
(latin primitiae, de primus, premier)
▸ nom féminin pluriel
1. ANTIQUITÉ Premiers fruits de la terre, premiers-nés du bétail, offerts à la divinité.
2. Littéraire. Premières manifestations de quelque chose ; commencement. Les prémices de l'amour. (À distinguer de prémisse.)

prémisse
(latin prae, avant, et missus, envoyé)
▸ nom féminin
1. LOGIQUE Chacune des deux premières propositions (la majeure et la mineure) d'un syllogisme.
2. Fait, proposition d'où découle une conséquence, une conclusion. (À distinguer de prémices.)
mdr, je le connaissais même pas ce 2° (à part l'écriture erronée  :D), merci pour le voc+1 ; je corrige. ^^




Citer
S'il s'agissait de quelqu'un d'autre, j'aurais sûrement baissé les yeux et continué mon chemin,
je me demande si ça serait pas "s'il s'était agi" ?
hmm... c'est bien possible... :\? Je vais attendre que WEG confirme, mais je changerais bien comme tu proposes.




Citer
Cruelle, cruelle Amazone, que se cache-t-il derrière ton masque ?
ça sonne bizarre, ça me paraitrait plus naturel avec "qui se cache" sans le "-t-il", à voir si d'autres tiquent.  ou bien "qu'est-ce qui se cache" mais je comprends que vous trouviez ça moyen...
C'est pas faux ! Reste à savoir quelle version sied à Mr WEG :lecon:




Citer
Je n'eus pas de réponse ce lundi-là, elle entra en classe et se dirigea tout de suite vers ma direction
je trouve ça maladroit "se diriger vers une direction", ce serait plutôt "dans ma direction" ou "vers moi" non ?
Pareil que précédemment, reste à savoir quelle version sied à Mr WEG :lecon:




Citer
Penthélisée avait aussi une amie au lycée, Oswaldine.
purée les prénoms !!
La spécialité de Mr WEG, c'est sous copyright, bien entendu :-¬?




Citer
Il faisait étonnement beau pour cette période de l'année, le soleil tapait fort et il n'y avait aucun nuage à l'horizon.
étonnamment
Tu m'étonnes  ;D ! Je corrige direct aussi, ça. ^^




Citer
— C'est quoi le machin noir dans cette boite ? demandais-je à Oswaldine.
demandai (enfin après tu es au passé simple)
ça marche. J'ai pris cher avec la relecture à tout repasser à la 3° personne pour être sur du "s". Donc d'autres boulettes seront sûrement disponible plus loin lol. En attendant, correction automatique :mrgreen:




Citer
— Élémentaire ma chère, il suffit que l'on se déshabille et qu'on examine nos...
Crac !
Un pied, un visage.
Adam décolla du sol et s'écrasa quelques mètres plus loin, le nez en compote. Il leva le pouce en l'air et afficha une mine satisfaite.
:D chai pas si c'est lié au récent contrat de WEG mais ça fait très BD manga cette scène.
On a effectivement "échangé" sur ce côté animé/manga :mrgreen: :D




Citer
Ma professeure de Français adorait mes rédactions, sans oublier mon nombre de fautes comparé à (début de citation) mes illettrés de camarades abrutis par la télévision et toute l'armada d'applications débiles qui pullule sur leur smartphone! (fin de citation).
je me rappelais pas qu'on faisait encore des rédactions au lycée. à mon époque c'était des dissertations sur des œuvres, mais des rédac ça passait pas le collège. tu me diras ptetre en section L ?
Dans l'attente de l'avis de Mr WEG  :lecon:




Citer
— Comment cela se fait que tu sois aussi fort dans ces trucs, me demanda soudain Adam, T'es nul partout ailleurs, encore plus que moi.
je verrais "comment ça se fait que" ou "comment cela se fait-il que" mais le mix des deux me fait bizarre. Et a priori pas de majuscule après une virgule.
Dans l'attente de l'avis de Mr WEG pour la question :lecon:
Je vire cette majuscule disgracieuse scéance tenante, screugneugneu >:D





Citer
— Ne t'en fais pas, je le pensai vraiment quand j'ai dit que ton aide était inestimable.
pensais (il me semble)
Exact, je corrige de suite ^^




Citer
— Oui ! Celle qui rêvait d'égorger son prince charmant, il parait que c'est gé-nial.
:o :o oh purée, mais j'ai toujours pas été le lire ce texte ! grosse piqûre de rappel !
Pareil !! :-[ (ce coup-ci, c'est sûr, chui virée :'( )




Citer
À
Mon
Obscure
Amoureuse,
Muse indicible,
Chère inaccessible
Amour de ma noirceur
Au coup de pied ravageur,
Fracasse-moi le sacré-cœur,
Brise le vitrail de mon poitrail
Et libère l'âme de mes entrailles !
Je me délecte en pensant à cet impact
Qui scellera enfin le plus impur des pactes
:coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:
Moi aussi ma choute  :calin:




Citer
Amazone indomptée,
L'arc de ta bouche
M'a transpercé
De sa flèche.
Mon cœur
Meurt
très sympa celui là aussi  :coeur:
C'est le pendant du précédent :-¬?




Citer
— Ce n'est pas contre toi, reprit-elle, vraiment, je suis désolé.
désolée (idem deux tirades avant, non ?)
exact, on attends la livraison de "e" :huhu:




Citer
Mais il était pourtant trop tard, car je l'avais tué de mes propres mains.
tuée (sauf si tu fais allusion à l'espoir ?)
Pareil, pénurie de "e", j'entends le livreur qui arrive, ça va le faire :P




Bon le passage explicatif-de-ce-qui-s'est-vraiment-passé, est bien mené, il fait pas forcé et garde le ton.
L'épilogue idem.
y'avait un autre § plus lourd, il a été éradiqué de justesse, on aurait pris cher s'il était resté :D




C'est du bon boulot tout ça ! c'est très progressif, ça monte lentement, on finit même par avoir envie que le perso principal s'en sorte,  que tout ça s'arrange... Mais non. c'était dit !
côté forme, c'est fluide, il y a davantage de poésie (dans la prose) quand la folie arrive, plus facile, mais l'humour compense au début. Un peu trop de "c'était/ce n'était pas/ cela était"  à mon goût, mais c'est vraiment du chipotage.
Le scénario est ficelé. Oswaldine et Adam disparaissent un peu sur la fin...  peut-être que leur réaction de l'après drame manque un peu, dans l'épilogue, mais ça décentrerait aussi...
Bravo pour votre boulot en tout cas :)

Merci pour ce texte

Milla
hum, pas faux pour les 2 loustics sur la fin, mais effectivement, le texte étant centré sur le héros, je ne pense pas que ce soit facile à rajouter (ça ferait sûrement mélo, donc ça foutrait en l'air l'ambiance prévue). Un petit mal, pour un bien, quoi ;)
Merci à toi pour ta lecture assidue et tes relevés, je corrige tout ce que je suis sûr. J'attends Mr WEG pour les parties qui touchent plus intimement son texte (à lire vite, ça peut être marrant :viviane: ).
« Modifié: 13 Octobre 2014 à 15:33:03 par Viviane »
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

MillaNox

  • Invité
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Citation de: MillaNox le Aujourd'hui à 11:11:57
Citer
Citer

Amazone indomptée,
L'arc de ta bouche
M'a transpercé
De sa flèche.
Mon cœur
Meurt
très sympa celui là aussi  :coeur:

C'est le pendant du précédent :-¬?
pas la peine de siffloter, j'avais compris quand même !!!  :D

World End Girlfriend

  • Invité
Môssieur WEG est un boss facile (ou flemmard, au choix), puisqu'il est d'accord avec toutes les remarques mentionnées  :mrgreen:
Môssieur WEG te remercie aussi de ton passage. Da !

Hors ligne Rémi

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Bon d'abord au fil du texte (pasque vue la longueur je fais qu'une lecture) :

Citer
J'avais tenté d'y remédier lors de mon entrée au lycée. J'avais porté le masque du gars sympa et souriant. Il suffisait de faire bonne impression, me persuadai-je, et tout allait s'arranger naturellement.
Pourquoi un passé simple à "me persuadai-je" ? Il a porté le masque un certain temps non ? et tout le reste est à l'imparfait.

Citer
Tu peux faire beaucoup mieux, m'assura-t-il, des œuvres si pures qu'elles seraient capables de détruire des âmes humaines.
Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il voulait dire,
pareil. en plus il réagit à l'imparfait.

Citer
J'étais passé du gamin complexé à l'apprenti-dieu narcissique, mais une question demeurait : était-ce réellement ma vraie nature ?
Excellent (et je me pose la question tous les jours)

Citer
Du ventre rebondit le mort-né éclosait,
rebondi (sans "t")
Le poème est magnifique, le reste aussi jusque à, j'y replonge.

Citer
Je n'eus pas de réponse ce lundi-là, elle entra en classe et se dirigea tout de suite vers ma direction.
se diriger vers ma direction ? y'a pas un bug ?

Citer
Ne jamais parler de son poids, bien noté.
c'est gentil comme fin de chapitre et ça donne envie de poursuivre.

Ce premier chapitre me plait beaucoup. L'alternance prose/poèmes est méga bien gérée, c'est de la balle (si je puis dire n'est-ce pas).

La suite, vite !

Citer
Mis à part cela, c'était un gars sympa.

Reluquer tes nichons,
Ce n'est pas très cochon ;
Mais si on les tripote,
On finit en compote !
mort de rire !

Citer
Nous passâmes le reste de la journée à jouer aux cartes et à se raconter des blagues.
à nous raconter, non ?

Citer
Ma professeure de Français adorait mes rédactions, sans oublier mon nombre de fautes comparé
adorait, sans oublier...  ça fait oral, pas top pour dire qu'il écrit bien je trouve.

Citer
J'aurais voulu être un crack, même si dans les faits, je ne faisais absolument rien pour m'améliorer. L'idée ne m'aurait pas effleuré si j'avais eu une tronche de délinquant, mais j'étais ce que j'étais : une fausse tête d'ampoule. Décevant, plus pour moi que pour les autres.
sa position ne me parait pas claire. Et le rôle de l'apparence est-il si important dans ses prises de décision ?

Citer
Mes amis, mes précieux amis, et je nourrissais ces sentiments abjects à leur égard. Comment tolérer un monstre pareil ?
Golum sort de ce corps !  :mrgreen:

Superbe poème juste après, dans un long souffle.

Citer
Je pensai que la solitude était la principale cause de ma mélancolie, mais il s'agissait de mon existence, tout simplement.
passé simple au début ?

Citer
Penthélisée me lança alors un de ces regards dont elle avait le secret. Malice et démence dans une seule expression, le genre qui me donnait envie de plonger ma langue dans sa bouche, d'enfoncer mes doigts dans sa chair si blanche.
— J'ai hâte, articula-t-elle lentement, on lèvera enfin le voile sur le mystère.
Oh, ma belle amazone, la vérité te donnera envie de vomir.
magnifique
super pour finir cette partie

* * *

Citer
J'allai la charrier sur sa catégorie de poids, mais je me rappelai alors à quel point le sujet était sensible.
imparfaits nan ? au moins pour le "allais"

Citer
Tous. Pouvaient. Crever.
Pouvaient crever. ? je comprends pas le point avant crever. C'est pour montrer qu'il part vraiment en live ?

Citer
L'espoir n'était que la drogue des faibles.
ça claque !

Citer
Rien de mieux que de voir ces cons vénérer le masque de notre faiblesse, fruit de leur indifférence.
très fort

Citer
Dans mes ténèbres frelatées,
Amertume et désillusion
Sont les seuls compagnons
De mon amour déshydraté.

Dévorant le futile espoir
De voir ma poésie poignante
Toucher l'extase des Bacchantes,
Troubler les cœurs et les mémoires…

Lieu de cela, c'est de l'Enfer
Que viendra mon ultime salut :
Ma muse est un mort crucifère
Au sang d'un noir d'encre absolu !

Non.
Ce n'était qu'un énième faux espoir.
Sûrement, oui.
Haha.
j'adore

la suite est très très forte aussi, jusque "lundi matin...

J'aime bien le lancinant démarrage de nouvelle séquence par les lundis.

Citer
C'est moi en chair et en os
Qui tiendra cette promesse !
moi qui triendrai  :vaurien: (je crois que vous l'aimez bien celui là)

Citer
je ne retrouvais pas la nostalgie mélancolique de cette soirée de Noël, plus une harmonie intemporelle.
je mettrais "plutôt" à la place de "plus", là c'est un peu oral par rapport au reste.

Citer
Étrange, on aurait dit que cette rue était fausse, synthétique, comme un après-midi qui ne sera jamais.
sûr de la concordance des temps ? (qui ne serait ?)

Dernière strophe du dernier poème tout simplement géniale pour clore le texte.

Commentaire sur l'ensemble :
On m'aurait dit : "tu veux pas lire un duo de 12k sur un lycéen amoureux qui galère pasqu'il est tout petit et tout moche ?", j'aurais refusé l'obstacle direct. Pasque franchement, l'histoire de fond ne correspond pas au genre de truc qui m'attire (même si la fin part bien en vrille, mais c'est court sur l'ensemble ; très bien comme ça d'ailleurs).
La réalité de votre texte est tout autre : mise en situation et analyse de l'âme torturée d'un artiste. Questionnement sur la vanité et la valeur de l'oeuvre d'art. Rapport de l'écrivain avec ses lecteurs. Et évidemment une présence de la poésie très agréable/charmante/belle/touchante/déroutante... au service des thèmes développés.
La poésie comme toile de fond rend présent le thème pendant tout le texte. Le texte seul serait certainement "pas mal", de même que les poèmes isolés sont "chouettes". Mais la combinaison des deux sublime l'ensemble. C'est vraiment réussi.
J'aime beaucoup lorsque l'histoire et les persos donnent à réfléchir, c'est le cas ici.

Bref, vous avez donné dans le pavé disiez-vous ? Non, c'est léger, ça se mange d'un coup et on se lèche les doigts ensuite.

Bravo, super défi.

Rémi
« Modifié: 16 Octobre 2014 à 14:59:27 par RémiDeLille »
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Vivi

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Tout d'abord, j'ai fait les corrections proposées par Milla et validées par Mr WEG. J'attaque le 2° feed aussi sec :guillaume:




Citer
J'avais tenté d'y remédier lors de mon entrée au lycée. J'avais porté le masque du gars sympa et souriant. Il suffisait de faire bonne impression, me persuadai-je, et tout allait s'arranger naturellement.
Pourquoi un passé simple à "me persuadai-je" ? Il a porté le masque un certain temps non ? et tout le reste est à l'imparfait.

Citer
Tu peux faire beaucoup mieux, m'assura-t-il, des œuvres si pures qu'elles seraient capables de détruire des âmes humaines.
Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il voulait dire,
pareil. en plus il réagit à l'imparfait.
Comme déjà dit à Milla, un texte au passé à la première personne du singulier, c'est du sport avec le jonglage des "s". Je corrige, ça ^^




Citer
Du ventre rebondit le mort-né éclosait,
rebondi (sans "t")
Le poème est magnifique, le reste aussi jusque à, j'y replonge.
J'éradique ce "t". Cool que ça te plaise :coeur:




Citer
Je n'eus pas de réponse ce lundi-là, elle entra en classe et se dirigea tout de suite vers ma direction.
se diriger vers ma direction ? y'a pas un bug ?
Si, j'ai corrigé (Milla l'avait déjà signalé). C'est devenu "vers moi" :).




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Mis à part cela, c'était un gars sympa.

Reluquer tes nichons,
Ce n'est pas très cochon ;
Mais si on les tripote,
On finit en compote !
mort de rire !
:D WEG aussi s'est marré. C'est un deuxième tir, le premier était trop vulgaire pour la direction :-¬?




Citer
Nous passâmes le reste de la journée à jouer aux cartes et à se raconter des blagues.
à nous raconter, non ?
ben... :-\ Bonne question. Pour moi le "se raconter" me semble plus naturel que "nous raconter", ça fait bizarre :/. On verra si y'a d'autres avis ou si Mr WEG à un avis tranché sur la question...  :\?




Citer
Ma professeure de Français adorait mes rédactions, sans oublier mon nombre de fautes comparé
adorait, sans oublier...  ça fait oral, pas top pour dire qu'il écrit bien je trouve.
Pareil, moi ça me traumatise pas... :-\ J'attends d'autres avis pour trancher (Mr WEG peut s'exprimer aussi :lecon: )




Citer
J'aurais voulu être un crack, même si dans les faits, je ne faisais absolument rien pour m'améliorer. L'idée ne m'aurait pas effleuré si j'avais eu une tronche de délinquant, mais j'étais ce que j'étais : une fausse tête d'ampoule. Décevant, plus pour moi que pour les autres.
sa position ne me parait pas claire. Et le rôle de l'apparence est-il si important dans ses prises de décision ?
Chai pas :-\. Seul Mr WEG pourra nous éclairer là-dessus ::)




Superbe poème juste après, dans un long souffle.
Mici :coeur:




Citer
Je pensai que la solitude était la principale cause de ma mélancolie, mais il s'agissait de mon existence, tout simplement.
passé simple au début ?




Citer
J'allai la charrier sur sa catégorie de poids, mais je me rappelai alors à quel point le sujet était sensible.
imparfaits nan ? au moins pour le "allais"
Meuh non :huhu: Les "s" sont tombés sous la table, je les recolle de suite  :mrgreen:




Citer
Tous. Pouvaient. Crever.
Pouvaient crever. ? je comprends pas le point avant crever. C'est pour montrer qu'il part vraiment en live ?
Mr WEG ? :aah:




Citer
Dans mes ténèbres frelatées,
Amertume et désillusion
Sont les seuls compagnons
De mon amour déshydraté.

Dévorant le futile espoir
De voir ma poésie poignante
Toucher l'extase des Bacchantes,
Troubler les cœurs et les mémoires…

Lieu de cela, c'est de l'Enfer
Que viendra mon ultime salut :
Ma muse est un mort crucifère
Au sang d'un noir d'encre absolu !

Non.
Ce n'était qu'un énième faux espoir.
Sûrement, oui.
Haha.
j'adore
Mici  ^^




Citer
C'est moi en chair et en os
Qui tiendra cette promesse !
moi qui triendrai  :vaurien: (je crois que vous l'aimez bien celui là)
Tu sais bien que quand on aime, on compte pas... :-¬? (j'ai honte d'avoir laissé passer ça :-[)




Citer
je ne retrouvais pas la nostalgie mélancolique de cette soirée de Noël, plus une harmonie intemporelle.
je mettrais "plutôt" à la place de "plus", là c'est un peu oral par rapport au reste.
Là, ok ;)




Citer
Étrange, on aurait dit que cette rue était fausse, synthétique, comme un après-midi qui ne sera jamais.
sûr de la concordance des temps ? (qui ne serait ?)
T'sé au-delà des 10k mots, on est plus trop sur de rien :'( (hop, on corrige)




Dernière strophe du dernier poème tout simplement géniale pour clore le texte.
Ouais, j'ai grave géré avec le rappel vers le poème principal ^^ Content que ça plaise :-*




La réalité de votre texte est tout autre : mise en situation et analyse de l'âme torturée d'un artiste. Questionnement sur la vanité et la valeur de l'oeuvre d'art. Rapport de l'écrivain avec ses lecteurs. Et évidemment une présence de la poésie très agréable/charmante/belle/touchante/déroutante... au service des thèmes développés.
La poésie comme toile de fond rend présent le thème pendant tout le texte. Le texte seul serait certainement "pas mal", de même que les poèmes isolés sont "chouettes". Mais la combinaison des deux sublime l'ensemble. C'est vraiment réussi.
J'aime beaucoup lorsque l'histoire et les persos donnent à réfléchir, c'est le cas ici.

Bref, vous avez donné dans le pavé disiez-vous ? Non, c'est léger, ça se mange d'un coup et on se lèche les doigts ensuite.

Bravo, super défi.
Grand merci à toi pour ta lecture et ton commentaire. Je corrige de suite tout ce que je peux, reste quelques points en suspens à voir plus tard ou si WEG à des précisions pour d'éventuelles modifs du texte sur les-dits points relevés.
Ravi aussi que ce texte t'ai fait passé un bon moment, n'hésite pas à repasser de temps en temps pour savourer. Je pense qu'on (moi et WEG) pas super rassuré sur la "symbiose" entre les textes et les poèmes, ton ressentt me fait chaud au coeur  :-*.
Oublie pas de te laver les mains :D
« Modifié: 15 Octobre 2014 à 14:39:05 par Viviane »
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

World End Girlfriend

  • Invité
Yo
Encore une fois je suis d'accord avec toutes les remarques/corrections à faire, pas besoin de trancher quand c'est clair. Maintenant pour les derniers points à éclaircir :
Citer
J'aurais voulu être un crack, même si dans les faits, je ne faisais absolument rien pour m'améliorer. L'idée ne m'aurait pas effleuré si j'avais eu une tronche de délinquant, mais j'étais ce que j'étais : une fausse tête d'ampoule. Décevant, plus pour moi que pour les autres.
sa position ne me parait pas claire. Et le rôle de l'apparence est-il si important dans ses prises de décision ?
Yep l'apparence importe beaucoup pour lui, c'est une obsession quoi, mais seulement quand il s'agit de sa propre image. Si tu veux il a le Q coincé entre deux possibilitées, être vraiment ce qu'il renvoit ou renvoyer ce qu'il est.

Citer
Tous. Pouvaient. Crever.
Pouvaient crever. ? je comprends pas le point avant crever. C'est pour montrer qu'il part vraiment en live ?
Yep, tu sais, parfois t'es tellement en colère/amèr que tu lâches tes mots un par un.

Merci d'être passé  :)

Hors ligne Cauzart

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Alors, alors,

J'ai lut, je n'ai pas fait dans le détail. Je suis trop pointilleux pour un texte aussi long.

Je trouve ça pas mal, très jeune j'ai envie de dire, ça me rappel le lycée.

J'ai trouvé la prose trop souvent maladroite, les poèmes eux sont pas mal du tout, sauf "Mémoires de Léthé" dont le rythme laisse à désirer. Les thèmes sont sincères, pas mal du tout, l'histoire se tient. Les thématiques sont intéressantes, bien présentés. C'est surtout le style de la prose auquel j'ai été moins sensible.

Bon travail à vous deux, c'est un texte courageux.

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Textes et poèmes à découvrir !

Hors ligne Vivi

  • Palimpseste Astral
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Je trouve ça pas mal, très jeune j'ai envie de dire, ça me rappel le lycée.
genre ça ? :D

J'ai trouvé la prose trop souvent maladroite, les poèmes eux sont pas mal du tout, sauf "Mémoires de Léthé" dont le rythme laisse à désirer.
Pour "Mémoires de Léthé", contrairement aux autres, je me suis surtout focalisé sur la métrique (9 syllabes) et le sens du poème (je voulais certains mots, certaines tournures). Donc, il peut effectivement y avoir quelques couacs à causes de quelques "e" muets au milieu de quelques vers. :huhu:  Comme quoi, la métrique, c'est pas le rythme  :D
Pour la prose "déficiente" (oui, je déforme >:D), Mr WEG défendra son bout de gras :-¬?


Bon travail à vous deux, c'est un texte courageux.
Merci pour ta lecture :)
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

 


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