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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Il Avait Tout Appris des Nuages Lointains (Défi de Sixte)

Auteur Sujet: Il Avait Tout Appris des Nuages Lointains (Défi de Sixte)  (Lu 1643 fois)

Hors ligne Alexandre Marimoges

  • Tabellion
  • Messages: 43
  • Une pierre mourrant sur terre demeurant.
   Il est drôle que l’homme, en regardant ces larges horizons,  pense qu’ils sont un des reflets de sa propre vie. Un nuage lointain symbolise un malheur qui approche. Un éclair éclatant, un châtiment lourd de conséquences. Des prés verts à perte de vue, des amitiés qui dureront éternellement sans jamais se faner.

   Cependant, quand, du haut de cette montagne bleue que je viens de gravir, j’eus aperçu ces centaines de nuages couvrant les paysages magnifiques de la Terre, j’espère que ces allégations ne sont que des mensonges. « La mort, me répétait souvent Maître Jules, fend les âmes déjà frêles et les broie jusqu’au jour où celles-ci ne peuvent plus la supporter et disparaissent avec elle. Si tu l’entends venir, ne presse point le pas. Retourne-toi et fais lui face. Le remède le plus efficace pour éviter les dangers de Dieu reste de les affronter. Joue-toi du vide. Saute au fond du trou que l’homme appelle l’aventure. Et surtout, sans pour autant trop te préoccuper de ton sort, observe le ciel. Afin de dévier celui-ci, il te faudra atteindre les nuages. » Ainsi j’y suis arrivé. Les malheurs m’ont assez ravi d'amis et de proches pour qu’aucun homme ne me retienne sur ces terres. Personne sur ce vaste globe ne m'empêche de commencer mon voyage.

   Maître Jules, le jour de sa mort, m’avait répété ses pensées sur la fatalité. Il savait que j’allais entreprendre ce qu’il aurait sûrement qualifié de folie. Je crois que c’était pour cette raison qu’il m’avait parlé de ma destinée. Cet homme était un prophète, et il me montrait chaque jour cette montagne d’azur qui surplombait la vallée où sommeillait notre ferme. Il ne voulait pas le léguer juste cette vieille maison qu’il nommait la « ferme » à cause de son écurie, mais le monde entier. Avant sa mort, il me parlait beaucoup des terres qu’il avait visitées auparavant, et les sommets bleuis de ce mont que l’homme n’a pas encore renommé. 
   
Peut-être est-ce pour honorer sa mémoire que j’ai finalement terminé mon ascension.
Quoi qu’il en soit, la raison ne s’est jamais échappée de cet esprit qui récoltait durant toute la semaine les grains de blés dans les champs alentour. Ayant pour garçon un jeune orphelin de vingt ans, il ne se tourmentait guère de mon avenir. Il m’avait appris la poésie de Voltaire et de Racine, mais je n’y prenais pas goût. Une après-midi , je dénichai dans sa bibliothèque un petit livre à la couverture grise de poussière. Maître Jules m'avait demandé de garder la ferme pendant qu'il travaillait. Ouvrant le livre en son milieu, je lus avec attention ces mots d’un poète romantique :

« Ô mort vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons. »

   Avant d’avoir pu achever ce poème, une main sur mon épaule me ramena en arrière. C’était Maître Jules, furieux. Je me souviendrai toujours de la punition qu’il m’avait octroyée. Ce soir-là, j’avais dormi dehors. Je n’avais que seize ans, mais n’ayant pas reçu la permission de lire, je m’étais rendu coupable. Deux ans plus tard, j’étais devenu poète.

   Du haut de ce sommet encerclé de nuages, je pense amèrement aux justes châtiments que je m’étais donné moi-même. Cet ancêtre m’avait éduqué avec rudesse, mais aussi avec tendresse. Il m’aimait, et il voulait me voir vivre heureux. Souriant enfin des mauvais et des bons instants de ma vie, je chante alors ce petit poème que j’ai composé durant ma marche :

Voyez comme il est bon de vivre
En voyageant ainsi.
Moi debout sur ce mont de givre,
Et lui dans l'ombre assis.

J’ai tout appris de ce vieillard.
Je vis à sa façon.
La mort l'a cueilli sans retard.
Fredonnons sa chanson.

Marchant sans frein sur la montagne,
J'irais aller le voir
Percer le ciel de la campagne
De sa dague d’ivoire.

Il n’est plus de si lourds brouillards
Qui donnent des frissons.
La mort l'a cueilli sans retard.
Fredonnons sa chanson.

La mer grave sur le rivage
Les noms des disparus.
Dans le ciel sculpté de nuages
On aperçoit les grues.

Sous une corde de guitare
L'homme vit sans raison.
La mort l'a cueilli sans retard
Au bout de sa chanson.

« Modifié: 28 Août 2014 à 15:31:22 par Alexandre Marimoges »

Hors ligne Erwan

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 066
Re : Il Avait Tout Appris des Nuages Lointains (Défi de Sixte)
« Réponse #1 le: 28 Août 2014 à 12:26:47 »
Citer
Des prés verts à perte de vue des amitiés qui dureront éternellement sans jamais se faner.
-> une virgule après vue ?

Citer
Les malheurs m’ont assez flétri pour qu’aucun homme ne me reste au monde.
-> je ne comprends pas bien cette phrase. Il n'y a plus d'homme qui le retienne, qu'il affectionne et dont la perte lui serait douloureuse ?  :???: C'est comme ça que je l'ai comprise, mais après mûre réflexion...

Citer
Il ne me voulait pas léguer
-> "me" en trop ? Où alors à placer juste avant "léguer" ? Là, j'ai du mal à comprendre.

Citer
mais n’y prenais
-> prenait ?

Citer
Une après-midi qu’il était sorti pour travailler
-> me semble maladroit.

Citer
Ô mort vieux capitaine
-> étrange comme formulation. Je ne saurais dire à quoi ce rapporte "ô mort". C'est le capitaine qui est mort ?

Citer
Et cependant plus rude aussi.
-> je ne suis pas convaincu par ce vers.

Citer
La mort la cueilli sans retard,
-> l'a cueilli


Alors j'ai trouvé le texte touchant et puissant. Le style est bon, voir très bon. Le poème final m'a cependant parut moins travaillé que les poèmes que j'avais déjà lu de toi. Il me paraît parfois un peu maladroit. Sinon, ce texte est très agréable à lire, mêlant poésie et prose. Je suis globalement convaincu, hormis les quelques maladresses passagères et le poème final qui est, je pense, améliorable.

Je te souhaite bonne inspiration pour la suite, quelle qu'elle soit  ;)


Hors ligne Alexandre Marimoges

  • Tabellion
  • Messages: 43
  • Une pierre mourrant sur terre demeurant.
Re : Il Avait Tout Appris des Nuages Lointains (Défi de Sixte)
« Réponse #2 le: 28 Août 2014 à 12:45:05 »
Tout d'abord, le poème du milieu du texte est de Baudelaire. C'est la mort qui est désignée comme un vieux capitaine. Baudelaire s'inspire ici de Charon, le batelier des Enfers qui, selon la mythologie grecque, emmenait les morts jusqu'à leur demeure éternelle.

Tu as raison, je n'ai pas bien travaillé le poème de la fin et je le bidouille tout de suite.

Merci pour ton commentaire,

Alexandre M.

Hors ligne Nacas

  • Prophète
  • Messages: 952
  • Dragon d'encre
Re : Il Avait Tout Appris des Nuages Lointains (Défi de Sixte)
« Réponse #3 le: 18 Novembre 2019 à 11:25:37 »
J'ai vu un robot qui furetait parmi les nuages, j'ai voulu fureter moi aussi.  Je ne sais pas si les mots de Maître Jules sont les tiens, maissi c'est le cas, je souhaite te donner un bout de bonheur méritant, ou toute autre sorte de congratulation.
Si ce ne sont pas les tiens, et bien leur auteur prendra la bribe ou la laissera là, faute d'essence de vie.
J'aurai l'essence des nuages et des prés. Pour me prévenir des mauvais vers je chante les poèmes, souvent faux mais au moins je m'amuse. Je ne sais donc pas si le tien est juste, je sais juste qu'il se chante de manière amusante.
J'ai énormément aimé les présages et leurs paysages ; en fait, je ne les ai pas vus tant que ça et je voudrais bien que tu en écrives six cent pages, plutôt que de parler des punitions irrationnelles du maître et les tiennes.

Merci en tout et pour tout, ton gribouilli me donne envie de lire, et ton tableau aussi. C't'un chouette avatar, bien plus édifiant que le mien.

Comme ça on sera deux aux nuages au faîte de la section. Pour au moins quelues secondes...


Selon toute probabilité,
Nacas.
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

 


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