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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Jonathan

Auteur Sujet: Jonathan  (Lu 1161 fois)

purple-singer

  • Invité
Jonathan
« le: 23 Août 2014 à 21:34:12 »
Jonathan me faisait face, le regard perdu sur les cordes de la guitare, ses doigts caressants l’instrument avec une singulière délicatesse. Il avait tous les traits d’un poète cherchant l’inspiration, un poète maudit, tout de noir vêtu, les yeux bien plus pâles et plus profonds que ceux de l’Elsa d’ Aragon. Son corps quoique frêle et mince était bien dessiné et ses cheveux semblables à de l’ébène liquide coulaient le long de sa nuque. J’étais assis, studieux, m’abreuvant des notes qu’il jouait et du silence harmonieux qui régnait dans la chambre. Le lit était moelleux et confortable malgré les quelques ressorts qui bosselaient le matelas et donnaient au drap et à la couette  un aspect froissé qu’ils n’avaient pas d’ordinaire. Je posais alors mon regard sur la fenêtre, encadrée de deux grossières toiles, imitations vulgaires des traits de quelques illustres maîtres à travers laquelle on pouvait  distinguer les mouvements du saule enlaçant les courbes du vent et cravachant de ses lianes la façade de la demeure. Le vent menant la valse s’engouffra tantôt dans la pièce exiguë, remuant la poussière recouvrant le planché. Je toussotais alors, gêné par le nuage que dégageait le sol, et essayant tant bien que mal d’étouffer le bruit dans mes mains, je ne parvins pas à garder inchangée l’atmosphère de la chambre à coucher. En effet, j’étais parvenu à attirer le regard de Jonathan, qui meublait déjà  à lui seul toute la pièce, un de ces regard insistant, à la fois ténébreux et d’une clarté déconcertante, qui en un bref mouvement peut vous lire des pieds à la tête sans paraître offensant. Jonathan me dévorait du regard, insistant sur le rictus innocent  que je lui offrais alors inconsciemment, rictus d’un jeune adulte insouciant. Je baissais alors la tête contre ma poitrine, rouge de timidité, ne pouvant m’empêcher de mordre le coin droit de ma lèvre inférieure. John, comme je l’appelais la plupart du temps posa sa gratte mauve contre l’accoudoir de cuir usé qu’il occupait et s’approcha de moi, énigmatique. Mon regard toujours orienté en direction du sol, se redressait progressivement à mesure que Jonathan avançait. Il s’arrêta soudainement, mon regard l’imitant, fixé au niveau de son sternum. Dressé en ange sinistre, majestueux corbeau, il ne murmura non pas « jamais plus », mais silencieusement, il inclina mon visage vers le sien à l’aide de son aile gauche. Je n’eus le temps de songer à la fin funeste du poème qu’est celui du corbeau, que son autre main fendit l’air aussi délicatement que la main d’un chef d’orchestre battant la mesure d’un lento langoureux et passionné, enrichissant l’air à son passage de fragrances complexes et exquises ! Les séraphins balançaient ’ils l’encensoir ? Sa main finit sur ma poitrine, les doigts écartés comme le sont les plumes des ailes de l’oiseau qui tend à s’élancer dans le ciel, y exerçant une force irrésistiblement douce qui me projeta sur le lit. Mon sourire naïf revenait et je présentais à nouveau mes dents à John, la blancheur de celles-ci faisant contraste avec la couleur de son ceinturon. Vus de plus près, ses doigts paraissait longs et agiles et les plis de ses manches amplifiaient cet aspect filiforme. Il posa son genou droit sur le matelas bosselé tendant ainsi le drap entre nous, mon sourire s’effaçait tout comme les plis du drap, sous des tremblements nerveux et saccadés, quand il fit soudain basculer son corps sur la couette, se positionnant latéralement. Je me mis face à lui, dans la même position. Nous étions là, le regard de l’un plongé dans le regard de l’autre, illuminés par une pâleur stupéfiante. Seule une lumière terne passait entre nos corps. Au loin, des échos me parvenaient… les quelques notes qu’il avait joué quelques minutes auparavant me revenaient. Je ne pouvais résister à son air sérieux et incroyablement paisible, sous la torture exaltante de cette musique recréée. 2 minutes passèrent sans que rien ne bouge mais son regard demeurait vif malgré tout. Au niveau de mes genoux, le drap commençait à frémir et ma main au-dessus de ceux-ci accueilli les caresses des plumes de son ailes. Le frisson que ce contact provoqua me longea l’échine jusqu’aux lèvres, qui dans un spasme de plaisir s’ouvrirent, languissantes. Cet ange noir profita de l’ouverture pour, avec sa bouche, épouser les formes de la mienne. Je fermais les yeux, les sens exacerbés, me délectant de la suavité de ses lèvres. Il s’appelait Jonathan.

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Re : Jonathan
« Réponse #1 le: 23 Août 2014 à 21:54:38 »
Je pense qu'il serait judicieux d'aller te présenter dans la section "Présentations et cérémonie de bienvenue" avant de poster un texte  :huhu:

purple-singer

  • Invité
Re : Jonathan
« Réponse #2 le: 23 Août 2014 à 22:02:13 »
sincèrement désolé je n'avais pas vu cette section  :-X j'y vais de ce pas, si il n'est pas trop tard ...

lucares

  • Invité
Re : Jonathan
« Réponse #3 le: 24 Août 2014 à 14:04:20 »
salut,

Fais gaffe à la mise en page. Ca peut refroidir.

Après en ce qui concerne le contenu, il y a plein d'images, pas mal de jolies, peut-être trop, pour moi en tout cas.
Du coup, il y a une petite impression de longueur, sans doute voulue?

Tu termines avec :
    Il s’appelait Jonathan.
On l'avait comprit bien avant. Donc je sais pas si c'est un effet.

Il y a des petits passages qui à moi paraissent contradictoires, comme celui-ci:
    J’étais assis, studieux, m’abreuvant des notes qu’il jouait et du silence harmonieux qui régnait dans la chambre.
Si les notes qu'il joue parviennent à l'observateur. Le silence dans la pièce est rompu.







purple-singer

  • Invité
Re : Jonathan
« Réponse #4 le: 24 Août 2014 à 15:31:26 »
Tout d'abord merci d'avoir lu ce texte, ça fait plaisir de voir que des gens le lisent et me fassent des remarques constructives ! alors par ou commencer , premièrement désolé pour la mise en page je ne m'en suis pas forcement rendu compte mais j'en tiendrai compte la prochaine fois. Ensuite pour la dernière phrase à vrai dire  je voulais écrire une dernière phrase après "il s' appelait Jonathan" mais ma muse était partie. Pour le style très chargé , c'est voulu, et enfin pour le silence rompu j'avais une image en tête mais je crois qu'elle n'est pas comprise donc il faudra que je remanie tout ça.
Merci

 


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