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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Prisonnier

Auteur Sujet: Prisonnier  (Lu 1053 fois)

Hors ligne Thibault

  • Tabellion
  • Messages: 21
  • La vie c'est un jeu dont on a perdu les règles
    • Enfant de la Lune
Prisonnier
« le: 22 juin 2014 à 12:47:02 »
Prisonnier des murs et de ces barreaux rois,
Pris au piège vif et dansant mes émois,
Je prie m'envoler quelque suprême fois,
Le prix sera payé telles que sont les lois.

Mais à l'écart des grilles ne serait mieux :
Courir sur l'herbe pure en dessous des cieux
Ne refera de moi qu'un pion des lieux
Sous les griffes de fer toujours trop anxieux.

Et libéré de là, dans ma maison caché,
Ne musant guère plus qu'en ces tapis couché,
Je ne pourrai qu'attendre les limiers, fauché,
Sans pouvoir plus bondir face aux faucheurs — fiché.

Nonobstant tout cela, je m'ascends au dehors,
Outre les ports passant, outre les soucis d'ors,
Au-delà des plus forts volant tel les condors,
À l’abri de la mort et surtout de vos fors.

Je ne pourrai jamais des regrets me purger —
À l'abri de la mort mais non de me murger
D'anciennes fredaines sans trop émerger ;
Et tout seul en mon gin irai-je m'enfarger.

Je n'ai même parlé de mes doutes dantesques,
De mon passé, ce Puck, ou des désirs grotesques
Abritant les plus noirs de nos moments tudesques,
Sevrant nos libertés par combats sisyphesques.

Dans des moments heureux j'imagine des mondes
Magnifiques, parfaits, juste quelques secondes :
Le grand ciel azur, les abysses profondes,
Les fins nuages blancs en escadrilles rondes.

Et à l'écart des loups, je songe les forêts,
Les arbres du vieux, les chanceux aourets
Et leurs libres fruits (petits péchés secrets),
Les feuilles chantantes de quelques coquerets.

Dégustant l'air coulant, j'oublie mes travers,
Devenant affidé, je montre mon revers,
Mon véritable éclat — puissant univers
Grand comme la neige de milliers d'hivers.

Sitôt, ce paradis n'existe déjà plus :
Les buissons soyeux sur les adrets pentus
Au vent rafraîchissant de beaux océans nus,
N'étaient que mirages maintenant disparus.

Je ne suis que trop fermé dans ma cellule
Avec en seul monde mon éphémère bulle
Que les marchands de mort rendront bientôt nulle ;
J'ai compris mes erreurs — je capitule.

Hors ligne Astria

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : Prisonnier
« Réponse #1 le: 23 juin 2014 à 14:07:02 »
Quand je lis ton poème d'une seule traite, je ressens plusieurs émotions: la douleur du prisonnier de ne pas être libre, sa souffrance concernant son passé et le fait qu'il n'ait plus d'avenir. Par contre, quand on le lis petit à petit, ton poème est trop lourd.
Premièrement à cause de la tournure de tes phrases. Elles sont longues et trop complexe à mon goût. Comme celles-ci:

"Je ne pourrai jamais des regrets me purger —
À l'abri de la mort mais non de me murger"

"Nonobstant tout cela, je m'ascends au dehors,
Outre les ports passant, outre les soucis d'ors,"

"Je ne suis que trop fermé dans ma cellule
Avec en seul monde mon éphémère bulle"

"À l'abri de la mort mais non de me murger" qu'est-ce que ça veut dire ? Et ce n'est pas la seule tournure de phrases compliquées dans ton poème.

Deuxièmement, il y a les termes que tu emplois comme "émois", "condors", "fors", "murger" "m'enfarger".... Ces termes sont rarement prononcés dans le français parlé. Si j'en connais certains (dantesque, sisyphesque), les mots que tu emplois sont très rares et pas forcément connus du grand public, à mon avis. Ainsi, les gens auront tendance à  chercher ou comprendre la signification de ces mots, au lieu d'apprécier ton poème.  Ton vocabulaire est trop recherché.

Troisièmement, les rimes. Elles sont excellentes mais trop recherchées. Je sens le besoin de faire des rimes pour des rimes.

En clair, ton poème est tellement élaboré qu'on ne parvient pas à l'apprécier pleinement. Car pour toucher un grand nombre de lecteurs, le contenu du texte doit être accessible, au niveau de la compréhension.
Transcending your words...

Hors ligne Thibault

  • Tabellion
  • Messages: 21
  • La vie c'est un jeu dont on a perdu les règles
    • Enfant de la Lune
Re : Prisonnier
« Réponse #2 le: 23 juin 2014 à 18:53:21 »
En fait, ce poème fonctionne sur deux niveaux, dont un qui n'est accessible que si l'on connaît un peu mieux mes écrits.
Le premier, c'est bêtement le prisonnier qui aimerait s'évader de la prison dans laquelle il est, et tout ce que tu as dit là-dessus est très juste.
L'autre sens est plus « méta ». Je n'ai jamais fonctionné dans mes poèmes avec une structure classique. J'ai toujours revendiqué que souhaiter garder les règles classiques de poésie après les changements linguistiques que le temps aura entraîné, rendant lesdites règles obsolètes, était idiot. Pourtant, j'ai écrit ce poème en utilisant ces règles, qui vont de paire alors avec un vocabulaire assez recherché et pas forcément usité ; c'est tout simplement pour marquer mon propos : la poésie classique, à notre époque, rend le texte lourd, et emprisonne l'auteur dans son utilisation (d'où le double sens du titre et du poème).

Du coup, le fait que le poème soit peu accessible de par son langage soutenu est limite voulu.


"À l'abri de la mort mais non de me murger" c'est un bout de phrase incomplète : "À l'abri de la mort mais non de me murger d'anciennes fredaines sans trop émerger". Pour reprendre des équivalents courants : "à l'abri de la mort mais non de me soûler d'anciennes erreurs sans trop émerger".

Après, tu critiques que les rimes sont trop recherchées, mais les termes soutenus ne sont pas présents que dans celles-ci, mais bel et bien dans tout le texte.

 


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