Nouvelle version
ici.
L'homme qui fume.
Parfois je l’imagine et parfois je le vois
Face à la mer assis sur le ponton de bois.
Silhouette cassée dans son pardessus sombre
Il bourre de ses doigts sa pipe sous les ombres.
Peut-être cache-t-il dans sa blague en cuir noir
Les brindilles de vie qu' il vient fumer le soir
Et la blanche fumée de son amie d'écume
Écrit des vers iodés pour les cornes de brume.
Il doit être marin, entre ses doigts jaunis
Se glissent les filets aux mailles éclaircies.
Il les reprise ainsi en des gestes subtils
Où l'aiguille traverse le chanvre de son fil
Ses yeux sont oublieux des errances passées
Tout irrités qu'ils sont par les larmes opiacées.
On lit dans les volutes de son pâle foyer
Les fantômes perdus des navires brisés.
Il tire de sa pipe ses dernières bouffées
La mer se retire pour ne point trop gêner
Un crachat de sa vie claque sur le pavé
L'histoire de sa vie s'envole en fumée.
Les cendres s'envolent dans le vent des marées
L'horizon s'illumine: l'ont elles incendié?
La vague qui remonte revient prendre son dû
Et ramène la pipe aux écumes perdues.